**** « Là-haut vers le nord » de Joseph Boyden

Nous sommes riches aussi de nos misères
Antoine de Saint-Exupéry

M7970« Là-haut vers le nord » est un recueil de douze nouvelles sur la vie des « Cris *» du nord de l’Ontario dont Boyden est partiellement issu .
*Les Cris (anglais : Crees) sont un peuple autochtone d’Amérique du Nord.

Il y a les survivantes, Mary, la reine du Bingo, ou JJenny, la musicienne  et les autres. Des jeunes femmes, déboussolées entre coutumes et modernisme qui tentent de s’évader de leur situation, telle « Sue Née-avec-une-dent », une franco-indienne, qui se fait engrosser par l’instituteur tout en apprivoisant un vieux loup, « Sylvana » qui abandonne ses enfants pour suivre un pilote en ville ou encore « Linda » qui s’est évadée dans le suicide.

Il y a les enfants perdus malgré l’amour de leurs proches comme « la fille-sucre » dont la légende raconte la déchéance par une trop grande absorption de cet aliment, « Noah » qui rêve, malgré ses quarante kilos, de devenir catcheur comme « Le Chef Tempête », « Crow », un adolescent intoxiqué à l’essence qui, dans son délire, met le feu à la maison d’un ami ou enfin « Rémi », l’enfant-grenouille attardé, accusé d’avoir fomenté un attentat sur le nouveau barrage en construction, lui qui ne comprend même pas ce que cela veut dire.

Et puis les hommes ! Alcooliques, drogués, violents, comme « Le vieux », quasi centenaire, qui parle aux chiens, « Langue Peinte » qui mendie à Toronto pour son alcool quotidien, « Dink » qui, dans sa folie, hurle qu’il peut se changer en ours ou « Joe Cul-de-Jatte » qui, malgré son alcoolisme, se souvient qu’il fut le plus grand chanteur et joueur de tambour des cérémonies.

Tout autour de cette misère, les « Blancs » et leurs politiques destinées à « l’amélioration » de la vie des indiens ; l’école forcée loin des familles, la religion obligatoire par le rejet de leurs croyances ancestrales, les pertes de territoire pour l’amélioration du confort…des autres, eux qui n’ont, pour la plupart, même pas l’eau courante. Menaces divines ou profanes, prévarications, jeux de hasard, tout es bon pour « améliorer ».

Il est des auteurs que j’aime et Joseph Boyden doit en faire partie puisque j’ai lu son recueil de nouvelles en dépit de mon manque d’attirance pour ce genre littéraire.

Ces deux premiers romans furent des chocs, « Le chemin des âmes » raconte l’engagement de deux Crees dans la première guerre mondiale et « les saisons de la solitude », la quête d’identité d’une jeune indienne qui a quitté sa réserve pour le monde des blancs.

La citation en exergue de Saint-Exupéry n’est pas juste là pour faire jolie mais si sa véracité est démontrée alors les Cris sont riches, très riches car leur misère morale est  immense.

À lire obligatoirement si vous n’avez pas peur de certaines vérités qui dérangent.

PS : Boyden ne fait pas du misérabilisme. Entre 1000 et 3000 femmes autochtones, suivant les sources, auraient disparu au Canada depuis une trentaine d’années : fugues ? assassinats ? proxénétismes ? Nul ne sait.

PPS : Le terme Cris est l’abréviation de Kristenaux (ou Christenaux), lui-même une altération d’un terme Algonquin Kiristino. Eux se nommaient nēhiraw ou iriniw (sous réserve).

Là-haut vers le nord de Joseph Boyden, Le livre de poche, 316 pages, 2008, Nouvelles
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : « où il y a de la vie, il y a de l’espoir » sauf dans ces nouvelles de Boyden et cela m’a manqué un petit peu.

 

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10 réflexions au sujet de « **** « Là-haut vers le nord » de Joseph Boyden »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Bonjour Kathel, Je suis d’accord avec toi. Après Boyden j’aurai presque envie de chick-litt enfin… presque.
      Le Papou

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  1. BlueGrey

    Joseph Boyden a une vraie voix, bien à lui, qui capte totalement le lecteur. Quand on entame un de ses livres, difficile de le refermer ! J’ai adoré « Le chemin des âmes », j’ai aimé for fort « Dans le grand cercle du monde, et j’ai aimé les nouvelles de « Là-haut vers le Nord »… Me reste donc à découvrir « Les saisons de la solitude » !

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    1. jpvalentin Auteur de l’article

      C’est peut-être son plus beau (à mon humble avis) mais aussi le plus difficile pour la violence feutrée de la société « rire et paillettes » (bling bling) qui assassine ces idoles après les avoir adorées.
      Le Papou

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