**** « La Route » de Cormac McCarthy

-Il y a des méchants. -Oui.
-Il y a aussi des gentils. -Oui.
-Nous somme les gentils
-Oui, nous sommes les gentils.
Coeur3

1013623-gfJ’entame une période de romans post-apocalyptiques par celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur. Prix Pullitzer 2007.

Pourquoi ? Regardez le journal télévisé, lisez les actus de votre journal.

Il y a très longtemps, du temps de la guerre froide, j’en avais beaucoup aimé un autre qui, si mes souvenirs sont exacts*, s’intitulait « Fausse aurore » et est resté, dans ma mémoire trouée, comme un des meilleurs.
*Mais, le sont-ils vraiment ?

L’intérêt premier de ce type de roman, basé sur l’idée que l’humanité va se détruire un jour, est l’espoir. L’espoir que nous survivrons, l’espoir que nous retournerons vers une société plus humaine, vers une société moins tributaire des machines, l’espoir que seules les personnes mauvaises, les salopards, les escrocs etc…disparaitront. On a le droit de rêver. C’est même le seul droit qui nous permet d’effacer de notre vie les emmerdeurs, les profiteurs et les connards sans se retrouver au banc de la société.

Que s’est-il passé quelques années plus tôt pour que notre civilisation soit complètement détruite ?

L’auteur ne le dit pas mais on peut faire des suppositions. Les cendres et la poussière cachent le soleil, provoquant un refroidissement général, quasi une glaciation. Les animaux ont disparu. Des cadavres plus ou moins momifiés parsèment le paysage moribond. Les villes sont détruites, les villages abandonnés et toutes les habitations ont été systématiquement pillées. Alors ? Une guerre nucléaire ? L’impact d’un astéroïde ? Des supers éruptions volcaniques ?

Personne n’en parle. Pas même l’Homme et l’Enfant qui marchent tantôt sur les routes, tantôt à travers les campagnes desséchées et les forêts mortes, un masque sur la bouche pour se protéger de la cendre.

Où vont-ils ? Vers le sud, vers la mer.
Qui sont-ils ? Juste un père et son fils.

Un père qui se sent mourir et veut résister le plus longtemps possible pour son fils à qui il a appris à se servir de leur revolver pour s’ôter la vie si…

Homo homini lupus est*, a écrit quelqu’un** qui y voyait plutôt une idée abstraite.
* L’homme est un loup pour l’homme
**Plaute, entre autres.

Concrètement, dans ce monde sans agriculture, sans animaux, où on ne trouve plus de nourriture sinon de vieilles boites de conserve ou des sacs de graines dans des caches surprenantes, les survivants les plus forts ou les plus fous chassent et mangent les plus faibles.

Froid, faim et peur ou faim, froid et toujours peur sont les seuls mots qui reviennent à chaque page de ce petit bouquin, antithèse complète de ce qu’on pourrait espérer dans cette situation.

Aucune entraide, aucune empathie sauf celle dont l’Enfant fait preuve, causée par son inexpérience et sa candeur. Selon McCarthy, l’homme nait bon, les circonstances le pervertissent.

Et pourtant…

C’est certainement le livre le plus fort, le plus dur, le plus méchant, le plus violent que je n’ai jamais lu et si j’y ai placé le petit cœur d’un coup de cœur ce n’est surement pas par amour mais parce qu’il est ma représentation de ce que l’avenir nous réserve quand on voit  la violence et la stupidité de l’humanité.

Passiondelivre a éprouvé du respect, Gridou s’est ennuyée, LeGoutdeslivres fut bouleversée, Cachou a eu une lecture agréable, Leiloona  s’en souviendra longtemps et XL a aimé sans retenue.

La route de Cormak Mccarthy, Points, 2007, 248 pages, Roman post-apocalyptique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le vernis de notre société n’est que cela : un vernis.

 

Be Sociable, Share!

14 réflexions au sujet de « **** « La Route » de Cormac McCarthy »

  1. Anne

    J’ai beaucoup aimé ce roman, je vous conseille « la constellation du chien » de Peter Heller chez Actes Sud, (paru en poche l’année dernière) roman post apocalyptique, magnifique, moins noir que « La route » .

    Répondre
  2. BlueGrey

    « La route » est un récit d’une lugubre beauté… Le style dépouillé, austère, son rythme particulier et la scansion singulière de la phrase de McCarthy lui confèrent une grâce spécifique, funeste et envoûtante… J’ai adoré !
    Et tout comme Anne je vous conseille « La constellation du chien » de Peter Heller, autre roman postapocalyptique, moins fort, mais très bien.

    Répondre
    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Pour le moment je vis dans « Le temps du déluge » de Margaret Atwood. Après ce sera 2 ou 3 polars sans prétention pour revenir dans ce monde. Après…Je ne sais pas, mais j’ai noté « La constellation du chien ».
      Merci !
      Le Papou

      Répondre
  3. dasola

    Bonjour Le Papou, j’avoue que j’avais trouvé l’histoire épouvantable et j’espère ne jamais connaître ce monde post-apocalyptique. Cela ne me fait pas rêver. Le texte est beau mais cela ne suffit pas à mon plaisir de lecture. Bonne après-midi.

    Répondre
    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Même si le risque avait diminué depuis une vingtaine d’année, l’humain semble vouloir recommencer sa destruction depuis quelques années. En attendant, passe une bon week-end 🙂
      Le Papou

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *