Archives de l’auteur : jpvalentin

** ”Le géant inachevé” de Didier Daeninckx

En carnaval, toute bouffonnerie est bonne.
                                                                            Proverbe

 

Je ne connaissais pas cet auteur mais après ‘’meurtres pour mémoire’’ j’avais envie  de lire un autre roman de la série.

L’inspecteur Cadin fut certainement au XIXe siècle l’ancêtre du capitaine Marleau, bonne série télévisée où un capitaine de gendarmerie se déplace dans tout l’hexagone pour enquêter sur des meurtres.

Cadin, qu’on avait rencontré à Toulouse pour le roman précédent, se retrouve cette fois à Hazebrouck, ville du nord à mi-chemin entre Lille et Dunkerque et à quelques kilomètres de la frontière belge.

Deux personnages sont abattus par balle, une jeune femme et le géant de carnaval qu’elle préparait. Le tueur arrêté sur les lieux devient fou et, un an plus tard,  se suicide en prison,  laissant une confession sibylline.

Tout paraît simple dans cette affaire mais c’est mal connaître l’inspecteur Cadin qui se fit plus à ses intuitions qu’aux faits avérés.

Un petit incident l’avait troublé en arrivant sur les lieux du meurtre, Cadin n’avait entendu qu’un seul coup de feu et bien que son supérieur lui ait demandé de ne pas enquêter chez les notables de la ville, il passe outre pour finalement découvrir un trafic de fausses factures.

D’un bar perdu dans la campagne flamande jusqu’à un ancien pas de tirs de fusée allemande de la dernière guerre, Cadin poursuit son enquête et devient une cible à abattre.

Un roman bien construit, moins surprenant que ‘’meurtres pour mémoire’’, mais tout aussi complexe dans son évolution.

Le géant inachevé, Didier Daeninckx, Folio policier,  1999, 212 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : une fin un peu trop inopinée.

** ”L’affaire du pourpoint” de Fiona Buckley

Tout mes biens pour un peu de temps
Elisabeth 1 ère

Il existe des cycles de lecture comme des périodes de déprime ou de plaisir, on sait quand cela commence et on n’a aucune idée quand cela finira.

J’ai eu ma période aventures et polars historiques avec, entre autres, des auteurs comme Michelle Barrière, Tracy Chevalier, C.L. Grace, Christian Jacq, Andrea H. Japp, Marc Paillet, Anne Perry, sans oublier Ellis Peters et son Frère Cadfael ainsi que Peter Tremaine et sa magnifique sœur Fidelma.

Le goût de ces lectures pseudo-historiques s’en était allé tranquillement en même temps que le goût de la lecture en général. J’ai dû passé d’une bonne soixantaine de titres par année à moins d’une trentaine.

Je replonge dans de vieux amours avec d’anciens auteurs qui ne nécessitent aucuns efforts mais me redonne envie de continuer.

Après deux romans policiers voici un premier roman d’aventures historiques dont l’héroïne Ursula Blanchard, dame d’honneur de la reine Elizabeth 1 ère, qui, sous la tutelle de Lord William Cecil, séduit les puissants et apprend à forcer les serrures afin de transmettre des informations à ses commettants.

Ursula Faldene Blanchard de la Roche Stannard, après son veuvage a épousé une aristocrate catholique partisan se Marie Tudor , qui a dû fuir l’Angleterre pour éviter l’emprisonnement.

Sans fortune. maman d’une petite fille, elle est épaulée par son fidèle domestique, Roger Brockley, qui lui, se sert plutôt de ses muscles.

Ursula est envoyée chez les Mason, catholiques fervents, pour récolter des informations sur un éventuel complot.

Perturbée entre l’amour de son mari et celui de sa reine, pratiquement décidée à fuir l’Angleterre pour rejoindre son époux, elle est attirée dans un piège par une fausse lettre de ce dernier et décide finalement de poursuivre sa mission.

