Archives mensuelles : décembre 2017

** « Un égyptien dans la ville » de Steven Saylor

Après le procès, l’une des parties est nue et l’autre en chemise.
Proverbe 

Utilisant les chroniques d’un procès qui a captivé Rome vers l’an 44 avant J.-C., Steven Saylor y mêle Gordien l’ enquêteur récurant de sa série de roman policier historique.

Dion, un philosophe égyptien que Gordien a connu dans sa jeunesse à Alexandrie, accompagné d’une centaine de concitoyens, est venu à Rome pour plaider la cause de l’Égypte et de la reine Bérénice IV contre le pharaon déchu Ptolémé XII, exilé dans la capitale latine.

Plusieurs attentats, dont on suppose qu’ils étaient fomentés par Ptolémé et ses soutiens romains, ont réduit le nombre des ambassadeurs et Dion vient demander de l’aide à Gordien car il craint d’être assassiné à son tour.

Gordien, pas très enthousiaste d’être mêlé à des manœuvres politiciennes,  refuse son aide car il est sur le point de partir en Gaulle pour rendre visite à un de ses fils qui est membre  de l’armée de Jules César.

Lorsqu’il revient à Rome, Dion a été poignardé.

Clodia, membre de la famille patricienne des Clodius qui a intenté un procès contre Caelius soupçonné d’être l’assassin, lui demande de trouver des preuves.
Caelius doit être défendu par Grassus et surtout par Ciceron. Les instances du procès nous sont parvenus dans un récit de ce dernier intitulé « Pro Caelio ».

Gordien se rend compte rapidement que si son seul but est de trouver le meurtrier de Dion, les Clodius ne veulent que détruire Caelius qui fut un temps l’amant de Clodia.

L’enquête difficile de Gordien se complique lorsqu’il se rend compte que son épouse, une ancienne esclave égyptienne qu’il a affranchi avant de l’ épouser, est peut-être mêlé au meurtre et qu’elle avait des raisons de haïr Dion dont les mœurs sexuels avec les esclaves étaient cruels.

Outre Ciceron. avocat retors et prêt à tout pour gagner ses procès, on rencontre aussi dans ce roman le poète Catulle un ivrogne dont les poèmes satiriques amusent les romains sauf ceux qui en sont les sujets.

Selon l’auteur toutes les personnes mêlées de près ou de loin au procès, Caelius, Clodius, Grassus, Pompée, Ptolémé, mourront de mort violente dans les années qui suivirent.

Un Égyptien dans la ville, Steven Saylor, 10/18, 1999, 380 pages, Policier historique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Gordien parait bien faible dans ses ralations avec sa femme et sa fille.


*** « De mal à personne » d’Odile Bouhier

Il est de la justice de prendre vengeance d’un crime, mais c’est une vertu de ne pas se venger.
                                                                                                                        Proverbe arabe

Nouvelle enquête du commissaire Victor Kolvair à Lyon.

Toute cette série se passe un siècle plus tôt, soit peu de temps après la première guerre mondiale, dans un monde encore traumatisé par les millions de morts et surtout par la vue persistante des « gueules cassées », ces grands blessés qui rappellent chaque jour la violence aveugle des combats. Victor Kolvair a perdu une jambe pendant le conflit et « soigne » ses douleurs physiques et mentales à la cocaïne ou à l’opium.

Un notable industriel a été assassiné sur le parking d’un hôtel et les constatations médico- légales indiquent que le meurtrier mesurait 128 cm…un enfant ? Un nain ?

La justice de l’époque ne s’embarrasse pas de considérations humanitaires et l’arrestation d’un jeune orphelin correspondant au signalement suffit pour l’envoyer vers un centre de redressement, véritable prison où les enfants subissent sévices et tortures mentales.

Un enfant de onze ans peut-il avoir égorgé un adulte ? C’est l’énigme que doit résoudre le commissaire Kolvair, énigme d’autant plus nébuleuse que l’enfant se pend dans sa cellule après avoir subi des violences sexuelles..

Le  présumé « meurtrier » disparu, la justice s’en désintéresse, mais pas notre commissaire qui ira jusqu’au bout malgré le tas de fumier qu’il soulève au fur et à mesure de son enquête.

Odile Bouhier dénonce cette fois-ci une certaine classe de la société qui utilise ses relations et sa richesse pour abuser des plus faibles* et brosse un tableau sombre de la justice de cette époque qui par arrivisme, incompétence ou insouciance condamne, sans réelles preuves,  les plus miséreux qui ne peuvent ou ne savent  se défendre.
*Cela a-t-il changé de nos jours ? Bonne question !

