Archives de l’auteur : jpvalentin

*** « La huitième couleur » de Terry Pratchett

Le monde est une énorme farce coupée de répits illusoires, de visions chimériques, d’espoirs infondés.
                                                                                                                    Albert Cohen

Je n’ai pas tout compris mais était-ce nécessaire dans le récit fantasmagonirique* d’un monde en forme de disque soutenu par quatre éléphants eux-même posés sur la grande A Tui, la tortue sidérale, qui brasse le cosmos en attendant de trouver un partenaire chélonien ?
*mot valise composé de fantastique, imaginaire et onirique

Un étranger à quatre yeux débarque dans la ville d’ Amkh-Morpork, accompagné d’une malle magique qui le suit, portée par une multitude de petites jambes et remplie de sacs d’or et d’un tas de matériels utiles pour un voyageur.

Cet étranger vient  pour visiter la ville où personne n’avait auparavant jamais vu de  touriste.

Peu après son arrivée, Deuxfleurs, tel est son nom, rencontre Rincevent, un mage de l’université de l’invisibilité (recalé à l’examen), chargé par le Patricien de protéger l’étranger et provoque indirectement un incendie  qui détruit la ville et jette nos deux compères.sur les routes baignées par l’octarine, cette huitième et sublime couleur,
Ils visitent divers États aux coutumes étranges et vont rencontrer des êtres fantastiques tels des Elfes qui ont survécu grâce à leur intelligence, des Trolls qui eux ont survécu parce qu’ils « montrent au moins autant de dispositions que les humains pour la malveillance la rancune et la cupidité« , le peuple des Arbres, Kring, une épée qui parle, Bel-Shaharoth, le monstre qui n’aime pas le chiffre  huit et même des plantes qui fleurissent avant d’être semées., sans oublier la Mort qui débordée envoie des aides pour pourvoir à la demande de sa clientèle.

Ils ne savent pas qu’ils sont aussi  les pions d’un jeu de plateau auquel s’affrontent les dieux du Disque-Monde, en particulier la Dame (représentant la chance (sur un million) et le Destin.

Toujours suivis par la malle magique qui n’hésite pas à croquer de-ci de-là un malandrin prêt à lui dérober quelques effets, nos deux voyageurs involontaires vont réussir à sauver leurs existences et se trouver obliger d’effectuer des expériences scientifiques   pour découvrir  le secret de leur  monde.

La huitième couleur, Terry Pratchett,  L’Atalante, 1998, 252 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Non, je n’ai pas tout compris mais y avait-il quelque chose à comprendre sinon se laisser porter par la folie Pratchettienne ? Ce que j’ai fait avec délectations en me demandant à chaque chapitre : mais que va-t-il inventer maintenant ?

 

 

** « Un égyptien dans la ville » de Steven Saylor

Après le procès, l’une des parties est nue et l’autre en chemise.
Proverbe 

Utilisant les chroniques d’un procès qui a captivé Rome vers l’an 44 avant J.-C., Steven Saylor y mêle Gordien l’ enquêteur récurant de sa série de roman policier historique.

Dion, un philosophe égyptien que Gordien a connu dans sa jeunesse à Alexandrie, accompagné d’une centaine de concitoyens, est venu à Rome pour plaider la cause de l’Égypte et de la reine Bérénice IV contre le pharaon déchu Ptolémé XII, exilé dans la capitale latine.

Plusieurs attentats, dont on suppose qu’ils étaient fomentés par Ptolémé et ses soutiens romains, ont réduit le nombre des ambassadeurs et Dion vient demander de l’aide à Gordien car il craint d’être assassiné à son tour.

Gordien, pas très enthousiaste d’être mêlé à des manœuvres politiciennes,  refuse son aide car il est sur le point de partir en Gaulle pour rendre visite à un de ses fils qui est membre  de l’armée de Jules César.

Lorsqu’il revient à Rome, Dion a été poignardé.

Clodia, membre de la famille patricienne des Clodius qui a intenté un procès contre Caelius soupçonné d’être l’assassin, lui demande de trouver des preuves.
Caelius doit être défendu par Grassus et surtout par Ciceron. Les instances du procès nous sont parvenus dans un récit de ce dernier intitulé « Pro Caelio ».

Gordien se rend compte rapidement que si son seul but est de trouver le meurtrier de Dion, les Clodius ne veulent que détruire Caelius qui fut un temps l’amant de Clodia.

