*** « Drame en trois actes » d’Agatha Christie

Au festin de la lecture, on ne mange pas tous les livres avec le même appétit, au même rythme : avec celui-ci on pignoche et celui-là on l’engloutit.
                                                                                                                Bernard Pïvot

Je l’ai déjà écrit. Quand l’envie de lire se fait moins pressante ou que je ne trouve rien d’intéressant parmi  les trois mille titres*  qui attendent patiemment d’être choisis, je me réfugie auprès de mes auteur(e)es préféré(e)s.
*minimum

Agatha Christie en fait partie et  demeure un(e) des seul(e)s auteur(e)s que je relis avec plaisir alors que j’ai une démone* horreur des relectures.
* L’expression sainte horreur est plus courante. Le diable  en rit, quelle diablerie !

Résumons  ce « Drame en trois actes », une enquête impliquant Hercule Poirot :

Il y a un premier décès, celui d’un pasteur sans histoires, qui passe pour accidentel, puis  celui d’un médecin  qui dirige une clinique, suivi  d’une de ses pensionnaires. Les deux derniers sont des assassinats qui amènent des enquêteurs amateurs à reconsidérer le premier et à se rendre compte que les trois victimes ont été empoisonnées avec de la nicotine.

Mais qui sont ces policiers amateurs ? Sir Charles Cartwright, un immense acteur  qui vient de prendre sa retraite théâtrale, son admiratrice et un tant soit peu amoureuse Miss Hermione Lytton Gore surnommée Egg*, et enfin M. Satterthwaite un gentleman, ami de l’acteur, intéressé surtout par l’étude de la nature humaine.
* Œuf  ?

« Et Poirot » ? me direz-vous, Point ne m’en dédis.
Notre détective que l’on ne peut, lui, qualifié d’amateur, après une courte présence lors  du premier trépas,  réapparaît dans les derniers chapitres pour éclaircir les ténébreuses et tortueuses motivations du meurtrier ou  de la meurtrière* et élucider ce triple meurtre.

*Spoilage évité…ouf !

Pourquoi, moi qui n’aime pas relire je me délecte avec Lady Agatha, tout en  connaissant, par avance,  le meurtrier et ses raisons ?

Tout simplement, parce que je n’ai plus à me poser de questions sur qui, comment  et pourquoi. Mon attention peut alors se fixer sur tous les indices qu’elle nous distille tout au long du roman.

Un vrai plaisir !

Drame en trois actes, Agatha Christie, Le livre de Poche, 1935, 224 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : jamais de bémol pour Lady Agatha.

 

*** « Les sœurs Gwenan » Hervé Jaouen

Mieux vaut éviter les médecins car ils vous découvrent des maladies que vous n’aviez pas  avant qu’ils ne vous mettent le cœur et les poumons sur écoute.

J’aime les romans à intrigues et ceux qui m’emmènent dans des  lieux lointains et inconnus. Pour moi, combiner les deux serait proche du bonheur littéraire. Ce bonheur,  je l’ai trouvé, et pourtant, cette saga familiale bretonne ne réunit ni enquêtes, ni aventures exotiques.

Je dois admettre que ne connaissant ni la Bretagne, ni les métiers de la mer, je viens de rencontrer  des gens, des mœurs et des lieux inconnus ce qui est, convenons-en,  proche de la définition de l’exotisme.

Orphelin, Joseph Gwenan a été recueilli par Tad et Mamm Bonizec et élevé, lui l’enfant des terres, avec les contes et légendes des hommes de la mer.

Comme son père adoptif et comme beaucoup de bretons*, Jos s’engage dans la royale** et fait le tour du monde avant de revenir s’occuper de Guillemette et des quatre filles qu’elle lui a donné et qui resteront toujours fascinées par les exploits de leur père qui a combattu aux Dardanelles.
**marine nationale. 