Seulement un éventuel complot peut en cacher un autre avec d’autres raisons beaucoup plus malhonnêtes et encore plus dangereuses.

Honnêtement je n’ai pas retrouvé chez Fiona Buckley le même plaisir que me donnait Ellis Peters ou Peter Tremaine… question d’époque peut-être.

L’affaire du pourpoint,   Fiona Buckley, 10/18, 2006, 352 pages, aventures historiques
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je cherche encore le pourpoint mentionné dans le titre.

***”Du rebecca* rue des Rosiers” de Leo Malet

*bagarre,rixe

Qu’il soit noir, juif ou arabe, un type bien est un type bien et un enfoiré sera toujours un enfoiré.
                                                                                                Guy Bedos

Une des connaissances de Nestor Burma , un peintre connu, lui demande d’élucider le meurtre d’une jeune femme d’origine sémite dont il vient de trouver le cadavre dans son appartement;  après une soirée bien arrosée.

Ce premier client, sera bientôt suivi par un autre moins connu mais beaucoup plus dangereux, un caïd proxénète, qui recherche un homme de religion juive, et qui ne va pas hésiter à enlever la jolie secrétaire de Nestor pour faire pression sur notre détective.

Une juive morte, un juif recherché , Nestor n’aime pas les coïncidences et commence ses enquêtes dans le 4 ème arrondissement aux alentours de la rue des Rosiers où, à cette époque, sont installés de nombreux israélites.

Un journaliste fouille-merde qui disparaît, un caïd londonien en fuite, ancien collaborateur des allemands à Paris, un magot perdu et plusieurs commotions plus tard Nestor trouvera qui a assassiné la jeune juive et sauvera sa secrétaire tout en réussissant à satisfaire ses deux clients sans devenir complice du caïd.

Bon, j’aime les romans de Léo Malet et comme je n’en  ai plus en stock, soit je relis les anciens soient je cherche des occases dans une librairie spécialisée…. à suivre

Du rebecca rue des Rosiers, Léo Malet, Le Livre de Poche 1957, 272 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Écrit en 1957, certains termes utilisés à cette époque ne seraient plus considérés comme acceptables par les éditeurs de nos jours où certains vocables choquent les bien pensants et surtout les personnes concernées.
Il se trouve que le politiquement correct n’est pas et ne sera jamais ma tasse de thé. Mon petit-fils n’est pas une personne à mobilité réduite, il est handicapé car atteint de paralysie cérébrale et, je l’aime mon petit handicapé.

*** ”Meurtres pour mémoire” de Didier Daeninckx

Je chassais les fonctionnaires incapables, je fis exécuter les pires.
Marguerite Yourcenar  (Mémoires d’Hadrien)

17 octobre 1961, une importante manifestation d’algériens est organisé dans Paris pour dénoncer le couvre-feu qui les concerne..

Le nombre de manifestants tués ce soir-là n’a jamais été vraiment estimé, plusieurs centaines selon certaines sources sans que l’on détermine si la police était  seule responsable de cette hécatombe.

Peu importe d’ailleurs les statistiques, le gouvernement français de l’époque, quelque en soient les raisons, bonnes ou mauvaises,  n’en sort pas grandi.

Ce jour-là, Roger Thiraud, un professeur d’histoire est exécuté d’une balle dans la tête près de chez lui et de sa jeune femme enceinte,

Vingt ans plus tard, de passage à Toulouse,   son fils Bernard est exécuté de la même façon.

L’inspecteur Cadin. nouvellement transféré dans la ville rose, est chargé de l’enquête.

Il a très rapidement l’intuition que les deux exécutions sont  liés aux recherches que les deux victimes avaient entrepris sur l’histoire de la ville de Drancy, ville natale du père, devenue tristement célèbre comme camp de concentration provisoire pour des juifs en partance pour l’Allemagne.

