**** « L’arbre à bouteilles » de Joe Lansdale

L’amitié est un plaisir qui ne fait que s’accroître à mesure qu’on vieillit.

 

cvt_larbre-a-bouteilles_9430Il m’attendait dans ma pile depuis 2010. Mais, trop de billets élogieux souvent m’effraient : peur de ne pas comprendre et surtout peur d’être déçu.

Dans le quartier noir  d’une petite ville du Texas, vivent Hap Collins, blanc et hétéro,  et son copain Leonard Pine, noir et gay. Le tonton de Léonard vient de mourir lui léguant sa vieille maison plutôt délabré avec 100 000 dollars, des bocaux remplis de bons de réduction et un tableau que Léonard avait peint dans sa jeunesse et offert à son oncle.

Pourquoi se tableau sans grande valeur était-il dans un coffre à la banque ? Surement  parce que, selon la rumeur, l’oncle Chester avait un peu perdu la boule, ce que confirme l’état intérieur du logis envahi par la vermine et des tas de vieux journaux  en décomposition.

Leonard décide de  retaper la baraque et embauche son ami pour l’aider.

Pendant les travaux, ils trouvent sous le plancher un coffre contenant le squelette découpé d’un gamin et quelques revues pédophiles. Si Hap a quelques doutes sur le passé de l’oncle, Leonard n’en a aucun et pourtant ils ne se parlaient plus  depuis que Chester avait appris son homosexualité.

Depuis plusieurs  années, des petits garçons noirs miséreux et souvent sans  famille ont disparu dans le quartier sans que le problème n’intéresse vraiment la police :
« À la fin d’un des rapports (de police)  on peut lire ‘’ un nègre de moins, ça ne dérange personne…’’ C’était il y a dix ans. On assimile lentement le concept des droits civiques, par ici. Du moins chez les représentants de la loi. »

Leonard a l’intuition que son oncle voulait lui indiquer une piste et un suspect mais tous les indices semblent bien mystérieux et nos deux compères commencent  à réfléchir sérieusement  à leurs significations.

Ce roman ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, l’écriture est directe, sans fioritures. La violence  du verbe y est permanente et nos deux amis ne dédaignent pas la castagne pour faire valoir  leur droit de vivre comme ils veulent ce qui n’est pas facile pour un blanc dans les quartiers noirs, (ou inversement). Leur humour  et leur réparties arrangent beaucoup le côté glauque et sordide de leur enquête.

Il y a du sexe aussi entre Hap et l’avocate noire de l’oncle, ce qui permet à l’auteur d’exposer  les difficultés presque insurmontables que l’hérédité et la société  engendrent dans les relations amoureuses entre noirs et blancs.

Ce roman nous frappe là ou ça fait mal, la pauvreté, l’indifférence, la haine raciale, le fanatisme tout en laissant l’espoir d’une vie différente et meilleure dans l’amitié et la compréhension de l’autre.

J’en ai un autre et je cherche le premier* intitulé « Les mécanos de Vénus ».
*petit message subtile à l’Héritière

Mais au fait c’est quoi un arbre à bouteilles tel que celui qui, sur le terrain de l’oncle, scintille au soleil et tintinnabule sous la brise  ?
« C’est une merde magique. Ça te protège des mauvais esprits. Sont censés pénétrer dans les bouteilles et y rester coincés. Ou peut-être qu’ils y entrent et qu’on jette les bouteilles et que, du coup, ils deviennent inoffensifs. Suis plus très sur. »

Pour les billets d’autres lecteurs, qui en général ont tous aimé, cliquez sur leur nom : Hélène, Dasola Gridou, Canel, Cathulu et Sharon.

L’arbre à bouteilles, Joe Lansdale, Gallimard, 2010, 352 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’aime pas trop quand l’auteur nous emmène par la main vers le coupable. Grâce à mon scepticisme  suspicieux, je n’ai pas été surpris par le coup de théâtre final.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** « Les enquêtes d’Hercule Poirot » d’Agatha Christie

L’inexplicable ne se produit presque jamais. En tant que policier, tu apprends à distinguer l’inexplicable de l’inattendu.
Henning Mankell

bm_cvt_les-enquetes-dhercule-poirot_3125Paru après ‘’Le crime du golf’’, ‘’Les enquêtes d’Hercule Poirot’’ est un recueil de neuf nouvelles, plus ou moins longues, plus ou moins passionnantes, mais toujours complexes, qui permettent à notre détective belge de faire fonctionner ses petites cellules grises.

