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** « Le soleil naît derrière le Louvre »  Léo Malet

Les nouveaux mystères de Paris (1er ardt)

Lorsque Nestor Burma est engagé pour retrouver un dénommé Louis lHeureux, parti en goguette dans la capitale, et  le renvoyer dans ses pénates limougeauds, il ne se doute pas que ce travail éphémère va devenir une sinécure régulière.

Etienne Larpent, dont la ressemblance avec son client est indéniable, a été assassiné. C’était un voleur de tableau et un escroc connu, présumé responsable du vol d’un Raphaël au Louvre.

Le commissaire Faroux demande à Burma de prendre contact et de surveiller Geneviève Levasseur un célèbre mannequin et accessoirement la maîtresse du mort.

Entre-temps notre détective retrouve le Limousin dans son hôtel prêt à retourner auprès de sa bourgeoise. Il le quitte, l’attend à la sortie et provoque un accident qui envoie le fêtard à l’hôpital.

Bon, je suis d’accord, la ressemblance entre Larpent et Lheureux, et l’action de Burma pour empêcher ce dernier de prendre le train  indique un peu trop nettement ce qui titille notre limier privé et ses lecteurs assidus.

Cependant tout cela n’est que conjecture et il faudra du temps pour Burma, au milieu d’escrocs affamés, de collectionneurs véreux, de coups sur la coloquinte et d’ardeurs passionnées, pour comprendre où se trouve le tableau, et qui n’hésite pas à tuer pour  le récupérer.

J’ai déjà écrit mon intérêt pour se retour aux lectures et aux ballades parisiennes de mon adolescence, tout en rêvant à Martine Carol* et « à la complainte de Jack l’éventreur » qui fut écrite par l’auteur de cette série.
*C’était avant B.B. en un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaitre.

Le soleil naît derrière le Louvre,  Léo Malet, 12-21, 2007, 72 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Mr Burma, voudriez-vous s’il vous plait considérer votre secrétaire Hélène plutôt que toutes celles qui mettent du rouge à lèvres aguichant.

*** « Les nuits de la Saint-Jean » Viveca Sten

Vendetta à Trouville  !

Non, ce n’est pas en Normandie,.mais dans l’île de Sanhamm en Suède, une centaine d’habitants en hiver, entre deux et trois mille pendant la période estivale. Lisa Rosén à disparu. Quelques mois plus tard, le mystère de cette disparition reste entier jusqu’au moment où les enfants de Nora Linde* découvre son bras enterré dans la forêt.
*Héroïne récurrente de la série

Dans « La reine de la Baltique » Nora  a hérité de la maison Brandt* et souhaite la garder. En quelques mois ce legs est devenu une source de tension avec Henrik, son égocentrique et narcissique époux, qui veut la vendre par intérêt financier.  Sentant son  couple se fissurer, Nora envisage, à regret, de changer d’idée. La découverte que son mari entretient une aventure avec une infirmière provoque la séparation du couple.
*Pour connaitre les raisons de ce legs, il faut lire « La reine de la Baltique ».

Les enquêteurs Thomas et Margit, qui avaient été chargé de la disparition de Lisa, retourne sur l’île pour reprendre leurs investigations sur ce qui n’est plus une disparition mais un meurtre.

Au début du 20e siècle Gottfrid Österman a épousé Vendela qui lui a d’abord donné  un fils Thorwald puis une fille Kristina. Après la naissance de son fils, Vendela  a fait une profonde dépression et Gottfrid a ressenti de la haine pour le bébé. Thorwald, un enfant plutôt malingre a subi des violences durant toute son enfance tandis que Kristina, adorée par son père, devenait une vraie chipie.

Nos enquêteurs auront besoin, d’un profileur pour trouver le rapport entre la famille Österman du début du XXe siècle et la famille Rosén  du début du XXIe, ainsdi que des  informations trouvées par Nora dans  le journal intime de Karolina Brandt, la tante de Signe qui lui légua la maison,

Dans cette  enquête, Viveca Stem utilise la même idée que sa collègue suédoise, Camilla Lackberg. Le passé même lointain est souvent la source des problèmes actuels. 

