**** « Aïvali » de Soloup

À mon papou
Σ ‘αγαπώ !

1786423-gfPlus de quarante années après ton départ, il ne se passe pas une semaine sans que je pense à toi. Ainsi, ai-je demandé à mes petits-enfants de m’appeler de ce nom qui a bercé mon enfance : papou !

Je te revois encore, droit et calme, un petit sourire caché derrière une épaisse et courte moustache grise. Un homme de peu de mots en français qui pouvait devenir presque volubile dans sa langue natale, un homme aux idées anciennes mais qui acceptait  la modernité comme un mal nécessaire.

Qu’aurais-tu pensé après avoir regardé ce livre illustré ?
Aurais-tu pardonné enfin à ceux qui avaient voulu t’assassiner ?

Je ne crois pas.
Je ne sais pas.

Il faut du temps pour pardonner et cinquante années n’étaient certainement pas suffisantes. Un siècle sera-t-il assez ?
Je crois  que le pardon ne peut venir que des générations suivantes à condition qu’elles ne soient pas élevées dans la haine. Ta fille, ma mère,  ne le pouvait pas. Ma génération est déjà plus ouverte mais  j’ai trop rencontré ta colère pour tourner la page. Ce sera donc la troisième génération, celle qui t’a peu connu qui pourra oublier et un jour pardonner le mal qu’ils t’ont fait.

En 1821, au cours de la guerre d’indépendance grecque, la ville Aïvali fut détruite et une partie de sa population fut évacuée mais elle resta  majoritairement grecque jusqu’en 1922. Reprise par l’armée grecque en 1919, elle fut  reconquise trois ans plus tard par les forces de kemal Atatürk.

La force de ce livre tient dans le contraste entre la beauté des dessins de Soloup et la laideur des  évènements qu’il décrit : déportations,  massacres, viols et épurations ethniques.

On peut tirer plusieurs réflexions de cet ouvrage, je n’en retiendrai qu’une : les peuples peuvent  vivre ensemble  en bonne intelligence et s’apprécier quelque soient leurs origines, leurs coutumes et leurs religions.

Ce sont les dirigeants, politiques ou religieux, qui sont les responsables des conflits pour des  questions d’hégémonie territoriale,  politique ou cléricale, attisant les haines et provoquant la souffrance et souvent la destruction des populations les plus fragiles.

Papou, je crois que tu aurais retrouvé dans ce bouquin sur Aïvali des images de ta vie à Aïdyn et tu aurais pleuré sur ces souvenirs.

Continue à veiller sur ta descendance qui n’a jamais oublié d’où elle vient.

Les avis des générations suivantes : Cryssilda d’Aîvali et Yue Yin d’Aîdyn.

PS : Dans le contexte géopolitique actuel, ce livre permet de mieux comprendre ce que vivent les migrants  et devrait être étudié dans les écoles.

Aïvali de Soloup, Steinkis, 2015, 390 pages, livre illustré et histoire
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : ce livre aurait pu être un coup de cœur. Il le deviendra pour les générations futures.

 

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6 réflexions au sujet de « **** « Aïvali » de Soloup »

  1. Cryssilda

    J’avais lu ton très beau billet mais je me rends compte maintenant, en le relisant, que je ne l’avais pas commenté…
    Sujet très sensible pour moi aussi, d’autant plus que toute cette Histoire était restée tabou dans ma famille et qu’on ne l’a découverte il n’y a que trois/quatre ans.
    Je ne suis pas encore de cette génération qui peut pardonner, je crois…

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    1. jpvalentin Auteur de l’article

      Et encore, tu es toute jeunette. Imagine que toute mon enfance j’ai fréquenté une partie de la diaspora grecque qui avait fui les massacres.
      Le Papou

      Répondre

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