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**** « Au lieu dit Noir-Etang » de Thomas H. Cook

« Nul ne peut, à la fois, se sentir responsable et désespéré. »
                                                                       Antoine de Saint-Exupéry

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cvt_Au-lieu-dit-Noir-Etang_8167Cette histoire, au demeurant banale, est devenue, par son exceptionnelle construction, un véritable « coup de cœur ».

En dépit de l’affirmation en exergue, c’est un vieil homme responsable et désespéré qui raconte ce drame survenu à Chatham en Nouvelle-Angleterre au milieu des années 20. Henry, âgé de 15 ans, avait accompagné son père, directeur de la Chatham School, pour accueillir un nouveau professeur qui venait d’Afrique.
« Ce que je sais, en revanche, c’est combien elle était belle et combien sa gorge était d’une blancheur immaculée contre le col lie-de-vin de sa robe. »
« Un regard d’une mystérieuse intensité, un teint d’albâtre, des traits d’une beauté qui rappelaient celle de certains portraits féminins. »

J’ai pensé en lisant la description que faisait Henry d’Elizabeth Channing qu’il en était tombé amoureux sans s’en rendre compte, sans même reconnaitre ce sentiment qu’il confondit longtemps avec de l’admiration, à laquelle se mêlaient une aspiration juvénile de vivre libre, comme elle, et le refus de l’adolescent de devenir comme son père.

Une histoire banale, vous ai-je écrit. Une aventure amoureuse entre une jeune femme, déconcertée par sa nouvelle vie, et un invalide de guerre, marié et père de famille, sous l’œil inquisiteur et permanent de cet adolescent qui s’incruste, autant près de l’un que de l’autre.
Une histoire racontée par un vieux notaire sans famille et sans amour qui finalement a vécu une vie encore plus insipide que celle de son père.

Un drame qui causa la mort de quatre personnes à cause d’une fulgurante, péremptoire et irresponsable requête, et qui, par l’évolution générale des mœurs et la précocité de nos adolescents*, donneraient un résultat bien différend de nos jours.
*De nos jours, condamnerait-on une femme à quatre années de prison pour adultère ?

Un magnifique roman sur l’évolution de notre société, dont la construction mériterait, à mon humble avis, de devenir un sujet d’études.

Coup de cœur aussi pour Pierre de Black Novel,  et pour Aproposdelivres, une réussite teintée de noirceur pour Constance, quelques réticences  minimes pour Sandrine d’Yspadaden, par contre Canel a trouvé cette lecture laborieuse, Gridou s’est ennuyée et Jules l’a abandonné.

Au lieu dit Noir-Etang de Thomas H. Cook, Editions du Seuil, 2012, 354 pages, Thriller
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je hais Les personnes qui ne doutent jamais, tel le procureur de cette histoire.

 

** « Les trois rois de Cologne » de Kate Sedley

51vLZqiO-9L._SL160_An 1481 à Bristol, pendant des travaux, des ouvriers découvrent un cadavre enterré dans un terrain que le futur maire de la ville venait d’acheter à une abbaye.
Après vérifications, ce serait les restes d’une jeune femme disparue vingt ans plus tôt.

Le héros de cette série de Kate Sedley se nomme Roger Chapman. Il est  colporteur et ses talents de déduction ont déjà permis de résoudre plusieurs affaires délicates. Il est chargé par le futur maire de trouver ce qui s’est passé afin de pouvoir faire consacrer son terrain pour y construire une basilique.

Ses premières démarches vont consister à retrouver la famille de la victime  et tous ceux qui l’ont connu. Mais vingt ans représente une longue période à une époque où l’espérance de vie est courte.*
* Environ 19/20 ans compte tenu de la mortalité infantile qui faussait les données.

Les premières constatations de Roger révèlent que la jeune femme possédait un caractère difficile, haïssait ses parents qui l’adoraient, et faisait marcher au moins trois galants en même temps. Personne ne les connaissait et seuls les initiales et le métier de l’un d’entre eux lui sont révélés.