Vous pourrez lire le billet de Claude Le Nocher  en cliquant sur son nom

Les nuits de la Saint-Jean, Viveca Sten, Albin Michel, 2016, 452 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Exit provisoire du mari imbu et infect de Nora. 

*** « La troisième fille » d’Agatha Christie

La vertu ne suffit pas à assurer le bonheur, la méchanceté suffit à rendre malheureux.
                                                                                                             Aristote

Oyez ! Oyez ! Je n’ai pas encore fini de lire ou de relire  les 86 romans de Lady Agatha. Depuis que ce blog existe « La troisième fille » est ma quarantième chronique  Ce ne sera  pas la dernière, qu’on se le dise !

Quelle n’est pas la stupéfaction  d’Hercule Poirot quand une jeune femme, qui souhaitait le consulter   pour un crime qu’elle croyait avoir commis, lui déclare finalement « Je pensais que je pouvais vous demander conseil…mais c’es impossible…Vous êtes trop vieux »

Comment cette jeune fille avait-elle obtenue son nom et pourquoi cette volte-face  en le voyant ?

Il est vexé, notre Hercule, mais cette visite le  trouble suffisamment pour qu’il fasse des recherches sur cette femme et sa famille.

Norma est la fille d’un premier mariage d’Andrew Restarick, qui avait abandonné sa femme et sa fille pour une amourette prénommée Louise et qui, après le décès de son frère aîné, est revenu d’Afrique, avec une nouvelle femme, pour reprendre les affaires florissantes de sa famille.

Elle vit dans un appartement avec deux colocataires, la secrétaire d’e son père, Claudia Reece-Holland, dont le père est député, et Frances Cary, une artiste qui travaille pour une galerie d’art.

Poirot à la certitude qu’un meurtre a déjà été commis et  pressent qu’un autre est imminent. Il ne trouve aucune  trace du premier jusqu’au moment où  Mrs Oliver* lui parle d’un accident survenu dans l’immeuble des trois colocataires où une certaine Louise** Charpenter serait tombée accidentellement  par la fenêtre.
* Une au
teure de romans policiers qui revient régulièrement chez Lady Agatha.
**  Indice évident, voir mon cinquième paragraphe  mais, ce n’est pas du spoilage, Poirot le confirme rapidement.

Norma Restarick a des absences de mémoire  et parfois ne se souvient pas  de  ses actions. Elle hait  sa belle-mère mais, plus surprenant, son père aussi. Elle a  retrouvé dans ses affaires, une fiole de poison alors que sa belle-mère venait de  subir une tentative d’empoisonnement  et un revolver  alors que du  sang a été retrouvé dans son immeuble.

Elle fréquente David Baker, un  petit voyou qui essaie de monnayer auprès du père son éloignement de la riche héritière.
Lorsqu’il est poignardé, on la retrouve à ses côtés avec un couteau à la main.

Tout au long de l’enquête j’ai eu l’impression que Poirot voulait protéger Norma et par conséquent  qu’elle pouvait ou devait être la victime  pressentie. Mais tous les indices, ses absences, sa haine et sa disparition provisoire  démontraient son implication.

Je ne vous dirai pas, bien sur, le fin mot de cette histoire et le coup de théâtre de notre détective pour éclaircir le mystère.

Une bonne petite enquête qui montre encore toute l’imagination de notre Lady.

La troisième fille, Agatha Christie, Fleuve noir, 1966,
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Toujours pas de bémol pour notre Lady.

**** « Le lecteur de cadavres » Antonio Garrido

Il n’existe en réalité que deux sortes de romans, les bons et les mauvais.
                                                                                                          José Manuel Lara ?

Voici un roman-coup de inattendu.

En commençant,  je savais que le roman se passait en Chine durant la dynastie Song, vers la fin du XIIe siècle,  avec un juge enquêteur et son assistant.
Cela m’avait fait penser à la série des enquêtes du juge Ti, de Van Gulik**, que j’avais adoré mais qui, vérification faite se passaient au VIIe siècle sous la dynastie des Tang.
*Pour cette série voir le beau billet de miss Yue Yin.

