**** ”Cher pays de notre enfance” d’Étienne Davodeau et Benoît Collombat

L’État, c’est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : “Moi, l’État, je suis le Peuple.
                                                                                   Friedrich Nietzsche 

Sous-titre  : Enquête sur les années de plomb de la Ve république.

Longtemps lecteur de BD, j’en lis  moins depuis quelques années jugeant que le prix n’en vaut pas la chandelle. Comme je ne souhaite pas me faire incendier, je précise que je ne mets pas en doute le travail des auteurs et des dessinateurs qui méritent de vivre de leurs œuvres mais qu’une petite heure de lecture coûte chère et que pour le même prix on peut passer plusieurs heures de plaisirs avec un roman sans bulles*.
*Contrairement au champagne sans bulle qui ne donne aucun satisfaction

Cette foi c’est un cadeau de l’Héritière, 218 pages de bandes dessinées sur une enquête des auteurs, un journaliste et un dessinateur, sur le Service d’Action Civique, appelé communément SAC, créé dans les années 60 et qui sévira jusqu’en 1981.

Pendant vingt ans, ce service créé pour soutenir politiquement le Général De Gaulle a, petit à petit, été phagocyté par des  politiciens peu scrupuleux et des  criminels pour  servir à de basses exactions brutalisant des grévistes sur ordre du patronat ou tuant des opposants.

Durant ces années de plomb, deux juges d’instructions enquêtant sur le milieu  furent assassinés, un ministre aurait été suicidé et il suffisait d’être de la SAC avec une carte tricolore ressemblant à celle de la police pour ne pas être inquiété.

Des fantômes insaisissables comme Jacques Foccart, un des fondateurs de la Sac, devenu l’homme indispensable de l’Afrique pour le gouvernement français, surgissent furtivement de temps en temps ce qui est normal pour des spectres mystérieux.

L’enquête permet de rencontrer un certain nombre de participants encore vivants de cette période ainsi que la parenté de ceux qui sont décédés mais certains comme Charles Pasqua, figure politique de la fin du XXe siècle et vice-président de la SAC de 1967 à 1969, ont refusé tout entretien.

Le plomb n’est pas bon pour la santé et ces années de plomb nous laissent un goût dégueulasse dans la bouche et dans le cerveau mais cette BD se doit d’être lue si on veut comprendre la France dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Cher pays de notre enfance, Étienne Davodeau & Benoît Collombat, Futuropolis, 2019,  218 pages, BD.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai jamais été un partisan de De Gaulle mais je trouvais qu’il avait donné à la France une certaine grandeur. J’en suis beaucoup moins convaincu après cette lecture.

*** ”Chambres froides” de Philip Kerr

Il vaut mieux être pendu pour loyauté que d’être récompensé pour trahison.
                                                                                Vladimir Poutine

J’avais, dans ‘’l’temps lontan*’’, lu et aimé ‘’La trilogie berlinoise’’ de cet auteur prolifique écossais qui semblait plus concerné par d’autres pays que le sien, sa série principale se passant en Allemagne.
*autrefois

Cet autre roman policier paru en 1994 se situe en Russie, tout juste après la glasnost et la chute du régime soviétique.

Un enquêteur moscovite est envoyé à Saint-Petersbourg, officiellement pour étudier les méthodes de la milice dans leur combat contre le crime organisé, officieusement pour contrôler l’honnêteté des miliciens.

Et, à Saint-Petersbourg, dans cette Russie en plein bouleversement, les mafias pullulent ; ukrainiens, tchétchènes, géorgiens etc, tous profitant de la gabegie étatique, des pénuries alimentaires et de la corruption systématique pour s’enrichir en fraudant le gouvernement et les sociétés caritatives sans se préoccuper des conséquences parfois mortelles sur la population.

Un journaliste d’enquête est assassiné en même temps qu’un géorgien dont l’exécution particulière semble signifier qu’il était un indic.

Nos enquêteurs découvriront un trafic de viande, denrée très rare et très chère, contaminée par des déchets nucléaires.