A partir de ces deux éléments et grâce à son obstination et à de nombreux déplacements pédestres, Roger Chapman va tirer sur les petits bouts de ficelle de cette histoire jusqu’à une surprenante solution.

Le grand intérêt de ce genre de policier historique est de nous montrer la vie et les coutumes d’une population à une époque donnée et Kate Sedley sans nous assommer de vieux vocables tombés en désuétude* le fait avec délicatesse et talent.
*Comme certains que je ne nommerai pas ici

Les trois rois de Cologne de Kate Sidley, 10/18, 2009, 313 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Pourquoi un colporteur comme enquêteur ? …
Ou pourquoi pas, finalement !

**** « Yeruldelgger » de Ian Manook

Qui boit l’eau d’une terre étrangère doit en suivre les coutumes
Proverbe mongol

51h1elEmo0L._SL160_Khaltar Guichyguinnkhen Yeruldelgger est commissaire de police à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie.

Tandis que son équipe examine les lieux  du massacre, agrémenté de sévices sexuels, de trois ressortissants chinois et de deux prostituées, il se retrouve dans le désert, à deux heures de tape-cul* de la capitale, en train de déterrer un petit tricycle rose, sous lequel le cadavre d’une petite fille de type européen semble lui tendre la main.
*Équivalent mongol de la minoune québécoise

Devenu un homme en colère après l’assassinat de sa petite fille, Yeruldelgger est aussi un homme malheureux qui se demande pourquoi  Saraa, son autre fille, le hait autant.
Il ne trouve une paix relative qu’auprès de Solango, une légiste et d’Oyum une solide et énergique inspectrice.

Ses recherches sur l’enfant, tuée accidentellement semble-t-il, entraine notre policier vers Adolf et son groupe de motards nazis qui seraient aussi impliqués dans le massacre des chinois.

Que sont devenus les parents de la fillette ?
La xénophobie est-elle la seule raison du massacre des ouvriers chinois ?

Les enquêtes vont se télescoper quelque part dans l.a steppe mongole où certaines personnes vont tenter de tuer Yeruldelgger. Les moines, qui l’ont éduqué dans sa jeunesse, le sauveront physiquement en éliminant la menace des tueurs et moralement en lui remémorant, un peu brutalement, leur enseignement passé.

Pendant ce temps, Oyun sauve Saraa qui était condamnée à cuire comme un hushuur* puis, infiltrée dans la bande de motards d’Adolf, elle est découverte, battue, violée, réussit à se sauver mais est abattue par leur grand chef qui s’avère être…un de ceux qu’on soupçonnait…**
*par l’intérieur
**Pensez-vous que j’allais vous le dire ?

La pauvreté, les magouilles, la corruption ont provoqué l’émergence de riches hommes d’affaire prêts à tout pour conserver sinon augmenter leur emprise sur l’économie de ce pays, en offrant à leurs clients ou bailleurs de fonds des plaisirs illégaux dont la mort de la fillette fut une conséquence.

Pour mettre un terme à ces enquêtes, Yeruldelgger devra utiliser son arme, son intelligence et …quelques cobras.

 La Mongolie est un pays ou la violence semble endémique.  Quelques siècles plus tôt, Gengis Khan massacrait ses ennemis et, dans un passé moins lointain,  on utilisait des personnes vivantes pour faire rouler les locomotives. Mais c’est aussi un pays hospitalier où quelques gouttes de lait sont jetées aux quatre points cardinaux  pour bénir  le voyage d’un hôte après un bon repas (?) de horhog ou de boodog de marmotte, accompagné de lait caillé de jument ou de thé salé.*
*Je peux vous donner les recettes

Après cette lecture,  je ne pense pas avoir une meilleure connaissance de ce pays quasi désertique, coincé entre sa culture nomade et le monde moderne, entre croyances ancestrales et  culte des séries américaines,  mais j’y retournerai, ne serait-ce que pour connaitre le devenir de Yeruldelgger maintenant qu’il a retrouvé une certaine sérénité.