Le lecteur de cadavres est un roman plus ou moins historique sur les aventures et les péripéties de la vie de Song Ci, auteur en 1247 du Xi Yuan Ji Lu*, le premier traité de médecine légale.
*Traduction : Recueil de cas d’injustice révisés (sous réserve)

Vers 1206, le frère de Ci est accusé d’un meurtre crapuleux et ses parents meurent écrasés par un éboulement, Ci essaie de monnayer ses terres pour soigner sa petite sœur malade mais  se heurte à l’avidité et à la rapacité des nantis de son village.

Il se sauve avec l’argent, qui ne lui appartient pas encore, pour essayer d’atteindre la préfecture de Lin’An où il avait été étudiant et le commis du juge-enquêteur Feng.

Durant son périple Ci, âgé d’à peine vingt ans, vit de nombreuses aventures et fait son expérience de la vie : volé par des enjôleurs, roulé par une fleur* ou aidé (rarement) par des personnages dont l’humanité se dissimule derrière la rudesse ou l’irascibilité.
*Prostituée

À Lin’an, devenu lecteur de cadavres renommé pour le compte d’un devin-escroc, il est mandé par l’empereur pour enquêter sur plusieurs meurtres et… risquer sa vie car, à cette époque, la mort voire la torture était souvent la « récompense » de ceux qui n’obtenaient pas les résultats escomptés.

Selon Khan, le ministre du Xing Bu, le redoutable Conseil des Châtiments, ces meurtres seraient causés par  la vengeance d’Iris Bleu, une descendante du général Yue Fei, un héros national accusé de trahison puis réhabilité par Xiaosong , le grand-père de l’empereur actuel. Cette ancienne concubine devenue aveugle, puis pourvoyeuse de son  empereur est la nouvelle femme du juge Feng, l’ancien mentor de Song Ci.

Toutefois, la doctrine confucéenne interdisant d’intervenir à l’intérieur d’un corps, (les traditionalistes affirmaient que la chirurgie était une régression),  gêne Ci dans ses observations  et lui attire l’inimité du puissant Khan.

Épopée fascinante dans la Chine ancienne et exotique, avec ses coutumes, ses doctrines, ses obligations et sa brutalité. Ci conservera, en dépit du bannissement de son père et de l’accusation de meurtre de son frère,  le principe qu’ « un foyer fort est celui qui soutient un père courageux, une mère prudente, un fils obéissant et un frère obligeant. »

Étant donné mon introduction et le recueil écrit pas Ci quarante ans plus tard, vous aurez compris qu’il réussira à trouver l’assassin*, le comment et le pourquoi non sans passer au travers de chantage, de tortures et d’emprisonnement. Mais, a-t-il vraiment trouver l’instigateur ?
Spoiler un jour, spoiler toujours.

On est parfois déçu d’une œuvre encensée. Mais, heureusement, on trouve aussi des petites pépites qui nous surprennent.

PS : En bon Béotien, j’ai essayé de survolé l’histoire chinoise de cette époque et paniqué en essayant de comprendre la situation dynastique de la Chine entre 1150 et 1250 A.C.
L’empereur qui règne du temps de Ci se nomme Ningzong*. Il  était le treizième empereur de la Dynastie des Song et le quatrième des Song du Sud.
*Même pas vrai, son nom réel était Zhao Kuo
En 1127, les Song avaient perdu une partie de leur territoire au profit de la dynastie  Jin, des mandchous qui a leur tour seront conquis par … Gengis Khan*. Les Song du Sud disparaîtront à leur tour en 1279 vaincu par Khubilaï Khan** qui deviendra  le premier empereur de  la dynastie des Yuan.
*Celui-là, est bien connu.
**Celui-là aussi, c’est celui de Marco Polo et le petit-fils de Gengis Khan

Les avis de Dasola,  Alex, et  Sophie

Le lecteur de cadavres, Antonio Garrido, Le Livre de Poche, 2015, 708 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La naïveté de Ci  à ses débuts peut surprendre. Les principes de vie chinois et son jeune âge en sont certainement la cause.