On comprend l’intérêt des trafiquants quand on apprend qu’un instituteur gagnait 500 rouble par mois alors qu’un kilo de viande ‘’officielle’’ coûtait 158 roubles

Le passage du régime soviétique à une économie libérale a provoqué une chute générale du niveau de vie, une grande misère dans toutes les couches de la société et la naissance de nouveaux riches par des moyens souvent illégaux pendant que certains fonctionnaires, mal payés, essayaient de faire respecter les lois

C’est le fond de ce roman policier beaucoup plus intéressant par son côté historique que par son intrigue

Chambres froides, Philip Kerr, Le Masque, 1994, 315 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je me suis, quand même, posé la question de la validité des informations et des critiques. 

 

*** ”En attendant le jour” de Michael Connelly

À Los Angeles, ils ne jettent pas leurs ordures, ils en font des émissions de variétés pour la télévision.
                                                                                                Woody Allen

 

Après une lecture difficile, le duo Michael Connelly et son enquêteur Harry Bosch sont un de ces vieux pull que j’enfile pour redevenir un lecteur confortable.

Dans ce nouveau roman, j’avais bien le romancier mais avec un nouveau personnage. D’un côté, la tranquillité casanière d’un auteur chouchou de l’autre, l’aventure peut-être hasardeuse d’une nouvelle héroïne.

Nouvelle mais pas néophyte puisqu’elle a eu pendant cinq années un équipier qui ne l’a pas soutenu dans ses problèmes avec sa hiérarchie et qu’elle s’est retrouvée mutée à la brigade de nuit.

Renée Ballard a été élevée à Hawaï par un père surfer qui a disparu en mer. Elle a été recueillie par sa grand-mère paternelle après avoir été abandonnée par sa mère, Femme moderne, adepte du paddle dans la baie de Los Angeles, sans autre attache que sa chienne Lola, qu’elle a sauvée de maltraitance, elle présente un caractère bien trempé mais fait preuve d’empathie pour les victimes.

Dans ce premier roman, elle enquêtait sur une agression violente subie par un prostitué lorsqu’elle se retrouve à l’hôpital pour effectuer les premières constatations sur une des cinq victimes d’une tuerie dans une boîte de nuit.

Alors que les investigations sont dirigées par le chef de la police, qu’elle avait accusé de harcèlement sexuel,  qui veut l’en éloigner , elle se rend compte que l’une des victimes, truand notoire, portait un micro pour faire tomber un ripou* et négocier auprès des juges une peine plus indulgente.
*en verlan : policier pourri

L’affaire se complique lorsque son ancien partenaire est assassiné prouvant que le policier ripou continue à faire le ménage puis, le suspect des violences sur le prostitué l’enlève pour la tuer.

Bien entendu, comme souvent, l’auteur nous entraîne vers de fausses pistes mais quand on connaît Connelly on se doute que le méchant n’est pas celui mis en évidence mais doit faire obligatoirement partie prenante de l’enquête … sinon ce serait injuste pour le lecteur.

Finalement, je me suis senti plutôt à l’aise avec ce nouveau personnage. L’auteur et sa façon de procéder restent les mêmes. le sexe étant la seule différence entre Bosch et Ballard.

En attendant le jour, Michael Connelly, Calman Levy, 2019, 432 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je voudrais bien savoir qui  décide le titre français d’un roman étranger et comment dans ce cas précis on est passé de (traduction libre) ”Sacrée nuit noire” à ”En attendant le jour” en té cas,  il ne fait pas la différence entre le jour et la nuit.

*** ”Confessions d’un enfant de la Chapelle” d’ Albert Simonin

Je me suis rendu compte que j’avais pris de l’âge le jour où j’ai constaté que je passais plus de temps à bavarder avec les pharmaciens qu’avec les patrons de bistrot.
                                                                   Michel Audiard 

Dans son premier roman, ‘’Touchez pas au grisbi’’,  porté au cinéma avec Jean Gabin, Jeanne Moreau et Lino Ventura, Albert Simonin fut un des premiers auteurs de polars a utilisé l’argot parisien.

