Archives de catégorie : Lecture

*** « La nuit, in extremis » d’Odile Bouhier

La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires.
                                                                                           Georges Clémenceau

Cette série se passe immédiatement après la guerre 14/18. Son héros,  le commissaire  Victor Kolvair  y a perdu une jambe et utilise des psychotropes pour soulager ses douleurs physiques et mentales.

Il souhaiterait que la justice refuse la libération d‘Anthelme Frachant, ancien de son bataillon, qu’il soupçonne d’avoir, en 1915, égorgé le lieutenant Bertail pour le voler.

Faute de preuves,  Frachant est libéré et, quelques jours plus tard,  égorge la famille de sa logeuse avant de disparaître.

Kolvair se sent coupable car, en manque de drogue, il a abandonné sa surveillance.

Trois principaux  intérêts  dans cette série, l’ambiance surprenante du pays, où la guerre continue à faire des ravages dans l’esprit des rescapés, blessés ou non, le début de nouvelles méthodes qui commencent à aider le travail des policiers, la médecine légale, la dactyloscopie, la graphologie et les premières avancées en psychiatrie qui vont profondément modifier la justice  et aboutir, bien longtemps plus tard, à l’abolition de la peine de mort.

J’extrapole un peu vite car en ce début du 20e siècle, toutes ces nouvelles idées ont bien entendu leurs détracteurs et les premières guerres d’expert  apparaissent en même temps que la notion de maladie mentale qui rend irresponsable certains meurtriers.

Ainsi le grand amour de Kolvair, la psychiatre Bianca Serraggio,   se heurte au procureur Pierre Rocher, magistrat imbu de sa personne, misogyne et prétentieux qui récuse avec l‘aide d‘un autre expert le diagnostic  de schizophrénie de Frachant.

Autour de cette enquête on retrouve des situations qui ont bien évolué depuis un siècle, l’homosexualité caché de Batou, le médecin légiste, le début du pouvoir des médias, en l’occurrence celle des journaux, la violence anarchiste, et des policiers véreux, tel Legone, qui ont profité de la guerre pour se refaire une virginité tout en continuant leurs trafics illégaux comme la création des premiers films pornographiques.

On a l’impression de lire un roman historique lointain alors qu’un seul siècle nous sépare et que notre société actuelle en est, en grande partie,  une évolution directe. 

Une belle série que je vais continuer. 

La nuit, in extremis, Odile Bouhier, Les presses de la Cité, 2013, 225 pages, policiers historiques
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Le bémol du Papou :

 

**** « Poirot joue le jeu » d’Agatha Christie

La vie est un mensonge plus grand que les autres.
                                                                        Georges Clémenceau

Ressentant une inquiétude inexplicable, la célèbre Mrs Oliver, auteure connue de romans policiers,  demande à Poirot d’assister à une course à l’assassin, qu’elle a imaginée pour amuser les participants d’une kermesse qui aura lieu au manoir Nasse House.

Des indices disséminés doivent permettre aux joueurs de trouver la fausse victime, l’arme du crime, l’assassin et le motif.

La propriété appartient à Georges Stubbs, un homme d’affaire riche mais peu distingué dont la jolie et jeune femme d’origine antillaise, un peu  simplette, ne s’intéresse qu’aux bijoux et à aux toilettes.

Plusieurs voisins participent à la fête dont Alex et Peggy Legge qui louent une villa proche de Nasse House, Les Mastertons et le régisseur de leurs propriétés, le colonel Warburton

Michaël Weyman un architecte qui doit  réparer la folie , pseudo temple en pierre blanche situé dans la propriété, et Miss Brewis  une sévère et efficace secrétaire vivent au château tandis que Mrs Folliat, l’ancienne propriétaire qui a vendu aux Stubbs après la mort de ses deux fils  à la guerre, vit dans l’ancien pavillon du concierge.

Malheureusement le faux cadavre va s’avérer vrai et lady Stubbs  a disparu.
Poirot  et les services de police ne trouvent rien expliquant le meurtre de la jeune adolescente  et la disparition de la châtelaine.

