Archives quotidiennes :

*** « Les douze tribus d’Hattie » d’Ayana Mathis

«  Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. 

En 1925, Hattie Shepherd, 17 ans et enceinte,  a quitté sa Géorgie natale et ségrégationniste  pour venir  s’installer à Philadelphie avec son mari August*.
*Il faudra attendre plus de trente ans pour que débute la lutte pour les droits des noirs.

Le problème racial est moins violent dans les États du Nord, mais la misère et la pauvreté vont devenir le principal souci d’Hattie.  Son apparente dureté envers ses enfants s’est forgée dans son engagement à leur donner le nécessaire pour qu’ils puissent affronter et réussir leurs vies d’adulte.

Ce roman est construit avec un ensemble de nouvelles qui toutes concernent les onze enfants d’Hattie, six filles et cinq garçons, le douzième membre de la tribu étant  Sala sa petite fille.

La première nouvelle raconte le décès des jumeaux Philadelphia et Jubilee qu’Hattie n’a pu faire soigner faute d’argent, elle est suivie par les aventures de Floyd, en 1948,  un musicien à la sexualité trouble, de Six, en 1950,  un adolescent meurtri, qui profite de ses qualités de prédicateur pour enjôler les femmes, d’Ella, 1954, un bébé qu’elle donne en adoption à sa sœur Pearl, d’Alice et Billups, 1968, la première devenue riche par son mariage, a inconsciemment besoin pour son équilibre de ce frère qu’elle considère comme faible d’esprit, Bell, 1975, aux études poussées qui deviendra prostituée et  atteinte de tuberculose, Franklin, 1969, le soldat qui meurt de peur au Vietnam, Ruthi, 1975 qui n’est pas la fille d’August mais celle de Lawrence, l’homme avec qui Hattie avait décidé un jour de partir mais n’a pu si résoudre,, de Cassie, 1980, atteinte de schizophrénie et envoyée dans un asile et enfin de Sala, 1980, la fille de Cassie dont Hattie va devoir s’occuper à 72 ans passés.

À travers tous ces textes, c’est le portrait d’Hattie qui se dessine, par petites touches. Une femme brisée par la mort prématurée de ses jumeaux, déçue par son mariage, et qui a marqué ses  enfants par sa froideur et son manque de compassion qui occultaient l’amour véritable qu’elle leur a toujours  porté et dont la séparation difficile avec Ella en est la preuve.

Ayana Mathis dans un style simple, dénué de pathos et sans concessions, nous présente  le portrait d’une famille afro-américaine au vingtième siècle. Certains  pourraient lui reprocher un manque de profondeur dans les personnalités des enfants pourtant la densité de chaque chapitre m’a suffit grandement.

Dérangeant !

Les avis de Perséphone,  de Dasola, et d’Alex

Les douze tribus d’Hattie, Ayana Mathis, Gallmeister, 2014, 368 pages, Roman.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : L’impuissance des miséreux au XXe siècle  pour s’en sortir qui me semble ne pas avoir beaucoup changé au XXIe sous Donald.