‘’Les tontons flingueurs’’, l’un de mes films cultes des années 60 est aussi une adaptation, pas très fidèle, d’un autre roman de Simonin ‘’Grisbi or not grisbi’’.

En 1977 il abandonne le roman policier pour écrire son autobiographie ‘’Confessions d’un enfant de la Chapelle » où il décrit son enfance dans un quartier misérable de Paris au début du XXe siècle.

Dans ses confessions, Simonin décrit la misère, les petits trafics, les mœurs des prolos*, les ‘’fortifs**’’ les ‘’apaches***’’ et ses premiers pas dans le mode du travail.
*Ouvriers
**lieux près des fortifications qui entouraient Paris à cette époque
*** Mauvais garçons qui fréquentaient, entre autres, les fortifs

Appartements misérables, sans eau, sans tout-à-l’égout, au chauffage déficient ou inexistant, sans salles de bains, sans toilettes particulières sinon avec de la chance, pour plusieurs étages**, des gogues* à la turque sur le pallier.
*toilettes
**Souvenirs de mon premier appartement au milieu des années 60.

L’Histoire, avec un grand H, parle peu des conditions de vie du peuple et s’attache plutôt aux grands événements qui  marquent l’évolution de la société. Ces confessions semblent dater du Moyen-Âge et pourtant elles parlent de la situation d’il y a à peine une centaine d’années et surprendront les moins de quarante balais*.
*ans

Avec Simonin, Frédéric Dard et Léo Malet, c’est toute la gouaille parisienne qui entre dans la littérature policière. Une langue dite verte, celle de mon enfance, qui a pratiquement disparue car ce langage des rues évolue encore plus vite que les appareils électroniques

Confessions d’un enfant de la Chapelle, Albert Simonin, Gallimard, 1984, 283 pages, Chroniques
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Les notes du Papou :
Exemple de l’argot parisien du temps jadis (mon temps)
J’ai trois plombes et 12 broquilles à ma tocante

Traduction  un jour dans un autre texte qui jactera de Panam.

**** ”Bon rétablissement” de Marine-Sabine Roger

La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon.
                                                                                         Jules Romain

Jean-Pierre, 67 ans, retraité, veuf, sans enfants, se retrouve immobilisé à l’hôpital à la suite d’un accident dont il n’a aucun souvenir.

Cette immobilité forcée l’amène à repenser aux étapes de sa vie, aux petits bonheurs et aux grands malheurs qui l’ont jalonnée.

Durant son séjour il va rencontrer une kyrielle de personnages. Son sauveteur qui se prostitue pour  payer ses études, le policier qui enquête sur l’accident, une jeune mère de 14 ans, et une quantité de personnels  soignants, philosophes, optimistes, débordés  ou déprimés par leur travail.

Lui qui se dit « un constipé du cœur » va, petit à petit, modifier ses certitudes et sa perception de la société qui l’entoure tout en méditant sur son passé.

‘’la perte de temps, voilà ce qui me chagrine. Pas seulement le temps que je pers ici, mais celui que j’ai perdu depuis que je suis né… Une fois mon histoire compactée, une fois le vide évacué, mes soixante-sept ans tiennent dans un mouchoir jetable. »

A la troisième fausse couche, sa femme Annie, morte dans un accident de vélo à 52 ans, a baissé les bras.

« On a tenté de faire avec et puis de faire comme si. Mais on ne vit pas sur des non-dits. Les questions jamais abordées et les mots jamais dits jonchent le sol comme des débris de verre. Après quelques années, le moindre pas fait mal. »

Ses réflexions sur la vie à l’hôpital m’ont rappelé mes propres séjours : « à peine admis ici, on a tout de suite envie de repartir chez soi, comme les chiens qui tirent sur leur laisse pour faire demi-tour quand ils arrivent chez le vétérinaire. Je me sens clébard, la croupe basse et le poil terni. »

Est-ce dû à mon âge, j’ai souvent eu l’impression qu’il clarifiait mes propres pensées :  L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, l’ai des souvenirs.  A mon âge, c’est plus sûr que d’avoir des ambitions. ». 