Il lui reste à trouver qui ne souhaite pas que certains actes commis pendant la dernière guerre  ne soient découverts et possède le pouvoir d’ordonner des exécutions.

Bon petit roman policier mais sale époque. 

Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx, Folio Policier, 1998, 216 pages Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Ce roman a vingt ans mais les mentalités de nos dirigeants, politiciens ou fonctionnaires, ont-elles vraiment changé. 

 

** ”La quatrième force de Satan” de Peter Aspe

Dieu a laissé discuter un ange, il a eu Satan. L’homme a laissé discuter sa femme, il a eu la femme.
                                                                                             Jean Giraudoux


Polars du monde

Il y a quelques années j’avais pour ambition, quoique le terme soit un peu fort, de lire, sous la rubrique ‘’polars du monde’’, au moins un roman policier de chaque pays, ce qui m’avais permis de découvrir cet auteur flamand et son enquêteur Pieter Van In.

J’ai reçu en cadeau de l’Héritière quelques vieux romans dont celui-là qui se passe très peu de temps après ‘’Le carré de la vengeance’’ 

Dans la ville de Bruges, Pieter vit maintenant avec le substitut du procureur Hannelore Martens qui attend leur enfant et a pour partenaire le brigadier homosexuel Versavel.

Plusieurs sectes sataniques sévissent dans la Venise du nord et l’une d’entre elles semble mêlée à un trafic de drogues dirigé par un gourou dont les adeptes sont prêts à tout pour leur dose de came.

Van In est souvent irascible, parfois cynique, et toujours amateur Duvel*.
L’angoisse de la naissance de son premier enfant, ajoutée à la présence d’une jolie journaliste imposée par sa hiérarchie n’arrange pas son humeur.
*bière belge que j’espère bien goûter un jour.

De la rue de Jérusalem à l’impasse du Poisson Gras, on visite toutes les brasseries de la ville, tout en découvrant l’Histoire belge, les conflits entre la police et la gendarmerie*, l’architecture labyrinthique du palais de justice.
*vieux et éternel conflit qui aurait été réglé depuis.

Petit polar plaisant qui me donne envie de relire des romans du genre avec ballades dans une ville inconnue et introduction à d’autres us et coutumes.

La quatrième forme de Satan, Peter Aspe, Albin Michel, 2009, 320 page, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La révélation de la personne du gourou surgit comme un diable dans une boite* mais cela ne m’a même pas embêté.
*jolie expression pour un roman sur des disciples de Satan

**** ”Cher pays de notre enfance” d’Étienne Davodeau et Benoît Collombat

L’État, c’est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : “Moi, l’État, je suis le Peuple.
                                                                                   Friedrich Nietzsche 

Sous-titre  : Enquête sur les années de plomb de la Ve république.

Longtemps lecteur de BD, j’en lis  moins depuis quelques années jugeant que le prix n’en vaut pas la chandelle. Comme je ne souhaite pas me faire incendier, je précise que je ne mets pas en doute le travail des auteurs et des dessinateurs qui méritent de vivre de leurs œuvres mais qu’une petite heure de lecture coûte chère et que pour le même prix on peut passer plusieurs heures de plaisirs avec un roman sans bulles*.
*Contrairement au champagne sans bulle qui ne donne aucun satisfaction

Cette foi c’est un cadeau de l’Héritière, 218 pages de bandes dessinées sur une enquête des auteurs, un journaliste et un dessinateur, sur le Service d’Action Civique, appelé communément SAC, créé dans les années 60 et qui sévira jusqu’en 1981.

Pendant vingt ans, ce service créé pour soutenir politiquement le Général De Gaulle a, petit à petit, été phagocyté par des  politiciens peu scrupuleux et des  criminels pour  servir à de basses exactions brutalisant des grévistes sur ordre du patronat ou tuant des opposants.

Durant ces années de plomb, deux juges d’instructions enquêtant sur le milieu  furent assassinés, un ministre aurait été suicidé et il suffisait d’être de la SAC avec une carte tricolore ressemblant à celle de la police pour ne pas être inquiété.

