*** « Corrida aux Champs-Élysées » de Léo Malet

La grande famille du cinéma, ça n’existe pas. C’est un milieu où tout le monde se déteste.
                                                                              Ornella Muti

21wtxesm2wl-_sx195_Je me sens bien.
Tel le regretté Spock dans Star Trek, je viens de faire un bond temporel de cinq siècles et demi et je ne ressens aucune séquelle. La nature humaine est quand même extraordinaire surtout dans sa capacité à voyager de Tallinn, en Estonie, jusqu’à Paris, en France, en partant du  début du 15e siècle pour arriver au milieu du 20e   et ce en quelques secondes…le temps de fermer un livre et d’en ouvrir un autre. En comparaison, le voyage de Monsieur Gulliver est de la roupie de sansonnet.

Léo Malet est un auteur de romans policiers du siècle dernier, malheureusement bien vite oublié* depuis son départ vers d’autres galaxies vingt ans plus tôt. Je vous en ai déjà parlé à six reprises dans mon modeste blog et j’ai l’intention, bon an, mal an, de le relire et de vous parler de tous les titres en ma possession.
*C’est bien dommage car ses romans sont, de nos jours, devenus des polars historiques.

D’abord, il écrit sur ma ville, enfin… celle de ma naissance et sur son petit peuple (petit n’ayant  là rien de péjoratif),  enfin parce que ces enquêtes se passent au temps de ma jeunesse, de mes premiers émois et de mes premières lectures. Le client qui boit un café en mangeant un sandwich jambon beurre, c’est moi. L’adolescent qui admire le pont Alexandre III et son zouave, c’est encore moi. Le jeune homme qui fréquente le boul Mich’, la porte St Denis ou la place Pigalle, et bien oui, c’est encore moi.

Je suis partout, j’ai un peu moins ou juste vingt ans. La vie n’est que rêves, d’argent, d’aventures  et de jolies filles.  D’Artagnan, c’est moi, Lemmy Caution, c’est moi, Hubert Bonisseur de la Bath, c’est moi, Nestor Burma aussi.

Nestor Burma est le détective privé récurrent des romans de Léo Malet.

Un détective à l’américaine, feutre mou et voiture décapotable, un  crane en béton qui rencontre régulièrement  une matraque,  américain dans le style peut-être mais parigot dans sa gouaille et son franc parler.

Chaque roman se situe au cœur d’un des vingt arrondissements de Paname et dans un milieu social particulier.

Cette fois-ci, Nestor se retrouve dans le milieu du cinéma, milieu que je connais pas, sinon pour aller voir ses productions de temps à autre, mais milieu connu pour être, à torts ou à raisons, gangrené  par l’argent, la drogue et le cul et Léo Malet en fait une peinture encore plus salée que les marigots des salines de l’île d’Oléron.

Une actrice sur le retour qui essaie d’en faire un autre, de retour, dans le cinéma se suicide à l’opium le jour de la sortie de son nouveau film. Un jeune journaliste, aux dents qui rayent le parquet, spécialisé  dans les ragots du 7e art, se fait éclater la tronche. Une jeune starlette, un peu pute, un peu bébête, se fait plomber, pas par une MTS, mais par un 22. Tout ce petit monde de producteurs véreux et malveillants, de trafiquants de schnouff, d’anciens camés, de nouveaux camés, d’anciens nouveaux camés et ‘lycée de Versailles*’’, tout ce petit monde, donc, s’embrasse généreusement en se poignardant verbalement par derrière.
*Petit hommage à Béru, personnage de San Antonio

Comme c’est Nestor qui a trouvé le cadavre de la « suicidée », qu’il a passé la soirée avec le journaliste et, en apothéose, que le coffre de sa voiture sert  de cercueil provisoire à la starlette, le commissaire Florimond Faroux se questionne sur ses activités et ses manigances.

Et Nestor, crabe parmi les crabes, essaie de se sortir du panier sans y laisser des plumes tout en y gagnant son blé*.
*Cette phrase mérite d’être dans le dictionnaire de l’Académie Française. voir ci-dessous.

Crabe plumeux : Bipède portant chapeau à plumes et se nourrissant principalement de sandwich et de whisky.

Lisez Léo Malet que vous soyez parisien… ou non, que vous chérissez les histoires de détectives privés…ou non, que vous  aimiez l’histoire contemporaine ou…

Corrida aux Champs-Élysées, Léo Malet,10-18, 186 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Ne vous arrêtez pas à cette  couverture  bien laide.


Be Sociable, Share!

4 réflexions au sujet de « *** « Corrida aux Champs-Élysées » de Léo Malet »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *