**** « Dans le grand cercle du monde » de Joseph Boyden

Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.
                                                                                                                Chef Seattle

419dF1y4-vL._SL160_j’aime bien Joseph Boyden. Pourtant, J’ai ouvert ce livre avec méfiance .
J’avais un peu peur.

Pour ceux qui n’ont pas lu* « Là-haut vers le nord », « Le chemin des âmes » ou « Les saisons de la solitude », cet auteur écrit sur les Amérindiens déchirés entre leurs coutumes et le monde moderne.
Une civilisation qui meurt phagocytée volontairement par une autre.
*Ils ont bien tort

« Dans le grand cercle du monde » est une histoire microscopique du début de l’invasion et de la colonisation du territoire nord-américain autour des années 1630.

Tout habitant du Québec sait que Wendake, la réserve actuelle des Hurons* se trouve à Nouvelle-Lorette près de la ville de Québec.
*Ou Wendats

C’est justement des Wendats*, de leur guerre permanente avec la ligue Iroquoise et de l’arrivée des Jésuites que traite en partie ce roman à trois voix.
*À cette époque ils vivent au sud du Lac Ontario

« Oiseau » est un guerrier qui souffre encore de la perte de sa femme et de ses deux filles tuées par un raid de ses ennemis.
« Chute-de-Neige » est une jeune Iroquoise qui a vu sa famille décimée par « Oiseau » qui l’a fait prisonnière et veut l’adopter.
Christophe est un jeune Jésuite missionnaire venu évangéliser les sauvages.

Ses trois personnages centraux racontent, chacun leur tour, leur vie, leurs coutumes et expliquent les raisons de leurs actions tout en s’étonnant des coutumes surprenantes des autres. Chaque évènement fait donc l’objet de trois récits complètement différents en fonction des croyances, des sentiments et des désirs des narrateurs.

En utilisant ses personnages de fiction, Boyden a serré de très près l’histoire connue. La destruction des villages hurons et de la mission dirigée par les jésuites et leur installation dans l’île de Gahoendoe de la baie Géorgienne, moment où s’arrête le roman.

Pourquoi cette peur initiale, alors ?

J’avais peur d’une histoire sur les bons sauvages détruits par les méchants envahisseurs, sur leurs magnifiques coutumes religieuses ostracisées par les bons samaritains* et sur leur beau paradis devenu un enfer américain.
*Synonyme : vilains jésuites

J’avais tort d’avoir peur.

Joseph Boyden n’est pas tombé dans l’outrance. Il a représenté le monde tel qu’il devait être à cette époque sans concessions, sans embellissements. Un monde magnifique mais un monde dur. Un monde détruit par les européens, certes, mais avec l’aide des autochtones qui n’hésitaient à se décimer entre eux*, pour des questions de territoire, de commerce ou par des haines et des vengeances ancestrales.
*Comme les Foxs, les Sauks, les Neutres, les Ériés ou les Wendats**, etc…

J’ai un profond attachement à certaines croyances indiennes, et dire que j’ai bien aimé serait un euphémisme, n’ayant jamais accepté les mensonges entourant les raisons de l’invasion des européens, ni celles plus récentes des descendants de ces tribus oubliant ou méconnaissant leur histoire.

Un très beau roman sur notre passé pour mieux comprendre notre présent.

P.S. : Les guerres entre les tribus Wendat et la Confédération Iroquoise existaient bien avant l’arrivée des européens. Bien qu’ayant une origine commune et des langues et des coutumes proches, on ne sait trop ce qui les a déclenchées. Certaines traditions orales parlent d’un conflit initié lors d’une cérémonie hivernale entre une tribu Wendat et celle des Mohawk.

P.P.S. : Quelle belle couverture !

Les billets de Passions-de-livres, et  de Marie-Claude.

Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden, Le Livre de Poche, 2014, 685  pages, Roman.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les lecteurs trop sensibles sauteront allègrement les pages où Hurons ou Iroquois « caressent » leurs prisonniers, d’autant que ces passages reviennent trop souvent.

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6 réflexions au sujet de « **** « Dans le grand cercle du monde » de Joseph Boyden »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Celui-là n’a rien à voir avec les précédents sinon qu’il parle des indiens mais dans le style « Le dernier des Mohicans » avec plus de profondeurs chez les personnages. J’ai bien aimé mais tu le sais déjà.
      Le Papou

      Répondre

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