** « Le diable s’habille en Voltaire » de Frédéric Lenormand

Même le diable à son utilité, sinon Dieu n’eût point toléré son existence.

Pour notre club de lecture, nous devions tous lire le même bouquin.

Parmi mes entêtements, il y a celui de ne pas participer, autant que faire se peut, aux magouilles des éditeurs et de leurs auteurs qui utilisent du marketing de bas étage pour nous faire passer des vessies pour des lanternes et utilisent des personnages historiques ou des héros connus pour attirer l’œil du chaland.

Après Oscar Wilde dont j’ai lu une enquête, mais c’était un cadeau. Voici maintenant Voltaire, mais c’était une quasi obligation.

Ce bouquin partait donc déjà avec une prise contre lui*.
*Je rappelle qu’à trois prises, le batteur est éliminé.

Un petit résumé pour commencer ?
Le père Firmin Pollet trouve sur l’orgue de son séminaire le cadavre de son maitre de scholastique. Certains éléments, odeur soufrée et pattes de bouc, laissent supposer une action du Malin. Il fait appel à Voltaire, un impie notoire, considéré lui-même comme un suppôt de Satan, pour trouver le meurtrier.
*le cardinal de Fleury

« – N’a-t-on pas démontré que le diable n’existe pas ? S’étonne Voltaire.
– Je n’ai pas connaissance de pareils traités, je prends mes renseignements plus haut. Répond le prêtre. Ma partie, c’est plutôt le Bon Dieu, pour le diable je préfère m’adresser à vous. »

Si l’enquête policière, qui consiste à retrouver le jupon d’une morte au milieu des cadavres qui s’accumulent et du Diable qui se promène, est peu intéressante, l’observation de la société du XVIIIe siècle, avec ses usages, ses traditions, ses croyances et ses superstitions, l’est beaucoup plus.

Il y a des parties qui frôlent le vaudeville fantasmagorique, la pantalonnade burlesque, mais frôler n’est pas suffisant. Rendre des grotesques bouffonneries par l’écriture semble un exercice difficile voire impossible. Ce qui fait qu’un pâle sourire  remplace ce qui devrait être le rire éclatant du lecteur.

Ainsi s’amuse-t-on un peu à la description du bain de Voltaire, à son immense orgueil se heurtant à une identique fatuité des acteurs de la comédie française lors de la répétition de sa future tragédie « Adélaïde Du Guesclin »*, ainsi qu’aux cavalcades dans les cimetières, les catacombes et les friperies.
* Si la pièce réussit c’est que les comédiens sont bons; si elle tombe c’est que l’auteur est mauvais.

On y apprend que l’eau était rare et par conséquent le bain aussi. On utilisait plutôt des expédients pour cacher les odeurs comme une pâte au lait d’amandes, de la pommade à la fleur d’oranger, et le « baume de Cléopâtre »  une crème pour le visage à la panne de porc mâle agrémentée d’un mélange de cire, de graisse de baleine et d’un soupçon de perle fine.

Une petite visite à l’Hôtel-Dieu* avec ça ?
C’était une prison pour malades où la direction essayait de ne pas coucher plus de six personnes dans un même lit ou, au moins, de ne pas laisser les mourants avec les autres ou d’en ôter les trépassés, mais cela restait un idéal inaccessible.

*L’hôpital de Paris qui existe toujours.

Finalement, on s’ennuie un peu.

L’Oncle Paul, dans sa grande mansuétude en parle mieux que moi.

PS : On France pour sortir, on se met sur son 31, au Québec sur son 36 et au XVIIIe sur son 18. Si on ne connait pas réellement l’origine du 31 et du 36, on connait celle du 18. Pour qu’ils aient l’air neuf une deuxième fois, on retournait les vêtements qui donc étaient neufs deux fois. À vos calculettes !

Le diable s’habille en Voltaire de Frédéric Lenormand, JC Lattès, 2013, 300 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’en rajouterai pas.

 

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6 réflexions au sujet de « ** « Le diable s’habille en Voltaire » de Frédéric Lenormand »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Je suis d’accord, le problème est que c’est vendu comme polar et que Voltaire passe pour un jeanfoutre bouffi d’orgueil. Ce qu’il était peut-être, mais c’était surtout un grand philosophe.
      Le Papou

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