On trouve toutes les facettes des crimes qui ont fait et font toujours la renommée de notre Lady. Des meurtres dans ‘’ La tragédie de Mardson Manor’’ et dans ‘’ Le crime de Regent’s court’’, un suicide mystérieux  dans ‘’ Le mystère de Hunter’s lodge’’, un peu d’espionnage  dans ‘’ L’aventure de l’appartement bon marché’’, et dans ‘’ L’enlèvement du premier ministre’’,  quelques vols importants enfin, un diamant dans ‘’ L’aventure de l’Étoile de l’ouest’’, et des bons financiers dans ‘’ Vol d’un million de dollars de bons’’.

Les deux meilleures enquêtes, à mon humble avis, concernent une malédiction pharaonique dans ‘’ L’aventure du tombeau égyptien’’ et un petit bijou, dans le style de ‘’La lettre volée’’ d’E. A. Poe, intitulé  ‘’L’énigme du testament de Mr Marsh’’.

Certaines de ses nouvelles ont certainement été reprises sous d’autres formes, avec d’autres personnages et en compliquant les indices et les suspects pour donner ces romans complets qui nous enchantent.

Ainsi j’ai retrouvé dans ‘’L’aventure du tombeau égyptien’’ l’atmosphère  délétère de ‘’Meurtre en Mésopotamie’’. Je rassure les anti-spoilers, ce n’est pas la même victime, ni le même assassin et encore moins les mêmes raisons mortifères, mais  l’ambiance est bien la même.

Je ne suis pas, je vous l’ai déjà écrit, un grand amateur de nouvelles mais je dois avouer que celles de Lady Agatha m’ont enchanté. Comme quoi, ce n’est pas ma faute si je n’aime pas ce style mais celle de ceux (ou de celles) qui les écrivent.
Na !

Les enquêtes d’Hercule Poirot, Agatha Christie, Le Masque, 1924,  222 pages, Nouvelles Policières
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Jamais pour cette auteure.

****  »Restez groupés » de Sophie Hénaff

Les exclus sont souvent des gens à qui personne n’a jamais fait confiance.
                                                                                                         Martin Hirsch

515b40np4ll-_sx195_Après un roman difficile pour diverses raisons, l’écriture ou l’histoire ou les deux,  j’aime me détendre avec un bouquin plus léger et quoi de mieux, après avoir nagé dans l’anorexie avec des policiers psychiquement dérangés, que de plonger dans une enquête de la bande d’hurluberlus de Sophie Hénaff.

Restez groupés est la suite de ‘’Poulets grillés’’.

Bien entendu, il y a une enquête sur trois exécutions presque simultanées : Un policier à la retraite, le maire de l’Isle-sur-la-Sorgue et un quidam lyonnais. Nos compères vont devoir  trouver ce qui les a relié dans le passé.

Le grand plaisir de ces romans tient à l’idée d’avoir réuni dans la même brigade tous les policiers dont les autres départements voulaient de débarrasser.

Leur chef est Anne Capestan qui fut en pleine ascension policière jusqu’à une bavure volontaire alors qu’elle était à la brigade des mineurs. Son adjoint, Jean-Baptiste Lebreton fut un policier du RAID, la découverte de son homosexualité, à la mort de son copain, l’a irrémédiablement ostracisé. Eva Rivière, auteure de romans policiers devenue extrêmement riche  et… ingérable, Merlot, l’ivrogne de service, Tores dit ‘’la scoumoune’’ car tous ses coéquipiers précédents ont été tués ou blessés, Evrard, une cador de la police des jeux qui ne pouvait s’empêcher de jouer, Orsini, avec ses  habits de marque et ses obscures relations journalistiques, Diaz l’ancien boxeur et spécialiste informatique qui a perdu son intelligence au rythme des coups encaissés mais pas ses capacités électroniques,   et Lewitz qui lui n’a  jamais perdu son intelligence,  car il n’en avait pas l’ombre, mais aurait pu dans le cas contraire devenir pilote de F1. Tous formaient déjà la brigade ‘’Poulets grillés’’.

Deux nouveaux vont les rejoindre, Saint-Lo dit d’Artagnan, qui sort d’un hôpital psychiatrique car il assure qu’il était mousquetaire sous un Louis quelconque et enfin Diamant dont la taille impressionnante et l’apparente apathie provoquaient la risée de ses collègues de la BRI.