L’enquête difficile de Gordien se complique lorsqu’il se rend compte que son épouse, une ancienne esclave égyptienne qu’il a affranchi avant de l’ épouser, est peut-être mêlé au meurtre et qu’elle avait des raisons de haïr Dion dont les mœurs sexuels avec les esclaves étaient cruels.

Outre Ciceron. avocat retors et prêt à tout pour gagner ses procès, on rencontre aussi dans ce roman le poète Catulle un ivrogne dont les poèmes satiriques amusent les romains sauf ceux qui en sont les sujets.

Selon l’auteur toutes les personnes mêlées de près ou de loin au procès, Caelius, Clodius, Grassus, Pompée, Ptolémé, mourront de mort violente dans les années qui suivirent.

Un Égyptien dans la ville, Steven Saylor, 10/18, 1999, 380 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Gordien parait bien faible dans ses ralations avec sa femme et sa fille.


*** « De mal à personne » d’Odile Bouhier

Il est de la justice de prendre vengeance d’un crime, mais c’est une vertu de ne pas se venger.
                                                                                                                        Proverbe arabe

Nouvelle enquête du commissaire Victor Kolvair à Lyon.

Toute cette série se passe un siècle plus tôt, soit peu de temps après la première guerre mondiale, dans un monde encore traumatisé par les millions de morts et surtout par la vue persistante des « gueules cassées », ces grands blessés qui rappellent chaque jour la violence aveugle des combats. Victor Kolvair a perdu une jambe pendant le conflit et « soigne » ses douleurs physiques et mentales à la cocaïne ou à l’opium.

Un notable industriel a été assassiné sur le parking d’un hôtel et les constatations médico- légales indiquent que le meurtrier mesurait 128 cm…un enfant ? Un nain ?

La justice de l’époque ne s’embarrasse pas de considérations humanitaires et l’arrestation d’un jeune orphelin correspondant au signalement suffit pour l’envoyer vers un centre de redressement, véritable prison où les enfants subissent sévices et tortures mentales.

Un enfant de onze ans peut-il avoir égorgé un adulte ? C’est l’énigme que doit résoudre le commissaire Kolvair, énigme d’autant plus nébuleuse que l’enfant se pend dans sa cellule après avoir subi des violences sexuelles..

Le  présumé « meurtrier » disparu, la justice s’en désintéresse, mais pas notre commissaire qui ira jusqu’au bout malgré le tas de fumier qu’il soulève au fur et à mesure de son enquête.

Odile Bouhier dénonce cette fois-ci une certaine classe de la société qui utilise ses relations et sa richesse pour abuser des plus faibles* et brosse un tableau sombre de la justice de cette époque qui par arrivisme, incompétence ou insouciance condamne, sans réelles preuves,  les plus miséreux qui ne peuvent ou ne savent  se défendre.
*Cela a-t-il changé de nos jours ? Bonne question !

PS : Pour vous donner une idée de l’évolution de notre société depuis un siècle : au moment de cette enquête, les citoyens de Lyon, sont en liesse en  attendant  le spectacle très couru de la décapitation en public d’un condamné à mort.

PPS :Je rappellerai à ceux qui pensent que cela se passait au Moyen-Âge que le dernier guillotiné en public le fut en 1939 et c’est durent l’année 1977 qu’ a  eu lieu la dernière application de la peine de mort en France. 

 De mal à personne, Odile Bouhier, Les Presses de la Cité, 2012,  216 pages, policier historique.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Victor et Bianca…enfin !

*** « Sans feu, ni lieu » de Fred Vargas

Il ne faut pas tenter les saints, à plus forte raison ceux qui ne le sont pas.
                                                                                                        Proverbe 

Troisième et dernier tome des enquêtes des Évangélistes comme personnages principaux.
Ils apparaîtraient furtivement, semble-t-il,  dans certains épisodes de la série des Adamsberg*.
*Je vous rappelle que je ne suis pas fan de ce personnage en conséquence l’affirmation ci-dessus n’est qu’un vu-lire**.
** Le ouï-dire de ceux qui lisent.

On retrouve saint Marc, saint-Luc, saint-Matthieu et l’ancien flic ripou Vandoosler ainsi que l’ex officier de l’intérieur Louis (Ludwig) Kehlweiler, dit l’allemand, qui est embauchè par Marthe, l’ancienne prostituée, pour prouver que Clément Vauquer, un adulte un peu simplet dont elle s’est occupé durant son enfance, ne peut être le « tueur au ciseau » qui vient d’assassiner deux femmes dans Paris.

