**** « Imaqa » de Flemming Jensen

Coeur3Un coup de cœur du Papou

9782330007379


J’ai enfin trouver l’humour que je cherchais.

J’ai souri souvent et ri parfois,  mais  j’ai  ressenti aussi une certaine tristesse car tout n’est pas rose au pays de la noirceur sans fin.

Durant les années 70, Martin Willumsen arrive à Nunagarfiq, au nord du cercle polaire, 650 habitants dont 500 chiens,  pour éduquer les petits autochtones :
« Isanguaq ôta la pipe de sa bouche.
–   Mais il ne restera sans doute pas longtemps. Pourquoi les instituteurs danois s’en vont-ils tout le temps ? Un ou deux ans, et ils sont partis… Il ne sait pas le groenlandais. Comment va-t-il enseigner aux enfants puisqu’il ne peut pas leur parler ? »

Martin avait choisi ce poste avec des idées progressistes, immédiatement condamnées par l’inspecteur du ministère de l’éducation au Groenland,
–   Je vais me dépêcher d’apprendre le groenlandais ! J’ai toujours eu des facilités pour les langues étrangères…
–   Vous ne devez pas faire ça ! … Vous allez là-haut pour apprendre aux Groenlandais à parler le danois ! Pas le contraire !

Dès son arrivée,  Martin « inspira profondément…simplement pour savourer l’air.
Au Danemark il avait appris que l’air, c’était quelque chose à fréquenter avec prudence.
–   Aujourd’hui la pollution de l’air dans la région de Copenhague sera normale.
Mais qu’est-ce que c’est que ses bêtises ? pensa-t-il. Que la pollution de l’air puisse être normale ? La pollution de l’air ne devrait absolument pas être normale. Elle devrait être anormale aussi infime soit-elle. »

« Au bout de sept jours , Martin était allé à sept fêtes et avait acheté sept chiens… Au bout de quinze jours, il était sûr de connaître tous les habitants. Jamais il n’en avait connu autant à Lyngby, où il avait résidé durant toute sa vie d’adulte.
–   C’est ça qui ne va pas chez nous, pensa-t-il soudain. Plus il y a de gens à saluer, moins on le fait. »


J’ai eu du plaisir avec l’entrainement de Martin pour utiliser son traineau et ses chiens ou avec ses erreurs de prononciation de l’inuit  lui faisant dire « grand-mère*» alors que ses interlocuteurs comprennent « étron »** et j’ai ressenti de l’amertume avec la colère d’Abala parti vers la civilisation et les mines de zinc pour devenir balayeur ou avec le mal-être de Jakùnguaq ou Jakob qui, après une année passée au Danemark, ne veut plus manger de phoque « trop huileux ».
« Est-ce cela que nous leur apprenons en les envoyant passer un an au Danemark ? A manger des conserves et à faire des grimaces en revenant. »
*ânassuaq (n long) **ânassuaq (n court)

La politique des pays colonisateurs est de remplacer les habitudes, les coutumes et les humeurs des autochtones par les leurs, sans tenir compte des situations géographiques ou climatiques.
« 
Greenpeace, ainsi qu’une blondine française vieillissante avait mobilisé toute la coterie branchée et « tendance » en jouant sur un sentimentalisme totalement déconnecté des faits réels…dans le but de rayer de la carte un métier aussi vieux que l’existence de l’homme.
Parce qu’il avait toujours été la condition de sa survie.
 »

Je ne suis pas forcément d’accord avec Jensen. Mais ceux qui pensent que tout est noir ou que tout est blanc et occultent certaines informations qui contredisent leurs idées m’ont toujours fait peur et j’aime bien la réponse groenlandaise à la plupart des questions : imaqa*.
*Peut-être

Les billets de Sandrine, Canel,  et Sassenach.

Imaqa de Flemming Jensen, Babel, 2002, 443 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou (qui n’en ai pas un) : Il y a aussi du bel amour qui danse dans ce livre si dense.

(Canel & Sassenach)

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