J’ai encore adoré ce nouveau roman de Marie-Sabine Roger parce que le Jean-Pierre du roman c’est un peu moi à l’hosto, même prénom, même âge à quelques années près, (à ces âges-là la différence compte peu) même pensées un peu ‘’beauf’’ par moment à se demander si l’auteure n’avait pas été quelques temps mon ‘’big brother’’ personnel ».

Il y a quand même une énorme différence , j’ai la chance d’avoir des enfants et des petits-enfants qui m’oblige à ne pas devenir trop con mais je compte bien ressortir de temps en temps la citation suivante en promettant de toujours en citer l’auteure * :

« Ne soyez pas présomptueux : de nous deux, le vieux con, c’est moi. Contentez-vous d’être un jeune con, et ne cherchez pas à brûler les étapes. Tout viendra en son temps, croyez-moi… »

Bon rétablissement,  Marine-Sabine Roger,  Actes Sud, 2015, 221 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :   Une fin un peu prévisible en dépit des efforts de l’auteure pour  la retarder.

Film : Les Vieux Fourneaux de Christophe Duthuron

 

Je ne dors presque jamais en avion. J’essaie d’oublier l’inconfort des sièges, de plus en plus durs, et des places, de plus en plus petites, en me passant,  2 ou 3 films, navets ou super-productions peu importe du moment que je ne pense plus aux noyaux de cerises qui me maltraite le postérieur.

Avant de vous parler du film je dois d’abord vous dire que j’adore la série de  BD des ‘’vieux fourneaux’’ de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet , que je l’ai toute lue depuis le numéro uno intitulé ‘’Ceux qui restent’’ ou ‘’Le loup en slip’’ et je viens de terminer le numéro 5 : ‘’Bons pour l’asile’’.

Je demander pardon aux dieux de la BD de ne pas vous parler plus souvent de cette littérature qui fut un pourvoyeur constant de mes lectures juvéniles, et qui m’offre encore régulièrement beaucoup de plaisirs.

Les vieux fourneaux rassemblent des personnages du quatrième âge voir du cinquième, Pierrot un anarchiste, Antoine un ancien syndicaliste pur et dur et Mimile un ancien rugbyman, revenu au pays après avoir fait l’aventurier dans les mers australes .

Trois anciens copains d’enfance qui firent les beaux jours du bêtisier infantile de la région.

J’avais un peu peur d’être déçu par le film, ce fut tout le contraire. Antoine-Roland Giraud est excellent comme syndicaliste qui, après le décès de Lucette son épouse, apprend qu’elle avait eu une aventure avec le patron de la société contre qui il s’était battu toute sa vie. Il décide d’aller le dézinguer en Toscane ou il s’est retiré, Se lancent à sa poursuite Pierre Richard magnifique dans le rôle de Pierrot ,Mimile- Eddy Mitchell et la petite fille d’Antoine, Sophie jouée par Alice Pol, très convaincante bien que ne ressemblant pas au modèle de la BD .

J’ai donc passé un excellent moment et oublié pour un temps  mes problèmes de confort fessier.

A voir pour ce grand comique qu’est Pierre Richard que les producteurs et les réalisateurs ont mis sur les tablettes trop longtemps pour des raisons inconnues et… dont je me fiche. Il reste un des grands acteurs comiques de ma génération.

Les vieux fourneaux, (Film), Christophe Duthuron avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Roland Giraud et Alice Pol

** “Choucroute maudite” de Rita Falk

Je sais que la bière fait grossir et que je devrais y renoncer. Mais j’ai préféré renoncer à la coquetterie.
                                                                                   Michel Audiard

Après une grosse bavure, le policier Franz  Eberhofer a  été muté dans sa petite ville Bavaroise d’origine, où il ne se passe pas grand-chose.

Il vit entre son père, fan absolu des Beatles, sa Mémé, forte femme adepte des ventes à rabais et cuisinière hors pair, le bar restaurant de son ami Simmerl et sa copine avec qui les relations sont plutôt tendues.

La famille Neuhofer n’a pas beaucoup de chance. Après le décès par électrocution  du père, on retrouve la mère morte dans la forêt et quand l’un des deux frères  est écrasé par un container, notre policier devient légèrement suspicieux, surtout après qu’un magnifique terrain le long de la route principale, que la famille ne voulait pas vendre à une société de station service, est finalement vendu par le dernier frère.