*Yaouank c’hoazh me oa kuitaet va brogozh Breizh-Izel,
Evit mont da c’hounez ma boued ebarzh ar broioù pell.
Da Saigon en Indochin digentan e oan bet,
Goude oan deuet d’Afrik da vro an Arabe.
                                                       Chanson de Jos ar Saoz

Jeune encore, j’ai quitté mon vieux pays de Basse-Bretagne,
Pour gagner mon pain dans les lointaines contrées.
D’abord j’ai été à Saïgon, en Indochine,
Et ensuite je suis allé en Afrique, au pays des arabes.

Les filles Gwenan n’oublieront jamais leur origine maritime. Elles épouseront des marins et aduleront leur père, surtout Joséphine, l’aînée.

Si on exclut les guerres, ces péripéties obligatoires que l’on subit par obligations mais qui deviennent des souvenirs dont les survivants font   des récits légendaires, il ne se passe rien d’extraordinaires dans la vie des Gwenan.
*Seulement les survivants.

Roman social sur les habitants de la Bretagne entre 1890, année de naissance de Jos et les années 2000, qui aborde les sentiments,  la vie simple de la grande majorité des êtres humains, l’amour, le mariage, les naissances, le travail, la vieillesse et la mort.

Je ne connaissais pas l’auteur prolifique qu’est Hervé Jaouen. J’en lirai certainement d’autres.

Les sœurs Gwenan, Hervé Jaouen, Pocket, 2012, 416 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Un voyage en Bretagne à prévoir.

*** « Les rats de Montsouris » de Léo Malet

Série : « Les nouveaux mystères de Paris »  – Le XIVe arrondissement

Celui qui désire se venger ne fait qu’entretenir sa douleur par crainte qu’elle s’apaise.
Naoual Younsi

Lorsque Nestor Burma se rend au mystérieux rendez-vous  de Ferrand, un ancien compagnon de captivité et petit truand de surcroit, il ne sait pas qu’il va se retrouver mêler à une chasse au trésor constitué  de perles volées lors d’un braquage où deux gardiens avaient été tués par un gangster, Raoul Castelleno, condamné à la peine de mort pour ce crime.

Ferrand,  tout en jurant qu’il s’agit d’une affaire honnête, souhaite l’aide de Nestor sans rien lui révéler,  promettant de tout dévoiler lors d’un nouveau rendez-vous.

Malheureusement, rendu muet par un « sourire Kabyle* », il n’est plus en mesure   de tenir sa promesse.
*Égorgement au rasoir.

Quelle n’est pas la surprise de notre détective d’apprendre par l’ancien Juge Gaudebert qu’il était victime d’un chantage par l’égorgé.

Nestor continue à fouiner pour comprendre les raisons de l’assassinat de Ferrand. Il suspecte une jeune femme qui a fui, en petite tenue,  l’immeuble de la victime ainsi que les Rats de Montsouris, une bande de cambrioleurs qui aurait pu vouloir se débarrasser d’un de leur membre. L’enquête se complique avec l’assassinat de la fuyarde,  s’éclaircit ensuite  par la découverte que la femme du juge Gaudebert est la fille de Raoul Castellenot, pour se  compliquer de nouveau, en apprenant que le truand ne fut jamais guillotiné et survit dans un hôpital psychiatrique.

Nestor comprend que les perles volées et jamais retrouvées étaient le secret de Ferrand qui souhaitait toucher la prime de la compagnie d’Assurance pour leur découverte.

Une petite ballade dans le XIVe que je connais mieux que le XIIIe, (brouillard au pont de Tolbiac), l’Héritière pourrait vous le confirmer, autour de parc et du réservoir de Montsouris*, réservoir  qui fournit le cinquième de l’eau consommée par les parisiens avec ses 202 000 m3 de capacité.
*L’un des cinq réservoirs de Paris

Les rats de Montsouris, Léo Malet, 10-18,1955, 146 pages, Roman policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Pour le jeune lecteur, les enquêtes de Nestor Burma peuvent paraitre dépassées. Il faut les considérer comme des romans historiques et sociologiques d’une époque pas si lointaine. Soixante ans ce n’est rien dans la vie de l’humanité mais beaucoup dans celle d’une société en pleine évolution.