Louis navigue entre doutes et quasi-certitudes car la présence  de Clément près des lieux des crimes est avérée  et ses empreintes ont été relevées sur deux pots de fougères retrouvés chez les victimes.

Pourtant, par amitié pour Marthe, Louis décide de le cacher dans la bicoque pourrie, surveillé par les évangélistes, pendant qu’il commence une enquête qui va le mener à Nevers où un viol et  deux assassinats ont été commis quelques années. plus tôt, viol pendant lequel Clément avait courageusement réussi à chasser les violeurs avec un boyau d’arrosage.

Une troisième femme est assassinée, sans pot  et sans  fougère cette fois. Saint-Luc attire l’attention de Louis sur un poème de Nerval dont les vers pourraient se rapporter aux adresses des victimes. Ni Louis ni les policiers ne croient à cette interprétation et il faudra l’insistance de nos trois compères  pour entraîner Louis dans la surveillance de certaines rues de Paris dont les noms se retrouveraient de manière sibylline dans  la suite du poème.

Je ne vous dirai pas comment tout cela se termine de peur d’être taxer de spoileur mais, si l’enquête est pleine de rebondissements, j’ai assez vite soupçonné l’auteur des crimes.

Cette série et ses personnages originaux vont me manquer, aussi vais -je essayer de relire un Adamsberg en espérant y retrouver  l’humour de cette série et y croiser ces « Évangélistes ».sympathiques.  

Sans feu ni lieu, Fred Vargas, J’ai Lu, 2001, 250 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Des invraisemblances mais du plaisir.

*** « Un peu plus loin sur la droite » Fred Vargas

Où quand une crotte de chien devient une aile de papillon !

Dans ce nouvel opus des aventures des évangélistes*, on fait la connaissance de Louis, ou Ludwig, Kehlweiler, surnommé l’allemand, enfant de la fin de la guerre, né d’une mère française et d’un père teuton et  ancien commissaire mis à la retraite pour des raisons qui restent nébuleuses.
* Pour le premier : papoustory.com/debout-les-morts-de-fred-vargas/

Louis est un fouille merde, un spécialiste du recueil de renseignements pouvant servir un jour mais cette fois, le terme quoique malodorant s’avère exact car c’est près de la grille d’un arbre de la contrescarpe qu’il ramasse une crotte de chien contenant une phalange d’un pied humain.

La recherche du corps qui aurait égaré l’orteil dans le ventre d’un canidé va s’avérer longue et nécessiter l’aide de saint Marc* pour finalement aboutir en Bretagne dans un petit port ou Marie Breton, une vieille femme a eu un accident mortel en allant bigorner des bigorneaux.
*Idem

C’est la sombre histoire d’une botte perdue puis rechaussée qui va démontrer à Louis que la vieille Marie a été assassinée.
Le chien orteilophage, un pitbull appartent à Sevran, un ingénieur qui se rend è Paris chaque semaine.

Quand Louis apprend que le premier mari de Lina, la femme de l’ingénieur, s’est tué en tombant d’un balcon et que Lina, Sevran, Marie et un certain Diego, qui deviendra son époux, se trouvaient dans l’appartement au moment de l’accident, les pressentiments de Louis se concentrent sur cette vieille enquête d’autant que Diego a soudainement disparu quelques années plus tôt.

Louis et Bufo son crapaud, aidés de saint Marc et de saint Matthieu* et d’une machine qui prédit l’avenir, vont résoudre cette enquête en dépit des tentatives de l’assassin pour semer de faux indices.
* Id

En même temps, notre  commissaire va régler un vieux problème amoureux avec une de ses ex, qui l’avait abandonné pour épouser un notable de Port Nicolas, et s’occuper  d’un ancien membre de la Milice qui essaie de devenir maire du village par des moyens provocateurs dont le chantage n’est pas exclu.

Je maintiens mon idée première sur cette série que je préfère à celle des Adamsberg. Les personnages sont plus intéressants et font preuve d’un humour que je n’avais jamais trouvé chez Adamsberg ou alors il était beaucoup trop subtile pour votre serviteur.