À partir de si peu d’éléments, notre policier se fait un film d’Hollywood qui va l’entraîner dans un tas d’aventures plus farfelues les unes que les autres où se mêlent une blonde incendiaire, un soit-disant architecte et livreur de produits alimentaires, un ancien collègue viré après avoir châtré un pédophile à coup de pistolet, devenu depuis détective  privé, 

En lisant ses aventures j’ai eu l’impression de trouver un Frédéric Dard teuton, je devrais plutôt écrire une Frédérique Dard teutonne puisque l’autrice se nomme Rita Falk et que, sauf erreur, Rira est un prénom féminin*
* J’ai vérifié.

Non, Franz Eberhoher, adepte de bière et de plats germaniques  aussi légers sur l’estomac que l’humour d’un hippopotame sur la rate, n’est pas un succédané de San Antonio mais plutôt un hybride de Bérurier et de Pinaud, ses deux acolytes  plus cousins des Pieds Nickelés  que  cadors de la Police Judiciaire. 

Il faut aimer le genre, mais l’ancien admirateur de San A,  que je suis, y a presque retrouvé une nouvelle  jeunesse.

Choucroute maudite, Rita Falk, Mirobole Editions, 2017, 256 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou Les recettes de la Mémé à la fin du roman, quoique intéressantes, ne m’ont pas fait saliver.

 

*** “Un blues de coyote” de Christopher Moore

Traitez bien la terre, elle ne vous a pas été donnée par vos parents,
elle vous a été prêté pour vos enfants.
                                                                                                Crazy Horse

Tout a commencé avec une erreur de «blues». L’Héritière m’avait conseillé de goûter aux bretzels d’un polar titré « Bretzel blues » (moi qui suis un régime drastique sans sel). Mon subconscient a dû réagir et je me suis retrouvé avec un coyote ce qui  s’est certainement avéré moins préjudiciable pour ma santé.

Dans la mythologie dAbsarokee, que les envahisseurs nommèrent Crows, Vieux Bonhomme Coyote est le dieu créateur qui, après les montagnes et les rivières, façonna les indiens.

C’est un dieu limite catastrophe. Hâbleur, menteur, voleur, pas toujours un mauvais bougre, puisqu’il créa aussi pour la chasse, le bison et les chevaux, mais pas non plus un Dieu de bonté et de savoir vivre.

Adolescent, Samson–Chasseur-Solitaire, a du fuir la réserve de ses ancêtres après  avoir accidentellement tué un policier. Devenu  Sam Hunter, un vendeur à pression d’assurance, la rencontre d’une jeune (et jolie)  femme, la perte de son logement et de son emploi, la présence lancinante d’un vieil indien libidineux qui apparaît et disparaît brusquement et d’un coyote qui sème la perturbation, vont l’obliger à revenir sur son passé.

Christopher Moore réussit à nous faire accepter le mélange d’une légende mystique amérindienne  dans notre monde sceptique et matériel.
Ce  n’était pas gagné d’avance mais, ça marche.

Un joli moment de lecture qui m’a fait complètement oublié les bretzels … un conteur à suivre.

Un blues de coyote, Christopher Moore, Folio, 2005, 448 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Quelques clichés sur les amérindiens qui, même pour la bonne cause, me fatigue.

 

*** “Toute la ville en parle” de Fanny Flagg

Les Etats-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation.
                                                                                                Oscar Wilde

J’aime beaucoup Fanny Flagg. Après « Beignets de tomates vertes », son meilleur, « La dernière réunion des filles de la station service », « Miss Alabama et ses petits secrets » et  « Nous irons tous au paradis » je ne pouvais décemment pas passer à côté de son dernier bouquin.

Cette merveilleuse auteure nous raconte, cette fois,  la création et l’évolution d’un village du Missouri depuis les premiers colons venus de Suède à la fin du 19 ème siècle jusqu’à nos jours.

