Archives mensuelles : novembre 2017

*** « Dragon » de Thomas Day

L’apocalypse est au commencement de soi puisque la fin précède toute naissance.
                                                                                                           Victor Lévy-Beaulieu

 

Dans Bangkok, une ville submergée peu à peu par  une mousson qui n‘en finit plus et par une corruption généralisée, un tueur en série élimine des  étrangers venus seulement  pour profiter du tourisme sexuel infantile. Un lieutenant de police est chargé de trouver le meurtrier, surnommé Dragon,  si possible discrètement pour éviter d‘effrayer l‘industrie touristique.

Bangkok est devenu la ville de tous les excès avec un futur qui semble intéresser de plus en plus les auteurs de science-fiction apocalyptique  ou postapo.*
*Dans cette ordre d‘idée, je vous conseille « La fille automate » de Paolo Bacigalupi.

Thomas Day réussit le prodige de nous offrir un roman qui mêle, avec talent, plusieurs genres. On ne sait plus si on se trouve mêlé à un  roman noir, pour ne pas dire gore, une histoire apocalyptique ou un conte fantastique.

Un peu exagéré, me direz-vous !  le terrorisme existe, le tourisme sexuel existe, la pollution généralisée augmente,  la destruction des forêts s‘intensifie, le réchauffement climatique s‘accélère,  des dirigeants politiques nient les apports des scientifiques  pour les remplacer par des postulats intégristes, des extrémistes fanatiques prennent de plus en plus d‘importance dans les démocraties, dictatures et chaos contrôlent de plus en plus de pays, l’esclavage est en progression etc…

Les réflexions de Vert, et Yueyin.

Dragon, Thomas Day, Le Bélial, 2016. 160 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le plus dérangeant est que les solutions pour arrêter la dégradation des civilisations et le pourrissement  de nos sociétés semblent bien dérisoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** « L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) » de Francis Dannemark

Ne manque jamais une occasion d’exprimer tes sentiments, car on ne sait jamais si la vie te donnera une deuxième chance de le faire.

Les éternelles questions du lecteur indécis :
Comment choisir sa prochaines lecture ? Qu‘est-ce qui nous fait choisir un livre plutôt qu’un autre ?

Pour ce roman de Francis Dannemark, dont je n‘avais rien lu auparavant, la réponse est simple : le titre.

Les titres ambigus ou qui n‘en finissent plus ont été à la mode chez les éditeurs depuis quelques années, certains mercantiles, d‘autres abscons. Celui-là m‘intriguait, ce qui devrait être, tout simplement,  le but des titres énigmatiques.

À l‘enterrement de sa mère, le narrateur rencontre pour la première fois sa tante Alice dont on parlait peu dans sa famille,  qui vivait à l‘étranger depuis la fin de la guerre et envoyait très rarement une carte postale.

« Je ne lui ai pas demandé d‘ouvrir la malle de ses souvenirs et de ses secrets ; elle l‘a fait quand même. »
« Elle m‘a suggéré de les écrire. J‘ai hésité  puis j‘ai dit oui.“

Ces deux phrases sont une parfaite présentation de ce  roman.

Combien d‘hommes dans la vie d‘Alice ? Beaucoup car elle n‘eut pas de chance avec ses maris qu‘elle a tous aimé et qui mourraient rapidement de maladies ou d‘accidents.

Elle n‘était pas mariée avec Pierre son premier amoureux, un résistant qui disparut en fabricant une bombe et qui fut non seulement le prélude de cette vie aventureuse mais aussi l‘épilogue.

Une douzaine d‘hommes ont partagé la vie d‘Alice de l‘Angleterre, à l‘Australie et de l‘Italie jusqu‘aux confins septentrionaux de l‘inde.

Une vie de bonheurs  souvent trop courts, une vie de malheurs que l‘amitié lui permettait à chaque fois  de surpasser.

Avec toutes ses épreuves il était en effet préférable qu‘Alice ne pense jamais à rien.

La scoumoune, la malchance, la poisse cela existe mais pourquoi Alice n‘est-elle jamais venue, ne serait-ce qu‘une fois se réfugier auprès de sa famille française ?

Pour le savoir il vous faudra aller jusqu‘au bout de ce petit roman d‘une centaine de page qui loin d‘être sombre et mélancolique est rempli de résistance* et de réconfort.
*J‘aurai enfin pu écrire résilience que je n‘ai encore jamais utilisé mais il est trop utilisé à mauvais escient.