Des fantômes insaisissables comme Jacques Foccart, un des fondateurs de la Sac, devenu l’homme indispensable de l’Afrique pour le gouvernement français, surgissent furtivement de temps en temps ce qui est normal pour des spectres mystérieux.

L’enquête permet de rencontrer un certain nombre de participants encore vivants de cette période ainsi que la parenté de ceux qui sont décédés mais certains comme Charles Pasqua, figure politique de la fin du XXe siècle et vice-président de la SAC de 1967 à 1969, ont refusé tout entretien.

Le plomb n’est pas bon pour la santé et ces années de plomb nous laissent un goût dégueulasse dans la bouche et dans le cerveau mais cette BD se doit d’être lue si on veut comprendre la France dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Cher pays de notre enfance, Étienne Davodeau & Benoît Collombat, Futuropolis, 2019,  218 pages, BD.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai jamais été un partisan de De Gaulle mais je trouvais qu’il avait donné à la France une certaine grandeur. J’en suis beaucoup moins convaincu après cette lecture.

*** ”Chambres froides” de Philip Kerr

Il vaut mieux être pendu pour loyauté que d’être récompensé pour trahison.
                                                                                Vladimir Poutine

J’avais, dans ‘’l’temps lontan*’’, lu et aimé ‘’La trilogie berlinoise’’ de cet auteur prolifique écossais qui semblait plus concerné par d’autres pays que le sien, sa série principale se passant en Allemagne.
*autrefois

Cet autre roman policier paru en 1994 se situe en Russie, tout juste après la glasnost et la chute du régime soviétique.

Un enquêteur moscovite est envoyé à Saint-Petersbourg, officiellement pour étudier les méthodes de la milice dans leur combat contre le crime organisé, officieusement pour contrôler l’honnêteté des miliciens.

Et, à Saint-Petersbourg, dans cette Russie en plein bouleversement, les mafias pullulent ; ukrainiens, tchétchènes, géorgiens etc, tous profitant de la gabegie étatique, des pénuries alimentaires et de la corruption systématique pour s’enrichir en fraudant le gouvernement et les sociétés caritatives sans se préoccuper des conséquences parfois mortelles sur la population.

Un journaliste d’enquête est assassiné en même temps qu’un géorgien dont l’exécution particulière semble signifier qu’il était un indic.

Nos enquêteurs découvriront un trafic de viande, denrée très rare et très chère, contaminée par des déchets nucléaires.

On comprend l’intérêt des trafiquants quand on apprend qu’un instituteur gagnait 500 rouble par mois alors qu’un kilo de viande ‘’officielle’’ coûtait 158 roubles

Le passage du régime soviétique à une économie libérale a provoqué une chute générale du niveau de vie, une grande misère dans toutes les couches de la société et la naissance de nouveaux riches par des moyens souvent illégaux pendant que certains fonctionnaires, mal payés, essayaient de faire respecter les lois

C’est le fond de ce roman policier beaucoup plus intéressant par son côté historique que par son intrigue

Chambres froides, Philip Kerr, Le Masque, 1994, 315 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je me suis, quand même, posé la question de la validité des informations et des critiques. 

 

*** ”En attendant le jour” de Michael Connelly

À Los Angeles, ils ne jettent pas leurs ordures, ils en font des émissions de variétés pour la télévision.
                                                                                                Woody Allen

 

Après une lecture difficile, le duo Michael Connelly et son enquêteur Harry Bosch sont un de ces vieux pull que j’enfile pour redevenir un lecteur confortable.

Dans ce nouveau roman, j’avais bien le romancier mais avec un nouveau personnage. D’un côté, la tranquillité casanière d’un auteur chouchou de l’autre, l’aventure peut-être hasardeuse d’une nouvelle héroïne.