 

*** Le cas Malaussène, tome 1 : « Ils m’ont menti » de Daniel Pennac

Les générations sont à l’homme vieillissant ce que les vagues sont aux falaises : usantes.

Après  dix-huit (longues) années d’absence. la tribu Malaussène est de retour..
Les premiers tomes de cette série policière déjantée racontaient  l’histoire (entre une multitude d’autres) de Benjamin, l’ainé de cette tribu bordélique, et de ses six frères et sœurs, tous nés  de pères inconnus et différents, abandonnés par la Mère dès que l’indifférence remplace la passion.

Sont arrivés, dans l’ordre et provoquant un joyeux désordre, Louna, Thèrèse qui prédisait l’avenir, Clara, qui adore photographier l’horreur quotidienne, Jeremy, qui baptise tous les nouveau-nés, Le Petit* et enfin Verdun**, qui, comme son nom ne l’indique pas, était (et est toujours)  de sexe féminin.
* « Aux bonheurs des ogres »
** « La fée Carabine »
J’allais oublier Julius le chien épileptique et nauséabond

Benjamin, bouc émissaire professionnel, s’est occupé de toute cette marmaille pendant les escapades amoureuses et prolifiques de la Mère.

Puis est survenue la génération  suivante, Louna a donné naissance à des jumelles et s’est éloignée de la famille, Benjamin a eu un fils, Monsieur Malaussène, abrégé en Mosma, qui peut se vanter d’avoir deux mères*, puis est arrivée Maracuja, dit Mara, la fille de Thérèse** et de deux géniteurs et enfin C’Est-Un-Ange abrégé en  Sept le fils de Clara***.
*  « Monsieur Malausène »
**  « Aux fruits de la passion »
*** « La petite marchande de prose »

Presque vingt ans plus tard, Benjamin, toujours bouc émissaire est devenu aussi l’homme à tout faire pour la maison d’édition qui avait fait paraitre ses livres. La petite Verdun, restée petite,  est devenue le sévère juge Talvern, juge par amour de la justice et Talvern par amour pour Ludovic son géant boulanger et breton.

Quant à Julius, troisième du nom, il a été  choisi parmi les descendants du premier pour sa principale qualité qui est de ressembler à son ancêtre  dans sa placidité et ses odeurs.

Deux histoires parallèles s’entrelacent dans ce nouveau tome.

Pendant qu’Alceste, le nouvel écrivain en vogue, vitupère dans ses œuvres sur ses parents et sur leurs dix enfants, tous adoptés,  Georges Lapieta*, ancien ministre de la République est enlevé alors qu’il allait toucher un parachute doré de 22 807 204 euros pour avoir fait fermer des filiales du groupe Lava en mettant  8300 employés au chômage.
* C’est le genre de type à se rouler dans la confidence comme un chien de ferme dans la fosse à purin.

Le divisionnaire  Joseph Silvistri et le capitaine Adrien Titus sont chargés de l’enquête.

J’aime Daniel Pennac qui n’hésite pas à faire un constat vitriolé d’une société gangrenée par l’argent et  la politicaillerie en utilisant des termes comme latifundisme ce qui m’oblige  à ouvrir un dictionnaire*.
*C’est même pas  vrai… maintenant je cherche dans l’ordi

 « Connaissez-vous un seul adulte, surtout parmi nos politiques, capable de témoigner aujourd’hui d’un tel degré de conscience sociale. »
Affirme Benjamin quand il apprend que les ravisseurs de Lapieta veulent obtenir et redonner aux bonnes œuvres le montant du parachute doré de l’affairiste, au centime prêt.

Sans oublier cette phrase d’un ministre:
« Le thème de tous pourris faisant le jeu des extrêmes, nous ne pouvons risquer une démoralisation aussi massive de notre électorat.*
*J’ai cru entendre le journal télévisé sur les prochaines élections présidentielles… mais non… elle était éteinte.

La saga Malaussène, c’est touffu, exubérant, voire excessif et  ce nouvel opus ne la dénature en rien. Toutefois les deux ou trois qui ne la connaissent pas encore devraient commencer par le premier tome « Au bonheur des ogres ». Sinon, ils se perdront dans la jungle labyrinthique et imaginaire de l’auteur.