L’arrivée prévue d’un lointain cousin de la châtelaine aurait-il été ce léger battement d’aile d’un papillon qui a bouleversé la vie dans ce paisible domaine ?

Lady Stubbs a-t-elle été assassinée ? Si oui qu’est devenu son corps ?

Le décès accidentel du grand-père de la victime était-il vraiment accidentel ?

Poirot est friand de puzzles et le fait que plusieurs indices ne s’emboîtent pas avec les faits avérés le gênent.
Ce n’est que plusieurs semaines plus tard qu’il va trouver comment les insérer  et expliquer les raisons de cette série de meurtres.

« Poirot joue le jeu » reste un des meilleurs et un des plus complexes romans policiers de Lady Agatha où certes les indices foisonnent mais à chaque fois vous éloignent malicieusement de la solution.

Cette relecture dans un environnement peu plaisant fut un excellent remède à mon anxiété.

Poirot joue le jeu, Agatha Christie, Champs Élyzées, 1959, 251 pages, policier
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Le bémol du Papou : Toujours aucun.

*** « Saga Parisienne » de Gilles Schlesser

Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés.
                                                                                                              Georges Clémenceau 

Tome 1 : 1942/1958 Un balcon sur le Luxembourg

Tome 2 : 1959/1981 D’une rive à l’autre

 

Tome 3 : Au rendez-vous de l’Heure bleue

 

 

En lisant le premier tome, j’ai ressenti  une drôle d’impression ; celle de remonter le temps, de revivre mon enfance   et d’en retrouver les personnages et les événements presque totalement oubliés.

Le roman commence en 1942 sous l’occupation allemande et…(non, je ne suis pas encore de  ce monde, mais cela ne va pas tarder)  je vais dans les années qui suivent écouter les grandes personnes parler de l’actualité, même si je n’y comprends  pas grand-chose.

Tous ces dirigeants qui pensaient dominer leur monde et dont, soixante ans plus tard, seuls les historiens et  les élèves studieux se rappellent les noms, tous ces acteurs et actrices qui ont fait rêver leurs admiratrices et dont les noms sont restés dans la mémoire collective parce que leurs films ne coûtent pas chers à rediffuser ou pour une réplique* que l’on écorche souvent  sans se souvenir du titre, toutes ces vedettes de la chanson dont le souvenir s’est éteint en même temps que la voix.
*Ma préférée dans Hôtel du nord de Marcel Carné « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »
Arletty à Louis Jouvet

Ce serait trop fastidieux de donner des noms et pas honnête pour tous ceux que j’oublierai.

Saga : Épopée familiale se déroulant sur plusieurs générations

Dans une famille, on peut trouver de tout. Un futur écrivain célèbre et officier de l’État, un frère torturé et exécuté par les allemands, un autre dont l’insouciance va provoquer la folie de  leur sœur  et en fricotant avec les malfrats proches de la Gestapo, l’arrestation de ses voisins juifs.

Le premier à eu trois enfants, une fille qui dès son adolescence est devenue une violoniste de renommée mondiale reconnue pour son jeu et aussi pour ses extravagances, et des jumeaux vivant en symbiose jusqu’à l’âge adulte et dont on va alors se rendre qu’ils sont complètement différents sexuellement parlant.

Il élève aussi la fille de sa sœur  rejetée dès sa naissance.

Et puis il y a aussi Valentin, le grand-père, homme d’affaires fortuné qui a épousé en seconde noces une starlette sans avenir mais avec un enfant, dont les dents rayent le parquet et prête à tout pour spoiler l’héritage des enfants de son mari.

Une famille c’est aussi les conjoints, les enfants des enfants, les demi-frères, les amis, Moulodji* ce personnage incontournable de Saint-Germain des Prés dans les années 1960, le fils du voisin juif échappé miraculeusement à la déportation et sauvé par l’ancienne starlette qui était aussi la maîtresse de son  père
* Marcel Mouloudji, 1922-1994 chanteurauteur-compositeur-interprète, peintre et acteur français.

l’aîné va réussir à entrer à l’Académie Française pendant que l’autre fera fortune grâce aux tableaux de maîtres qu’il a spolié. L’un admire sa famille et l’autre le Picasso intitulé « L’Heure bleue » qu’il cache dans une pièce secrète.