Si vous cherchez quelques mauvaises raisons pour ne pas lire ce polar vous pouvez aller sur le site : http://salon-litteraire.com/fr/thriller/content/1855429-dix-bonnes-raisons-de-ne-pas-lire-yeruldelgger-de-ian-manook.*
*J’en ris encore

L’avis de Yv,  celui de Dasola, Aifelle et Jules en ont aussi parlé.

polarmondePolars du monde

Yeruldelgger d’Ian Manook, Albin Michel, 2013, 544 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Ian Manook n’est pas Mongol.

*** « La faille en toute chose » de Louise Penny

Le monde brise les individus… mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors, ceux-là, le monde les tue.
E. Hemingway

ACH003547977.1410494138.320x320En terminant « Le beau mystère », j’étais frustré. Affamé, comme un corbeau qui voit son fromage se carapater dans la gueule du goupil.
Le conflit entre Gamache et son directeur était sur le point d’exploser et l’auteure m’abandonnait, déçu et insatisfait, au bord du lac de Saint-Gilbert-entre-deux-loups.

Heureusement,  la suite m’attendait. Je me suis précipité dessus en espérant que Louise Penny n’allait pas encore me faire lanterner et qu’enfin je saurais ce que Gamache avait  fait pour s’attirer la haine de certains dirigeants de la Sureté du Québec.

Au début de ce récit, une jeune femme est retrouvée morte en bas du pont Champlain. Suicide ?
Pendant ce temps, Myrna, la libraire du village de Three Pines demande à Gamache de retrouver Constance, une des fameuses quintuplées Ouellet* qui devait venir passer les fêtes de Noël au village et n’est jamais arrivée. Il la retrouve assassinée alors qu’elle préparait ses valises.

*Ma génération a bien connu l’histoire des quintuplées Dionne, cinq filles nées naturellement**, dans les années 1930 qui avaient  survécu et étaient devenues célèbres dans le monde entier.
**De nos jours la fécondation in vitro a rendu banal les cas de pluri gémellité.

Après « Le beau mystère », la brigade des homicides de Gamache a été démantelée et la plupart des policiers à l’exception d’Isabelle Lacoste, ont été mutés. Annie, la fille de Gamache, a rompu ses relations avec Jean-Guy Beaudoin toujours  plongé dans la drogue. Il travaille maintenant directement sous les ordres de Francoeur, le principal ennemi de Gamache.

Tout en enquêtant sur la mort de Constance Ouellet, Gamache essaie de contrer les agissements de Francoeur. Il décide de démissionner quand la directrice Thérèse Brunel l’accuse de passer son temps à rechercher des complots illusoires, .

La plupart des enquêtes de Louise Penny se déroule dans une ambiance feutrée et discrète qui n’est pas sans rappeler Agatha Christie. Dans la deuxième partie de «la faille en toute chose » le style se modernise, s’américanise, les actions deviennent brutales, les pages s’ensanglantent et se tournent aussi rapidement que dans un James Lee Burke ou un Musso.

Il m’a fallu lire six romans de Louise Penny pour entrapercevoir ce qui m’attirait chez ses personnages. Le titre du dernier m’a aidé. Elle a écrit faille, j’ai pensé fêlure.

Tout le monde a la sienne. Certains la connaissent  et la cachent, d’autres n’en sont pas complètement conscients mais la majorité se bat pour qu’elle ne devienne pas une fracture irrémédiable.

Ainsi, dans le village de Three-Pines l’amitié collective de tous les habitants permet de les oublier et d’apprécier la vie autour d’une tasse de thé ou de chocolat en grignotant quelques petits sandwichs.

Gamache  reste le rocher qui au milieu de la tempête et en dépit de ses incertitudes est capable d’amour. L’amitié et l’amour seraient donc indispensables pour éviter de sombrer dans les failles qui nous rongent.

L’étau se resserre autour de notre inspecteur et les tueurs, conduits par Beaudoin, se rapprochent du village où il s’est réfugié.

L’avis de Jules est là, celui de Suzanne là  , de Geneviève par ici   et de Yue Yin par

La faille en toute chose de Louise Penny, Flammarion Québec, 2014, 512 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La surprise concerne le commanditaire très improbable des meurtres…quoique.

