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**** ”Au royaume des aveugles” de Louise Penny

Bientôt, nous serons balayés par une vague de barbarie sans précédent. On en voit déjà les prémices. Et franchement qui viendra pleurer sur notre sort ? Nous gaspillons par égoïsme et par cupidité l’héritage de nos aïeux.
                                                                                             Bernard Minier

 À la suite de sa dernière enquête dans le milieu des trafiquants de drogue qui s’est terminée par une grave blessure à Isabelle Lacoste, son ancienne agente devenue chef de la section des homicides, et par la disparition d’une partie des stupéfiants, plus dangereux que le fentanyl, Armand Gamache a été déchargé de ses fonctions en attendant les résultats de l’enquête sur ce fiasco.

Il reçoit une lettre d’un avocat et se retrouve exécuteur testamentaire, en compagnie de  Myrna, l’ex-psy devenue libraire au village et un entrepreneur en construction Montréalais, d’une ancienne femme de ménage de Three Pines, qu’aucun d’entre eux ne connait.

Un testament farfelu qui parle d’une fortune qui n’existe pas, de propriétés en Autriche et en Suisse et d’un titre de baron lui aussi imaginaire.

Pour comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire, les exécuteurs rencontrent les trois héritiers directs de la ‘’baronne’’ et apprennent qu’une légende dans leur famille parlait de ces biens et de ce titre.

Le malaise de Gamache s’accentue après la découverte du meurtre du fils aîné dans leur vieille maison familiale devenue une masure prête à s’écrouler.

Pendant ses recherches sur cette bizarre  succession, Gamache fait suivre Amelia Choquet qu’il a fait virer de l’école de police en espérant qu’elle le mène à la drogue disparue.

Une histoire complexe digne des plus grands romans policiers qui passionne le lecteur jusqu’à la dernière page.

Louise Penny a eu l’intention d’abandonner l’écriture à un moment difficile de sa vie et cela aurait été bien dommage.

Au royaume des aveugles, Louise Penny, Flammarion, 2019, 442 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Serait-ce le dernier des Gamache ? J’espère que non.

Film : Les Vieux Fourneaux de Christophe Duthuron

 

Je ne dors presque jamais en avion. J’essaie d’oublier l’inconfort des sièges, de plus en plus durs, et des places, de plus en plus petites, en me passant,  2 ou 3 films, navets ou super-productions peu importe du moment que je ne pense plus aux noyaux de cerises qui me maltraite le postérieur.

Avant de vous parler du film je dois d’abord vous dire que j’adore la série de  BD des ‘’vieux fourneaux’’ de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet , que je l’ai toute lue depuis le numéro uno intitulé ‘’Ceux qui restent’’ ou ‘’Le loup en slip’’ et je viens de terminer le numéro 5 : ‘’Bons pour l’asile’’.

Je demander pardon aux dieux de la BD de ne pas vous parler plus souvent de cette littérature qui fut un pourvoyeur constant de mes lectures juvéniles, et qui m’offre encore régulièrement beaucoup de plaisirs.

Les vieux fourneaux rassemblent des personnages du quatrième âge voir du cinquième, Pierrot un anarchiste, Antoine un ancien syndicaliste pur et dur et Mimile un ancien rugbyman, revenu au pays après avoir fait l’aventurier dans les mers australes .

Trois anciens copains d’enfance qui firent les beaux jours du bêtisier infantile de la région.

J’avais un peu peur d’être déçu par le film, ce fut tout le contraire. Antoine-Roland Giraud est excellent comme syndicaliste qui, après le décès de Lucette son épouse, apprend qu’elle avait eu une aventure avec le patron de la société contre qui il s’était battu toute sa vie. Il décide d’aller le dézinguer en Toscane ou il s’est retiré, Se lancent à sa poursuite Pierre Richard magnifique dans le rôle de Pierrot ,Mimile- Eddy Mitchell et la petite fille d’Antoine, Sophie jouée par Alice Pol, très convaincante bien que ne ressemblant pas au modèle de la BD .

J’ai donc passé un excellent moment et oublié pour un temps  mes problèmes de confort fessier.

A voir pour ce grand comique qu’est Pierre Richard que les producteurs et les réalisateurs ont mis sur les tablettes trop longtemps pour des raisons inconnues et… dont je me fiche. Il reste un des grands acteurs comiques de ma génération.