Pour tout vous dire, sorti des années de mon enfance, et des événements qui l’ont marquée, des soirées sans télé…mais avec la TSF, « la famille Duraton », « Sur le banc, avec Carmen et La Hurlette » « le tour de France (pendant un mois) », des ballades en  autobus à plateforme découverte, à partir des années 1970 donc, il ne m’est plus resté que la saga de la famille Ormen, une saga familiale comme une autre, une saga qui se lit facilement  et dont on continue à tourner les pages pour en connaitre le dénouement…mais, bien sur, il n’y a pas de dénouement final dans une histoire de famille qui se continue, seules quelques minuscules  conclusions pour des fins de cycle.

Saga parisienne, Gilles Schlesser, Parigramme, 2011-2012, Roman
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Le bémol du Papou : La vie de certaines familles est compliquée, heureusement, ce n’est la vie de toutes.

*** « Piège pour un élu » d’Ian Rankin

La France est un pays extrêmement fertile: on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts.
                                                                                             Georges Clémenceau

En général et en exergue, je vous mets une pensée une citation ou un proverbe en rapport avec le sujet de ma chronique. Je passe des heures…des semaines voire même des mois, (ce qui explique ma lenteur à mettre en ligne mes textes, et non la paresse comme  pourrait le supposer de très mauvaises langues) à rechercher le bon mot sans même savoir si vous le lirez.
Dorénavant et jusqu’à épuisement du stock vous n’aurez droit qu’aux déclarations de Georges Clémenceau. Elles ont plus de cent ans et sont souvent d’une actualité surprenante.

J’aime bien Rankin et j’aimerais bien, un jour, connaître Edimbourg, citée  où le lieutenant John Rebus est un enquêteur chevronné, parfois alcoolisé (de moins en moins souvent,)  et rebelle à toute ingérence de ses supérieurs.

En général, au bout d’un certain nombre de volumes d’une série, je me tanne un peu pour mieux y revenir si l’envie me reprend.

Ce fut le cas de Rankin et c’est toujours le cas d’Indridason qui vient de remonter à la surface de ma pal-livresque pour une future et proche lecture.

Une descente de police dans une maison close met dans l’embarras la direction de la gente policière et encore plus  le député Grégor Jack qui vient de se faire prendre littéralement les culottes à terre…enfin presque.

Un coup de fil anonyme et la  présence des journalistes chicotent John qui pense à une revanche politique, surtout quand il apprend que la prostituée est la sœur du député.

Jusque là aucune raison véritable pour John Rebus d’enquêter si ce n’est son flair de scottish terrier et son peu d’intérêt pour un dossier en cours de bouquins volés.

Beaucoup plus gênante s’avère la disparition de la femme du député dont la vie semblait être beaucoup plus déplorable que celle de son franc et honnête élu.

Mais tout n’est pas forcément ce qui parait en surface et la truffe expérimenté de notre enquêteur flaire une situation beaucoup plus sombre.

Et puis, la femme du député est retrouvée assassinée…

Jusqu’à la fin je n’ai pas pu me décider le qui et le pourquoi. Le tueur faisait partie de mes suspects parmi d’autres et ses motivations me sont restés obscures jusqu’aux explication finales.

Bravo Mr Rankin

Piège pour un élu, Ian Rankin, Le Livre de Poche, 2005, 410 pages, Policier
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Le bémol du Papou : Seule ombre au tableau, les relations féminines de Rebus et ses hésitations qui pourraient laisser supposer qu’il les utilise plus qu’il ne les aime.

 

**** « Aux armes zécolos » d’Hervé Jaouen

Les circonstances immédiates modifient notre planète sans tenir compte des conséquences et des  circonstances futures.