Croyez-moi, le voyage en vaut la peine.

Ils m’ont menti, Daniel Pennac, Gallimard, 2017, 284 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Terminé le roman sur un « à suivre » est ignoble et peut énervé le lecteur qui va vivre dans les transes en attendant la suite.

**** « La fille dans le brouillard » de Donato Carrisi

Maintenant, on sait en temps réel ce qui se passe à l’autre bout du monde mais on ne sait plus ce qui se passe en bas de chez nous.

« À Avechot, il y avait deux valeurs importantes : la foi et l’argent. » Dans ce village perdu des Alpes, la religion a pris une allure sectaire et  la découverte d’un filon de fluorite a soudainement enrichi  certains habitants.
Anna Lou  une jeune fille  très contrôlée par une mère ultra religieuse, disparait. Fugue ou enlèvement ?

La technique du vaniteux et égocentrique  commissaire Vogel  consiste à  trouver un suspect et à le faire craquer en utilisant  les médias. Ce qui lui a valu, dans le passé,  une glorieuse réputation jusqu’au  fiasco de sa dernière enquête.
« Se débarrasser du passé n’était qu’une façon de ne pas admettre ses propres échecs. Et le futur qu’ils accueillaient tous avec tant de joie ne serait, d’ici douze mois, qu’une année inutile à oublier. »

C’est le professeur Martini, nouvellement arrivé  avec sa femme et sa fille, qui se retrouve dans le collimateur de l’enquêteur, bien décidé à regagner sa célébrité perdue et retrouver sa binette en première page des grands quotidiens.
La voiture du professeur s’est retrouvée  à plusieurs reprises sur des photos de la disparue prises par un camarade amoureux.

Pourtant trente ans plus tôt, plusieurs jeunes filles rousses, comme Anna Lou, avaient disparues et n’avaient jamais été retrouvées. En dépit du fait que  l’âge du professeur ne peut le relier à celui que les journaux avaient surnommé « l’homme du brouillard », Vogel continue d’enquêter sur lui.

Le commissaire pense que la procureure Rebecca Mayer, qui veut que l’enquête reste dans le cadre de la loi, est : « une petite pute pédante et idéaliste.  il faut  seulement flatter son ego, lui faire ressentir la chaleur des projecteurs. Personne ne pouvait y renoncer, même au risque de s’y brûler.

Martini est arrêté.

Avant d’être un roman policier de bonne facture, « la fille dans le brouillard » est surtout une violente critique  sur  les magouilles  entre policiers peu scrupuleux, journalistes fouille-merde*, avocats véreux avec une population prête à dire n’importe quoi pour apparaitre dans les actualités médiatiques.
*De nos jours, journaliste fouille-merde est devenu un pléonasme.

En 2011, Donato Carisi faisait une apparition fulgurante et élogieuse dans la blogosphère avec « Le chuchoteur » , son premier roman auquel je n’avais attribué que 2 *, comme au suivant intitulé « Le tribunal des âmes ».

Depuis, J’avais  mis de côté  cet auteur qui faisait pleuvoir des cadavres dans un orage d’hémoglobine.

Faisait à l’imparfait car, dans « la fille dans le brouillard » pas de sang, ni même de …cadavre mais, une ambiance délétère qui vous prend aux tripes avec une double envie contradictoire d’arrêter de lire et de connaitre la suite.

Un excellent thriller qui se termine, non pas sur un, mais sur trois coups de théâtre qui devraient surprendre et fasciner le lecteur.

La fille dans le brouillard, Donato Carrisi, Calmann-Lévy, 2016, 313 pages, Thriller.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :Quatre étoiles et pourtant les films et les livres dont des innocents sont les victimes me mettent mal-à-l’aise.

**** « La fille automate » de Paolo Bacigalupi

Mais il n’y a plus d’oranges à présent, aucune de ces choses jaunes…les citrons. Aucune. Tant de choses ont simplement disparues.