Les vieux fourneaux, (Film), Christophe Duthuron avec Pierre Richard, Eddy Mitchell, Roland Giraud et Alice Pol

**** “Les vies de papier” de Rabih Alameddine

J’essaie de vivre sans me mêler des vies des autres car je ne souhaite pas que les autres se mêlent de la mienne.
                                                                                                    Aaliya

Je suis l’inoffensivité incarné.
Ce n’est pas la première phrase du roman mais elle aurait pu dû l’être.

Aaliya vient d’avoir 72 ans, les cheveux nouvellement bleus dus à son shampoing et surtout à sa vue déclinante qui l’empêche de lire les instructions d’utilisation.

Ancienne vendeuse dans une librairie, traductrice non publiée,  en arabe, des romans français ou anglais qu’elle aime. Aaliya revient sur sa vie solitaire dans un Beyrouth en pleine évolution sauvage, séparée par  des clivages multiples créés par  diverses factions ethniques, politiques ou religieuses qui se sont combattues dans une guerre civile  entre 1975 et 1990.

Pendant des années elle fut capable de se convaincre  qu’elle était spéciale, différente par choix. 

Ce roman aborde la violence anonyme de  la solitude, du vieillissement inéluctable, et de la mort pour  ces enfants qui n’ont connu ni l’affection ni la tendresse de leurs parents, pour ces innocents que la guerre détruit, pour ces personnes incapables de s’intégrer socialement, parce qu’elles se trouvent laides, ou trop grosses ou trop maigres. Tous ces humains pour qui le mot amour est juste un mot sans définition personnelle mais reste le principal thème des romans où ils se réfugient.

Une belle écriture que je pensais celle d’une femme avant de lire la bio de Rabih Alameddine*, parsemées de citations d’écrivains souvent inconnus ce qui confirme mon inculture mais bon, comme il aime “les mémoires d’Hadrien” de Marguerite Yourcenar … je lui pardonne.
*Merci, Wiki…

Les vies de papier,  Rabih Alameddine, Ed. Les Escales, 2016, 336 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Peut-on vraiment vivre solitaire et heureux ? 

 

**** “Hérétiques” de Leonardo Padura

 La fourmi penchée sur la corne du bœuf s’imagine qu’elle est très importante dans le balancement de sa tête.
                                                                Proverbe cubain*
*Rien à voir avec le roman mais j’aime bien ce proverbe

Pour notre dernière réunion du club de lecture, je devais lire un roman cubain. 

“Hérétiques”  est un triptyque dont le fil rouge est une oeuvre de Rembrandt représentant Jésus sous les traits d’un jeune juif.

La 1 ère partie débute à Cuba en 1939. Daniel Kaminski, un jeune juif allemand  envoyé chez son oncle à La Havane.  attend le reste de sa famille qui se trouve sur le Saint-Louis, un navire rempli  de réfugiés. Les autorités cubaines et américaines  refusant leur débarquement, le navire retournera en Allemagne où la plupart des passagers disparaîtront dans les camps d’extermination.

Le tableau de Rembrandt appartenait à cette famille depuis des générations. Elle a  tenté de l’utiliser, en vain, comme monnaie d’échange pour leur débarquement. Il disparaît pour réapparaître cinquante ans plus tard dans une vente aux enchères à Londres.

De nos jours, Elias, le fils de Daniel, revient à Cuba et demande à Conde, un ancien flic, de l’aider à retrouver le parcours du tableau. 

2 ème partie
En 1643, à Amsterdam un jeune juif, Eliasosius Montalbo de Avila, veut devenir l’élève de Rembrandt en dépit de sa religion qui interdit la représentation d’êtres vivants.
Il réussira, servira de modèle pour le tableau représentant Jésus, deviendra peintre et sera banni de sa communauté. Il partira vers la Pologne avec le tableau et celui de sa bien-aimée qu’il a peint lui-même.

3 ème partie,
De nos jours à La Havane, Judy, une jeune adolescente a disparu. Son amie, membre de la famille élargie des Kaminski, demande à Conde de la retrouver
Un tableau assez sombre de la jeunesse cubaine de nos jours qui refuse le système et se regroupe dans des fratries; les punks, les freaks, les rastas les émos…  tatouages, piercings, lacérations, drogues etc.
Durant cette enquête, Conde après avoir retrouvé le corps de la jeune Judy, découvrira comment et pourquoi elle est morte et trouvera enfin le parcours  du   tableau de Rembrandt  retrouvé à Londres.