Pourquoi mettre, en loucedé*, cette brigade de Pieds Nickelés sur l’affaire des trois exécutions ? Tout simplement parce que le policier exécuté était l’ex beau-père d’Anne Capestan.
*En douce

Le qualificatif de policier comique ne veut pas dire que l’enquête est secondaire. l’intrigue est admirablement échafaudée en nous faisant entrer dans la vie privée d’Anne .

Ses exclus, ces parias, ces handicapés  retrouvent ensemble l’idée de l’entraide et de l’amitié, aidés d’un rat policier et d’un roquet gueulard et mordeur.

Quel  plaisir !

Le très beau billet de Claude Le Nocher est, celui de Dasola,.

Restez groupés, Sophie Hénaff, Albin Michel, 2016, 336 pages, Policier comique
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La bagarre générale avec des hooligans  de foot était trop*, mais tout le monde sait qu’une bonne bagarre resserre les liens, clôt les yeux physiquement tout en les ouvrant mentalement.
*Comme dirait ma petite pré-ado.

 

**  »Cherche jeunes filles à croquer » de Françoise Guérin

Jamais la psychologie ne pourra dire sur la folie la vérité, puisque c’est la folie qui détient la vérité de la psychologie.
                                                                 Michel Foucault

416yajzm2il-_sx195_Je ne connaissais pas l’auteure.  Je me suis demandé qui avait ajouté ce titre  »girly » à ma P.A.L.

Je ne vous ferai pas attendre plus longtemps. Ceux qui connaissent ont déjà un petit sourire en coin. Ce roman  n’est pas ‘’girly’’ du tout, c’est du polar et même du polar un peu dur voire un peu glauque.

On y parle d’adolescentes anorexiques qui se font soigner dans une clinique privée près de la frontière Suisse et qui disparaissent comme des bonbons à la sortie du restaurant*.
*Pardon !

À la P.J. le commandant Lanester, dirige la section spécialisée dans le profilage des tueurs en série. Il est envoyé en mission avec son équipe pour élucider le mystère de ces disparitions.

Le principal problème de Lanester est l’absence de cadavres. Ces jeunes filles au système psychique bringuebalant  ont-elles été les proies d’un sadique aimant les viandes extra-maigres* ou ont-elles fugué pour éviter les soins difficiles qui leur sont prodigués comme le gavage ou l’enfermement.
*Pardon, pardon, pardon.

J’ai eu  du mal à apprécier le début du roman. La personnalité de Lanester, tout d’abord, dont les troubles émotionnels sont perturbants et qui a besoin de consultations régulières avec sa psy pour avancer dans la vie et dans son enquête. Tous les membres de son équipe sont aussi plus ou moins névrosés et la personnalité de  la plupart des personnages restent bien  superficielles.

J’ai enfin embarqué dans le dernier tiers, beaucoup plus enlevant, mais de nombreuses questions sont restés sans réponse même après la solution de l’énigme.
La sœur d’une des disparues est-elle en partie responsable ?
L’ancienne employée devenue peintre et galeriste était-elle impliquée ?
Qui était le fils de la femme Alzheimer ?

Je savais déjà qu’il y avait des malades de la tête sur notre planète bleue, mais là je dois dire que les révélations du roman ont dépassé mon entendement.

Cherche jeunes filles à croquer, Françoise Guérin, Le Masque,

Le bémol du Papou :L’abus d’acronymes et de sigles m’a achalé au boutte.
B.R.I., C.E.C., SMS,  RTT, SAMU, CP, même TS pour tentative de suicide et ils ne sont pas tous là.
CFET= C’est fatigant en titi.

****  »À vol d’oiseau » de Craig Johnson

On peut échapper à tout sauf à soi-même.

41vgodypqjl-_sx195_Cady, la fille de Walt Longmire*, le shérif d’Absaroka au Wyoming, souhaite se marier selon la coutume cheyenne. Le shérif et son ami Henry Standing Bear sont chargés de la préparation mais la réservation de la salle de Crazy Head Sprimgs, faite depuis longtemps, a été annulée par le conseil tribal pour faire place à un cours de langue cheyenne en immersion.
*Le héros de la série

Ils se rendent à Painted Warrior, un magnifique replat rocheux au-dessus d’une falaise  où l’érosion a sculpté un guerrier, le visage levé vers le ciel, avec quelques traces de peintures de guerre.

