**** “Là où les chiens aboient par la queue” d’Estelle-Sarah Bulle

Bon san pa ka manti*
*Bon sang ne peut mentir

Parfois le choix d’une future lecture se décide par le bouche à oreille, par le papier d’un blog enthousiaste, par l’idée de retrouver une ou un auteur(e) qui nous avait enchanté lors d’une lecture antérieure, rarement parce que le titre nous intrigue, ce qui, je l’avoue,  était le cas pour celui-ci.

Cela peut malheureusement se terminer par un échec, comme  pour le  roman précédent, choisi par le BAO*,  qui fut en un demi-siècle de lecture mon troisième abandon**
*Bouche À Oreille 
**J’y reviendrai peut-être un jour… ou pas

Celui-ci m’a enchanté et  redonné le goût de lire à tout moment tellement j’étais pris dans l’histoire de cette famille guadeloupéenne.

Une jeune maman, née, en région parisienne, d’un père guadeloupéen et d’une mère originaire du nord de la France, avait adoré  les quelques vacances qu’elle avait passé à Morne-Galant, auprès de son grand-père. Après la mort de celui-ci, l’envie de   connaitre  le passé  de sa famille antillaise l’obsède et elle demande à ses tantes et à son père de lui  raconter la Guadeloupe avant leur exil vers la métropole. 

À la naissance de ses deux tantes, l’île vivait encore  de l’économie qui avait enrichi la minorité blanche (les békés) en utilisant les esclaves venus d’Afrique. L’effondrement de l’industrie sucrière, la mauvaise gestion des  gouvernements de la métropole et des élus issus des grands propriétaires a entraîné l’arrivée de la modernité et du béton, mais aussi des révoltes dont celle de 1968, avec en finalité l’exode de millier de guadeloupéens vers la France.

Des années 40 à nos jours, c’est toute l’histoire de cette île qui défile sous nos yeux avec ses personnages colorés : le grand-père Hilaire surnommé Gros-Vaisseau, qui traitait ses enfants comme ses animaux : un verre de tendresse, un seau d’autorité et un baril de « débrouyé zöt *», Apollone, la fille aînée devenue Antoine, un « nom de savane » utilisé pour embrouiller les mauvais Esprits, « un bel ti fanm’ **» un peu « dek-dek*** , Lucinde que sa mère, une petite blanche des hauts (comme on les nomme à La Réunion) aux yeux bleus, appelait « Minette » et dont la couleur caramel disait qu’elle était née « sauvée**** », Petit-frère le père de la narratrice,  man Nonore la cousine mariée à un riche entrepreneur de pompes funèbres, man Pilote et ses petits commerces, Tatar le mari de Lucinde à la peau chapée***** …
* Débrouillez-vous
++Une belle petite femme
*** fou, folle
****  Métis à la peau claire
*****  de “échapé”, métis à la peau presque blanche 

Un beau récit qui m’a rappelé combien j’avais regretté, et combien je regrette encore,  de ne pas avoir demandé à mon grand=père de me raconter sa vie avant son immigration. 

Il faut  poser des questions à nos ascendants, si on a la chance de les connaitre, sinon on perd une partie de notre histoire qu’on ne  retrouve malheureusement jamais.

PS:  Cé la chyen ka japé pa ké   (Là où les chiens  aboient  par la queue) : Dans un lieu perdu loin de tout 

Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah Brulle, Liana Levi, 2018, 283 pages
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  C’est l’histoire d’une famille avec sa partialité bien sur mais cela ne m’a absolument pas dérangé.

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4 réflexions au sujet de « **** “Là où les chiens aboient par la queue” d’Estelle-Sarah Bulle »

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