*** « Ramdam à Mahâbalipuram » de  Sarah Dars

La dernière chose qu’elle vit avant de mourir fut ce palmier déraciné par la tempête.

Situé à une cinquantaine de kilomètres de Madras, la ville de Mahâbalipuram abrite un site archéologique et des temples importants. Lors d’un séjour Doc et sa famille font la connaissance de Sumitrâ une jeune vendeuse de souvenirs et de colifichets qui leur fait visiter des grottes.

À chaque fois qu’il venait dans cette ville, Doc passait la saluer. Dès leur première rencontre Sumitrâ, était tombé un peu amoureuse du Doc, impressionnée par sa petite taille, sa minceur et sa vivacité. Sumitrâ  s’occupait de son jeune frère ,Lakshman, et voyant qu’il prenait de mauvaises habitudes, elle demanda de l’aide  au Doc. Celui-ci accepta de le prendre dans sa famille.

Lorsqu’on retrouve Sumitrâ noyée, Doc ne croit pas à un accident car « comme tous les gosses de cet endroit elle savait nager depuis qu’elle savait marcher ».

Il réussit à obtenir une autopsie plus complète dont les conclusions lui donnent raison. Sumitrâ a été drogué et ses poumons ne contiennent pas d’eau. Elle a donc été tuée avant d’être  jetée à l’eau.

Depuis son arrivée dans la ville, de nombreux ragots courraient sur cette jeune femme dont on disait qu’elle avait vécu ailleurs une vie plus dissolue.

Lors de son enquête, Doc apprend que très jeune, elle avait été vendue par ses parents et qu’elle avait tué son souteneur violeur.
Ce meurtre, ses actions pour défendre les femmes violées, pour aider les pauvres à obtenir ds prêts et son refus de partager les profits de son commerce ou de vendre de la drogue avait entraîné la haine d’un groupe de criminels.

Ce roman n’est pas une enquête du Doc mais une quête pour comprendre cette jeune femme, connaitre le milieu d’où elle venait et les raisons de son assassinat crapuleux et inutile. Doc après avoir décrypter  les indices laissés par Sumitrâ  sur les tueurs  les transmettra  au policier chargé de l’enquête.

L’intérêt que je porte aux romans de Sarah Dars et à son héros tient surtout à ma grande ignorance* de la culture, des coutumes  et de la société indienne en général. C’est un vrai dépaysement, une promenade sur une autre planète où les prêtres ou Brahmanes, les guerriers ou Kshatriyas, les marchands ou Vaishyas, les serviteurs ou Shudras sans oublier les Intouchables vivaient ensemble sans vraiment se côtoyer. Il semblerait que cette société évolue tranquillement et que certains tabous ont commencé lentement à être transgressés. Ainsi le Brahmane Doc apprécie la Shudra Sumitrâ pour ce qu’elle est sans tenir compte de leurs castes respectives.  

Exotique !

Ramdam à Mahâbalipuram, Sarah Dars, Éditions Philippe Picquier, 2011, 332 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Doc est un mélomane qui adore la musique de son pays. J’avoue mon inculture générale concernant les œuvres musicales en général et mon ennui profond à lire les interminables descriptions à ce sujet.

Poulet massalé facile

Poulet massalé facile

Voici donc une première recette avec du massalé. 

Ingrédients :
3 livres de poulet en morceaux
400 gr d’oignon blanc émincé
400 gr de tomates coupées en dés
1 cuillère à soupe de graines de cumin
2 gousses d’ail
1 clou de girofle
2 cuillères à soupe de massalé
2 cm de gingembre frais râpé
2 cuillères à soupe de pâte de tamarin (facultatif)

Préparation

Dans une cocotte, faire dorer, dans un peu d’huile, les morceaux de  poulet  saupoudrés de graines de cumin.

retirer et mettre de côté. Dans la même huile faire revenir l’oignon, quand il commence à roussir, remettre  le poulet et ajouter  les tomates, l’ail, le clou de girofle, le gingembre.

