Archives de catégorie : Lecture

**** “Assassins et poètes” de Robert Van Gulik

Prévenir la trahison, débusquer le faux ami, le parent jaloux, le traite avant qu’il inocule son venin est une opération aussi complexe que de nettoyer l’anus d’une hyène.
                                                                                       Ahmadou Kourouma

Relecture d’un titre d’une série que j’ai adorée il y a des lunes.

Elle  met en vedette le juge Ti qui au 7ème siècle de notre ère, enquête sur des crimes dans les différentes provinces de l’empire  chinois où il est nommé.

Invité par son confrère le juge Lo à un banquet où la poésie serait à l’honneur, avec la présence d’un ancien président de l’Académie Impériale, d’un illustre poète et de Yo-Lan, une poétesse, ancienne courtisane retirée du monde pour se consacrer à la religion, le juge Ti se retrouve mêlé à l’enquête sur l’assassinat de l’étudiant Song.

Seulement, accusée de la mort de sa servante, Yo-Lan  arrive en tant que détenue,   en route pour la capitale pour être jugée. Le meurtre pendant le banquet de Petit Phoénix, une danseuse qu’elle avait recommandée, complique encore plus cette situation.

Les enquêtes du juge Ti ne sont jamais linéaires et plusieurs événements initialement sans rapport les uns avec les autres vont souvent s’avérer complémentaires dans la  solution.

La mort de Song, considérée au début comme crapuleuse semble plutôt  indiquer  que son meurtrier voulait l’empêcher de poursuivre ses recherches sur l’un de ses ancêtres condamné à mort pour trahison.

Il faudra toute la sagacité de Ti, et des révélations  de Yo-Lan, pour confondre le meurtrier.

Une touche  de fantastique dans cette Chine du VIIe siècle  ajoute un certain charme aux enquêtes de notre juge.

Assassins et poètes, Robert Van Gulik, 10/18, 1999, 279 pages, Policier historique
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Le bémol du Papou : J’aimerai bien que l’Héritière me trouve d’autres titres de la série.

*** “Les noyées du grau* de Narbonne” de Marc Paillet

 On oublie l’origine d’un parvenu s’il s’en souvient ; on s’en souvient s’il l’oublie.
                                                                                              John Petit-Senn

*grau : Grau est un terme occitan signifiant « estuaire » ou « chenal »

Doremus, un des assistants  des missi dominici Erwin et Childebrand, est en visite chez son cousin le drapier Geroul à Narbonne lorsqu’on retrouve le cadavre d’une jeune femme, noyée, les mains attachées dans  le dos. La jeune victime, Laetitia, fille d’un important négociant, était l’épouse du fils d’un gros propriétaire terrien de la région.
Pressentant une situation  grave pour la région, Doremus  envoie un message à l’abbé Erwin.

Même si les officiers du comte de Narbonne Sturnion sont chargés de l’enquête, Doremus commence à poser quelques questions autour de lui et ne comprend pas les réticences de ses interlocuteurs, incluant son cousin,  à commenter ce meurtre.

Lorsqu’on retrouve dans le même grau Laure,  la bru de Geroul, tuée de la même manière, Doremus renouvelle ses craintes par écrit et à la surprise de voir arriver quelques   jours plus tard, Erwin accompagné du comte Childebrand,  qui s’était mis en route dès réception de la première lettre.

L’enquête s’enlise dans les marais entourant Narbonne quand une troisième victime est retrouvée au même endroit et dans les mêmes conditions. Leoda était l’épouse d’Aymeric, un  armateur parvenu.

Toutes les informations que reçoivent les enquêteurs indiquent que les trois couples s’entendaient bien pourtant Laure avait quitté son époux pour vivre avec un marchand d’esclaves à la réputation douteuse, Laeritia venait d’apprendre qu’elle avait été adoptée et voulait en informer toute la bourgeoisie narbonnaise et une amie de Leoda avait signalée qu’elle n’était plus heureuse dans la nouvelle vie prétentieuse de son mari.

On pouvait supposer que l’un des maris, au moins,  était impliqué dans ces meurtres mais tous les trois ont de solides alibis et il faudra toute la sagacité de l’abbé Erwin pour solutionner cette série de meurtres.

Les noyées du grau de Narbonne, Marc Paillet, 10/18, 2000, 258 pages, Policier historique.
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Le bémol du Papou : Lady Agatha Christie avait déjà utilisé une situation identique ce qui n’est pas une surprise car elle a presque tout « inventé » dans les affaires criminelles.