Hervé Jaouen est un de ces écrivains chantres de la Bretagne bretonnante. Parfois sérieux comme dans « Les Sœurs Gwenan » Il peut aussi utiliser  la dérision et l’ironie qui sont les deux tétines qui nourrissent l’humour, comme dans ce nouveau roman paru la même année.

L’héroïne Bleunween (bleun =fleur + gwenn =  blanche*) est une jeune parisienne aux origines nettement armoricaines, comme son prénom l’indique. Ce prénom qu’on l’oblige à toujours épeler car  même en Bretagne on peut l’écrire et le prononcer de manières différentes. Elle décide de passer une année auprès de ses grands-parents, Mémé et Pépé ou encore Lulu et Cricri.
*Ma première leçon  de breton.

Son pépé est en train de perdre la tête car la pollution a fait disparaître sa pêche favorite, celle des saumons,  qui ont déserté l’Aulne*  après  le creusement du canal débuté en 1811qui relie Nantes à Brest et dont l’entretien  a été abandonné quand son utilité est devenue inexistante.
*Fleuve côtier de 144 km, depuis la commune de Louhec dans les Côtes d’Armor jusqu’à la rade de Brest.

Pamphlet virulent sur  les  décisions de l’État qui dénature le territoire pour des raisons politiques au détriment de la nature et de l’écologie,  Jaouen s’attaque aussi aux publicités particulières qui démontrent que connerie et appât du gain sont les deux moteurs  de ceux qui n »hésitent pas à  vanter et à vendre aux retraités les contrats de dépendance, l’épargne obsèques, les promos sur les béquilles et sur les couches-culottes garanties sans fuite.

Il s’attaque aussi à la désertification des campagnes causée par le manque d’emplois et sauvées par les grands-bretons qui reviennent acheter des bicoques en ruine pour les retaper en pimpants cottages, ce que les autochtones sont incapables de faire faute de deniers ducaux bretons.

Je me suis régalé…mon côté anar certainement ! J’ai trouvé cette Bleunween profondément attachante dans cette amour qu’elle porte à ses grands-parents qu’elle connaissait finalement très peu et dans sa volonté pour trouver des solutions pour faire remonter  les saumons, et sauver son pépé…ça c’est mon côté romantique.

PS: Hervé Jaouen, qui était, pour moi, un auteur inconnu il y a 2 ou 3 ans a fait paraître, depuis 1979, plus d’une centaine d’œuvres…nouvelles, romans,  littérature jeunesse et polars sans oublier une dizaine de récits de voyage. 

Aux armes zécolos, Hervé Jaouen, Diabase, 2010, 160 pages, Roman
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 Le bémol du Papou : Une histoire un peu fleur bleue et une fin qui se devine mais…vous ai-je dit que j’avais aimé…ça c’est mon côté d’éternel ado.

 

 

 

*** »Le sabre du calife » Marc Paillet

Comme vous, je suis homme et mortel, et, comme vous, il peut m’arriver d’oublier.
                                                                                                                           Mahomet

Après la destitution de l’impératrice Irène de Constantinople, Childebrand et  Erwin, missi dominici de Charlemagne, sont chargés d’une ambassade auprès du sultan Haroun al-Rachid* afin de préparer une entente pour contrer les visions expansionnistes de Nicéphore, son successeur.
*Celui des contes des mille et une nuits

Outre leurs lettres de créance ils apportent au sultan un magnifique sabre ouvragé, récupéré dans le trésor des Avars*, dont la poignée brille des magnifiques éclats de nombreuses pierres précieuses.
Dès leur arrivée, nos deux compères sont surpris et éblouis par l’ingéniosité et la beauté de la civilisation arabe.
* campagnes menées par les Francs sur le Danube contre les Avars de Pannonie** de 791 à 805.
**Située à l’emplacement actuelle de la Hongrie

Arrivés à Palmyre, ils sont attaqués par des bédouins qui leur volent les lettres de créance et le sabre.

