**** ”Bon rétablissement” de Marine-Sabine Roger

La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon.
                                                                                         Jules Romain

Jean-Pierre, 67 ans, retraité, veuf, sans enfants, se retrouve immobilisé à l’hôpital à la suite d’un accident dont il n’a aucun souvenir.

Cette immobilité forcée l’amène à repenser aux étapes de sa vie, aux petits bonheurs et aux grands malheurs qui l’ont jalonnée.

Durant son séjour il va rencontrer une kyrielle de personnages. Son sauveteur qui se prostitue pour  payer ses études, le policier qui enquête sur l’accident, une jeune mère de 14 ans, et une quantité de personnels  soignants, philosophes, optimistes, débordés  ou déprimés par leur travail.

Lui qui se dit « un constipé du cœur » va, petit à petit, modifier ses certitudes et sa perception de la société qui l’entoure tout en méditant sur son passé.

‘’la perte de temps, voilà ce qui me chagrine. Pas seulement le temps que je pers ici, mais celui que j’ai perdu depuis que je suis né… Une fois mon histoire compactée, une fois le vide évacué, mes soixante-sept ans tiennent dans un mouchoir jetable. »

A la troisième fausse couche, sa femme Annie, morte dans un accident de vélo à 52 ans, a baissé les bras.

« On a tenté de faire avec et puis de faire comme si. Mais on ne vit pas sur des non-dits. Les questions jamais abordées et les mots jamais dits jonchent le sol comme des débris de verre. Après quelques années, le moindre pas fait mal. »

Ses réflexions sur la vie à l’hôpital m’ont rappelé mes propres séjours : « à peine admis ici, on a tout de suite envie de repartir chez soi, comme les chiens qui tirent sur leur laisse pour faire demi-tour quand ils arrivent chez le vétérinaire. Je me sens clébard, la croupe basse et le poil terni. »

Est-ce dû à mon âge, j’ai souvent eu l’impression qu’il clarifiait mes propres pensées :  L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, l’ai des souvenirs.  A mon âge, c’est plus sûr que d’avoir des ambitions. ». 

J’ai encore adoré ce nouveau roman de Marie-Sabine Roger parce que le Jean-Pierre du roman c’est un peu moi à l’hosto, même prénom, même âge à quelques années près, (à ces âges-là la différence compte peu) même pensées un peu ‘’beauf’’ par moment à se demander si l’auteure n’avait pas été quelques temps mon ‘’big brother’’ personnel ».

Il y a quand même une énorme différence , j’ai la chance d’avoir des enfants et des petits-enfants qui m’oblige à ne pas devenir trop con mais je compte bien ressortir de temps en temps la citation suivante en promettant de toujours en citer l’auteure * :

« Ne soyez pas présomptueux : de nous deux, le vieux con, c’est moi. Contentez-vous d’être un jeune con, et ne cherchez pas à brûler les étapes. Tout viendra en son temps, croyez-moi… »

Bon rétablissement,  Marine-Sabine Roger,  Actes Sud, 2015, 221 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :   Une fin un peu prévisible en dépit des efforts de l’auteure pour  la retarder.

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2 réflexions au sujet de « **** ”Bon rétablissement” de Marine-Sabine Roger »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Après cette lecture, tu n’appréciera pas plus les hôpitaux mais tu aimeras plus le monde.
      Le Papou

      Répondre

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