PS : Pour vous donner une idée de l’évolution de notre société depuis un siècle : au moment de cette enquête, les citoyens de Lyon, sont en liesse en  attendant  le spectacle très couru de la décapitation en public d’un condamné à mort.

PPS :Je rappellerai à ceux qui pensent que cela se passait au Moyen-Âge que le dernier guillotiné en public le fut en 1939 et c’est durent l’année 1977 qu’ a  eu lieu la dernière application de la peine de mort en France. 

 De mal à personne, Odile Bouhier, Les Presses de la Cité, 2012,  216 pages, policier historique.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Victor et Bianca…enfin !

*** « Sans feu, ni lieu » de Fred Vargas

Il ne faut pas tenter les saints, à plus forte raison ceux qui ne le sont pas.
                                                                                                        Proverbe 

Troisième et dernier tome des enquêtes des Évangélistes comme personnages principaux.
Ils apparaîtraient furtivement, semble-t-il,  dans certains épisodes de la série des Adamsberg*.
*Je vous rappelle que je ne suis pas fan de ce personnage en conséquence l’affirmation ci-dessus n’est qu’un vu-lire**.
** Le ouï-dire de ceux qui lisent.

On retrouve saint Marc, saint-Luc, saint-Matthieu et l’ancien flic ripou Vandoosler ainsi que l’ex officier de l’intérieur Louis (Ludwig) Kehlweiler, dit l’allemand, qui est embauchè par Marthe, l’ancienne prostituée, pour prouver que Clément Vauquer, un adulte un peu simplet dont elle s’est occupé durant son enfance, ne peut être le « tueur au ciseau » qui vient d’assassiner deux femmes dans Paris.

Louis navigue entre doutes et quasi-certitudes car la présence  de Clément près des lieux des crimes est avérée  et ses empreintes ont été relevées sur deux pots de fougères retrouvés chez les victimes.

Pourtant, par amitié pour Marthe, Louis décide de le cacher dans la bicoque pourrie, surveillé par les évangélistes, pendant qu’il commence une enquête qui va le mener à Nevers où un viol et  deux assassinats ont été commis quelques années. plus tôt, viol pendant lequel Clément avait courageusement réussi à chasser les violeurs avec un boyau d’arrosage.

Une troisième femme est assassinée, sans pot  et sans  fougère cette fois. Saint-Luc attire l’attention de Louis sur un poème de Nerval dont les vers pourraient se rapporter aux adresses des victimes. Ni Louis ni les policiers ne croient à cette interprétation et il faudra l’insistance de nos trois compères  pour entraîner Louis dans la surveillance de certaines rues de Paris dont les noms se retrouveraient de manière sibylline dans  la suite du poème.

Je ne vous dirai pas comment tout cela se termine de peur d’être taxer de spoileur mais, si l’enquête est pleine de rebondissements, j’ai assez vite soupçonné l’auteur des crimes.

Cette série et ses personnages originaux vont me manquer, aussi vais -je essayer de relire un Adamsberg en espérant y retrouver  l’humour de cette série et y croiser ces « Évangélistes ».sympathiques.  

Sans feu ni lieu, Fred Vargas, J’ai Lu, 2001, 250 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Des invraisemblances mais du plaisir.

*** « Un peu plus loin sur la droite » Fred Vargas

Où quand une crotte de chien devient une aile de papillon !

Dans ce nouvel opus des aventures des évangélistes*, on fait la connaissance de Louis, ou Ludwig, Kehlweiler, surnommé l’allemand, enfant de la fin de la guerre, né d’une mère française et d’un père teuton et  ancien commissaire mis à la retraite pour des raisons qui restent nébuleuses.
* Pour le premier : papoustory.com/debout-les-morts-de-fred-vargas/

Louis est un fouille merde, un spécialiste du recueil de renseignements pouvant servir un jour mais cette fois, le terme quoique malodorant s’avère exact car c’est près de la grille d’un arbre de la contrescarpe qu’il ramasse une crotte de chien contenant une phalange d’un pied humain.

La recherche du corps qui aurait égaré l’orteil dans le ventre d’un canidé va s’avérer longue et nécessiter l’aide de saint Marc* pour finalement aboutir en Bretagne dans un petit port ou Marie Breton, une vieille femme a eu un accident mortel en allant bigorner des bigorneaux.
*Idem

C’est la sombre histoire d’une botte perdue puis rechaussée qui va démontrer à Louis que la vieille Marie a été assassinée.
Le chien orteilophage, un pitbull appartent à Sevran, un ingénieur qui se rend è Paris chaque semaine.