Nouvelle mais pas néophyte puisqu’elle a eu pendant cinq années un équipier qui ne l’a pas soutenu dans ses problèmes avec sa hiérarchie et qu’elle s’est retrouvée mutée à la brigade de nuit.

Renée Ballard a été élevée à Hawaï par un père surfer qui a disparu en mer. Elle a été recueillie par sa grand-mère paternelle après avoir été abandonnée par sa mère, Femme moderne, adepte du paddle dans la baie de Los Angeles, sans autre attache que sa chienne Lola, qu’elle a sauvée de maltraitance, elle présente un caractère bien trempé mais fait preuve d’empathie pour les victimes.

Dans ce premier roman, elle enquêtait sur une agression violente subie par un prostitué lorsqu’elle se retrouve à l’hôpital pour effectuer les premières constatations sur une des cinq victimes d’une tuerie dans une boîte de nuit.

Alors que les investigations sont dirigées par le chef de la police, qu’elle avait accusé de harcèlement sexuel,  qui veut l’en éloigner , elle se rend compte que l’une des victimes, truand notoire, portait un micro pour faire tomber un ripou* et négocier auprès des juges une peine plus indulgente.
*en verlan : policier pourri

L’affaire se complique lorsque son ancien partenaire est assassiné prouvant que le policier ripou continue à faire le ménage puis, le suspect des violences sur le prostitué l’enlève pour la tuer.

Bien entendu, comme souvent, l’auteur nous entraîne vers de fausses pistes mais quand on connaît Connelly on se doute que le méchant n’est pas celui mis en évidence mais doit faire obligatoirement partie prenante de l’enquête … sinon ce serait injuste pour le lecteur.

Finalement, je me suis senti plutôt à l’aise avec ce nouveau personnage. L’auteur et sa façon de procéder restent les mêmes. le sexe étant la seule différence entre Bosch et Ballard.

En attendant le jour, Michael Connelly, Calman Levy, 2019, 432 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je voudrais bien savoir qui  décide le titre français d’un roman étranger et comment dans ce cas précis on est passé de (traduction libre) ”Sacrée nuit noire” à ”En attendant le jour” en té cas,  il ne fait pas la différence entre le jour et la nuit.

*** ”Confessions d’un enfant de la Chapelle” d’ Albert Simonin

Je me suis rendu compte que j’avais pris de l’âge le jour où j’ai constaté que je passais plus de temps à bavarder avec les pharmaciens qu’avec les patrons de bistrot.
                                                                   Michel Audiard 

Dans son premier roman, ‘’Touchez pas au grisbi’’,  porté au cinéma avec Jean Gabin, Jeanne Moreau et Lino Ventura, Albert Simonin fut un des premiers auteurs de polars a utilisé l’argot parisien.

‘’Les tontons flingueurs’’, l’un de mes films cultes des années 60 est aussi une adaptation, pas très fidèle, d’un autre roman de Simonin ‘’Grisbi or not grisbi’’.

En 1977 il abandonne le roman policier pour écrire son autobiographie ‘’Confessions d’un enfant de la Chapelle » où il décrit son enfance dans un quartier misérable de Paris au début du XXe siècle.

Dans ses confessions, Simonin décrit la misère, les petits trafics, les mœurs des prolos*, les ‘’fortifs**’’ les ‘’apaches***’’ et ses premiers pas dans le mode du travail.
*Ouvriers
**lieux près des fortifications qui entouraient Paris à cette époque
*** Mauvais garçons qui fréquentaient, entre autres, les fortifs

Appartements misérables, sans eau, sans tout-à-l’égout, au chauffage déficient ou inexistant, sans salles de bains, sans toilettes particulières sinon avec de la chance, pour plusieurs étages**, des gogues* à la turque sur le pallier.
*toilettes
**Souvenirs de mon premier appartement au milieu des années 60.

