** “Quai de la Fosse” d’Hervé Jaouen

Fermer les maisons closes, c’est plus qu’un crime,
c’est un pléonasme.

Arletty

quaifosseLe quai de la Fosse, c’était le quartier malsain de Nantes où se retrouvaient, dans des troquets sordides surveillés par de vieilles grues rouillées plantées comme des vieux chicots le long d’un quai inutile, les étudiants et les bourgeois en goguette, au milieu des dockers éreintés, tapineuses fatiguées et strip-teaseuses pitoyables.

Je vous présente les protagonistes de ce mélo. Une ex prostituée sur le retour qui dirige « Le sucre d’orge », un rade* à strip bas de gamme, son vieux maque** qu’elle continue à entretenir par habitude plus que par crainte, un médecin désabusé, arriviste et cupide, ancien étudiant blasé qui fut un régulier gratuit par affection, la femme amoureuse et aveugle du toubib, une oie blanche un peu stupide embarquée, malgré elle et grâce au champagne, dans une partouse de la haute bourgeoisie où, retardé par un accident, son mari la surprend en train de se faire honorer  par son hôte.
La chasse aux bécasses se termine en chasse aux petits-bourgeois et le va-et-vient amoureux en balancement hors d’un véhicule en marche.
*Café, bar.
**au Québec : pimp

Le praticien, recherché par la police, se réfugie chez l’ex-prostituée, au grand dam du vieux souteneur. On pourrait supposer que sa femme ayant survécu, les notables, blessés légèrement, ne souhaitant pas ébruiter l’affaire et la police préférant ne pas faire des vagues, il n’y aurait pas de suite.

Seulement je vous rappelle qu’il s’agit d’un roman noir et, comme on disait de mon temps, au lieu de s’arranger, ça part en sucette*, ce qui était prévisible si on se souvient du nom du café**.
*J’aime l’expression d’ici : Ça s’emmieute pas, ça empironne !
**Le sucre d’orge

Je fais quatre distinctions dans le genre polars.
Le roman policier  qui raconte une simple enquête, compliquée par la seule volonté de l’auteur.
Le thriller où l’adrénaline augmente à grands coups de peurs et de suspens.
Les procès à sensation dont on sait d’avance que la sagacité d’un bavard*, en général le héros, va faire basculer les prévisions initiales.
*Avocat
Enfin, le roman noir qui implique rarement des policiers ou des avocats, sauf s’ils sont véreux, mais la clientèle habituelle des laissés pour compte, des habitués du malheur qui entament une période encore plus sombre dont la funeste finalité s’écrira en épitaphe sur leurs pierres tombales.

Des quatre, le dernier est celui qui m’attire le moins. Le résultat certainement de cette fatalité méditerranéenne qui m’incite à penser qu’il n’y a rien à faire quand la scoumoune s’invite à la table ou dans un livre*.
*J’aime l’espoir.

J’en lis donc peu mais j’en lis. Hervé Jaouen m’avait été présenté* comme un très bon et me permettait d’ajouter Nantes et sa région dans mon petit challenge personnel d’hexapolargone, autrement dit d’histoires policières dans divers lieux de l’hexagone.
*Par Yv et Oncle Paul

C’est plus qu’un vrai bon ! C’est un vrai bon.

Hexapolargone
Nantes-Pays de la Loire

Quai de la fosse d’Hervé Jaouen, Fleuve noir, 1981, 184 pages, Roman noir
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Un toubib un peu dingue et cruel, sa femme, une ex-infirmière sans colonne, une cafetière pas très maline, et un maque qui devient jaloux sur le tard. On devine très vite que les sentiments vont obturer le chouïa* d’intelligence qu’il leur reste.
*peu

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4 réflexions au sujet de « ** “Quai de la Fosse” d’Hervé Jaouen »

  1. Yv

    Ah le quai de la Fosse, ce n’est plus ce que c’était… mais je confirme en tant que Nantais, qu’il garde sa réputation et quelque bars louches quand même. En plus c’est du Jaouen et franchement, en général, c’est du bon

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