Quand Louis apprend que le premier mari de Lina, la femme de l’ingénieur, s’est tué en tombant d’un balcon et que Lina, Sevran, Marie et un certain Diego, qui deviendra son époux, se trouvaient dans l’appartement au moment de l’accident, les pressentiments de Louis se concentrent sur cette vieille enquête d’autant que Diego a soudainement disparu quelques années plus tôt.

Louis et Bufo son crapaud, aidés de saint Marc et de saint Matthieu* et d’une machine qui prédit l’avenir, vont résoudre cette enquête en dépit des tentatives de l’assassin pour semer de faux indices.
* Id

En même temps, notre  commissaire va régler un vieux problème amoureux avec une de ses ex, qui l’avait abandonné pour épouser un notable de Port Nicolas, et s’occuper  d’un ancien membre de la Milice qui essaie de devenir maire du village par des moyens provocateurs dont le chantage n’est pas exclu.

Je maintiens mon idée première sur cette série que je préfère à celle des Adamsberg. Les personnages sont plus intéressants et font preuve d’un humour que je n’avais jamais trouvé chez Adamsberg ou alors il était beaucoup trop subtile pour votre serviteur.

Un peu plus loin sur la droite, Fred Vargas, J’ai Lu, 1996, 154 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  Quand je pense que je lisais très rarement du Fred Vargas et que cette série a été écrite il y a vingt ans, cela confirme que j’ai de sérieuses lacunes dans mes lectures où que j’étais occupé à d’autres travaux plus rentables et moins plaisant.

 

**** « Debout les morts » de Fred Vargas

Chez nous, la comédie est le spectacle de l’esprit, la tragédie celui de l’âme , l’opéra celui des sens.
                                                                                                                              D’Alembert

Trois jeunes chercheurs fauchés viennent de louer une bicoque à l’abandon.

Marc est un médiéviste, Mathias un préhistorien et Lucien un « contemporanéiste », plus précisément un historien de la guerre 14/18. Outre ces trois scientifiques désargentés, s’est installé sous les combles de la masure, le parrain de Marc, un ancien flic ripou septuagénaire.

Un matin, leur voisine, Sophia Siméonidis, une ancienne cantatrice, voit dans son jardin, un arbre qui n‘y était pas  la veille.

Intriguée pour ne pas dire inquiète par cette apparition soudaine et incompréhensible, elle demande à ses voisins, contre un paiement substantiel, de creuser et de vérifier ce qu‘il pourrait y avoir sous l’arbre.

Quelques jours plus tard après ce travail inutile, Sophia disparaît ce qui étonnamment ne semble pas inquiéter son mari mais préoccupe son amie Juliette qui tient un petit restaurant non loin de là.

Cette disparition est d‘autant plus surprenante que Sophia avait demandé à sa fille Alexandra de venir passer quelques jours avec elle.

Une quinzaine de jours plus tard on retrouve le cadavre de l‘ancienne cantatrice complètement brûlé dans une voiture abandonnée.

Surnommés par le vieil inspecteur les évangélistes*, et poussés par lui, nos trois compères se retrouvent mêlés, bien malgré eux, à l’enquête pour retrouver l’assassin, enquête qui va les amener douze ans plus tôt, lors d’une représentation d’Elektra à l’opéra de Toulouse ou Sophia avait été agressé et deux critiques assassinés.
*Saint Marc pour Marc, Saint Matthieu pour Matthias et Saint Luc pour Lucien

J’ai toujours aimé l’écriture de Madame Vargas sans être un grand fan d’Adamsberg son héros récurrent,  et même s’il y a un peu d’ Adamsberg dans la manière de penser et d’agir du vieux Vandoosler, j’ai adoré  les personnages des trois chercheurs aussi dissemblables que complémentaires.

J’ai prévu de lire immédiatement le deuxième tome puisque je ne retrouve plus celui que je devais lire pour « Québec en novembre ».

Je fais un appel général : quelqu’un aurait-il vu passer « Routes secondaires » d’Andrée A. Michaud qui s’est égaré entre ma table et mon lit ?

Debout les morts, Fred Vargas, J’ai lu, 1995, 288 pages, policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou ; Une Histoire à tiroirs que n’aurait pas désavouée Lady Agatha. Malheureusement et comme souvent chez Fred Vargas, il est impossible aux lecteurs de faire des hypothèses et la solution surprenante l’est d’autant plus qu’aucun indice n’apparaît tout au long du roman.