*** “Les vikings aux bracelets d’or” de Marc Paillet

Le pouvoir est toujours dangereux. Il attire le pire. Et corrompt le meilleur.
                                                                                   Ragnar Lothbrock 

Les Danes* ravagent les côtes européennes et aident les ennemis de l’empire franc. Charlemagne décide d’envoyer le saxon Erwing et ses compagnons habituels comme ambassadeur auprès de leur roi.
*Vikings

Peu de temps après leur arrivée, leur hôte Erik Le Bègue est assassiné provoquant des tensions entre divers clans qui convoitent son héritage.

Atli le batailleur, son fils d’un premier mariage, Brand le sage, le fils du frère aîné d’Erik, et Gudruin sa nouvelle épouse au nom de son fils Svan, âgé de 3 ans, s’accusent mutuellement du crime.

Un Thing, une  assemblée de justice, est convoquée, dirigée par Knut Barbe-Blanche le landsman du “pays” de Haithabu. Avant même les premiers témoignages, l’intendant du roi est assassiné au milieu de la foule et le landsman accuse Doremus, un des assistants d’Ewing,  présent à cette réunion.

Erwin se trouve dans l’obligation  de défendre son compagnon et l’ambassade franque se retrouve, malgré elle,  impliquée  dans ces querelles claniques.

Un drakkar en construction appartenant à la victime et dont la guilde des marchands possède une part est incendié et un membre de l’association est retrouvé assassiné près du bateau. Dans les coutumes nordiques l’incendie d’un drakkar  est aussi  grave sinon plus qu’un meurtre. 

Ragnar, le chef des marchands, demande officiellement à Erwin d’enquêter sous la protection de la guilde.
Notre abbé saxon se doute que ces événements cachent un plan machiavélique et envoie chercher du renfort armé. Il a la surprise de voir arriver son compère habituel,  le Comte Childebrand avec une troupe de soldats impériaux.

Si nos  missi dominici réussiront à solutionner ces crimes, leur ambassade restera infructueuse, le roi Godfried refusant absolument tout entretien.

Erwin pourra quand même expliqué au monarque franc, qu’étant donné le système viking, un accord éventuel n’aurait eu aucun intérêt, chaque chef de clan pouvant prendre des décisions sans l’accord de son roi.

Fan ou non de cette série, on apprend comment vivaient ces intrépides marins  “normands” qui ont longtemps pillé les côtes de l’Europe et navigué , dit-on, jusqu’en Amérique.

Les Vikings aux bracelets d’or, Marc Paillet, 10-18, 1999, 282 pages, Policier historique
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Le bémol du Papou : Drôle de vikings sans casques à cornes. Notre image d’Epinal en prend un coup.

 

*** “Le secret de la femme en bleu” de Marc Paillet

L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges et l’âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier.
                                                                  François René de Chateaubriand 

Le comte Childebrand et l’abbé Erwin,  missi dominici de Charlemagne,  sont les héros de cette série.

L’empereur envisage de se rendre dans  sa résidence impériale de Thionville où vit Regina sa favorite.
La première dame d’atours de celle-ci et ses deux enfants sont assassinés et deux coffres contenant les sommes destinées à remettre le palais en état sont dérobés.

Charlemagne envoie son cousin Childebrand, sans son compère Erwin, pour enquêter sur ces meurtres sordides et sur ce vol. Erwin est-il en disgrâce où le testament en préparation pour le partage de l’empire l’oblige-t-il à ne faire appel qu’à sa parenté ?

Dès son arrivée, Childebrand se rend compte du laxisme  des responsables du domaine  aussi bien dans la protection du site que dans l’enquête qui a suivi les crimes, de nombreuses questions  en découlent.

La pièce où la suivante a été assassinée devait être celle de la favorite. Le vol est-il la principale raison des événements ? La  mort de la favorite et de ses deux enfants, fils de l’empereur,  était-elle  prévue ?

Cet opus n’est pas exactement la suite du  «  spectre de la nouvelle lune » mais il est préférable de les lire dans l’ordre puisque les actions et ls motivations d’un certain nombre de personnages s’expliquent  mieux.

Childebrand, beaucoup plus habile dans le maniement des troupes et des armes a du mal, en dépit de l’aide de ses acolytes habituels, à percer « le secret de la dame en bleu », heureusement Erwin qui fait retraite dans une abbaye proche va l’aider  discrètement pour ne pas froisser l’empereur.

Ce dernier sera-t-il vraiment dupe ?

Ce nouveau tome effleure le futur héritage de Charlemagne auquel succédera  les   guerres de succession.