Après un lent début pour  présenter les principaux personnages, l’intrigue de ce roman, classé post-apocalyptique, s’accélère et nous entraine essoufflé vers une fin surprenante.
Post-apocalyptique ? Que nenni ! Nous sommes plutôt en pleine apocalypse mondiale. Dans la bible, les dix plaies ne concernaient que l’Égypte. Dans ‘La fille automate »  notre planète entière agonise.

Mais, me direz-vous, ce roman est de la science-fiction !
En est-ce vraiment  ? Quels en sont les postulats  ?

*La disparition des combustibles fossiles entrainant celle de l’électricité.
*c’est pour bientôt.
L’engloutissement par les eaux océaniques de larges régions terrestres et de certaines métropoles comme New-York, Mumbaï, Rangoon ou La Nouvelle-Orléans.
*c’est pour demain.
*Des épidémies virales mortelles causées ou non par des manipulations génétiques.
*Cela existe déjà : Chikungunya, Zika, H1N1 etc…

*La prise de contrôle par d’énormes  trusts  de la production alimentaire en fournissant des semences stériles.
*Déjà en cours pour les semences.
Et pour finir la « naissance » des robots humanoïdes…annoncée par les actualités pour demain.

Ne parlons pas de science-fiction mais plutôt d’une réalité que l’imagination de l’auteur a poussé au paroxysme.

L’action se passe à Bangkok qui, protégée par des digues et  des pompes alimentées au charbon, n’a pas été submergée. La Thaïlande a résisté, grâce à sa banque de semence, à l’inféodation aux Consortiums Caloriques..

La réapparition sur les étals d’un fruit, disparu depuis longtemps,  provoque l’enquête d’Anderson Lake, une taupe des  sociétés américaines, dont les seuls soucis sont de protéger leur hégémonie et leurs intérêts.

La ville est contrôlée par deux ministères rivaux. L’Environnement qui pourchasse toutes les importations interdites et se heurte,  de ce fait,  régulièrement  aux agissements du ministère du Commerce. Cette enquête va entrainer certains personnages à agir suivant les forces ou les faiblesses qui sont, depuis toujours,  les moteurs de l’humanité; l’appât du gain, la soif de pouvoir, l’idéalisme, la peur, l’instinct de survie, la vengeance…

Je ne vous ai pas encore parlé d’Emiko, cette fille automate qui donne le titre au roman.  Abandonnée par son propriétaire nippon dans une cité où les robots humanoïdes  sont interdits, elle se prostitue pour survivre. Elle est, peut-être, la plus humaine par ses défectuosités, sa passivité et… ses rêves d’un monde meilleur et va devenir le déclencheur d’une révolution qui pourrait abandonner  la Thaïlande aux intérêts des trusts américains.

PS : Après cinq ou six moutures, je ne suis toujours pas satisfait de ma chronique sur ce  roman si dense, . J’abandonne !
Yue Yin en parle beaucoup  mieux dans son billet.

La fille automate, Paolo Bacigalupi, Au diable vauvert, 2012, 595 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Gênant ce monde que nos enfants ou petits-enfants pourraient connaitre.

*** « Coup bas à Hyderabad » de Sarah Dars

De l’amour naissent les plus fortes haines.
                                                                                                                           Properce

Il n’y a pas de haine aussi terrible que celle dont l’origine est de l’amour gâté.
                                                                                                                  Alphonse Karr

J’ai rencontré Doc par accident.
À Madras, Doc est un médecin de caste brahmane qui utilise autant la médecine moderne que l’ayurveda *.  Adepte du kalarippayatt**, fervent de musique traditionnelle, citant régulièrement des sentences du Panchatantra***, il est aimable, généreux et intéressé par tout ce qui se passe autour de lui, ce qui l’amène à se mêler d’enquêtes, que la police n’arrive pas à résoudre pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
*Médecine traditionnelle de l’Inde
**Art martial de l’Inde
***Recueil de contes moralisateurs écrit au 3è siècle avant notre ère.

