**** « L’arbre à bouteilles » de Joe Lansdale

L’amitié est un plaisir qui ne fait que s’accroître à mesure qu’on vieillit.

 

cvt_larbre-a-bouteilles_9430Il m’attendait dans ma pile depuis 2010. Mais, trop de billets élogieux souvent m’effraient : peur de ne pas comprendre et surtout peur d’être déçu.

Dans le quartier noir  d’une petite ville du Texas, vivent Hap Collins, blanc et hétéro,  et son copain Leonard Pine, noir et gay. Le tonton de Léonard vient de mourir lui léguant sa vieille maison plutôt délabré avec 100 000 dollars, des bocaux remplis de bons de réduction et un tableau que Léonard avait peint dans sa jeunesse et offert à son oncle.

Pourquoi se tableau sans grande valeur était-il dans un coffre à la banque ? Surement  parce que, selon la rumeur, l’oncle Chester avait un peu perdu la boule, ce que confirme l’état intérieur du logis envahi par la vermine et des tas de vieux journaux  en décomposition.

Leonard décide de  retaper la baraque et embauche son ami pour l’aider.

Pendant les travaux, ils trouvent sous le plancher un coffre contenant le squelette découpé d’un gamin et quelques revues pédophiles. Si Hap a quelques doutes sur le passé de l’oncle, Leonard n’en a aucun et pourtant ils ne se parlaient plus  depuis que Chester avait appris son homosexualité.

Depuis plusieurs  années, des petits garçons noirs miséreux et souvent sans  famille ont disparu dans le quartier sans que le problème n’intéresse vraiment la police :
« À la fin d’un des rapports (de police)  on peut lire ‘’ un nègre de moins, ça ne dérange personne…’’ C’était il y a dix ans. On assimile lentement le concept des droits civiques, par ici. Du moins chez les représentants de la loi. »

Leonard a l’intuition que son oncle voulait lui indiquer une piste et un suspect mais tous les indices semblent bien mystérieux et nos deux compères commencent  à réfléchir sérieusement  à leurs significations.

Ce roman ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, l’écriture est directe, sans fioritures. La violence  du verbe y est permanente et nos deux amis ne dédaignent pas la castagne pour faire valoir  leur droit de vivre comme ils veulent ce qui n’est pas facile pour un blanc dans les quartiers noirs, (ou inversement). Leur humour  et leur réparties arrangent beaucoup le côté glauque et sordide de leur enquête.

Il y a du sexe aussi entre Hap et l’avocate noire de l’oncle, ce qui permet à l’auteur d’exposer  les difficultés presque insurmontables que l’hérédité et la société  engendrent dans les relations amoureuses entre noirs et blancs.

Ce roman nous frappe là ou ça fait mal, la pauvreté, l’indifférence, la haine raciale, le fanatisme tout en laissant l’espoir d’une vie différente et meilleure dans l’amitié et la compréhension de l’autre.

J’en ai un autre et je cherche le premier* intitulé « Les mécanos de Vénus ».
*petit message subtile à l’Héritière

Mais au fait c’est quoi un arbre à bouteilles tel que celui qui, sur le terrain de l’oncle, scintille au soleil et tintinnabule sous la brise  ?
« C’est une merde magique. Ça te protège des mauvais esprits. Sont censés pénétrer dans les bouteilles et y rester coincés. Ou peut-être qu’ils y entrent et qu’on jette les bouteilles et que, du coup, ils deviennent inoffensifs. Suis plus très sur. »

Pour les billets d’autres lecteurs, qui en général ont tous aimé, cliquez sur leur nom : Hélène, Dasola Gridou, Canel, Cathulu et Sharon.

L’arbre à bouteilles, Joe Lansdale, Gallimard, 2010, 352 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’aime pas trop quand l’auteur nous emmène par la main vers le coupable. Grâce à mon scepticisme  suspicieux, je n’ai pas été surpris par le coup de théâtre final.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 réflexions au sujet de « **** « L’arbre à bouteilles » de Joe Lansdale »

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