** « L’homme aux lèvres de saphir » de Hervé Le Corre

 On assassine des gens, et la police ne se montre que quand tout est fini. Si c’est cela la civilisation, je vous demande ce qu’est la barbarie.
                                                                                            Alice Parizeau

51Hkw4X2knL._SX321_BO1,204,203,200_Etienne Marlot, en poussant péniblement sa charrette de déménagement, découvre un cadavre éventré pendu à la colonne de la place Vendôme. A ses pieds, il ramasse  un petit carnet qu’il range dans son barda.
Pendant son interrogatoire au commissariat, tout son fourniment disparait.

Dans ce Paris de 1870. Un tueur, obéissant à une logique mystérieuse, massacre des jeunes hommes et, voulant retrouver ce carnet, égorge tous ceux qui le gène dans sa quête.

Au milieu d’une police sans ressource, quasi illettrée et corrompue qui utilise des cafards à deux pattes pour dénoncer ceux qui sont hostiles au gouvernement et qui profite des largesses des tenancières de bordels et de leurs « anges », le tueur n’a aucun mal à retrouver la trace d’Étienne.

Nous ne sommes pas dans les hautes sphères de la société mais au sein d’une population ouvrière qui souffre d’une misère effroyable. Le second empire est en pleine déliquescence et, pour conserver le contrôle, n’hésite pas à utiliser l’armée.

Taudis, indigence, prostitution, épidémies, vermine, ordures*, rien ne nous est épargné par l’auteur, ou, soyons plus précis, rien n’est épargné aux habitants de la capitale impériale.
*etc…

Toute cette sanie nous fait prendre conscience de l’évolution de notre société en à peine un siècle et demi et, même si on est encore loin de l’Eden qu’on nous promet régulièrement, on note avec plaisir toutes les améliorations* dans la condition des femmes, les relations de travail,  les logements, l’hygiène, la médecine pour tous, et soyons honnête les rapports, en général, avec la force publique.
Pour cela, ce texte violent, parfois cruel, souvent inhumain, mérite d’être lu.

*Oui ! Même s’il y a encore beaucoup à faire.

Dans ce roman où plusieurs personnalités historiques comme le poète Isidore Ducasse dit Lautréamont ou le préfet de police Claude apparaissent, l’enquête policière sert surtout de prétexte à une étude de mœurs sur la société de cette époque. 

Hervé Le Corre, que je ne connaissais pas, fait partie des excellents écrivains de romans noirs.

L’homme aux lèvres de saphir de Hervé Le Corre, Rivages/noir, 2004, 501 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Trop d’ordures et d’immondices fatiguent le lecteur comme trop d’épices tuent le ragoût.

 

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