Finalement, si une légende racontait comment la famille Kaminski avait obtenu le tableau, on en apprend les détails dans la conclusion du livre.

Ce roman nous plonge dans l’histoire de Cuba pendant quatre-vingt années avec les dictatures qui ont précédé la révolution castriste et les piètres résultats de celle-ci.

En général j’aime bien la littérature hispanophone même si je n’en lis pas souvent (2 ou 3 par année), leurs expressions imagées, parfois excessives, l’abondance des couleurs et des bruits, leurs sentiments exagérés et parfois exubérants s’accommodent à mon côté méditerranéen. Padura, choisi par hasard  parmi plus de trois cents auteur(e)s cubain(e)s possibles ne m’a pas déçu.

Hérétiques, Leonardo Padura, Métailié, 2016, 720 pages, Fiction historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : une deuxième partie ( le livre d’Elias) un peu longuette.

Côtelettes de porc citron romarin

Je reparlerai bientôt de l’estragon que je découvre et apprécie de plus en plus. 
Cet été, j’ai mis en pot une petite branche de romarin qui a bien profité.

Voici une recette simple qui mélange romarin et citron.

Ingrédients pour 4 personnes 

4 côtelettes de porc avec os
1 échalote hachée
2 c/s de romarin haché
2 c/s de jus de citron
Huile si possible d’olive
1 noisette de Beurre

Dans une poêle faire chauffer 2 c/s huile et la noisette de beurre puis faire blondir l’échalote. Réserver l’échalote pour éviter qu’elle noircisse à la cuisson.
Lorsque la poêle est bien chaude, faire dorer les côtelettes de chaque côté puis baisser le feu à moyen doux. Saler, poivrer et saupoudrer de la moitié du romarin.
Cuire 4 minutes puis retourner les côtelettes, saler et poivrer de nouveau et ajouter le reste du romarin.
Lorsque les côtelettes sont à point, ajouter l’échalote, puis verser le jus de citron.
Chauffer une minute et servir.

Excellent avec des haricots verts, citron et graines de sésame (recette à venir)

Bon appétit  !

*** ”Le huitième sortilège” de Terry Pratchett

Les annales du Disque-Monde, tome 2 

Fin des aventures extraordinaires, abracadabrantesques et fantasmagoriques de Rincevent, le mage nul, de Deuxfleurs le touriste quadrioculaire et du coffre hominivore en bois de poirier magique.

Voici quelques mots de notre magicien, en colère, qui  résume bien  leur situation :
‘‘je passe par dessus le bord du monde, le coup d‘après je me retrouve à l‘intérieur d‘un livre puis sur un caillou volant , puis je regarde La Mort apprendre à jouer au plombage ou à la couronne ou à je ne sais quoi alors pourquoi donc je me poserais des questions ?‘‘

Si vous voulez en savoir plus sur leurs péripéties je vous suggère de lire mon billet sur le premier tome intitulé ‘‘ La huitième couleur‘‘.

Rincevent lors de son séjour inutile à l‘école des mages s‘est retrouvé, par accident, nanti du huitième sortilège de l‘in-Octavo, ou livre des sortilèges, dont il est incapable de se servir sciemment.

Dans le cosmos ou nage paresseusement  A-Tui la tortue porteuse des quatre éléphants eux-même soutenant le disque-monde, une étoile rouge vient d‘apparaître et grossit rapidement semant la panique auprès des populations, et surtout des sorciers persuadés que seul les incantations de l‘in-Octavo au complet permettraient de régler ce problème tout en donnant le Pouvoir Suprême à celui qui réussirait.

Pourchassés par différentes sectes cabalistiques, aidés par Cohen Le Barbare édenté et par Betham sa jeune fiancée, nos deux compères vont voyager au milieu des champignons schtroupfiers* et des trolls rochers, rencontrés des druides, des nécromanciens, La Mort (encore) qui ne joue ni au plombage ni à la couronne mais au bridge** et sa fille adoptive Ysabell et risqués leurs vies au milieu des émeutes populaires provoquées par les nouveaux adorateurs de l‘Étoile.
*Hommage à Peyo qui vingt ans plus tôt avait déjà découvert les champignons qui servent de maison à des petits êtres.
** Jeu de mot, voir les paroles de Rincevent ci-haut.

