« Je les ai toujours estimés, ces gars-là. Ils n’ont pas le choix d’être honnêtes, n’ont plus la force de ne pas l’être. »

l_hr_650_miniGriffintown est un quartier populaire de Montréal, coincé entre la rue Notre-Dame et le canal Lachine, bordé à l’est par la la rue Université, frontière de la vieille ville, et à l’ouest par la rue Atwater et son marché public.

À chaque printemps, le petit monde des calèches se réveille de sa dormance hivernale. Enfin pas tout le petit monde, certains ne reviennent pas, disparus dans la noirceur alcoolisée ou la blancheur nivale d’une vie misérable.

Billy le dernier irlandais, un palefrenier qui s’occupe des chevaux, de l’écurie et de ses alentours a accueilli John, qui revient chaque année pour la dernière fois, puis ensemble ou séparément, l’Indien, Roger, Joe, Georges Prince, Lloyd, Robert, Christian, Gerry, Alice qui ressemble au chanteur, la Grande Folle qui, toujours vêtu en femme, devrait se raser plus souvent, et les anciennes prostituées Trish et Trudy.

Marie, dit La Petite, qui a bien connu les chevaux dans sa campagne natale a décidé, après une rupture amoureuse, de devenir caléchière et a rejoint le petit groupe.

Autour d’eux, des chevaux de toutes races et de toutes couleurs, des petits comme Poney et des monstres hauts de 18 mains*, des picouilles comme Maggie et de très vieux bourrins comme Champion qui met vingt minutes de plus que n’importe quel autre canasson pour faire un trajet.
* 180 cm

Il y a le monde des « presque vivants » et celui des disparus dans lequel, sans distinction on mêle d’anciens cochers et de remarquables chevaux. Ray qui s’est pendu et a été enterré avec Mignonne près de l’écurie, Boy, le premier, dont la tête trône dans le Saloon, ce bar où se réunissent les conducteurs de calèche.

Autour d’eux vit un autre monde parallèle qui les phagocyte. Des commissionnaires, comme le Rôdeur qui, pour quelques pourboires, surveillent les chevaux et apportent sandwichs et boissons et aussi la Mouche, le shylock*, qui épie sans arrêt ceux qui lui doivent l’argent prêté pendant l’hiver.
*L’usurier

Ce monde vit presque en autarcie complète, avec ses lois non écrites, sans ingérence extérieure, sauf les obligations légales pour fonctionner.

Ainsi lorsque Paul, le patron de l’écurie, est assassiné de deux balles dans la poitrine, personne de l’extérieur n’est avisé, ni la police, ni les fonctionnaires municipaux, le va-et-vient des calèches continue et seule la Mère, sa mère,  est prévenue.

Elle sait que le commerce des calèches, qu’elle a tenu après la mort de son mari et repassé à son fils, ne tenait que par le pizzo versé aux hommes en chapeau noir* et que ces derniers ont du trouvé un meilleur revenu. En voyant les blessures de son fils, elle sait aussi qui est l’assassin.
*La maffia

Roman dur et impitoyable sur certains déshérités de la grande métropole, Griffintown nous fait entrer dans un monde équestre, mais pas celui des concours d’équitation ni celui des courses mais celui des laissés pour compte qui fument des cigarettes à plumes* et des chevaux qui font un dernier tour de piste avant de faire de la colle**.
*cigarettes de contrebande vendues par les indiens.
**Aller à l’abattoir

Après cette lecture,  je ne regarderai plus les jolies calèches de Montréal avec le même regard. La compassion pour les chevaux et leurs cochers remplacera une certaine admiration touristique.

Vous aurez les avis de Venise, Topinambulle, Yue Yin, Anne, Karine, Cuné, en cliquant sur leurs noms.

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Griffintown de Marie Hélène Poitras, Alto, 2013, 157 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : J’ai peur des chevaux.

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6 réflexions au sujet de « *** « Griffintown » de Marie-Hélène Poitras »

  1. Yueyin

    J’ai beaucoup aimé, je crois bien que je n’avais jamais entendu parler de Griffintown auparavant mais il reste une pierre à l’emplacement de l’église irlandaise, en souvenir…

    Répondre
    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Le village irlandais, victoriavillage, se trouvait au sud du canal Lachine. J’ai fait des recherches sur internet sur toutes ses appellations tombées en désuétude. Intéressant.
      Le Papou

      Répondre

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