**** « Nous étions le sel de la mer » de Roxanne Bouchard

 « Tu le sais pas encore, toi, parce que t’es jeune, mais en vieillissant, nos cœurs deviennent plus denses…Quand les souvenirs remontent, on dirait qu’y nous grafignent le dedans… »

Coeur351ibAYoX9HL._SL160_Un coup de cœur et pourtant il en manque des « boutes ». En Gaspésie, on ne dit jamais tout et rien n’est vraiment clair. Mais, moi, je sais déjà que ce billet va être long, très long.

Catherine, une jeune femme de 33 ans, qui après avoir carbonisé neuf ans de foyer conjugal en une nuit et réduit son couple en cendres, a perdu  le mode d’emploi pour l’exaltation, pour l’enthousiasme. Elle se sent  vide,  translucide comme si elle était sur le bord de la track de chemin de fer, débarquée du train et regardait le party à travers la vitre insonorisée et empilait les saisons en strates grises sur les étagères de son condo zen.

Elle a reçu une lettre de sa mère biologique l’invitant en Gaspésie. Elle a toujours su qu’elle avait été confiée, pas adoptée, à ceux qui l’ont élevée et sont maintenant décédés.

Elle ne connaitra jamais cette mère retrouvée morte dans les filets d’un pêcheur. Suicide, meurtre ?

Qui était Marie Garant qui kickait le varech sur la plage ? Dans ce milieu taiseux où on parle plus pour ne rien dire que « Saint-ciboire de câlisse »  pour dévoiler des secrets, elle se rend compte que sa mère était adorée de nombreux hommes et haïs par les autres. Trop belle, trop libre, trop dangereuse ! Catherine subira les contrecoups de cette filiation.

Elle écoutera ses habitants, Cyrille, Victor, Vital, Renaud, Yves, les frères Langevin, le coroner Robichaud, Jérémie le grand indien, le curé Leblanc, ivrogne qui n’est même pas curé, le notaire Chiasson, durs, obstinés, rancuniers, prêts à aider et à s’entraider. Elle connaitra enfin une partie des légendes dont sa mère était l’héroïne et la définition qu’ils donnent à leur région.
«
C’est la terre des pauvres qui a juste la mer pour richesse, pis la mer se meurt. C’est un agrégat de souvenirs, un pays qui ferme sa gueule pis qui écœure personne, une contrée de misère que la beauté du large console.

Elle va surtout découvrir la mer, sa beauté, sa violence, et sa poésie
« L’eau déploie aujourd’hui son tapis houleux contre la coque du voilier et fait vaciller les facettes brisées du levant. Le vent gonfle les voiles, le rouge éblouit l’horizon, l’aube emplit la mer de couleurs et transforme cette histoire en fresque écarlate. Le ciel vire au bleu, avec juste ce qu’il faut de rose pour faire parade au soleil. »

«J’ouvre mes mains et laisse glisser sur l’onde la bobine de mes souvenirs qui se déploient une dernière fois dans la vague. »

 J’aurai encore mille extraits pour vous tenter comme sa rencontre avec des « bateaux de pêche vides qui s’endorment, bercés par la rondeur molle des vagues qui ronflaient contre le quai; ils ont à peine ouvert un œil quand je suis arrivée. Ils s’en foutaient. Ils ont soupirés et se sont rendormis, gros chats lascifs sur leur coussin bleu de l’eau. J’ai lu leur nom et me suis étiré les yeux jusqu’à l’horizon. »

C’est un très beau texte avec des expressions régionales qui ajoute à l’authenticité sans gêner le lecteur et qui donne envie de mieux connaitre un des plus beaux  coins du Québec et sa population.

Les billets enthousiastes de Karine, de Suzanne, et de Yue Yin.

Nous étions le sel de la mer, Roxanne Bouchard, VLB, 2014, 223 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La déprime,  sa vie plate, son travail, les nouvelles d’horreur à la télé, la mort de sa mère, les plantes qui fleurissent pas l’hiver, la météo de merde, les humoristes pas drôles, les pubs obligatoires, les politiques niaiseuses, les films qui se tirent dessus, le ménage pas fait, la poussière des jours, le lit froissé et les restants réchauffés qui collent au fond de la poêle.
Je devrais retourner en Gaspésie.

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8 réflexions au sujet de « **** « Nous étions le sel de la mer » de Roxanne Bouchard »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Je ne connais pas la Bretagne. Il parait que ça ressemble à… En té cas, c’est un des plus beau et des plus pauvres coins du Québec. Oui, j’affectionne !
      Le Papou

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  1. Karine:)

    Quel bonheur ce roman! Ravie que tu aies aimé.
    Et tssss… qu’est-ce que le Saguenay vient faire là-dedans? Le Saguenay, c’est o-bli-gé!!! :)) Et en plus, ça compte pas!

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    1. jpvalentin Auteur de l’article

      C’est la faute à ta twinette qui a commenté en disant qu’elle voulait retourner en Gaspésie. Faudra choisir Gaspésie ou Saguenay, a répondu le Papou.
      Lui-même.

      Répondre

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