Lorsque les tomates sont cuites (10 minutes environ) ajoutez le massalé, brasser le tout, puis  ajouter de l’eau* à niveau et laisser mijoter 30 minutes (poulet ordinaire), 40 minutes  (poulet fermier) ou 1 heure minimum (poulet pays) ou plus sérieusement jusqu’à ce que les morceaux de poulet se détachent facilement.
*Ou du bouillon de poulet.

Facultatif : 10 minutes avant la fin de la cuisson, mélanger 2 cuillères à soupe de pâte de tamarin dans un peu d’eau chaude et ajouter. à la préparation.

Servir avec du riz ou des pâtes.

 

Poudre d’épices : massalé

Après ma  série « à table » qui présentait des plats faciles et rapides pour ceux qui bossent, j’ai pris ma retraite. Je ne voyais pas l’intérêt de continuer avec autant de blogs, de sites et d’émissions télévisuelles sur les recettes.
Seulement pour trouver de nouvelles idées, de nouvelles saveurs, de nouveaux produits, encore faut-il avoir du temps pour chercher. Moi, j’en ai. 

Le « massalé » réunionnais, déformation créole du « Goram Massala » bien connu dans la  cuisine indienne., fait partie des saveurs exotiques à essayer. 

On trouve facilement ce mélange d’épices mais on dit qu’il existe autant de mélanges qu’il y a de cuisiniers, alors pourquoi ne pas préparer le vôtre à votre goût.

Ingrédients :
Vous trouverez ci-dessous la  liste que j’utilise.

*1 cuillère à soupe de graines de coriandre

*1 cuillère à soupe de graines de cumin
*1/3  cuillère à soupe de fenugrec
*1/3 cuillère à soupe de graines de poivre noir
*1 cuillère à soupe de curcuma

*1/3  cuillère à soupe de curry (ici je ne trouve pas de calipoulé)
*Les graines d’ 1 gousse de cardamone
*1 clou de girofle
*1 piment de Cayenne séchés (facultatif pour ceux qui ne les aiment pas)
*1 anis étoilé (facultatif)

Dans le futur, à partir de cette première recette, vous pourrez toujours modifier les quantités de chacun des ingrédients en fonction de vos goûts.

Préparation :
Faire légèrement grillé à sec tous les ingrédients sauf le curcuma, quand vous entendez les graines de cumin chanter, retirer du feu. Moudre dans un moulin à café, ajouter le curcuma.

C’est tout. Le massalé peut-être utilisé pour toutes les viandes et les poissons fermes comme la lotte.

**** « La fille de Brooklyn » de Guillaume Musso

On aime ce qu’on n’est pas.
                                          Albert Cohen

J’avais déjà acheté « La fille de Brooklyn », lorsque mon association de lecteurs décida de mettre « un appartement à Paris »  en lecture commune. Après mon billet mitigé sur  ce roman, Je n’avais pas l’intention de replonger rapidement dans l’univers de cet auteur. 

J’ai suivi les conseils de Dulcinée*. Bien m’en a pris !
*Il faut toujours suivre les conseils de sa Dulcinée

Raphaël Barthélémy est un écrivain de polar-thriller reconnu. Après une mésaventure sentimentale qui lui a laissé un goût amer et un petit garçon, il est tombé amoureux d’Anna Baxter, une jeune métisse enjouée avec parfois des zones d’ombres. Répondant à ses questions insistantes, elle lui montre une photo de trois corps calcinés en révélant qu’elle en est responsable. La première réaction de Raphaël est de s’enfuir pour réfléchir, quand il revient, Anna n’est plus là.

Aidé de son ami et voisin Marc Caradec, un ancien policier de la BRB, il essaie de la retrouver. Au fur et à mesure de leur enquête, le passé de la jeune femme se dévoile complexe et déroutant.

Claire Carlyle avait changé de nom après son enlèvement par un prédateur sexuel et était devenue Anna Baxter. Le prédateur était mort avec ses trois autres victimes*.
* Pas besoin des talents de Sherlock pour faire un rapprochement avec la photo.

Elle a de nouveau été enlevée dès son retour à Paris. Mais par qui ? 