L’Histoire, avec un grand H, parle peu des conditions de vie du peuple et s’attache plutôt aux grands événements qui  marquent l’évolution de la société. Ces confessions semblent dater du Moyen-Âge et pourtant elles parlent de la situation d’il y a à peine une centaine d’années et surprendront les moins de quarante balais*.
*ans

Avec Simonin, Frédéric Dard et Léo Malet, c’est toute la gouaille parisienne qui entre dans la littérature policière. Une langue dite verte, celle de mon enfance, qui a pratiquement disparue car ce langage des rues évolue encore plus vite que les appareils électroniques

Confessions d’un enfant de la Chapelle, Albert Simonin, Gallimard, 1984, 283 pages, Chroniques
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Les notes du Papou :
Exemple de l’argot parisien du temps jadis (mon temps)
J’ai trois plombes et 12 broquilles à ma tocante

Traduction  un jour dans un autre texte qui jactera de Panam.

**** ”Bon rétablissement” de Marine-Sabine Roger

La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon.
                                                                                         Jules Romain

Jean-Pierre, 67 ans, retraité, veuf, sans enfants, se retrouve immobilisé à l’hôpital à la suite d’un accident dont il n’a aucun souvenir.

Cette immobilité forcée l’amène à repenser aux étapes de sa vie, aux petits bonheurs et aux grands malheurs qui l’ont jalonnée.

Durant son séjour il va rencontrer une kyrielle de personnages. Son sauveteur qui se prostitue pour  payer ses études, le policier qui enquête sur l’accident, une jeune mère de 14 ans, et une quantité de personnels  soignants, philosophes, optimistes, débordés  ou déprimés par leur travail.

Lui qui se dit « un constipé du cœur » va, petit à petit, modifier ses certitudes et sa perception de la société qui l’entoure tout en méditant sur son passé.

‘’la perte de temps, voilà ce qui me chagrine. Pas seulement le temps que je pers ici, mais celui que j’ai perdu depuis que je suis né… Une fois mon histoire compactée, une fois le vide évacué, mes soixante-sept ans tiennent dans un mouchoir jetable. »

A la troisième fausse couche, sa femme Annie, morte dans un accident de vélo à 52 ans, a baissé les bras.

« On a tenté de faire avec et puis de faire comme si. Mais on ne vit pas sur des non-dits. Les questions jamais abordées et les mots jamais dits jonchent le sol comme des débris de verre. Après quelques années, le moindre pas fait mal. »

Ses réflexions sur la vie à l’hôpital m’ont rappelé mes propres séjours : « à peine admis ici, on a tout de suite envie de repartir chez soi, comme les chiens qui tirent sur leur laisse pour faire demi-tour quand ils arrivent chez le vétérinaire. Je me sens clébard, la croupe basse et le poil terni. »

Est-ce dû à mon âge, j’ai souvent eu l’impression qu’il clarifiait mes propres pensées :  L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, l’ai des souvenirs.  A mon âge, c’est plus sûr que d’avoir des ambitions. ». 

J’ai encore adoré ce nouveau roman de Marie-Sabine Roger parce que le Jean-Pierre du roman c’est un peu moi à l’hosto, même prénom, même âge à quelques années près, (à ces âges-là la différence compte peu) même pensées un peu ‘’beauf’’ par moment à se demander si l’auteure n’avait pas été quelques temps mon ‘’big brother’’ personnel ».

Il y a quand même une énorme différence , j’ai la chance d’avoir des enfants et des petits-enfants qui m’oblige à ne pas devenir trop con mais je compte bien ressortir de temps en temps la citation suivante en promettant de toujours en citer l’auteure * :

« Ne soyez pas présomptueux : de nous deux, le vieux con, c’est moi. Contentez-vous d’être un jeune con, et ne cherchez pas à brûler les étapes. Tout viendra en son temps, croyez-moi… »

Bon rétablissement,  Marine-Sabine Roger,  Actes Sud, 2015, 221 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :   Une fin un peu prévisible en dépit des efforts de l’auteure pour  la retarder.