Ils sont en train d’admirer le paysage en se demandant si le mariage pourrait se tenir dans cet endroit grandiose quand un cri attire leur attention vers une silhouette en train de tomber depuis le front du guerrier.

Ils découvrent au bas de la falaise le corps d’une jeune femme et leur chien trouve un paquet qui s’avère être un bébé encore vivant.

Ils  se ruent vers l’hôpital  pour faire vérifier l’état de  l’enfant.

Ils  avaient déjà précédemment fait connaissance avec Lolo Long, le tout nouveau chef de la police tribale et son carnet de contravention.  une jeune femme, ancienne militaire blessée et décorée que Walt trouve jolie en dépit d’une  cicatrice au dessus d’un œil.

Cette nouvelle  irruption dans le paisible village n’arrange pas leur relation avec  la policière qui procède à l’arrestation de Walt pour port d’arme et conduite dangereuse.

Walt est shérif dans le Wyoming et nous sommes dans le Montana pourtant l’expérimenté Walt va aider  la policière débutante tant dans ses recherches que dans ses relations avec le FBI.

Lolo Long connaissait les victimes, Audrey Plain Feather et son fils, mais la question qu’ils se  posent reste sans réponse : accident, suicide ou meurtre ?

Une cassette fournit par un informateur au FBI semble pointer vers la troisième possibilité. Le mari, un malandrin dealer de stups, voulait faire assassiner sa femme par un autre dealer.

Ce serait, bien sur, trop simple et de nombreux rebondissements vont changer nos perceptions jusqu’à la solution finale.

J’ai  aimé ce tome pour  les relations entre le professeur Longmire et l’élève indocile et indécise qu’est Lolo  Long*, par son évolution au milieu des coutumes cheyennes et crows, ce qui m’a fait repenser à cette série de romans de Tony Hillerman** qui fit et fera encore mon bonheur.
*Situation souvent utilisée dans les films.
**Polars chez les Navajos…Mais c’est beaucoup plus que de simples romans policiers.

Que voulez-vous, j’aime quand les chefs (lire les dirigeants élus) ne sont pas ceux qui promettent le plus mais ceux qui donnent le plus, pas ceux qui s’enrichissent mais ceux s’appauvrissent en aidant les membres de leur clan (lire population).

John Steinbeck a écrit : Les indiens ont survécu à notre projet assumé de les exterminer, et depuis que les vents ont tourné, ils se sont même mis à supporter les bonnes intentions que nous leur témoignons, ce qui peut être beaucoup plus fatal.

Craig Johnson a encore réussit à m’étonner.

Le billet de Claude Le Nocher est ici.

P.S. : Craig Johnson n’a certainement pas inventé la statistique ci-dessous :
Chaque année, cinquante pour cent des policiers qui prennent une balle l’ont tiré eux-mêmes, dans trente pour cent des autres cas, ce sont des flics qui leur tirent dessus et dix pour cent reçoivent une balle tirée par des gens qui leur ont piqué leur arme.

 À vol d’oiseau, Craig Johnson,Gallmeister, 2016, 355 pages, Policier

Le bémol du Papou : Vic m’a manqué.

****  »Le crime du golf » d’Agatha Christie

 Les chats font preuve d’une patience infinie envers les limites de l’esprit humain.
Cleveland Amory

9782702422588-uk-300Il y a quelques années, j’avais pris la résolution de lire un roman d’Agatha Christie par mois. Résolution  que j’ai tenue pendant presque trois ans pour un total de  trente-trois romans. 

Je n’ai pris aucune nouvelle  résolution mais je vais tenter de lire tous les autres si possible dans l’ordre de leur parution initiale.

Après ‘’La mystérieuse affaire de Styles’’ (1920) et ‘’Mr Brown’’ (1922) le suivant semble être ‘’Le crime du golf’’ paru en 1923.*
*Ces dates sont données sous toutes réserves.

Dès son retour de voyage de France où il a rencontré dans le train une jeune et jolie délurée, Hastings se retrouve,  en compagnie de Poirot, en direction de la Normandie où un homme d’affaires a demandé l’aide de notre détective.

Malheureusement, en dépit de leur célérité, lorsqu’ils arrivent à Marieville, l’auteur de la lettre a déjà été tué d’un coup de couteau dans le dos.

Pour votre information, le golf n’est pas important dans ce roman, sinon qu’on y a mal dissimulé le cadavre dans un bunker en construction derrière la villa de la victime.