Nos missi dominici sont convaincus que ce raid a pour but de faire échouer leur mission. Dès leur arrivée à Baghdâd, ils se retrouvent au milieu de diverses intrigues Outre les intérêts personnels de certains dirigeants pour améliorer leurs richesses et augmenter leurs pouvoirs, d’autres semblent préférer des accords avec Constantinople beaucoup plus près géographiquement que ces lointains francs que l’on connait peu.

Autre souci, le Calife ne semble pas pressé de les recevoir, et le lieu de résidence dont ils bénéficient ressemble plus à un bâtiment abandonné qu’à un palais.

Aidés de quelques conseillers et de leurs aides habituels, Timothée dit le Goupil, Frère Antoine dit le Pansu et l’ancien rebelle Doremus, nos ambassadeurs  vont continuer leur enquête pour retrouver le butin volé, malgré les cadavres  qui apparaissent au fur et à mesure de leurs investigations, trouver le responsable  de leurs problèmes et obtenir une entrevue avec le Calife.

Cette série qui date de plus de vingt ans continue à me plaire par son aspect historique et sociologique souvent oblitéré par la personnalité de Charlemagne et par ses conquêtes.

PS : J’ai apprécié la notice historique d’une vingtaine de pages à la fin de ce roman sur, Mohamed, la montée de l’Islam et sur le schisme entre Sunnites et Chiites, dont on parle beaucoup de nos jours sans trop en connaître les raisons.

Le sabre du calife, Marc Paillet, 10-18, 1996, 195 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Intéressant ! Mais parfois un peu trop cliché dans les comparaisons entre les civilisations franques et arabes.

 

**** « Témoin à charge » Agatha Christie

Comme mentionné dans des chroniques précédentes, je lis peu de nouvelles, trouvant le genre trop sec pour me permettre de percevoir les personnages et comprendre les situations*.
*ou inversement.

J’ai besoin de préparation, de mise en bouche avant de me sentir concerner et je commence à peine à ressentir  les saveurs que le plat est déjà terminé.

Il y a des exceptions. Lady Agatha en fait partie.

Son principale talent est une mise en situation, courte mais complète qui, en quelques phrases, nous intègre rapidement, à ses  intrigues.

Ce recueil comprend huit nouvelles :

La radio
Le vase bleu
Le mort avait les dents blanches
Double manœuvre
Trio à Rhodes
Le rêve
Le mystère du bahut espagnol

À l’exception de « Trio à Rhodes » qui comprend 6 chapitres, toutes les autres ne dépassent pas une vingtaine de pages et sont un florilège des turpitudes de la nature humaine pour obtenir frauduleusement quelque chose.

Des nouvelles en forme de petits bijoux d’écriture.

Témoin à charge, Agatha Christie, Le masque, 1977, 221 pages, Policier
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Le bémol du Papou : Pas de bémol pour Lady Agatha…Je répète, pas de bémol pur Lady Agatha.

*** « Snjðr » de Ragnar Jðnasson

La neige apaise tout, on dirait qu’elle porte en elle le silence ou, plutôt, que dans l’espace qui sépare deux flocons, entre les flocons, il y a le silence.
                                                                                                  Jon Kalman Stefansson

 

Originaire de Reykjavik, Ari Thor Arason, ancien étudiant séminariste qui sera  rapidement surnommé « le révérend »,  accepte, à la sortie de l’école de police et dans un pays en pleine récession, un poste dans la petite ville de Siglufjordur, petit port de pêche perdu, encastré dans les montagnes au nord du pays.

Il laisse  Kristin sa petite amie qui fait des études médicales et refuse de le suivre.

Il va devoir apprendre son métier de policier de terrain, s’accoutumer aux us des petites villes où tout le monde se connait, accepter l’indifférence voire le rejet de la population envers un jeune citadin.

Horlfur, un des plus grands auteurs islandais, dont le seul ouvrage publié a fait la renommée, vit à Siglufjordur. Il est devenu, à la fin de sa vie, le président de la société culturelle et le producteur de la compagnie de théâtre amateur. Entre deux répétitions il fait une chute mortelle dans le théâtre.

Accident ? Meurtre ?