L’enquête va se scinder entre la France et New York, d’où était originaire Anna. Elle va permettre de découvrir  que  les décès  de la mère d’Anna et d’une journaliste étaient en fait des assassinats, de plonger dans les arcanes et les magouilles de la politique américaine, non sans révéler  au passage quelques policiers  ripoux et  une vengeance secrète relative aux trois corps calcinés.

Dans ce roman, Trump  a été vaincu dans les primaires des conservateurs par un « politicien honnête »*.
*Pléonasme ou Tautologie

« C’était une drôle d’époque. Une époque qui manquait d’hommes d’État. Une époque où les discours intelligents et les raisonnements complexes n’avaient plus de place. Une époque où seuls les propos simplistes et excessifs réussissaient à trouver un écho médiatique. Une époque où la vérité n’avait plus d’importance, où les émotions faciles avaient supplanté la raison, où seules comptaient l’image et la communication. »

De péripéties en coups de théâtre, de surprises en révélations, je me suis retrouvé complètement subjugué par l’imagination de Guillaume Musso et n’est mis que trois jours pour finir les 561 pages.

Parmi les six Musso déjà lu, il y en eu d’excellents, « Central Park » ou « L’appel de l’Ange », des moins bons, « un appartement à Paris » et « 7 ans après… »  et des ordinaires, « Skidamarink ».

« La fille de Brooklyn » est l’un de ses meilleurs tout juste après « Central Park ».

La fille de Brooklyn, Guillaume Musso, Pocket, 2017, 561 pages, thriller
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une des raisons du succès de Musso, et pas la seule, tient au fait que ces romans baignent toujours dans un optimisme inéluctable même si parfois, comme dans « un appartement à Paris », il compose avec l’improbable, l’impossible, et même l’illégal.

*** « La salamandre » de Marc Paillet

À suivre une stratégie, on n’est jamais sûr de vaincre, mais à en changer dans l’action on est certain de perdre.

Ce qui me reste de « culture » scolaire sur les dates historiques ne remplirait certainement pas le dos d’un timbre-poste. 1415, 1789, 1871, 1800 parce qu’elle rappelait la première de toute, l’an 800 après J.C., quelques autres encore mais de moindre importance ou moins anciennes.

En l’an de grâce 800, Charlemagne n’est pas encore l’empereur à la barbe fleurie, il est juste le roi des francs et doit se rendre à Rome rencontré le pape Léon III qui, après ses  démêlés avec les familles princières romaines, a demandé sa protection.
C’est donc le jour de Noël 800 que Charlemagne, arrivé à Rome simple roi en repartira avec la couronne d’empereur du Saint-Empire romain germanique.

Quelques Missi Dominici ont été envoyés pour préparer ce long voyage périlleux entre Aix La Chapelle et Rome,

Sous Charlemagne, les Missi Dominici étaient devenus  un élément-clef de l’administration de son royaume. Choisis au sein de l’aristocratie et des dignitaires ecclésiastiques, ils sont les représentants du pouvoir central. Ils enquêtent et peuvent rendre la justice, faire respecter des droits royaux, contrôler les officiers royaux et en particulier les comtes, superviser la conduite et le travail du clergé.  Éventuellement, ils mènent l’armée au combat.

Erwin le Saxon*  a été envoyé  à Lyon pour mettre en place  le séjour  de son roi.
*Héros de cette série

Dès son arrivée, Ebles, un maréchal des écuries royales,  est retrouvé assassiné et son assistant agressé dans une abbaye.  Un morceau de parchemin retrouvé dans la main du cadavre semble indiqué que la communauté juive  prépare un complot durant le séjour du  roi.

Erwin se rend très vite à l’évidence que la ville est mal gouvernée, que les chefs de la milice  chargée de la protection  du territoire,  font preuve d’un laxisme intéressé qui pourrait expliquer la témérité de certaines bandes de brigands.