**** « La ballade d’Ali Baba » de Catherine Mavrikakis

On peut essayer d’oublier son héritage, lui ne nous oublie pas.

mavrikakis« La ballade d’Ali Baba », raconte les évènements qui ont marqué la vie d’Erina Papadopoulos, entre un père instable et frivole, qui a abandonné sa femme et ses trois filles pour courir le monde et revenir mourir auprès d’elles, et une mère stable et généreuse, mais aussi craintive et entêtée.

Dans un style souvent poétique, où l’admiration se mêle à une sourde colère, l’auteure nous entraine de Rhodes à Alger, de la France aux États-Unis, de Kalamazoo à Montréal au gré des aventures et des initiatives souvent irréfléchies de son géniteur.

Un père grec, une mère française, Catherine Mavrikakis est une sœur de sang. Elle a été profondément marquée par son père comme je l’ai été par ma mère. Son père était originaire de l’île de Rhodes à quelques encablures de la côte ottomane et à moins de 300 km d’Aydin, ville turque où était née Maman.

Notre part hellène, c’est un mélange de fatalisme et de superstitions cachées.
On la retrouve dans cette mystérieuse et irréelle rencontre* qui conduira Erina jusqu’au cimetière de Côte des Neiges.
*Non, je n’en dirai pas plus.

Pourquoi ai-je eu l’impression que ce roman n’en était pas un ? Qu’entre Erina et Catherine, il y avait beaucoup plus qu’une simple création littéraire ? Qu’elles étaient plus que sœur, plus que jumelles ?

Et si je me suis trompé, si ce n’est pas une autobiographie romancée, je m’en excuse mais cela aurait pu l’être, aurait dû l’être, aurait mérité de l’être.

Plus j’avance en âge et plus cette hérédité m’enveloppe et me perturbe. Malheureusement il est trop tard pour poser les questions que j’aurai dû poser. Serai-je  en train de chercher de vaines réponses dans les livres ?

J’ai commencé par endosser le confortable « palto *» de Vassili Alexakis, totalement grec d’origine, devenu partiellement français d’adoption. Pas tout à fait la même chose. Il a choisi.
*Manteau

Catherine Mavrikakis m’a apporté sa colère. La mienne est pleine de lacunes… par ma faute.

Jules a aimé , Karine, après lecture, veut connaitre Alger,  et Topinambulle fut frappée par  les couleurs.

La ballade d’Ali Baba de Catherine Mavrikakis, Héliotrope, 212 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : « et l’herbe s’était mise à rugir » ! Le rugissement de l’herbe, voilà ce qui  peut faire peur au printemps.

** « L’affaire Jane Eyre » de Jasper Fforde

cvt_Laffaire-Jane-Eyre_2798C’est une uchronie fantastiquement dystopique, fantasmagorique aurait même adjectivé Salvador Dali en lissant sa moustache tel un Poirot espagnol.

Dystopie, uchronie, j’utilise des mots savants bien éloignés des notions de mon C.E.P.* apprises une douzaine de lustres plus tôt.
La lecture culturise, c’est connu.
*certificat d’étude primaire.

Avoir la possibilité de s’introduire dans un livre, pour en devenir un des personnages, peut paraitre intéressant à certains ou certaines. En y réfléchissant, pas trop longtemps, je n’en ai pas trouvé un seul qui me plairait sauf, peut-être, « les trois mousquetaires » mais je suis vraiment trop poche* à l’épée.
*mauvais au Québec

Uchronie donc, la guerre de Crimée dure depuis 175 années même si on ne s’y bat pas souvent, un tsar dirige toujours la Russie et Winston Churchill, pressenti pour diriger l’Angleterre, est mort jeune.

Dystopie car ce monde est plus ou moins contrôlé par « Goliath », un organisme financier  dont le but avoué est d’aider ses contemporains et l’inavoué de s’enrichir encore plus, et par des services policiers très compartimentés dont les OpSec-27 ou Littéra-Tecs, dont fait partie Thursday Next notre narratrice qui s’occupent des crimes littéraires.