Le billet de YueYin.

L‘histoire d‘Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), Francis Dannemark, Robert Laffont, 2013, 98 pages, Roman.

Le bémol du Papou : Pas facile de se souvenir de Pierre, Henri,Sydney, Wilbur, Ronald, Pietro, Nick, Erhan, Bill, Vincent, Swami et Paul.Heureusement chacun fait l‘objet d‘un chapitre.

 

** « La bibliothèque des cœurs cabossés » de Katarina Bivald

Vieillir ne m‘a jamais attristé. Ce n‘est pas uniquement le fait qu‘on ait beaucoup moins d‘avenir, mais aussi qu‘on perde tant de son histoire, deuil après deuil.

 

Sara, jeune suédoise employée dans une librairie, et Amy, une vieille dame habitant à Broken Wheel, Iowa, correspondent régulièrement. Elles parlent de leurs vies si différentes, de littérature et s‘envoient les livres qui les enchantent.

‘’Les livres déjà lus sont les meilleurs“

Une amitié épistolaire qui aboutit à une invitation d‘Amy pour passer quelques mois dans sa petite ville perdue au fin fond de l‘Iowa.

Pour Sara, jeune femme banale, effacée et sans grâce, ce voyage est une aventure angoissante qui s’aggrave  quand, à son arrivée, elle apprend que son hôtesse vient de décéder. Tout le village se demande comment accueillir cette touriste inattendue et lui propose de s‘installer dans la petite maison de sa correspondante.

 « Parfois, j‘ai l‘impression que la vie offre trop de choix, ça en devient pénible“

Elle y trouve une importante bibliothèque qui l‘enthousiasme.
Ne sachant pas comment remercier le village pour leur accueil, elle décide d‘ouvrir une librairie gratuite pour les entraîner dans la lecture, seul plaisir qu‘elle connaisse dans sa vie solitaire.

« Il faut avoir un côté rêveur pour apprécier les livres.“

Cette librairie va complètement bouleverser le village et lui redonner une certaine popularité auprès des petites villes aux alentours.

Je ne suis pas très porté sur les romans d’amours*.  je n‘ai pourtant jamais eu envie de  reposer celui-là car, en dehors d‘un sentimentalisme évident et d‘une fin annoncée dès les premiers chapitres, on y parle de livres et du plaisir de la lecture.
*que je nomme par méchanceté gratuite des harlequinades,

Rien que pour ces passages, il mérite de faire partie de notre bibliothèque.

Cliquez sur leurs noms pour obtenir  les avis d’ À propos de livres , Cuné, et Cryssilda,

P.S. Mark Twain a écrit : « Un classique est un livre que tout le monde encense, mais que personne ne lit.« 
J‘aurai tendance à l‘approuver et m‘en excuse auprès de ceux qui les lisent et les aiment.

La bibliothèque des cœurs cabossés, Katarina Bivald, J’ai lu, 2016, 384 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Vous ai-je dit que la fin était prévisible ? Oui.
Ne vous inquiétez pas, c’est l’âge.

** « Casse-pipe à la nation » de Léo Malet

Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles,que les mauvais ne le soient pas.
                                                                                                      Georges Clemanceau

Série : Le nouveaux mystères de Paris

À la gare de Lyon, Nestor Burma attend sa secrétaire qui revient de vacances. Sur le quai, il rencontre l’inspecteur Grégoire et ils échangent quelques banalités. À l’arrivée Nestor ne trouvant pas Hélène décide de faire un tour à la fête foraine  de la Foire du Trône où il se délecte de la faune des saltimbanques et des forains qui offrent à la foule leurs spectacles « exceptionnels » ou trafiqués. Complètement étourdi de bruits, de lumières et d’odeurs, il remarque une jeune femme et la suit sur le grand huit. Un passager, monté à l’arrière, lui flanque un coup sur la tête et tente de le faire passer pardessus bord, une courte bagarre s’ensuit et c’est l’assaillant qui fait le plongeon.

Nestor n’a aucune idée de l’identité de son agresseur. Le commissaire Faroux lui apprend qu’un attentat identique a eu lieu un an plus tôt et que le plongeur involontaire était soupçonné d’avoir participé à un vol de 1500 kg de lingots d’or.

Il retrouve la jeune femme du Grand Huit qu’il soupçonne d’être mêlée à l’attentat et au vol, et commence une enquête qui sous une apparence banale deviendra surprenante et dangereuse et dont la rencontre sur le quai de la gare avec l’inspecteur Grégoire était le déclencheur.

