**** « Chocolat » de Joanne Harris

 En ce monde, on est à tel point accoutumé à l’hypocrisie que c’est le naturel qui finit par sembler le comble de l’affectation.
                                                                                                            Henry de Montherlant

JLI4199222.1421748815.320x320De Joanne Harris, j’avais bien aimé « Les cinq quartiers de l’orange ». Les articles sur « Chocolat » avaient été  encore plus élogieux. Cela me fait toujours un peu peur. Il stagnait donc dans ma bibliothèque depuis deux peut-être trois ans.

Au moment du choix d’une nouvelle lecture, mon doigt descendant le long de la colonne des titres, s’arrêtait toujours une seconde ou deux et puis continuait son voyage d’exploration. Jusqu’au jour où, par un triste matin de juillet, le ciel caché derrière une grisaille nuageuse exhalant une odeur d’averse qui ne se décidait pas, j’ai eu envie d’une tasse de chocolat chaud.

C’était jour de carnaval dans ce petit village perdu entre campagne toulousaine et vignoble bordelais. un carnaval comme j’en ai connu dans mon enfance, minable et pourtant merveilleux comme le cirque qui chaque année plantait son chapiteau sur la grand place qui n’avait de grande que le nom.

Ainsi commence une addiction. Ainsi débute un coup de cœur*. Un souvenir d’enfant qui n’existe plus, un traumatisme récurrent, une peur irraisonnée.
*voir le P.S.

Je me suis mis à tourner les pages. Je voulais savoir qui était Vianne et Anouk, sa fille. D’où venaient-elles ? Pourquoi avaient-elles décidé de s’arrêter dans ce village perdu ?

Et puis j’ai ralenti. Le chocolat doit se déguster lentement pour en imaginer les saveurs. Les romans de Joanne Harris aussi.

Que vous dire de plus ? que mon bonheur de lecture s’est teinté du regret de ne pas connaitre « La céleste praline », ni Pantoufle, le chat imaginaire d’Anouk,  et du plaisir de retrouver la lutte entre le bien laïc et celui de l’église*, entre la liberté et l’intransigeance, entre le bonheur immédiat et les promesses éternelles, entre fraternité et racisme.
*Don Camillo et Peppone, même lutte mais politique ?

D’un côté, Vianne qui, depuis son enfance, n’a jamais vécu dans un endroit stable, déménageant avec sa mère, parfois à la cloche de bois, de pays en pays, d’hôtel en taudis, vagabondes errantes, libres de leurs corps mais faussement libres de leur vie, pourchassées par « l’homme en noir ». Un jour, sa mère est décédée à New York. Une autre fois sa fille est arrivée de père inconnu. Quel secret Vianne cache-t-elle sans le savoir ?

De l’autre côté, le curé du village, est-ce le nouvel homme en noir qui, sous une bienveillance contrainte, cache de multiples secrets et distille la violence dans le cœur de ses ouailles tout en restant masqué derrière sa fausse indulgence ?

Deux entités avec leurs secrets et surtout leurs pouvoirs, celui de la peur contre celui de la bienveillance, écartelant le village en deux factions, ceux qui veulent le bonheur dans l’au-delà et ceux qui préfèrent les douceurs d’ici-bas, sincérité contre cautèle, franchise contre hypocrisie. La violence n’existe pas seulement dans l’ action.

PS : Et non, je n’ai pas mis le petit cœur symbolique. On n’enferme pas longtemps un oiseau sauvage en cage et parfois cela peut rendre triste.

Chocolat de Joanne Harris, J’ai lu, 2001, 381 pages, roman savoureux
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Un village comprenant au moins cinq commerces et un curé permanent ? C’est certainement un gros bourg ou alors l’histoire se passe quelques décennies plus tôt.

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