Fantastique car on peut voyager dans le temps, ce que ne manque pas de faire le père de notre héroïne pourchassé par les OpSpec-12 autrement nommés ChronoGardes.

Au commencement, « l’affaire Jane Eyre » ressemble à un livre normal sauf l’impression à peine ressentie de petites touches, toutes petites, d’anormalité.

Et puis cela déjante pas mal et comme mes connaissances sur la littérature anglaise du XIXème siècle équivalent à une bulle pointée, (ce n’était pas au programme du CEP), je me suis promené dans cette loufoquerie avec un certain plaisir sans trop comprendre les origines romanesques mais en appréciant la loufoquerie de l’action.

Et puis des vers pas poétiques mais vivants et frétillants, (il n’est pas précisé s’ils sont plats (platodes), ronds (nématodes) ou annelés (annélides), qui bouffent de la littérature et sont utilisés pour réécrire des textes, c’est au-delà de la loufoquerie moyenne.

Un peu d’amour, quelques décès violents, des dodos comme animaux de compagnie et une héroïne courageuse voire téméraire, amoureuse voire stupide comme peuvent l’être ceux qui aiment, nous entrainent dans une saga contre un méchant très méchant, ancien professeur de littérature (c’est mon deuxième prof de littérature devenu assassin, comme quoi la littérature peut être dangereuse), mélange d’Arsène Lupin, de Fantômas, de Frankenstein et de l’ineffable et odieux Furax*.
*On a l’instruction que l’on peut   voir P.S.

PS : Signé Furax fut un des feuilletons radiophoniques les plus écoutés dans les années 50 dont les auteurs regrettés étaient Pierre Dac et Francis Blanche.

Le billet de Mâme Yue Yin est ici. Sylire n’a pas aimé, Théoma si, et Grominou itou.

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde, 10-18, 2005, 408 pages, Roman loufoque
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je regrette l’oubli où est tombé Pierre Dac.
« Si la fortune vient en dormant, ça n’empêche pas les emmerdements de venir au réveil. »
Pierre Dac

« On appelle voiture d’occasion une voiture dont toutes les pièces font du bruit sauf le klaxon. »
Pierre Dac

**  »Brunetti et le mauvais augure » de Donna Leon

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Brunetti est un héros reposant. Ce policier vénitien est un esthète, bien marié, heureux père, diplomate et généreux, rien à voir avec les problèmes de famille ou de hiérarchie des nombreux flics alcooliques qui encombrent d’ordinaire la plupart les polars .

Bon, pour la hiérarchie, notre héros n’est pas vraiment gâté. Le vice-questeur Patta est aussi imbu de sa personne et de ses fonctions que cauteleux, poltron et stupide.

Venise est écrasée sous la chaleur de l’été. Ni Brunetti, ni l’inspecteur Vianello n’ont envie d’aller sur le bitume brûlant ou la touffeur des canaux pour trouver l’escroc qui embobine la tante de l’inspecteur, ou pour comprendre comment un greffier du tribunal peut louer un appartement dans un palais.

Heureusement les vacances vont leur permettre d’échapper à la bouilloire qu’est devenue la Sérénissime*.
*Surnom de Venise

Brunetti n’a pas le temps d’arriver à destination qu’il est rappelé pour le meurtre du greffier.

L’implication possible d’un juge et d’une famille de banquier oblige nos deux policiers (Vianello a été rappelé aussi) à agir avec tact et délicatesse pour calmer leur pusillanime chef.

L’orientation sexuelle du greffier les entraine sur une hypothèse encore plus dangereuse selon le vice-questeur. Pendant ce temps, Elettra, toujours aussi jolie et efficace, leur permet de mettre un terme à l’escroquerie dont était victime la tante de Vianello.

Ce n’est pas le meilleur tome des enquêtes de Brunetti. Une certaine indolence fait partie des us vénitiens mais là, ce n’est plus de la lenteur, c’est de l’immobilisme, à cause de la chaleur peut-être !