Le secret de la femme en bleu, Marc Paillet, 10-18, 1998, 251 pages, Policier historique
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Le bémol du Papou :  J’aurai aimé plus de précisions sur ces aquitains qui refusent la domination de l’empereur.

 

*

 

 

** “Terreur dans les vignes” de Peter May

A la première coupe, l’homme boit le vin, à la deuxième coupe le vin boit le vin, à la troisième coupe, le vin boit l’homme.
                                                                         Proverbe japonais

Enzo Macleod est un ancien médecin-légiste écossais  installé en France  qui,   comme  détective amateur, tente d’élucider un certain nombre de mystères comme la disparition de Gil Petty un célèbre critique américain d’œnologie.

C’est planté comme un épouvantail dans un vignoble de Gaillac qu’on retrouve, un an plus tard,  son cadavre qui semble avoir longuement séjourné dans du vin.

Les jugements des experts comme  Petty peuvent ruiner un viticulteur mais de là à l’assassiner. Enzo recherche  les dernières notes du critique qui pourraient lui donner une direction dans ses  recherches.

Les relations de notre détective avec les nombreuses femmes qui l’entoure sont souvent tendues. Enzo joue les vieux beaux sur le retour d’âge  entre sa petite amie et la fille de l’œnologue,  a du mal à s’entendre avec (sa ou) ses filles (je n’ai pas bien compris le rapport entre elles*), car il n’aime pas leurs compagnons,  et n’arrive pas a obtenir de  sa collaboratrice qu’elle suive ses instructions.
* et je n’ai pas cherché

D’autres disparitions ont eu lieu dans la région et quand réapparait  un deuxième cadavre qui  a séjourné, lui-aussi, dans du vin, la gendarmerie  s’affole.

Heureusement pour eux, et pour le lecteur, Enzo est là et risquera d’être à son tour  plongé dans  le vin de Gaillac au lieu de s’en imbibé normalement.

Un petit roman policier distrayant dont le principal intérêt est de nous présenter les vins de la région mais dont l’intrigue reste très superficielle et la solution plutôt alambiquée  et ambigüe

Peter May est un auteur prolixe aux sujets variés. Sa trilogie sur les îles Hébrides  fut un de mes coups de cœur en 2012.

Cette nouvelle série n’aura certes pas le même impact sur ma mémoire de lecteur.

Terreur dans les vignes, Peter May, Editions du Rouergue, 2016, 368 pages, Policier
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Le bémol du Papou : Trop facile pur un auteur écossais  de critiquer  la gendarmerie française. 

** “Bretzel blues” de Rita Falk

Quand vous voyez un flic dans la rue, c’est qu’y a pas de danger. S’il y avait du danger, le flic serait pas là.
                                                                                                      Coluche

Revoilà  Eberhofer, le policier héros de « Choucroute maudite » qui patrouille  tranquillement  son paisible village après avoir été muté de Munich pour faute professionnelle.

Enfin paisible , pas toujours,   cette fois c’est le directeur du collège qui lui demande de venir illico constater le graffiti géant qui orne sa maison et qui ne laisse aucun doute sur les sentiments de son auteur « crève, sale porc ».

Que peut faire un policier « zélé » dans un cas aussi flagrant ?  Rien, répond Eberhofer qui repense è son petit-déjeuner écourté par l’appel de l’insulté.

Mais la tranquillité du policier va de nouveau être mise à mal par la disparition soudaine du proviseur, son retour au bout de quelques jours et finalement sa disparition définitive causée par son passage sous les roues d’un train.

Suicide ? Eberhofer l’a rencontré le jour de son retour et il ne semblait absolument pas dépressif.  Zélé,  il continue à chercher le pourquoi de ce décès suspect.

Si vous ajouter à ses problèmes de fonction, la nouvelle “rejetonne” de son hypocrite de frère qui ne se calme que dans ses bras et sa copine  tombée amoureuse d’un italien pendant ses vacances, on ne peut pas dire qu’Eberhofer nage dans la sérénité.

Le retour d’un ancien copain d’enfance parti s’engager dans la légion étrangère quand sa fiancée lui avait annoncé être enceinte, la dite fiancée et leur fils maintenant ado et camé complète le tumulte qui perturbe sa quiétude et ses délicieux repas préparés par sa mémé .

Mais que vient faire le directeur du collège dans cet imbroglio ?

Ebehofer va trouver, bien sur, et va nous démontrer que dans les petits villages, la  tranquillité apparente cache souvent de  glauques turpitudes.

Irrévérencieuse; insolente, l’écriture de Rita Falk se complet dans l’humour un peu lourd de la bouffonnerie et réussit à nous faire passer de joyeux moments de lecture.

