**** ”Confiteor” de Jaume Cabré

Je veux te dire que nous sommes tous, nous et nos affects, un putain de hasard : que les gens se heurtent, se trouvent ou s’ignorent également par hasard. Tout arrive au petit bonheur à la chance.
                                                                                              Jaume Cabré



”Ce n’est qu’hier soir que j’ai compris que naître danscette’famille avait été une erreur impardonnable.’’

Ainsi débute ce vertigineux et improbable roman. Une phrase sans équivoque sur sa nature plutôt mélancolique qui va subsister tout au long des presque huit cent pages.

Adria, un petit enfant sans amour parental, ballotté entre un père qui veut en faire un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose,  deviendra un adulte sans Dieu.

Il rencontrera l’amitié de Bernat, Une amitié teinté de jalousie et pleine de malentendus. Il tombera amoureux de Sara qui disparaîtra un jour…pour revenir plus tard et apprendra que cette séparation avait été orchestré par leurs deux mères. Devenu un professeur réputé parlant plus d’une dizaine de langues dont certaines mortes, c’est à sa bien aimée, qu’à la fin de sa vie, il écrit l’histoire de sa famille et de leur fortune douteuse

Un violon d’exception, une médaille religieuse et un linge de table souillé sont les fils rouges qui relient les nombreuses péripéties qui éclatent à chaque chapitre comme des bulles de savon dont on ne sait d’où elles viennent et où elles s’en vont.

l’auteur nous promène entre l’inquisition et la Shoah, les frasques du père d’Adria qui, pendant ses études religieuses, abandonna le froc pour une jouvencelle pour la quitter enceinte de ses œuvres. Entre le monastère de San Pedro de Burgal et la mort du Frère Julia de Sau ,excommunié vingt ans plus tôt par l’inquisition, l’assassinat d’un médecin des pauvres au Congo, les expériences de médecins SS à Auschwitz et une lapidation au Moyen-Orient tout se croise, se chevauche dans le même paragraphe parfois dans la même phrase.

L’histoire aurait pu être très simple et pourtant il m’a fallu plus d’un mois pour le finir tellement le style en est compliquée.

D’abord réticent à ce style fantasque de Cabré, j’ai essayé de vouloir tout comprendre de vouloir tout remettre dans l’ ordre normal. (je devrai écrire habituel, d’une histoire) Énervé, je n’avançais pas. J’ai pensé abandonné jusqu’au moment où j’ai compris* que cela ne servait à rien, qu’il fallait se laisser transporter par ce style fou et que la compréhension, si compréhension il y aurait, surviendrait bien à un moment.
*aidé de l’Héritière

Elle s’est lentement immiscée au fur et à mesure des épisodes racontées ou rêvées par Adria surtout dans le troisième tiers du livre quand ce dernier…
Mais, je ne vous en dit pas plus sinon, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, lisez-le sans appréhension, sans contrainte et surtout sans idées préconçues.

PS : Je ne suis pas un relecteur et Cabré  m’a expliqué pourquoi :

-De temps en temps je dois relire même si je ne relis que ce qui est digne du privilège de la relecture
-Et qu’est-ce qui rend digne de ce privilège?
-La capacité de fasciner le lecteur; de le faire s’émerveiller de l’intelligence qui se trouve dans le livre qu’il relit, ou de la beauté qu’il génère Cela dit, la relecture, par sa nature même, nous entraîne dans une contradiction.
Un livre qui ne mérite pas d’être relu ne mérite pas davantage d’être lu. Mais avant de le lire nous ne savions pas qu’il ne méritait pas

Le très beau texte de l’Héritière sur ce roman est .

Confiteor, Jaume Cabré, Actes Sud, 2013, 786 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Lecteurs compulsifs s’abstenir.

 

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6 réflexions au sujet de « **** ”Confiteor” de Jaume Cabré »

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