Brunetti et le mauvais augure de Donna Leon, Points, 2014, 331 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le titre, qui fait penser à un faux devin, n’a rien à voir avec l’enquête ni même avec l’escroquerie qui serait plus proche du charlatanisme médical.

*** « Illusions de lumière » de Louise Penny

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La plupart des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache se passe dans le village de Three Pines.


Après le premier de la série « En plein cœur », qui porte aussi le titre de « Nature morte » dans un autre pays, j’écrivais :«  Voici un endroit, qui sent bon le thé, les muffins et la réglisse, où on a très envie de s’y pelotonner dans un vieux chandail confortable. »

Cinq romans plus loin, je ne suis plus sur de vouloir m’y installer*.
*Mais je continuerai à les lire.

Comprenez-moi ! Three Pines est finalement un petit village où les meurtres s’accumulent et les visiteurs en sont parfois victimes.

Dans ce roman, le lendemain d’une fête en l’honneur de la première exposition de Carla au musée d’Art contemporain de Montréal, on découvre dans son jardin le corps d’une inconnue.

Les mondes de l’Art pictural et des A.A. forment la base sur lequel Louise Penny a construit cette énigme. Des mondes où la beauté des œuvres s’opposent à la laideur des humains et où leur rencontre peut provoquer une implosion de haine.

Carla est très surprise en apprenant que cette femme, qu’elle n’avait pas reconnu, avait été  une amie d’enfance dont la méchanceté avait causé leur séparation.

Mais notre artiste-peintre de Three Pines n’était pas la seule à avoir souffert de la malveillance de la victime qui, devenue critique artistique au journal La Presse, avait détruit des carrières par des petites phrases cinglantes dont les artistes ne se relevaient pas.

Après avoir vécu d’expédients à New York pendant une trentaine d’années elle était revenue au Québec, inscrite aux A.A. et essayait d’obtenir le pardon des personnes qu’elle avait diffamées.

Était-elle honnête dans ces démarches ?
Les personnes peuvent-elles vraiment changer ?
La vengeance est certainement la raison de ce meurtre mais qui refusait de pardonner ?

 La victime n’était pas invitée à la fête et ne connaissait pas le village qui, je vous le rappelle, ne figure sur aucune carte du Québec. En trouvant celui qui lui avait indiquée la route nos enquêteurs vont pouvoir élucider ce meurtre.

Ses romans permettent à Louise Penny de faire doucement évoluer les relations entre ses personnages.

Illusion de lumières de Louise Penny, Flammarion Québec, 2013, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’aurais pas du sauter les deux romans qui précède celui-là. Tant pis pour moi !

Si on parlait d’un livre-doudou :  »L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery »

Un rendez-vous automnal des  bavardages de Sophie.

automne-12-10

Je n’ai pas eu le temps de finir un livre dont je savais pertinemment qu’il conviendrait très bien avec ce rendez-vous. Je vais donc revenir sur une de mes lectures coup de cœur de 2011.

-=-=-=-=-=-=-=-

« L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery »

‘’Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois.’’
‘’Je m’appelle Paloma, j’ai douze an
s, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches.’’

Ce n’est pas facile de parler de ce livre, ce n’est pas qu’un roman, c’est un  livre de réflexions et quand même un roman, celui d’une vie, une jolie tranche de vie telle un succulent plat de cuisine japonaise, sucrée salée.

Barbery

Vous avez déjà compris que c’est un livre à deux voix ou pour être plus précis à deux cerveaux et nous passons  alternativement des pensées de la concierge, à celles de la petite fille.

La première, mettant tous ses efforts pour ressembler à ce qu’en attendent les gens en ne  montrant ni sa culture ni son intelligence et l’autre, obnubilée par la bêtise du monde en général et de sa famille en particulier, ne souhaitant pas participer aux mensonges perpétuels d’une société  sans avenir, a décidé de se suicider le jour de ses 13 ans.

‘’Alors s’il y a quelque chose dans ce monde qui vaut la peine de vivre, je ne dois pas le louper parce qu’une fois qu’on est mort, il est trop tard pour avoir des regrets et parce que mourir parce qu’on s’est trompé, c’est vraiment trop bête.’’