Voilà, j‘ai lu les deux premiers tomes des annales du Disque-Monde et je me suis bien amusé… par moment.

La folie littéraire ne me gêne pas mais c‘est comme un plat en sauce, trop cela peut écoeurer mais par petites bouchées cela se déguste, alors je ne sais pas encore si ou quand je lirai les tomes suivants….Peut-être, l‘avenir le dira.

Le huitième sortilège, Terry Pratchett, Pocket,  2016, 256 pages, Fantaisie.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : J‘ai un doute sur les jeux de mots en français, j‘espère qu‘il traduise bien ceux de l‘auteur et non je n‘irai pas vérifier.

*** “De mal à personne” d’Odile Bouhier

Il est de la justice de prendre vengeance d’un crime, mais c’est une vertu de ne pas se venger.
                                                                                                                        Proverbe arabe

Nouvelle enquête du commissaire Victor Kolvair à Lyon.

Toute cette série se passe un siècle plus tôt, soit peu de temps après la première guerre mondiale, dans un monde encore traumatisé par les millions de morts et surtout par la vue persistante des “gueules cassées”, ces grands blessés qui rappellent chaque jour la violence aveugle des combats. Victor Kolvair a perdu une jambe pendant le conflit et « soigne » ses douleurs physiques et mentales à la cocaïne ou à l’opium.

Un notable industriel a été assassiné sur le parking d’un hôtel et les constatations médico- légales indiquent que le meurtrier mesurait 128 cm…un enfant ? Un nain ?

La justice de l’époque ne s’embarrasse pas de considérations humanitaires et l’arrestation d’un jeune orphelin correspondant au signalement suffit pour l’envoyer vers un centre de redressement, véritable prison où les enfants subissent sévices et tortures mentales.

Un enfant de onze ans peut-il avoir égorgé un adulte ? C’est l’énigme que doit résoudre le commissaire Kolvair, énigme d’autant plus nébuleuse que l’enfant se pend dans sa cellule après avoir subi des violences sexuelles..

Le  présumé “meurtrier” disparu, la justice s’en désintéresse, mais pas notre commissaire qui ira jusqu’au bout malgré le tas de fumier qu’il soulève au fur et à mesure de son enquête.

Odile Bouhier dénonce cette fois-ci une certaine classe de la société qui utilise ses relations et sa richesse pour abuser des plus faibles* et brosse un tableau sombre de la justice de cette époque qui par arrivisme, incompétence ou insouciance condamne, sans réelles preuves,  les plus miséreux qui ne peuvent ou ne savent  se défendre.
*Cela a-t-il changé de nos jours ? Bonne question !

PS : Pour vous donner une idée de l’évolution de notre société depuis un siècle : au moment de cette enquête, les citoyens de Lyon, sont en liesse en  attendant  le spectacle très couru de la décapitation en public d’un condamné à mort.

PPS :Je rappellerai à ceux qui pensent que cela se passait au Moyen-Âge que le dernier guillotiné en public le fut en 1939 et c’est durent l’année 1977 qu’ a  eu lieu la dernière application de la peine de mort en France. 

 De mal à personne, Odile Bouhier, Les Presses de la Cité, 2012,  216 pages, policier historique.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Victor et Bianca…enfin !

*** “L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)” de Francis Dannemark

Ne manque jamais une occasion d’exprimer tes sentiments, car on ne sait jamais si la vie te donnera une deuxième chance de le faire.

Les éternelles questions du lecteur indécis :
Comment choisir sa prochaines lecture ? Qu‘est-ce qui nous fait choisir un livre plutôt qu’un autre ?

Pour ce roman de Francis Dannemark, dont je n‘avais rien lu auparavant, la réponse est simple : le titre.

Les titres ambigus ou qui n‘en finissent plus ont été à la mode chez les éditeurs depuis quelques années, certains mercantiles, d‘autres abscons. Celui-là m‘intriguait, ce qui devrait être, tout simplement,  le but des titres énigmatiques.

À l‘enterrement de sa mère, le narrateur rencontre pour la première fois sa tante Alice dont on parlait peu dans sa famille,  qui vivait à l‘étranger depuis la fin de la guerre et envoyait très rarement une carte postale.