Quand je suis tenté par un Léo Malet, c’est souvent parce que je n’ai pas envie de nouveauté littéraire et puis, c’est un des auteurs préférés de mon adolescence avec San Antonio, Jean Bruce, Gérard De Villiers* et d’autres qui m’ont amené doucement à d’autres lectures plus « sérieuses ».

Jamais déçu par Malet et revenir cinquante ans plus tôt est loin d’être désagréable.

*Pour celles ou ceux  qui seraient tentés par les auteurs mentionnés :
– Le commissaire San Antonio est un personnage créé par Frédéric Dard dont 175 aventures hilarantes sont parues entre 1940 et 2000. (policier comique) 
– OSS 117, Hubert Bonisseur de la Bath* est un agent d’espionnage créé par Jean Bruce avec 89 romans entre 1949 et 1963. (Espionnage)
*Bonisseur de la bath = Beau parleur 
– Gérard De Villeirs est le père de S.A.S (son altesse sérénissime) Malko Linge dont il a écrit 200 aventures entre 1965 et 2013. (espionnage)

Casse-pipe à la Nation, Léo Malet, Le Livre de Poche, 158 pages, 1957, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une mise en route un peu longue.

 

*** « Le signe des quatre » Arthur Conan Doyle

C’est une erreur de croire nécessairement faux ce qu’on ne comprend pas.
                                                                                                                    Gandhi

 

J‘ai décidé de relire les enquêtes de Sherlock Holmes dans l‘ordre de leurs parutions. Après « une étude en rouge », voici donc le deuxième de la série “Le signe des quatre“.

Mary Morstan, une jeune gouvernante, demande à Sherlock d’enquêter sur la disparition de son père survenue dix ans plus tôt alors qu‘il revenait des Indes. Depuis six ans, à son anniversaire, elle reçoit  anonymement  des perles de grande valeur. La dernière était accompagnée d’un billet  qui lui proposait un rendez-vous, accompagnée si elle le souhaite, mais surtout pas par la police.

Holmes et Watson, qui  trouve la jeune femme à son goût, l‘accompagnent et découvrent que le bienfaiteur est le fils d‘un ancien compagnon de son père, maintenant décédé, qu‘ils avaient découverts ensemble un trésor et que la part du capitaine Watson n’a  jamais été remise  à sa fille.

L’homme explique que son frère venait de découvrir le coffre caché dans leur maison. Ils se rendent sur les lieux pour découvrir le frère assassiné et le coffre disparu.

Holmes et Watson commencent  alors une périlleuse enquête où l’Inde des Maharajahs, la rébellion des cipayes et le bagne d’Andaman sont à l’origine  de cette aventure, qui se terminera  dans le brouillard de la Tamise contre un ancien bagnard unijambiste et un tueur asiatique adepte de la sarbacane et du poison.

Avec Sir Arthur Conan Doyle, on est loin des romans policiers actuels et plus près des aventures et des aventuriers du XIXe siècle dans un monde alors mystérieux parce que méconnu et qui a fait et fait toujours  rêver  des générations de lecteurs.

À relire sans modération devant une bonne tasse de Darjeeling en grignotant quelques samoussas. 

Le signe des quatre, Sir Arthur Conan Doyle, Le Livre de Poche, 1995, 244 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Des passages un peu longs pour un lecteur du XXIe habitué à la brutalité sommaire des polars modernes…mais quel plaisir.

*** « Un été sans les hommes » Siri Hustvedt

Poésie et musique sont les suprêmes délices des choses. Elles sont le bouquet de toutes les connaissances.
                                                                                                                George Clémenceau 

Un énorme succès en 2011, ce qui souvent m’indispose, « un été sans les hommes » m’attendait sans que j’arrive à  me décider.

J’ai bien fait d’attendre une période où j’était obligé de ne rien faire. S’Il existe des livres « saucisson », vous savez ceux qu’on peut lire par petites tranches sans rien perdre de l‘intrigue, ce n’est certainement pas le cas de cette nouvelle écrite à la première personne.

Après une crise de folie passagère provoquée  par le départ de son mari qui, après trente ans de mariage, a décidé de prendre une pose, « pose »  beaucoup plus jeune avec une masse de cheveux blonds, L‘héroïne, poétesse et professeure, retourne au Minnesota pour se rapprocher de sa mère, qui vit dans une maison de retraite et forme, avec quelques pétillantes octogénaires,  un groupe désireux de profiter au maximum du reste  de leurs vies.