Muriel Barbery est-elle une sorcière ou une fée ? Un peu les deux. ‘’ L’élégance du hérisson ’’ fait partie de ces livres difficiles parce que la sorcière fait réfléchir et que la fée nous donne l’impression d’être, d’un seul coup de baguette magique, plus intelligent.

Il y a trop de moments particuliers dans cet ouvrage, des visibles, des invisibles, des sous-jacents, des suggérés, des non-dits  et même des cachés si profondément qu’on se demande, après coup, si on ne les a pas rêvés.

Muriel Barbery aborde tous les sujets ; la vie en société, les conventions, la famille, la politique, l’Art, la beauté, le génie, l’éducation, la civilisation japonaise qu’elle  apprécie (Elle y vit) etc.…
Et la musique, j’ai souvent pensé que mon humeur était influencée par la musique que j’écoutais. J’ai été complètement déboussolé quand elle inverse le processus:
‘’pour me détendre, je mets quelque chose qui me fait atteindre une sorte d’humeur distanciée.’’

Est-ce la musique qui influe sur notre humeur ou l’inverse ?
Je n’ai jamais écouté Pierre Perret lorsque j’étais d’humeur morose, peut-être aurais- je dû.

Peut-on aimer totalement un livre si on n’a pas tout compris ? Contradictoire, non ?
Et pourtant, ce magnifique petit bouquin en est une preuve indéniable;

** « Jeudi, le rabbin est sorti » par Harry Kemelman

Ce serait un roman policier banal si l’action ne se passait pas dans le milieu juif  de la ville de Barnard Crossing située à 30 ou 40 minutes de Boston

Le dépaysement étant un des facteurs clés de mon intérêt de lecteur et ma connaissance de ce milieu*, quasi nulle, je me suis plongé dans cette enquête toute simple avec délectations.
« Votre religion est basée sur l’église, dit le rabbin…Notre religion est d’abord centrée sur le foyer familial. »

Le rabbin David Small refuse depuis douze ans de signer un contrat permanent avec sa petite communauté conservatrice. Le rabbin refusant de le soutenir dans son projet de donner une certaine égalité pour les femmes à la synagogue, le président, Henry Maltzman, un ancien officier de marine,  voudrait en profiter pour ne pas renouveler l’accord annuel qui les lie.

Ellsworth Jordon, un vieil avare antisémite possédant de nombreuses propriétés dans la région, a obtenu du conseil de ville l’annulation d’un projet de feux de circulation près de la synagogue. Il est tué d’une balle  en plein front.
Le commissaire Hugh Lanigan pense plutôt à un meurtre accidentel dont le responsable, affolé, aurait continué à appuyer sur la détente, tirant dans toutes les directions jusqu’à épuisement du chargeur.

La méchanceté notoire de la victime permet d’envisager plusieurs suspects.
La logique du rabbin permettra au commissaire de solutionner ce meurtre dont la motivation était d’une simplicité ordinaire.

Ce n’est pas la première fois que j’apprécie ce que je nomme, peut-être improprement, l’humour juif.
« Comment peut-on choisir de devenir rabbin. Ce n’est pas une profession pour un juif. »

« La plupart d’entre eux écoutaient les commentaires de Julius Rottenberg, un maïven*, c’est à dire un expert en criminologie, car il tenait un café à proximité immédiate du tribunal…était un intime du procureur adjoint (« un café avec beaucoup de crème et un croissant »)…et même du juge président (« un thé citron avec une petite cruche d’eau chaude, Julius »).
*Mot yiddish : connaisseur

« Essayez vous de me rouler avec un tour de passe-passe talmudique… un pilpoul* »
*Argumentation subtile

PS: Je lirai encore un ou deux tomes de cette série qui en contient une douzaine.
Harry Kemelman est décédé en 1996. 

Jeudi, le rabbin est sorti, Harry Kemelman, 10/18, 1989, 269 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une toute petite phrase donne la solution bien avant la fin.