Un peu plus loin sur la droite, Fred Vargas, J’ai Lu, 1996, 154 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  Quand je pense que je lisais très rarement du Fred Vargas et que cette série a été écrite il y a vingt ans, cela confirme que j’ai de sérieuses lacunes dans mes lectures où que j’étais occupé à d’autres travaux plus rentables et moins plaisant.

 

**** « Debout les morts » de Fred Vargas

Chez nous, la comédie est le spectacle de l’esprit, la tragédie celui de l’âme , l’opéra celui des sens.
                                                                                                                              D’Alembert

Trois jeunes chercheurs fauchés viennent de louer une bicoque à l’abandon.

Marc est un médiéviste, Mathias un préhistorien et Lucien un « contemporanéiste », plus précisément un historien de la guerre 14/18. Outre ces trois scientifiques désargentés, s’est installé sous les combles de la masure, le parrain de Marc, un ancien flic ripou septuagénaire.

Un matin, leur voisine, Sophia Siméonidis, une ancienne cantatrice, voit dans son jardin, un arbre qui n‘y était pas  la veille.

Intriguée pour ne pas dire inquiète par cette apparition soudaine et incompréhensible, elle demande à ses voisins, contre un paiement substantiel, de creuser et de vérifier ce qu‘il pourrait y avoir sous l’arbre.

Quelques jours plus tard après ce travail inutile, Sophia disparaît ce qui étonnamment ne semble pas inquiéter son mari mais préoccupe son amie Juliette qui tient un petit restaurant non loin de là.

Cette disparition est d‘autant plus surprenante que Sophia avait demandé à sa fille Alexandra de venir passer quelques jours avec elle.

Une quinzaine de jours plus tard on retrouve le cadavre de l‘ancienne cantatrice complètement brûlé dans une voiture abandonnée.

Surnommés par le vieil inspecteur les évangélistes*, et poussés par lui, nos trois compères se retrouvent mêlés, bien malgré eux, à l’enquête pour retrouver l’assassin, enquête qui va les amener douze ans plus tôt, lors d’une représentation d’Elektra à l’opéra de Toulouse ou Sophia avait été agressé et deux critiques assassinés.
*Saint Marc pour Marc, Saint Matthieu pour Matthias et Saint Luc pour Lucien

J’ai toujours aimé l’écriture de Madame Vargas sans être un grand fan d’Adamsberg son héros récurrent,  et même s’il y a un peu d’ Adamsberg dans la manière de penser et d’agir du vieux Vandoosler, j’ai adoré  les personnages des trois chercheurs aussi dissemblables que complémentaires.

J’ai prévu de lire immédiatement le deuxième tome puisque je ne retrouve plus celui que je devais lire pour « Québec en novembre ».

Je fais un appel général : quelqu’un aurait-il vu passer « Routes secondaires » d’Andrée A. Michaud qui s’est égaré entre ma table et mon lit ?

Debout les morts, Fred Vargas, J’ai lu, 1995, 288 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou ; Une Histoire à tiroirs que n’aurait pas désavouée Lady Agatha. Malheureusement et comme souvent chez Fred Vargas, il est impossible aux lecteurs de faire des hypothèses et la solution surprenante l’est d’autant plus qu’aucun indice n’apparaît tout au long du roman.

*** « Dragon » de Thomas Day

L’apocalypse est au commencement de soi puisque la fin précède toute naissance.
                                                                                                           Victor Lévy-Beaulieu

 

Dans Bangkok, une ville submergée peu à peu par  une mousson qui n‘en finit plus et par une corruption généralisée, un tueur en série élimine des  étrangers venus seulement  pour profiter du tourisme sexuel infantile. Un lieutenant de police est chargé de trouver le meurtrier, surnommé Dragon,  si possible discrètement pour éviter d‘effrayer l‘industrie touristique.

Bangkok est devenu la ville de tous les excès avec un futur qui semble intéresser de plus en plus les auteurs de science-fiction apocalyptique  ou postapo.*
*Dans cette ordre d‘idée, je vous conseille « La fille automate » de Paolo Bacigalupi.

Thomas Day réussit le prodige de nous offrir un roman qui mêle, avec talent, plusieurs genres. On ne sait plus si on se trouve mêlé à un  roman noir, pour ne pas dire gore, une histoire apocalyptique ou un conte fantastique.