L’accident mentionné plus haut s’intitulait « Nuit blanche à Madras ».
Il avait été causé par mon désir de mieux connaitre son auteure, après la lecture de « Des myrtilles dans la yourte »*, une enquête en Mongolie qui n’a rien  à voir avec la série des Doc.

J’avais demandé au bonhomme rouge du Pôle Nord de me trouver un autre tome de cette série. Dans sa grande mansuétude, c’est un recueil de huit enquêtes qu’il m’a envoyé en utilisant comme commissionnaire mon Héritière préférée.

Dans son enfance, Doc venait passer des vacances à Hyderabad chez sa grand-mère. Il y retourne cette fois  pour régler un héritage, accompagné de  son ami Anjun qui doit assister à une conférence.

Il rend visite à quelques amis dont le riche financier Nassim Barani , chez qui, plusieurs  années auparavant, il a sauvé le fils, Karim.

Pendant ce séjour plusieurs meurtres surviennent dont un marchand, un prêtre et un cheik saoudien. Tous pourraient avoir été causés par la mafia, pourtant  si les deux premiers empestent les exactions de la bande de criminels qui rackettent  la ville avec  le consentement de politiciens et de policiers véreux, celui du cheik gène le doc.

Une demi-gourmette de Karim, joueur impénitent qui devait énormément d’argent au cheik, a été retrouvée près de la victime.  Barani demande au Doc d’enquêter pour innocenter son fils.

Si ce n’est un léger bémol que vous trouverez, comme d’habitude,  à la fin de ce texte j’ai beaucoup apprécié de replonger dans la vie et les coutumes indiennes, que je connais fort peu. La grande connaissance  qu’en a l’auteure alliée à son style simple  et coloré m’ont de nouveau enchanté et comme le recueil comporte six autres enquêtes, 2017 sera l’année de Doc.

Coup bas à Hyderabad, Les éditions phulippe Picquier, 2011, 118 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La prolifération de termes indiens ralentit ma lecture car, à chaque fois, je dois aller vérifier le lexique en fin d’ouvrage  pour savoir ce que c’est.
Énervant !

*** « La mort nomade » d’Ian Manook

Ruinez qui pourrait un jour vous ruiner
Voltaire
La nature nous a créés avec la faculté de tout désirer et l’impuissance de tout obtenir.
Machiavel

Yeruldelgger* n’est plus policier à Oulan-Bator**.
Il a démissionné pour faire une retraite spirituelle et solitaire dans le désert de Gobi, loin des turpitudes, des exactions et de la corruption  de la capitale mongole.
* « Yeruldelgger » « Les temps sauvages »
** Capitale de la Mongolie

Deux femmes et un gamin vont venir troubler sa solitude et lui demander d’enquêter, la première sur la disparition de sa fille, la deuxième sur le meurtre de son amant, un géologue français, et l’incendie de sa yourte et l’enfant sur un charnier qu’il a découvert.

Yeruldelgger n’a aucunement l’intention de se replonger dans une enquête,  encore moins dans trois. Il a peur.
Non pas peur des méchants mais de lui-même, de la colère qui  l’entrainait dans de sombres exactions pouvant aller jusqu’au meurtre. Cette colère devenue incontrôlable  était la raison de sa retraite spirituelle.

Bien malgré lui, il va se trouver mêler aux grands chambardements qui bouleversent la Mongolie. D’un côté les grandes multinationales minières dont le seul but est de s’approprier les ressources naturelles par tous les moyens incluant la corruption et l’esclavage, de l’autre une société secrète et violente qui veut préserver la nation mongole.

Ajoutez à cette guerre des sociétés autochtones sans scrupules qui servent d’intermédiaires auprès de tous en utilisant chantages et meurtres, et  des gouvernements, dont la France, qui, pour obtenir des avantages commerciaux, agissent secrètement avec les mêmes  sociétés mafieuses  et les mêmes élites vénales.

Ina Manook nous brosse un portrait sombrement  délirant de la Mongolie actuelle, coincée entre des coutumes nomades ancestrales rejetées par  les nouvelles générations, une mondialisation cynique  et sans scrupule des grandes multinationales et des  élites politiques prêtes à tout pour s’enrichir rapidement.