“Je ne lui ai pas demandé d‘ouvrir la malle de ses souvenirs et de ses secrets ; elle l‘a fait quand même.”
“Elle m‘a suggéré de les écrire. J‘ai hésité  puis j‘ai dit oui.“

Ces deux phrases sont une parfaite présentation de ce  roman.

Combien d‘hommes dans la vie d‘Alice ? Beaucoup car elle n‘eut pas de chance avec ses maris qu‘elle a tous aimé et qui mourraient rapidement de maladies ou d‘accidents.

Elle n‘était pas mariée avec Pierre son premier amoureux, un résistant qui disparut en fabricant une bombe et qui fut non seulement le prélude de cette vie aventureuse mais aussi l‘épilogue.

Une douzaine d‘hommes ont partagé la vie d‘Alice de l‘Angleterre, à l‘Australie et de l‘Italie jusqu‘aux confins septentrionaux de l‘inde.

Une vie de bonheurs  souvent trop courts, une vie de malheurs que l‘amitié lui permettait à chaque fois  de surpasser.

Avec toutes ses épreuves il était en effet préférable qu‘Alice ne pense jamais à rien.

La scoumoune, la malchance, la poisse cela existe mais pourquoi Alice n‘est-elle jamais venue, ne serait-ce qu‘une fois se réfugier auprès de sa famille française ?

Pour le savoir il vous faudra aller jusqu‘au bout de ce petit roman d‘une centaine de page qui loin d‘être sombre et mélancolique est rempli de résistance* et de réconfort.
*J‘aurai enfin pu écrire résilience que je n‘ai encore jamais utilisé mais il est trop utilisé à mauvais escient.

Le billet de YueYin.

L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis Dannemark, Robert Laffont, 2013, 98 pages, Roman.

Le bémol du Papou : Pas facile de se souvenir de Pierre, Henri,Sydney, Wilbur, Ronald, Pietro, Nick, Erhan, Bill, Vincent, Swami et Paul.Heureusement chacun fait l‘objet d‘un chapitre.

 

*** “Snjðr” de Ragnar Jðnasson

La neige apaise tout, on dirait qu’elle porte en elle le silence ou, plutôt, que dans l’espace qui sépare deux flocons, entre les flocons, il y a le silence.
                                                                                                  Jon Kalman Stefansson

 

Originaire de Reykjavik, Ari Thor Arason, ancien étudiant séminariste qui sera  rapidement surnommé “le révérend”,  accepte, à la sortie de l’école de police et dans un pays en pleine récession, un poste dans la petite ville de Siglufjordur, petit port de pêche perdu, encastré dans les montagnes au nord du pays.

Il laisse  Kristin sa petite amie qui fait des études médicales et refuse de le suivre.

Il va devoir apprendre son métier de policier de terrain, s’accoutumer aux us des petites villes où tout le monde se connait, accepter l’indifférence voire le rejet de la population envers un jeune citadin.

Horlfur, un des plus grands auteurs islandais, dont le seul ouvrage publié a fait la renommée, vit à Siglufjordur. Il est devenu, à la fin de sa vie, le président de la société culturelle et le producteur de la compagnie de théâtre amateur. Entre deux répétitions il fait une chute mortelle dans le théâtre.

Accident ? Meurtre ?

Si Ari Thor a des doutes, Tomas son supérieur préfère, par souci d’éviter une tempête médiatique et administrative, la thèse de l’accident causé par un abus dl’alcool dont la victime était coutumière.

L’agression violente de Linda, la femme de l’acteur principal, vient  infirmer cette théorie et oblige Tomas a envisagé le meurtre.

Une importante tempête de neige bloque tout accès à la ville. Ari Thor ressent une certaine claustrophobie, amplifiée par son malaise  de ne pouvoir s’expliquer avec Kristin tandis qu’il commence à apprécier Ugla, une jeune expatriée comme lui. 

Voici un nouvel auteur (pour moi) dans la galerie des auteurs de polar islandais, le plus connu  étant Arnaldur Indridason. Cependant, Ragnar Jðnasson,  mérite une petite visite. Plus tard, il me faudra faire une petite escale chez Arni Borarinsson, Arni Thorarinsson, Jon Hallur Stefansson, Stefan Mani et Yrsa Sigurdadottir, il semblerait que chacun des 330 000 islandais a été, est ou deviendra un auteur de polars.