Un peu exagéré, me direz-vous !  le terrorisme existe, le tourisme sexuel existe, la pollution généralisée augmente,  la destruction des forêts s‘intensifie, le réchauffement climatique s‘accélère,  des dirigeants politiques nient les apports des scientifiques  pour les remplacer par des postulats intégristes, des extrémistes fanatiques prennent de plus en plus d‘importance dans les démocraties, dictatures et chaos contrôlent de plus en plus de pays, l’esclavage est en progression etc…

Les réflexions de Vert, et Yueyin.

Dragon, Thomas Day, Le Bélial, 2016. 160 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le plus dérangeant est que les solutions pour arrêter la dégradation des civilisations et le pourrissement  de nos sociétés semblent bien dérisoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** « L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) » de Francis Dannemark

Ne manque jamais une occasion d’exprimer tes sentiments, car on ne sait jamais si la vie te donnera une deuxième chance de le faire.

Les éternelles questions du lecteur indécis :
Comment choisir sa prochaines lecture ? Qu‘est-ce qui nous fait choisir un livre plutôt qu’un autre ?

Pour ce roman de Francis Dannemark, dont je n‘avais rien lu auparavant, la réponse est simple : le titre.

Les titres ambigus ou qui n‘en finissent plus ont été à la mode chez les éditeurs depuis quelques années, certains mercantiles, d‘autres abscons. Celui-là m‘intriguait, ce qui devrait être, tout simplement,  le but des titres énigmatiques.

À l‘enterrement de sa mère, le narrateur rencontre pour la première fois sa tante Alice dont on parlait peu dans sa famille,  qui vivait à l‘étranger depuis la fin de la guerre et envoyait très rarement une carte postale.

« Je ne lui ai pas demandé d‘ouvrir la malle de ses souvenirs et de ses secrets ; elle l‘a fait quand même. »
« Elle m‘a suggéré de les écrire. J‘ai hésité  puis j‘ai dit oui.“

Ces deux phrases sont une parfaite présentation de ce  roman.

Combien d‘hommes dans la vie d‘Alice ? Beaucoup car elle n‘eut pas de chance avec ses maris qu‘elle a tous aimé et qui mourraient rapidement de maladies ou d‘accidents.

Elle n‘était pas mariée avec Pierre son premier amoureux, un résistant qui disparut en fabricant une bombe et qui fut non seulement le prélude de cette vie aventureuse mais aussi l‘épilogue.

Une douzaine d‘hommes ont partagé la vie d‘Alice de l‘Angleterre, à l‘Australie et de l‘Italie jusqu‘aux confins septentrionaux de l‘inde.

Une vie de bonheurs  souvent trop courts, une vie de malheurs que l‘amitié lui permettait à chaque fois  de surpasser.

Avec toutes ses épreuves il était en effet préférable qu‘Alice ne pense jamais à rien.

La scoumoune, la malchance, la poisse cela existe mais pourquoi Alice n‘est-elle jamais venue, ne serait-ce qu‘une fois se réfugier auprès de sa famille française ?

Pour le savoir il vous faudra aller jusqu‘au bout de ce petit roman d‘une centaine de page qui loin d‘être sombre et mélancolique est rempli de résistance* et de réconfort.
*J‘aurai enfin pu écrire résilience que je n‘ai encore jamais utilisé mais il est trop utilisé à mauvais escient.

Le billet de YueYin.

L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis Dannemark, Robert Laffont, 2013, 98 pages, Roman.

Le bémol du Papou : Pas facile de se souvenir de Pierre, Henri,Sydney, Wilbur, Ronald, Pietro, Nick, Erhan, Bill, Vincent, Swami et Paul.Heureusement chacun fait l‘objet d‘un chapitre.

 

** « La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald

Vieillir ne m‘a jamais attristé. Ce n‘est pas uniquement le fait qu‘on ait beaucoup moins d‘avenir, mais aussi qu‘on perde tant de son histoire, deuil après deuil.

 

Sara, jeune suédoise employée dans une librairie, et Amy, une vieille dame habitant à Broken Wheel, Iowa, correspondent régulièrement. Elles parlent de leurs vies si différentes, de littérature et s‘envoient les livres qui les enchantent.

‘’Les livres déjà lus sont les meilleurs“

Une amitié épistolaire qui aboutit à une invitation d‘Amy pour passer quelques mois dans sa petite ville perdue au fin fond de l‘Iowa.

