**** « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » de Jon Kalman Stefansson

La vie nait par les mots et la mort habite le silence
                                                                         Jon Kalman Stefansson

Aurais-je choisi ce roman si notre club n’avait pas décidé une lecture commune, ? Je ne crois pas. Je n’aurai trouvé rien d’attirant dans le titre, un de ces trop nombreux titres absurdes ou saugrenus qui semble être seulement décidé pour  attirer l’œil du chaland, ni dans le nom complètement inconnu de l’auteur.

Finalement, ce n’était pas un roman pour éclairer les jours sombres et moroses de l’hiver, jours qui influent profondément sur mes choix et mes envies de lecture.
Mais quelle bouquin !

Pas facile d’entrer dans cette chronique familiale sur plusieurs générations  imbriquées les unes dans les autres dans les mêmes chapitres avec un narrateur qui raconte la vie islandaise misérable même quand il n’est  pas physiquement présent, un héros, Ari, qui lui ne narre rien mais est présent dans chaque  page, dans chaque idée, dans chaque évènement, une écriture poétique parfois, et surprenante souvent.
Il m’a fallu deux semaines pour passer au travers des 442 pages.

Le retour d’Ari en Islande, après deux années d’exil au Danemark, va provoquer une longue réflexion sur l’hérédité, sa famille, surtout ses grands-parents, mais aussi sur toutes les questions existentielles et tous  les sentiments qui troublent l’existence de l’humanité depuis qu’elle a appris, souvent inutilement, à se torturer les méninges.

La famille c’est la vie  rude d’Oddur et Margret et leurs cinq enfants sur une terre âpre, à peine habitable les mauvaises années,  mais qui  …par beau temps, ressemble  à une succession de merveilles naturelles, un air immobile, un ciel azuré, et quelques chevaux débonnaires.

L’auteur aborde tous  les sujets. La vie elle-même, la mort, l’amour, la cruauté, la trahison, l’insécurité de l’adolescence, le temps qui passe, la vieillesse et sa décrépitude, l’estime de soi tous ce qui nous à fait ou nous fait toujours réfléchir à notre existence mais, il aborde aussi la misère, les forces invisibles,  la religion, la politique et toutes les idées malsaines que l’on véhicule sans le savoir car peu importe le nombre de langues que nous apprenons, la discorde, les préjugés et les malentendus semblent ancrés au cœur du langage lui-même, tapis comme autant de mauvaises herbes au creux des mots.

En commençant cette chronique je voulais juste  mettre des citations qui m’ont marqué et qui ont fait qu’en cornant chaque page (j’ai honte) pour les retrouver, j’étais arrivé à presque doublé l’épaisseur du volume. Mais, lesquels choisir  ?

Nous ignorions pourquoi nous existions,  pourquoi nos cœurs battaient, à quoi la vie servait. Un jour, cette pensée ne manquera pas de nous envahir : dans quel but ai-je vécu ? Pourquoi suis-je ici ?

Les mains de la mort blanches comme un clair de lune.

Le temps n’a cure des rêves de l’être humain, il attaque tout et finit par changer toute vie en mort…. Il ignore égards et respects, il fait un pas et vous voilà vieux.

L’amour est une Voie Lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n’avoir pas assez aimé.

J’en rajouterai une dernière, devenue d’actualité, avec ce qui se passe au sud de notre frontière :
Pourquoi la majeure partie de l’humanité croit-elle en ces histoires que racontent les religions alors que ces dernières s’opposent aux règles élémentaires de la logique, aux preuves avancées par la science ? Si on se fonde sur la raison, il faut être un enfant ou un simple d’esprit pour croire en l’existence de Dieu, et pourtant, peut-on trouver meilleure consolation que celle procurée par la foi ?

J’espère ne pas avoir trahi l’auteur car :
Nous pouvons dire des choses avec une infinie sincérité et malgré tout trahir. L’être humain est faible et les assauts répétés du quotidien ne font que lui ôter encore un peu plus de sa force en le privant de sa dignité.

Un très long poème en prose, moi qui, dans la poésie aime surtout les haikus je suis passé, dans ce roman,  au travers de toutes les émotions possibles , l’ennui et l’enthousiasme, la mélancolie et le plaisir, le désintéressement et l’inclination, la déception  et la satisfaction.

À lire absolument mais à éviter en cas de dépression.

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, Gallimard, 2015, 442 pages, chronique familiale.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : L’islandais est une langue avec des prénoms impossibles et des accents sur les voyelles à des endroits que mon clavier refuse définitivement d’apposer. Aussi, pour éviter toute ambiguïté future il faut mettre un accent aigu sur le o de Jon et un autres sur le a de Stefansson.

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6 réflexions au sujet de « **** « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » de Jon Kalman Stefansson »

    1. jpvalentin Auteur de l’article

      J’ai eu ce genre d’impression tout au long de cette difficile lecture. Il est certain que Je n’en suis pas sorti indemne.
      Le Papou

      Répondre
    1. jpvalentin Auteur de l’article

      En voyage peut-être ! Tu serais heureuse et pourrais réfléchir aux questions existentielles sans déprimer entre la visite d’une nouvelle ville et quelques boissons euphorisantes.
      Le Papou

      Répondre

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