Si Ari Thor a des doutes, Tomas son supérieur préfère, par souci d’éviter une tempête médiatique et administrative, la thèse de l’accident causé par un abus dl’alcool dont la victime était coutumière.

L’agression violente de Linda, la femme de l’acteur principal, vient  infirmer cette théorie et oblige Tomas a envisagé le meurtre.

Une importante tempête de neige bloque tout accès à la ville. Ari Thor ressent une certaine claustrophobie, amplifiée par son malaise  de ne pouvoir s’expliquer avec Kristin tandis qu’il commence à apprécier Ugla, une jeune expatriée comme lui. 

Voici un nouvel auteur (pour moi) dans la galerie des auteurs de polar islandais, le plus connu  étant Arnaldur Indridason. Cependant, Ragnar Jðnasson,  mérite une petite visite. Plus tard, il me faudra faire une petite escale chez Arni Borarinsson, Arni Thorarinsson, Jon Hallur Stefansson, Stefan Mani et Yrsa Sigurdadottir, il semblerait que chacun des 330 000 islandais a été, est ou deviendra un auteur de polars.

Très bon jusqu’au coup de théâtre final aussi surprenant qu’inattendu.

Snjor, Ragmar Jðnasson, La Martinière, 2016, 335 pages, Policier
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Le bémol du Papou : Chez Indridason J’avais déjà des problèmes avec les noms islandais  mais quand une  conversation implique Leifur, Ulfur et Horlfur, j’en perd mon latin oups… mon islandais.

Mais au fait, ça veut dire quoi « Snjðr » ? Bon je ne vous titille pas plus longtemps, c’est « neige ». Le traducteur  a dû penser que tout un chacun utilise l’islandais comme langue vernaculaire comme  sont le papou ou le moldave oriental.

*** « Un outrage mortel » de Louise Penny

Agis avec gentillesse, mais n’attend pas de la reconnaissance.
                                                           Confucius

Louise Penny fait maintenant partie de mes auteurs chouchous. Quand dans ma librairie préférée, je tombe sur  son nouveau roman, mes bonnes résolutions économiques prennent le bord.

Après avoir été gravement blessé lors d’une opération contre certains dirigeants corrompus de la Sureté du Québec, Armand Gamache a pris sa retraite dans le petit village de Three Pines.

Ses proches sont surpris lorsqu’il accepte de reprendre du service comme commandant de l’école de Police. Notre ancien détective à la brigade des homicides est persuadé que l’école était utilisée pour  recruter et pervertir de nouveaux agents afin de  favoriser les malversations des dirigeants véreux.

Après avoir démis un certain nombre d’enseignants et rétrogradé Leduc, surnommé le Duc, l’ancien directeur, à un simple poste de professeur, il se rend compte que les étudiants de troisième année ont certaines difficultés à accepter ses nouvelles règles.

À Three Pines, Olicier, l’un des propriétaires de l’auberge en rénovation, retrouve de nombreux documents cachés dans un mur et remet à Gamache une carte centenaire qui indique le village alors que sur toutes les cartes modernes, il n’est jamais mentionné.

Comme devoir d’enquête, il  remet des copies de  ce document à  quatre étudiants, deux anciens, un garçon qui le déteste et une élève d’origine chinoise et deux bleus, un jeune gay et une gothique dont Armand Gamache a longtemps hésité avant de l’accepter dans l’école pour des raisons qui ne seront dévoilées qu’à la fin du roman.

Leduc, l’ancien directeur, est retrouvé assassiné d’une balle dans la tête et une copie de la carte retrouvés dans  le tiroir de sa table de nuit.

L’enquête est confiée à Isabelle Lacoste, la nouvelle responsable des homicides à la suretée du Québec et ancienne collaboratrice de Gamache. Un haut gradé de la Gendarmerie Royale du Canada est désigné, sur demande d’Armand,  pour surveiller la  neutralité de l’enquête.

Le responsable de la GRC suspecte très rapidement Armand Gamache de cacher certains éléments et d’être responsable du meurtre.