Aidé de ses aides habituels, Timothée le grec surnommé le goupil, Frère Antoine le moine pansu et Doremus, un ancien brigand passé à son service*,  Erwin va reprendre en main la milice,  découvrir  que la conspiration a été fomenté par des rebelles francs,  proches d’un fils de Charlemagne, aidés de quelques levantins et des bandes de brigands avec l’assentiment aveugle et cupide de Rothard le comte de Lyon.
*  « Le poignard et le poison »

Pourtant tous ses comploteurs n’ont pu agir que sur les instructions d’un adepte de Machiavel mais qui est-il et pourquoi cette conspiration ? Erwin le démasquera et nous comprendrons alors que les instigateurs se trouvent bien loin de Lyon et du royaume franc.

Ce roman m’a obligé à rechercher des informations sur Irène, l’impératrice Byzantine, sur les communautés juives et syriennes de l’époque, sur les tempestaires, sur les gardes palatins  et sur le mythe de la Salamandre, cet amphibien légendaire réputé pour vivre dans le  feu et ne mourir que lorsque celui-ci s’éteint. La salamandre devint une créature importante des bestiaires médiévaux. D’autres légendes en font un animal extrêmement venimeux, capable d’empoisonner l’eau des puits et les fruits des arbres par sa seule présence.

Passionnant et gratifiant !

La salamandre, Marc Paillet, 10-18, 1995, 199 pages, policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Un curé militaire, ils n’ont pas dû être nombreux.

*** « Les douze tribus d’Hattie » d’Ayana Mathis

«  Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. 

En 1925, Hattie Shepherd, 17 ans et enceinte,  a quitté sa Géorgie natale et ségrégationniste  pour venir  s’installer à Philadelphie avec son mari August*.
*Il faudra attendre plus de trente ans pour que débute la lutte pour les droits des noirs.

Le problème racial est moins violent dans les États du Nord, mais la misère et la pauvreté vont devenir le principal souci d’Hattie.  Son apparente dureté envers ses enfants s’est forgée dans son engagement à leur donner le nécessaire pour qu’ils puissent affronter et réussir leurs vies d’adulte.

Ce roman est construit avec un ensemble de nouvelles qui toutes concernent les onze enfants d’Hattie, six filles et cinq garçons, le douzième membre de la tribu étant  Sala sa petite fille.

La première nouvelle raconte le décès des jumeaux Philadelphia et Jubilee qu’Hattie n’a pu faire soigner faute d’argent, elle est suivie par les aventures de Floyd, en 1948,  un musicien à la sexualité trouble, de Six, en 1950,  un adolescent meurtri, qui profite de ses qualités de prédicateur pour enjôler les femmes, d’Ella, 1954, un bébé qu’elle donne en adoption à sa sœur Pearl, d’Alice et Billups, 1968, la première devenue riche par son mariage, a inconsciemment besoin pour son équilibre de ce frère qu’elle considère comme faible d’esprit, Bell, 1975, aux études poussées qui deviendra prostituée et  atteinte de tuberculose, Franklin, 1969, le soldat qui meurt de peur au Vietnam, Ruthi, 1975 qui n’est pas la fille d’August mais celle de Lawrence, l’homme avec qui Hattie avait décidé un jour de partir mais n’a pu si résoudre,, de Cassie, 1980, atteinte de schizophrénie et envoyée dans un asile et enfin de Sala, 1980, la fille de Cassie dont Hattie va devoir s’occuper à 72 ans passés.

À travers tous ces textes, c’est le portrait d’Hattie qui se dessine, par petites touches. Une femme brisée par la mort prématurée de ses jumeaux, déçue par son mariage, et qui a marqué ses  enfants par sa froideur et son manque de compassion qui occultaient l’amour véritable qu’elle leur a toujours  porté et dont la séparation difficile avec Ella en est la preuve.

Ayana Mathis dans un style simple, dénué de pathos et sans concessions, nous présente  le portrait d’une famille afro-américaine au vingtième siècle. Certains  pourraient lui reprocher un manque de profondeur dans les personnalités des enfants pourtant la densité de chaque chapitre m’a suffit grandement.

Dérangeant !

Les avis de Perséphone,  de Dasola, et d’Alex

Les douze tribus d’Hattie, Ayana Mathis, Gallmeister, 2014, 368 pages, Roman.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : L’impuissance des miséreux au XXe siècle  pour s’en sortir qui me semble ne pas avoir beaucoup changé au XXIe sous Donald.