Est-ce la fin de cette série ? En tout cas ça ressemble à la fin d’un cycle.

Dérangeant !

La mort nomade, Ian Manook, Albin Michel, 2016, 429 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai pas compris la conclusion ou plutôt elle n’était pas assez claire pour moi.

 

 

**** « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » de Jon Kalman Stefansson

La vie nait par les mots et la mort habite le silence
                                                                         Jon Kalman Stefansson

Aurais-je choisi ce roman si notre club n’avait pas décidé une lecture commune, ? Je ne crois pas. Je n’aurai trouvé rien d’attirant dans le titre, un de ces trop nombreux titres absurdes ou saugrenus qui semble être seulement décidé pour  attirer l’œil du chaland, ni dans le nom complètement inconnu de l’auteur.

Finalement, ce n’était pas un roman pour éclairer les jours sombres et moroses de l’hiver, jours qui influent profondément sur mes choix et mes envies de lecture.
Mais quelle bouquin !

Pas facile d’entrer dans cette chronique familiale sur plusieurs générations  imbriquées les unes dans les autres dans les mêmes chapitres avec un narrateur qui raconte la vie islandaise misérable même quand il n’est  pas physiquement présent, un héros, Ari, qui lui ne narre rien mais est présent dans chaque  page, dans chaque idée, dans chaque évènement, une écriture poétique parfois, et surprenante souvent.
Il m’a fallu deux semaines pour passer au travers des 442 pages.

Le retour d’Ari en Islande, après deux années d’exil au Danemark, va provoquer une longue réflexion sur l’hérédité, sa famille, surtout ses grands-parents, mais aussi sur toutes les questions existentielles et tous  les sentiments qui troublent l’existence de l’humanité depuis qu’elle a appris, souvent inutilement, à se torturer les méninges.

La famille c’est la vie  rude d’Oddur et Margret et leurs cinq enfants sur une terre âpre, à peine habitable les mauvaises années,  mais qui  …par beau temps, ressemble  à une succession de merveilles naturelles, un air immobile, un ciel azuré, et quelques chevaux débonnaires.

L’auteur aborde tous  les sujets. La vie elle-même, la mort, l’amour, la cruauté, la trahison, l’insécurité de l’adolescence, le temps qui passe, la vieillesse et sa décrépitude, l’estime de soi tous ce qui nous à fait ou nous fait toujours réfléchir à notre existence mais, il aborde aussi la misère, les forces invisibles,  la religion, la politique et toutes les idées malsaines que l’on véhicule sans le savoir car peu importe le nombre de langues que nous apprenons, la discorde, les préjugés et les malentendus semblent ancrés au cœur du langage lui-même, tapis comme autant de mauvaises herbes au creux des mots.

En commençant cette chronique je voulais juste  mettre des citations qui m’ont marqué et qui ont fait qu’en cornant chaque page (j’ai honte) pour les retrouver, j’étais arrivé à presque doublé l’épaisseur du volume. Mais, lesquels choisir  ?

Nous ignorions pourquoi nous existions,  pourquoi nos cœurs battaient, à quoi la vie servait. Un jour, cette pensée ne manquera pas de nous envahir : dans quel but ai-je vécu ? Pourquoi suis-je ici ?

Les mains de la mort blanches comme un clair de lune.

Le temps n’a cure des rêves de l’être humain, il attaque tout et finit par changer toute vie en mort…. Il ignore égards et respects, il fait un pas et vous voilà vieux.

L’amour est une Voie Lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n’avoir pas assez aimé.

J’en rajouterai une dernière, devenue d’actualité, avec ce qui se passe au sud de notre frontière :
Pourquoi la majeure partie de l’humanité croit-elle en ces histoires que racontent les religions alors que ces dernières s’opposent aux règles élémentaires de la logique, aux preuves avancées par la science ? Si on se fonde sur la raison, il faut être un enfant ou un simple d’esprit pour croire en l’existence de Dieu, et pourtant, peut-on trouver meilleure consolation que celle procurée par la foi ?