Pour Sara, jeune femme banale, effacée et sans grâce, ce voyage est une aventure angoissante qui s’aggrave  quand, à son arrivée, elle apprend que son hôtesse vient de décéder. Tout le village se demande comment accueillir cette touriste inattendue et lui propose de s‘installer dans la petite maison de sa correspondante.

 « Parfois, j‘ai l‘impression que la vie offre trop de choix, ça en devient pénible“

Elle y trouve une importante bibliothèque qui l‘enthousiasme.
Ne sachant pas comment remercier le village pour leur accueil, elle décide d‘ouvrir une librairie gratuite pour les entraîner dans la lecture, seul plaisir qu‘elle connaisse dans sa vie solitaire.

« Il faut avoir un côté rêveur pour apprécier les livres.“

Cette librairie va complètement bouleverser le village et lui redonner une certaine popularité auprès des petites villes aux alentours.

Je ne suis pas très porté sur les romans d’amours*.  je n‘ai pourtant jamais eu envie de  reposer celui-là car, en dehors d‘un sentimentalisme évident et d‘une fin annoncée dès les premiers chapitres, on y parle de livres et du plaisir de la lecture.
*que je nomme par méchanceté gratuite des harlequinades,

Rien que pour ces passages, il mérite de faire partie de notre bibliothèque.

Cliquez sur leurs noms pour obtenir  les avis d’ À propos de livres , Cuné, et Cryssilda,

P.S. Mark Twain a écrit : « Un classique est un livre que tout le monde encense, mais que personne ne lit.« 
J‘aurai tendance à l‘approuver et m‘en excuse auprès de ceux qui les lisent et les aiment.

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald, J’ai lu, 2016, 384 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Vous ai-je dit que la fin était prévisible ? Oui.
Ne vous inquiétez pas, c’est l’âge.

** « Casse-pipe à la nation » de Léo Malet

Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles,que les mauvais ne le soient pas.
                                                                                                      Georges Clemanceau

Série : Le nouveaux mystères de Paris

À la gare de Lyon, Nestor Burma attend sa secrétaire qui revient de vacances. Sur le quai, il rencontre l’inspecteur Grégoire et ils échangent quelques banalités. À l’arrivée Nestor ne trouvant pas Hélène décide de faire un tour à la fête foraine  de la Foire du Trône où il se délecte de la faune des saltimbanques et des forains qui offrent à la foule leurs spectacles « exceptionnels » ou trafiqués. Complètement étourdi de bruits, de lumières et d’odeurs, il remarque une jeune femme et la suit sur le grand huit. Un passager, monté à l’arrière, lui flanque un coup sur la tête et tente de le faire passer pardessus bord, une courte bagarre s’ensuit et c’est l’assaillant qui fait le plongeon.

Nestor n’a aucune idée de l’identité de son agresseur. Le commissaire Faroux lui apprend qu’un attentat identique a eu lieu un an plus tôt et que le plongeur involontaire était soupçonné d’avoir participé à un vol de 1500 kg de lingots d’or.

Il retrouve la jeune femme du Grand Huit qu’il soupçonne d’être mêlée à l’attentat et au vol, et commence une enquête qui sous une apparence banale deviendra surprenante et dangereuse et dont la rencontre sur le quai de la gare avec l’inspecteur Grégoire était le déclencheur.

Quand je suis tenté par un Léo Malet, c’est souvent parce que je n’ai pas envie de nouveauté littéraire et puis, c’est un des auteurs préférés de mon adolescence avec San Antonio, Jean Bruce, Gérard De Villiers* et d’autres qui m’ont amené doucement à d’autres lectures plus « sérieuses ».

Jamais déçu par Malet et revenir cinquante ans plus tôt est loin d’être désagréable.

*Pour celles ou ceux  qui seraient tentés par les auteurs mentionnés :
– Le commissaire San Antonio est un personnage créé par Frédéric Dard dont 175 aventures hilarantes sont parues entre 1940 et 2000. (policier comique) 
– OSS 117, Hubert Bonisseur de la Bath* est un agent d’espionnage créé par Jean Bruce avec 89 romans entre 1949 et 1963. (Espionnage)
*Bonisseur de la bath = Beau parleur 
– Gérard De Villeirs est le père de S.A.S (son altesse sérénissime) Malko Linge dont il a écrit 200 aventures entre 1965 et 2013. (espionnage)

Casse-pipe à la Nation, Léo Malet, Le Livre de Poche, 158 pages, 1957, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une mise en route un peu longue.