*** « Pain, éducation et liberté » de Petros Markaris

En cherchant les hommes la société a perdu les chiffres et a sombré. Maintenant elle cherche les chiffres et perd les hommes.
(d’après) Petros Markaris

ACH003448245.1395334989.320x320Petros Markaris part d’une hypothèse qui pourrait s’avérer l’actualité de demain.
La Grèce a abandonné la zone Euro et  remis en vigueur la drachme, sa monnaie ancestrale.

« Vous n’allez pas me croire ? murmure-t-elle. Il m’a manqué.
Ce qu’elle tient, c’est un billet de mille drachmes…
-Maman, dit Katherina, avec ça, demain, tu ne pourras même pas te payer un café. »

Katherina, la fille du commissaire Kostas Charitos a accepté de défendre un jeune étudiant Kyriakos* Demetzis, arrêté pour trafic de drogue. Elle demande à son père de le rencontrer et de se faire une opinion car Demetzis est un excellent étudiant et ses antécédents et ses actions passées contredisent ce genre de commerce.
*prénom de mon Papou

Charitos assiste à une violente altercation entre le jeune homme et son père. Lequel, quelques heures plus tard, est retrouvé assassiné dans le parc Olympique dont il fut un des promoteurs.

Ce meurtre est revendiqué par téléphone :
« Ici Polytechnique…La radio des étudiants en lutte, des Grecs en lutte pour la liberté. – Pain, éducation, liberté. Nous n’avons pas de pain. »

À Athènes, chaque jour, de nombreuses manifestations perturbent la circulation. 
« Manque d’argent rend diligent, disaient les Anciens. Aujourd’hui manque d’argent fait défiler les gens. »

Des actions racistes déferlent dans la capitale laissant plusieurs blessés et au moins un mort. Charitos envisage que le promoteur a pu être assassiné pour avoir utilisé des ouvriers étrangers.

Après les assassinats d’un professeur puis d’un syndicaliste suivis de revendications  identiques, l’investigation se focalise sur  l’insurrection de Polytechnique, quarante ans plus tôt, par des étudiants gauchistes dont faisait parties les trois victimes qui combattaient le régime des Colonels.

Markaris profite de cette enquête pour exposer sa vision actuelle de son pays:
« Nous mangerons de la viande une fois de temps en temps, nous vivrons de légumes secs. Cela fait des années que des spécialistes me cassent les oreilles à la télévision avec leur alimentation saine. Eh bien l’alimentation saine va devenir une nécessité. »

les sentiments de la population :
**« Pour nous casser le moral, on a déjà la télé. »

les raisons :
*** « Theoloyis était-il polytechnique ? On ne sait s’il maitrisait toutes les techniques, mais il en pratiquait trois en vrai pro : l’enseignement, le métier d’avocat et la magouille. En Grèce, la magouille est devenue un métier, ou du moins un art exercé partout. »

les justifications qu’en donnent les dirigeants :
****« Nous avons commis des erreurs, sans doute, mais nous avons beaucoup donné au pays… Nous avons augmenté les salaires et les retraites, nous avons créé des emplois. On vient nous dire que tous ces gens étaient nos clients parce qu’ils étaient dans la fonction publique. Les emplois publics ne sont-ils pas des emplois ? »

Un constat sans fioriture :
« La Grèce est le pays des promesses non tenues et des désirs frustrés. »
Mais non sans humour :
« -C’était un professeur dévoué à sa matière et à ses étudiants…
Si ça continue, il va faire de la victime un saint dont je pourrai rapporter l’icône à la maison. »

J’aime bien Petros Markaris. Son commissaire me fait penser à Brunetti, le vénitien de Donna Leon. Il aime indubitablement ses concitoyens mais décrit sans complaisance les mauvaises raisons qui ont créé leur situation catastrophique.

Le billet de Sharon et celui de Dasola (qui a du être grecque dans une vie antérieure),

polarmondePolars du monde

Pain, éducation et liberté de Petros Markaris, Seuil, 2014, 188 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les motivations des promoteurs de ces meurtres m’ont paru un peu nébuleuses mais tuer n’est-il par essence une entreprise ténébreuse.

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4 réflexions au sujet de « *** « Pain, éducation et liberté » de Petros Markaris »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Je crois que cette phrase est un résumé de ce qu’a apporté la mondialisation : Les hommes sont devenus moins importants que les chiffres.
      Le Papou

      Répondre

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