Elle a accepté de donner des cours d‘initiation à la poésie à des adolescentes et noue  rapidement une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari brutal.

Entre le comité joyeux des veuves, les rivalités perverses des adolescentes, et l’innocence des  enfants de sa voisine, elle revient sur les événements de sa vie et tente de se reconstruire.

Roman où tous les hommes sont disparus ou  ont le mauvais rôle. : « Celui d’une femme à un tournant de son existence confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables »*
*note de l’éditeur

L‘introspection et la psychologie appliquée n‘ont jamais fait partie de mes interrogations quotidiennes  et mes connaissances de la poésie et des poètes avoisinent presque le zéro absolu pourtant je n‘ai jamais eu envie de  reposer ce roman souvent  difficile.

J‘ai rencontré  des poètes qui ne m‘étaient pas complètement inconnus comme Le Tasse ou Rainer Rilke et d‘autres dont je lisais le nom pour la première fois comme John Clare ou Christopher Smart, des philosophes comme Montaigne, Goethe, Kant ou Socrate, un psychoanalyste anglais Wilfred Bion, sans compter Freud et un sexologue américain Thomas Laqueur.*
*Cette liste ne serait pas complète sans le etc…que voici.

Ce roman avait fait l‘objet de nombreux billets alors qu‘il faisait le buzz de la blogosphère. Le premier fut celui de Fashion, disparue de cette sphère pour devenir une auteure à succès sous un autre nom que je salue au passage.

Sur la vingtaine de billetsque j’avais noté je n’en ai retrouvé que huit que voici :
Cuné, Stéphie,  Keisha, Hilde, Praline, Brize, et Sylire.  

Roman de femmes…que les hommes devraient lire.

Un été sans les hommes, Siri Hustvedt, Actes Sud, 2011, 213 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai pas compris le désir de l’héroïne de pardonner à son mari… mais je ne suis qu’un homme.

**** « La Daronne » Hannelore Cayre

Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire.
                                                                            Georges Clémenceau

Drôle* de vie que celle de Patience Portefeux devenue veuve très jeune et qui à difficilement élevé ses deux filles en devenant traductrice judiciaire franco-arabe, payée au noir par les services judiciaires**.
* Dans le sens de zarbi

** Cherchez l‘erreur.

Cette mère tranquille a eu le mauvais exemple d‘un père qui accumulait les richesses en magouillant avec des pays où la magouille est inscrite dans leurs constitutions, tout en faisant pousser ses fleurs avec de l‘engrais humain, sans oublier une mère juive, échappée de la shoah, qui ne l‘aimait pas et qui va terminer sa vie dans les poches des clientes d’un grand magasin.*
*Je vous jure que c’est vrai.

Pour son travail, elle  écoute, chez elle, les bandes sonores des conversations des petits trafiquants  de shit*.  Désabusée par la vie et par la société en général elle commence à  modifier ou à déclarer inintéressantes les informations recueillies.
*Cannabis, marijuana, ganja etc…

Lorsque l‘occasion* se présente, occasion qu’en fait elle provoque elle-même, elle réussit à récupérer un gros chargement de drogue qu‘elle  va cacher dans sa cave et devenir le chef d‘un réseau de vente grâce aux informations qu’elle a recueillies depuis des années.
Elle devient la Daronne**.
*celle qui fait le larron.
** Daron (ne) en vieil argot : le chef

C‘est un billet dithyrambique de l‘Héritière, qui en a fait un coup de coeur,  qui m‘avait attiré.
Je n‘ai pas été déçu même si je ne partage pas complètement son admiration, partagé que je fus entre mon enthousiasme des descriptions corrosives d‘Hannelore Cayre sur les travers de notre société et mon scepticisme sur la naïveté des trafiquants dont la violence fait pourtant régulièrement la une de nos journaux du matin.

Le style de cette auteure, que je ne connaissais pas, est direct avec un regard acéré et sans concession sur les travers de notre monde. Pour Hannelore Clayre un chat c‘est un chat, un con n‘est pas un chat mais un con.

Les avis de Yueyin (déjà mentionnée), de Cuné, et de Jean-Marc. 

À lire absolument !

La daronne d’Hannelore CayreMétailié 2017, 172 pages, Thriller
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  L’histoire des voisins chinois, pas très crédible mais hautement hilarante.