En un peu plus d’un siècle et demi, on suit l’évolution de la société américaine. L’abandon progressif des coutumes et des qualités d’entraide des premiers pionniers venus d’Europe, remplacées progressivement par le pouvoir de l’argent et de la réussite sociale des descendants devenus des nouveaux américains.

On retrouve, dans ce dernier opus, des  événements  et des personnages de ses romans précédents.  Mais   Fanny Flagg reste une chroniqueuse de la vie des petites villes de l’Amérique profonde  et agit comme une conteuse de veillée, ceci peut expliquer cela. 

J’ai moins apprécié  qu’elle fasse  parler les morts du cimetière, cela permet de suivre et de comparer  les changements sociétaux mais m’a laissé un tantinet sceptique d’autant que certains disparaissent au bout d’un certain temps mais pas tous et qu’elle ne nous dit pas ce qu’ils deviennent.

OK, je chipote, et ce roman est une chronique et non une thèse sur l’évolution après la mort.

Et ce cimetière, à son tour, sera abandonné, tout passe, tout change. Le présent remplace sans vergogne le passé comme le futur le fera du présent. Je suis moins négatif ou peut-être pas américain du tout ou trop vieux mais je crois que de connaitre et se souvenir d’hier  est important pour notre demain.

Malgré certains   défauts de ce livre,  je ne change pas d’avis, Fanny Flagg est une des meilleurs conteuses américaines que je connaisse.

Toute la ville en parle, Fanny Flagg, Cherche Midi, 2019, 512 pages, Chroniques.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  L’idée générale qui se dégage du roman est que c’était bien  mieux avant….pas sûr …ou…  pas faux, ça dépend.

 

 

** ” Grands Zhéros de l’Histoire de France” de Clémentine Portier-Kaltenbrach

Ils firent parler d’eux, non pour le meilleur mais pour le pire.
                                                                                   Clémentine Portier-Kaltenbrach

L’Histoire de France qu’on nous apprenait au siècle dernier avait souvent des effluves patriotiques, ce qui était ni déplorable ni désagréable.

Nos livres scolaires mettaient l’emphase sur les grands hommes et leurs victoires et abordaient plus discrètement leurs défaites.

Le bilan de mes études est que je me souviens des victoires de Marignan, seule date facile à se rappeler, d’Austerlitz ou de la Marne et j’ai complètement et sciemment occulté Alésia ou Waterloo.
*J’ai d’autres souvenirs, si, si,  mais ce n’est pas la finalité de ce billet

On se souvient donc, ou pas, des grands hommes et de leurs actions, on oublie les erreurs mais qu’en est-il de ceux qui les ont commises,  célèbres au moment  de leurs actions stupides, puis complètement  plongés dans les limbes de l’oubli de l’Histoire.

C’est le propos de ce petit livre de Clémentine Portier-Kaltenbrach où on retrouve des personnages  comme les « les rois fainéants », terme générique qui rassemble une litanie de rois aux noms oubliés sauf Dagobert et sa culotte,   Kerguelen, plus connu pour ses îles que pour son courage, Pierre Charles Sylvestre de Villeneuve, responsable de la défaite de Trafalgar, Grouchy et ses fraises* que Napoléon attend toujours dans ce lieu sciemment oublié, ou Émile Ollivier, premier ministre qui juste avant la guerre de 1870 déclarait « A aucune époque, la paix n’a été plus assurée qu’aujourd’hui. »
*il est vrai qu’on se souvient un peu de lui, le cinéma l’ayant sorti des oubliettes.

Il y en a d’autres aussi nuls mais comme ce petit livre très intéressant n’a que 302 pages, autant  le lire pour vous rendre compte que certains nuls d’aujourd’hui, qui se prennent pour des grands décideurs, n’auront que quelques lignes dans le dictionnaire de l’Histoire ou seront complètement  oubliés.

Grands Zhéros de l’Histoire de France, Clémentine Portier-Kaltenbach, JC Lattès, 2010, 302 pages, Histoire
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Le bémol du Papou : Quelques difficultés à comprendre qui sont les zhéros mentionnés comme quasi nuls mais pas complètement.