Bretzel blues, Rita Falk, Mirobole, 2018, 256 pages, Policier
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Le bémol du Papou :  Je n’ai vraiment aucune attirance pour les fameux repas de la mémé et ses recettes, en fin de livre, ne me font pas saliver. Disons que j’ai  peu de notions de la cuisine bavaroise…. à part la bière.

**** “Le spectre de la nouvelle lune” de Marc Paillet

Si la population savait avec quelle idiotie elle était gouvernée, elle se révolterait.
                                                                                                           Charlemagne

En cette année 804, le roi Louis d’Aquitaine, fils de Charlemagne  demande au comte Childebrand et à l’abbé Erwin d’enquêter sur les événements tragiques qui perturbent la Brenne, région marécageuse située à l’ouest de Chateauroux, entre Creuse et Indre.

Outre deux femmes noyées et une « sorcière » retrouvée empalée, plusieurs disparitions suspectes, l’assassinat d’un fermier et de son fils  et l’apparition, les nuits de pleine lune  d’un spectre blanc, sèment la crainte dans cette région pauvre et peu peuplée.

Pendant que Childebrand s’entretient avec le comte Sturdius et l’archevêque Ermembert qui dirigent le Berry, dont fait partie la Brenne, Erwin constate que les rumeurs contradictoires sont loin de correspondre à la réalité et que les enquêtes entreprises par le viguier *  Guntran et ses acolytes ont été superficielles.
*magistrat qui rend la justice

Tout en semant une certaine  crainte, il apparaît rapidement qu’une bande violente,  soutenue par une partie de la population car elle la protège de certaines exactions,  pratique des cérémonies orgiaques durant les pleines lunes.

Plusieurs meneurs, toujours masqués, semblent diriger la bande et leurs apparitions simultanées dans plusieurs endroits vont troubler Erwin qui est enlevé et séquestré alors que l’étau se resserre sur les malandrins.

Bien entendu je ne vous dirai pas qui sont leurs chefs, ni les raisons de leurs actions, ni ce qui est advenu d’ Erwin mais je veux bien vous dévoiler que l’histoire de l’Aquitaine et sa reconquête par les fils de Charles Martel sont très étroitement liées aux événements.

J’aime beaucoup les romans policiers de Marc Paillet dont les enquêtes sont menées par l’abbé Erwin et le Comte Childebrand, missi dominici* de Charlemagne, qui nous plongent avec une véracité historique dans ce Moyen-âge souvent méconnu.
*Inspecteurs royaux chargés des enquêtes

Le spectre de la nouvelle lune, Marc Paillet, 10-18, 1997, 300 pages, Policier historique>
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 Le bémol du Papou : L’auteur  avait semé quelques indices sur le pourquoi mais nous surprend sur le qui.

**** ”Au royaume des aveugles” de Louise Penny

Bientôt, nous serons balayés par une vague de barbarie sans précédent. On en voit déjà les prémices. Et franchement qui viendra pleurer sur notre sort ? Nous gaspillons par égoïsme et par cupidité l’héritage de nos aïeux.
                                                                                             Bernard Minier

 À la suite de sa dernière enquête dans le milieu des trafiquants de drogue qui s’est terminée par une grave blessure à Isabelle Lacoste, son ancienne agente devenue chef de la section des homicides, et par la disparition d’une partie des stupéfiants, plus dangereux que le fentanyl, Armand Gamache a été déchargé de ses fonctions en attendant les résultats de l’enquête sur ce fiasco.

Il reçoit une lettre d’un avocat et se retrouve exécuteur testamentaire, en compagnie de  Myrna, l’ex-psy devenue libraire au village et un entrepreneur en construction Montréalais, d’une ancienne femme de ménage de Three Pines, qu’aucun d’entre eux ne connait.

Un testament farfelu qui parle d’une fortune qui n’existe pas, de propriétés en Autriche et en Suisse et d’un titre de baron lui aussi imaginaire.

Pour comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire, les exécuteurs rencontrent les trois héritiers directs de la ‘’baronne’’ et apprennent qu’une légende dans leur famille parlait de ces biens et de ce titre.

Le malaise de Gamache s’accentue après la découverte du meurtre du fils aîné dans leur vieille maison familiale devenue une masure prête à s’écrouler.

Pendant ses recherches sur cette bizarre  succession, Gamache fait suivre Amelia Choquet qu’il a fait virer de l’école de police en espérant qu’elle le mène à la drogue disparue.

Une histoire complexe digne des plus grands romans policiers qui passionne le lecteur jusqu’à la dernière page.

