*** « Le sang des bistanclaques » d’Odile Bouhier

Pour chanter Veni Creator
Il faut une chasuble d’or (bis)
Nous en tissons pour vous, grands de l’église
Et nous pauvres canuts, n’avons pas de chemise.

C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus !

Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir.(bis)
Nous en tissons pour vous grands de la terre
Et nous, pauvres canuts, sans drap on nous enterre
C’est nous les canuts
Nous sommes tout nus !

                                                     La chanson des canuts

 

ob_291791_bouhier2Bistanclaques ! J’étais attiré par ce mot zarbi. J’aurais pu aller sur wikimachin et aurait raté une intéressante lecture sur la ville de Lyon, dans ce polar un peu sombre. Je trouve d’ailleurs que cet adjectif qualifie très bien la folie, maladie qui, en ce moment, revient régulièrement dans mes lectures.

Dans cette ville, encore traumatisée par les boucheries de la  première guerre mondiale, deux femmes âgées sont retrouvées violées, martyrisées et assassinées.

Le commissaire Victor Kolvair, revenu unijambiste et légèrement cocaïnomane, est chargé des enquêtes, aidé d’Hugo Salacan, responsable du premier bureau de police scientifique.

Dans le quartier de la Croix-Rousse, aux traboules* complexes et parfois secrètes, l’enquête piétine et le procureur Rocher, fier de sa supériorité innée, décide de confier la suite à Legone, un membre des brigades du Tigre, créées quelques années plus tôt par Clémenceau**.
* passages piétons qui permettent de se rendre d’une rue à une autre à travers des cours d’immeuble.
** Déjà la « guéguerre » des polices

Legone n’est pas un policier que l’honnêteté étouffe. C’est une « gueule cassée » qui a changé de nom pendant la guerre en prenant les papiers d’un soldat mort et, ultérieurement, sa place dans la police lyonnaise. Son visage complètement défiguré a permis cette subornation. Plutôt violent avec les suspects, ce qui a l’époque était la norme, il profite de ses contacts pour créer et vendre des films obscènes.

Un troisième cadavre permet d’envisager l’action d’un tueur en série. Toutefois, quelques petites différences empêche Kolvair de  croire au même assassin. Le mari violent de la troisième victime est accusé par Legone des trois meurtres.

Suite à cette erreur de Legone, Kolvair récupère l’enquête. Petit à petit, un certain nombre de suspects apparaissent.
Avec l’aide d’une jolie aliéniste Bianca Serraggio, qu’il trouve à son goût, Kolvair va cerner puis arrêter le meurtrier**.
*Ou ces déraisons.
**Meurtrier que nous connaissons, ainsi que ces raisons déraisons bien avant lui.

Dans cette France de l’après-guerre, l’auteure nous décrit le climat social des canuts, qui veulent obtenir la semaine de 48 heures, et nous promène dans les endroits fréquentés par la haute bourgeoisie comme « Chez Lili », un lieu de délices où il est important de se faire voir par la bonne société.
*Les maisons closes furent fermées en 1946

Un bon policier et  un petit concentré sur  l’état de la France, sur la ville de Lyon et ses coutumes après  la Grande Guerre.

PS : Les canuts, surnom des ouvriers tisseurs de la soie lyonnaise, pour défendre leur dignité et leurs conditions de vie, se sont révoltés à plusieurs reprises durant le XIXe siècle. Ils ont inventer des formes inédites d’organisation sociale comme le « mutuellisme* », le conseil des prud’hommes et les coopératives.
*Devenu plus tard mutualisme

PPS : Le Bistanclaque ou Bistanclaque-pan est une onomatopée du parler lyonnais. Il désigne le métier à tisser des ouvriers Canuts  d’après le bruit qu’il produit en fonctionnant :
bis       : on appuie du pied sur la pédale. Cela relève une moitié des fils de chaîne.
tan       : le battant se repousse.
claque : la canette passe et bute au bord.
pan      : le battant frappe la dernière trame.

Les avis d’Yv, de Delph, d’Argali, de Claude Le Nocher et de l’oncle Paul.

Le sang des bistanclaques d’Odile Bouhier,Presses de la Cité, 2011, 288 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : On s’épivarde un peu trop.

 

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8 réflexions au sujet de « *** « Le sang des bistanclaques » d’Odile Bouhier »

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