J’espère ne pas avoir trahi l’auteur car :
Nous pouvons dire des choses avec une infinie sincérité et malgré tout trahir. L’être humain est faible et les assauts répétés du quotidien ne font que lui ôter encore un peu plus de sa force en le privant de sa dignité.

Un très long poème en prose, moi qui, dans la poésie aime surtout les haikus je suis passé, dans ce roman,  au travers de toutes les émotions possibles , l’ennui et l’enthousiasme, la mélancolie et le plaisir, le désintéressement et l’inclination, la déception  et la satisfaction.

À lire absolument mais à éviter en cas de dépression.

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, Gallimard, 2015, 442 pages, chronique familiale.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : L’islandais est une langue avec des prénoms impossibles et des accents sur les voyelles à des endroits que mon clavier refuse définitivement d’apposer. Aussi, pour éviter toute ambiguïté future il faut mettre un accent aigu sur le o de Jon et un autres sur le a de Stefansson.

** « Brouillard au Pont de Tolbiac » de Léo Malet

N’écoute aucun des prometteurs de paradis pour demain.
Ils mentent tous.

Ce roman fait partie des « nouveaux mystères de Paris»  dont chaque tome se passe dans un arrondissement différent de la capitale.

Une brusque envie de retrouver le Paris de la fin des années 50, celui de mon enfance et de mon adolescence, avec ses petits commerces, ses autobus à plateforme, ses odeurs, sa grisaille et ses bistroquets, qui servaient beaucoup plus de blanc et de rouge que de noir entre un flipper et un juke-box*.
*ou un baby-foot.

Le pont de Tolbiac, c’est le treizième, un des arrondissements que je connais le moins. Je suis plutôt ouest et nord, avec comme frontières, du  parc des Buttes-Chaumont jusqu’à la  rue du Faubourg Saint Martin au sud, et le  Boul Mich’* à l’est.
*Boulevard saint-Michel

Dans ce tome, Malet offre son passé anarchiste à son personnage, Nestor Burma. Adolescent provincial  qui, à 16 ans,  se souvient de son arrivée  à Paris, de ses fréquentations anarchistes et qui  profite de son roman pour une charge sans concession sur « Le Corbusier et ses épigones » qui ont modifié l’arrondissement de sa jeunesse en y faisant « proliférer ces cellules cancéreuses, pustules géantes de verre et de bétons. »

Belita, une jeune gitane bien roulée*, contacte Nestor et lui remet une lettre d’un blessé suriné** et hospitalisé du nom d’Albert Benoit. La victime mentionne  l’avoir connu dans sa jeunesse et souhaite le rencontrer, . Malheureusement elle décède avant son arrivée et c’est la flicaille qui l’attend.
*J’en avais envie. (elle sera peu comprise hors de l’Hexagone.)
**poignardé

Le nom d’Albert Benoit était inconnu de notre détective, toutefois il admet connaitre le mort, un ancien compagnon devenu chiftir*,  sous le nom d’Albert Lenantais. Ils fréquentaient ensemble le foyer végétalien haut lieu de l’anarchisme dans les années 20.
*Chiffonnier

Tombé en amour avec la jeune Belita, Nestor va tenter de trouver les responsables de la mort du chiffonnier et solutionner en même temps une vieille affaire relative à la disparition d’un convoyeur de fonds.

Salvador le Gitan et son  eustache* ne sont jamais bien  loin et Nestor va l’apprendre à ses dépends.
*couteau

Pour mes futures nostalgies, il me reste cinq Léo Malet à lire ou à relire.

Brouillard au p;ont de Tolbiac Léo Malet, 10-18, 1956,  179 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les « politiquement corrects » pourront  se plaindre du vocabulaire de Léo Malet. Mais, à cette époque, on appelait un chat, un chat (voire un matou ou un greffier) et pas « un animal de compagnie du genre félidé ». Certains vocables devenus irrévérencieux ou même condamnables de nos jours étaient utilisés couramment. Traiter Léo Malet de raciste serait faire injure  à son passé anarchiste.