Louise Penny a eu l’intention d’abandonner l’écriture à un moment difficile de sa vie et cela aurait été bien dommage.

Au royaume des aveugles, Louise Penny, Flammarion, 2019, 442 pages, Policier
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Le bémol du Papou : Serait-ce le dernier des Gamache ? J’espère que non.

**** ”La tête en friche” de Marie-Sabine Roger

Aimer, c’est donner rendez-vous au bonheur dans le palais du hasard.
                                                                                                Abel Bonnard

L’homme dont l’esprit n’est pas sans culture, qui peut franchir sur les ailes de la pensée l’étroite enceinte où il est placé, n’éprouve d’ennui nulle part. 
                                                                                                      Antoine Jay

Je continue l’exploration des titres de cette autrice que j’apprécie.

Dès la première phrase je savais que j’allais aussi adorer celui-là :
‘’J’ai décidé d’adopter Margueritte. Elle va bientôt fêter ses quatre-vingt-six ans, il valait mieux pas trop attendre. Les vieux ont tendance à mourir.’’  

Germain Chazes sait bien qu’il n’est pas une lumière et l’incompétence de son maître d’école la désabusé d’apprendre ou de comprendre. 

À plus de quarante ans, Germain, né d’une mère monoparentale dont les seuls gestes d’amour étaient des taloches et les mots gentils des insultes. mène une petite vie tranquille entre ses potes de bistro, sa copine et ses petits boulots de manutentionnaires en CDD, cultivant son petit jardin et sa réussite personnel de chômeur internittent.

‘’Lorsque j’ai rencontré Margueritte, j’ai trouvé ça compliqué, d’apprendre le savoir.’’

Cette phrase pourrait être le résumé du roman.

Margueritte est une ancienne chercheuse qui a beaucoup voyagé, qui a gardé un esprit ouvert et une âme d’enfant et qui va trouvé en Germain une âme identique dans un esprit encore fruste et va l’ouvrir tout doucement, et sans intention avérée, à la connaissance.

Tous les personnages principaux des romans de Marie-Sabine Roger ont de gros problèmes de santé physique ou mentale et loin d’en faire des histoires misérabilis, elle utilise avec délicatesse l’humour. la dérision et l’espoir, surtout l’espoir, pour nous faire réfléchir aux malheurs des autres, à les comprendre et à les aimer malgré leurs différences.

Ces histoires sont des friandises à déguster, une médecine douce  qui  apportent le calme dans nos cœurs et l’espérance dans nos vies.

.La tête en friche, Marie-Sabine Roger, Éditions du Rouergue, 2008, 173 pages, Roman
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Le bémol du Papou : Une partition sans bémol. (j’ai cherché longtemps)

**** ”Le remords de Dieu” de Marc Paillet

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.
Aimé Césaire

Je souhaitais une lecture facile.
Marc Paillet a écrit plusieurs romans policiers historiques où deux ”missi dominici*”, un noble et un moine, enquêtent sur le territoire alors dirigé par Charlemagne.
* Envoyés spéciaux des souverains carolingiens qui contrôlent les représentants du pouvoir royal au niveau local.

Je supposais, à torts, que ce nouveau roman faisait partie de la série.

Ma déception initiale s’est atténuée car j’aime beaucoup le style de ce romancier et puis tout doucement j’ai commencé à apprécier cette ‘’petite’’ pépite de 544 pages qui nous raconte les grands bouleversements politiques qui ont modifié notre planète entre le 4è et le 9è siècle.

Cette très importante période de notre histoire a vu la chute de Rome, les grands schismes du catholicisme, les invasions des peuples germaniques (Wisigoths, Ostrogoths*), la prédominance du Pape sur les rois, l’expansion de l’Islam et leurs schismes, les raids des vikings, l’avènement d’un empire franc etc..
*et autres goths comme les Vandales.

Tous ces chamboulements sont à  l’origine de notre monde actuel et illustrent comment naissent et meurent les civilisations qui s’imaginent pourtant  être éternelles. Elles pourrissent par le haut, par les dirigeants, politiques, religieux ou négociants qui oppriment, subjuguent ou appauvrissent les populations pour finalement se faire éliminer entraînant tout le monde dans leurs disparitions.

Il serait temps que nos dirigeants actuels se posent de sérieuses questions sur l’avenir de notre civilisation actuelle.

Le remords de Dieu, Marc Paillet, Pocket, 1998, 544 pages, roman historique
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Le bémol du Papou : Il y a un peu de fantastique puisque les deux moines dont nous suivons les missions ont reçu de Dieu le don de l’immortalité, mais cela n’a qu’une importance très secondaire et s’accepte très bien.