Il n’y a jamais de violence gratuite dans les romans de Louise Penny mettant en vedette Armand Gamache, ce gentil policier  qui cache sous son apparence débonnaire un esprit acéré et aussi tortueux que Machiavel lui-même.
Cette fois, ses amis sont inquiets. Que cache cette décision de laisser l’enquête se dérouler sans lui ?

Un outrage mortel, Louise Penny, Flammarion, 2017, 496 pages, Policier
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Le bémol du Papou :Pour une fois, aucun décès suspect dans  le village « tranquille » et introuvable de Three Pines.

*** « L’amie prodigieuse » Elena Ferrante

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre.
                                                                                                              Charles Aznavour

Voilà ! C’est fait !
J’ai lu la première  partie de cette série qui a enchanté la blogosphère. En général, je me méfie de ces engouements;  Peur d’être déçu certainement mais encore plus  peur de me sentir  exclu.

Mon  club l’avait choisi  comme lecture commune pour septembre et comme septembre s’annonce… je me suis donc lancer, un peu à reculons, je l’avoue.

Et…
Je ne suis pas déçu, mais je n’ai pas ressenti cet enthousiasme  dithyrambique qui m’avait  fait peur.

À  la fin des années cinquante, deux petites filles, vivant dans un quartier défavorisé de Naples, deviennent amies. Une cinquantaine d’années plus tard, Lenu, l’une d’entre elles, raconte leur histoire depuis leur rencontre, en première année d’école, jusqu’au moment où, à peine sorties de l’adolescence, leurs vies va complètement  changer.

Lila est la rebelle, vive, intelligente  et Lenu, l’imitatrice, le disciple, la bûcheuse appliquée. Leur institutrice   va être l’origine inconsciente  de leur transformation en obtenant difficilement l’accord des parents de Lenu pour qu’elle  poursuive ses études.

Leurs vies se déroulent  jusqu’à la fin de l’adolescence avec ces peurs, ces bêtises infantiles, ces petites aventures quotidiennes, ces relations parentales souvent difficiles, (nous sommes au milieu du XXe siècle), ces premiers émois sexuels et ces us et coutumes relationnels où celui qui possède quelques biens dominent les autres.

Sortir de la misère ne peut s’obtenir qu’en quittant son quartier, en abandonnant ses amours de jeunesse et ses amis. Mais, si vous pouvez oublier  le lieu de votre enfance, celui-ci ne vous oublie jamais.

J’ai bien aimé le contexte social  de ce Naples qui, loin des clichés  et des images touristiques nous offre la misère ordinaire de ses habitants sans instruction qui parlent leur dialecte et sont  imprégnés de ce sentiment inéluctable que, quoiqu’ils fassent, rien ne changera.

Avec les émotions de Lenu, j’ai retrouvé une grande partie de ma jeunesse (dans un milieu ouvrier pas aussi misérable) qui s’est déroulée durant la même période, avec ces doutes, ces hésitations, cette oscillation  permanente entre les études et les copains*, cette sensation d’être toujours différent sans le vouloir et ce désir inconscient de rester toujours le même.
*voir le bémol du Papou

Cet ouvrage, que je suppose  être en grande partie autobiographique,  pourrait être raconté par de nombreux enfants nés pendant ou à la fin de la guerre avec le décor comme seule différence. L’excellente écriture d’Elena Ferrante brosse un tableau très vivant de Naples et des napolitains, tableau qui m’a  captivé plus que l’histoire somme toute banale.

Pour les nombreux avis  cliquer sur le nom de leurs auteures : Violette,  Papillon, Clara,  Sylire, Noukette,  Lucine, Les 2 bouquineuses, Titine, Karine, etc…désolé pour celles que j’ai oubliées

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante, Gallimard, 2014,
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol (émotionnel) du Papou :  La prime enfance est ce qui nous marque le plus. Ils sont toujours  restés dans ma mémoire, Blanchebarbe, Nez-de-bœuf, Moustique, Cahier, Jean-Mi, Jimmy et les autres. Par contre, j’ai pratiquement oublié la plupart de ceux qui sont venus après.