Très bon jusqu’au coup de théâtre final aussi surprenant qu’inattendu.

Snjor, Ragmar Jðnasson, La Martinière, 2016, 335 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Chez Indridason J’avais déjà des problèmes avec les noms islandais  mais quand une  conversation implique Leifur, Ulfur et Horlfur, j’en perd mon latin oups… mon islandais.

Mais au fait, ça veut dire quoi “Snjðr” ? Bon je ne vous titille pas plus longtemps, c’est “neige”. Le traducteur  a dû penser que tout un chacun utilise l’islandais comme langue vernaculaire comme  sont le papou ou le moldave oriental.

*** “Ceux qui sauront” de Pierre Bordage, tome 1

« Est-ce un crime que de vouloir apprendre ? »
« Selon la loi royale, oui. L’instruction est réservée à ceux qui sauront l’utiliser…le savoir généralisé entraîne l’anarchie. »

Nous sommes en 2008, depuis la restauration de 1882, appuyée par l’armée Versaillaise et par les royaumes coalisés d’Europe, la France est devenue un royaume autocratique qui a aboli l’éducation du peuple  et écrase militairement toutes tentatives de rébellion. La population vit dans la misère, au rythme des  famines et les exactions policières.

Tous régimes absolutistes suscitent des mouvements de résistance et des actions terroristes qu’ils tentent de détruire par les délations et  les persécutions. Les résistants créent des écoles clandestines pour éduquer des volontaires en risquant leur vie, d’autres, devenus clandestins,  opèrent des actions terroristes.

Jean, surnommé P’tit Roi car il porte le même nom que le roi Jean IV,  fait partie des volontaires, arrêté, il est condamné à cinq années d’emprisonnement dans un camp de redressement. Lors de son transfert, il est libéré par une embuscade d’un mouvement terroriste.

Clara et ses sœurs, Christa, et Odeline sont les filles privilégiées du directeur de la Banque Royale. Elles habitent Versailles devenue la capitale du royaume depuis 1882.

Dans les régimes monarchiques*, la coutume veut que les filles soient utilisées, par un mariage forcé,  pour sceller des alliances. Lors de son voyage pour rencontrer son futur époux, Clara échappe à un grave accident de voiture. Le chauffeur est tué. Perdue dans la forêt et désemparée elle est enlevée par Barnabé, un  innocent muet qui, sans jamais la molester, la garde prisonnière   durant plusieurs mois.
* Et dans certains milieux d’affaires.

Lors d’une absence de son geôlier, elle réussit à s’évader et rencontre Jean, devenu un clandestin, qui l’aidera à rejoindre sa famille.

Cette aventure, la froideur de sa famille et l’amour qu’elle commence à ressentir pour Jean vont amener Clara à réfléchir sur sa condition de privilégiée, captive des décisions de sa famille, comparée à celle des « cous noirs* », surnom péjoratif donné à la population ouvrière. Elle  commence à entreprendre  des actions contraires aux intérêts de  son milieu familial.
*Qui a dit brèche-dent ?

À la suite de nombreuses péripéties que j’éviterai de spoiler, et à la fin de ce premier tome, Clara disparaît.

Cette nouvelle disparition de Clara nous amène au tome 2, « Ceux qui rêvent », dont je vous parlerai dans un prochain billet.

Vous avez compris que « Ceux qui sauront » est une uchronie*-jeunesse mais pas que… les méthodes utilisées pour contraindre  une population sont toujours d’actualité peut importe le gouvernement totalitaire au pouvoir.
*Uchronie : Époque fictive, évocation imaginaire dans le temps.

Quelques dates de l’histoire uchronienne de la France  :
1871: La grande terreur
1882: Le parti de l’Ordre renverse le gouvernement Gambetta et hisse le roi Philippe VI sur le trône.
1905, 1941:Émeutes
1955: La grande famine suivie d’une nouvelle émeute
1982: Nouvelle émeute
2008: Nouvelle émeute à laquelle Jean Participe

Les billets de YueYin et XL.

Ceux qui sauront, Pierre Bordage, Flammarion, 2008, 440 pages, S.F. Uchronie-jeunesse
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une belle uchronie un peu trop “jeunesse” mais qui peut devenir un tourne-page pour les jeunes… de cœur.