Un petit synopsis pour présenter cette histoire : On y retrouve la victime, un homme d’affaire franco-anglo-canado-chilien, son épouse, une femme de tête qui l’adore,  deux barbus parlant espagnol qui ont agressé l’épouse avant de sortir avec le mari et de disparaitre, une lettre d’amour et de menaces d’une certaine Bella, son fils Jack avec lequel il s’est violemment disputé la veille de sa mort, une maitresse éventuelle et sa fille qui est amoureuse de Jack, un vagabond lui aussi poignardé avec la même arme et, étrangement notre jeune délurée du train et sa sœur jumelle.  De plus, on y parle beaucoup d’un autre crime célèbre survenu de nombreuses années plus tôt et dont les acteurs se cacheraient sous de faux noms.

Qui ment, qui cache une partie de la vérité, qui protège qui ?

À mon humble avis, cette affaire est une des plus complexes mettant en scène  Poirot  et accessoirement une des meilleures que j’ai lu jusqu’à maintenant..
Notre Lady y a mis une multitude de fausses pistes, de rebondissements, de solutions à tiroirs à tel point que, pourtant habitué à chercher le meurtrier, je suis arrivé au dernier chapitre avec le sentiment que je n’arrêtais pas de me fourvoyer dans les fausses vraies pistes qu’elle avait semées tout au long de cette enquête.

Silencieux, patient, indépendant, sensible à la flatterie, intelligent, prêt à défendre, toutes griffes dehors, son territoire et ses capacités, Poirot est un chat dont il possède d’ailleurs la moustache*. Il progresse  lentement  vers sa proie, n’hésitant pas à se heurter  au vaniteux inspecteur Giraud de la police français tout  en cachant certaines informations  à son ami Hastings, de plus en plus amoureux de la jeune espiègle et prêt à damner son âme pour elle.
*Je n’ai jamais rencontré de chat à la moustache gominée mais ça doit bien exister.

Qui a tué l’homme d’affaires Renauld ? Finalement plusieurs personnes vont s’en accuser, l’une après l’autre,  mais seul Poirot trouvera le fin mot de cette histoire dans un coup de théâtre dont Lady Agatha est  souvent coutumière.

Un intense plaisir !

Le crime du golf, Agatha Christie,Le masque, 1923, 230 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Il me semble vous avoir déjà dit qu’il n’y aurait jamais de bémol pour cette auteure.

 

***  »Le codex du Sinaï » d’Edward Whittemore

On croit que les rêves, c’est fait pour se réaliser. C’est ça, le problèmes des rêves : C’est que c’est fait pour être rêvé.
                                                                                                 Coluche

bm_2483_107592En lisant la préface, j’ai failli reposer le bouquin.
Je me sens parfois tellement béotien.
On y mentionnait : Élaboration rationnelle poussée jusqu’à l’absurde, délire paranoïaque, séduction du mentir-vrai, et copie plus ou moins conforme de la réalité commune,  histoires incroyables trop logiques pour procéder de l’onirique ou du fantastique qu’il ne faut pas prendre au sérieux mais qui sont tragiquement sérieuses révélant l’absurdité irrémédiable de la condition humaine et (plus loin dans le texte) des faux semblants du monde et de notre insondable propension à la crédulité.  J’oubliais la fin, ‘’le fait littéraire prime sur le mimesis* supposée’’.
*Primo, selon Larousse, mimêsis** serait féminin et s’écrit avec un petit chapeau (^), secundo, mes lectures sur les philosophes grecs sont bien trop antiques pour me souvenir des termes qu’ils ont créés.
**Faut bien essayer de comprendre ce qui nous est inconnu ou oublié!

Bon, me suis-je dit, une préface n’est pas le roman et comme j’y est trouvé aussi ‘’uchronie’’, personnages plus grands que nature aussi fascinants qu’invraisemblables et révélation sismique. Alors, j’ai essayé.

Dès le premier chapitre je me suis aperçu que le préfarceur (oups), je voulais dire le préfacier, n’avait pas menti avec ses personnages plus grand que nature.

Nous faisons connaissance avec un  Duc de Dorset de deux mètres trente, descendant des Plantagenet, au prénom surprenant de Strongbow qu’on pourrait traduire par ‘’arc vigoureux’’, ou après lecture par ‘’nœud vigoureux’’.

C’est le premier fou*, le deuxième est le fils d’un ex généralissime du Saint Empire Romain Germanique du nom de Wallenstein devenu un riche propriétaire terrien albanais, le troisième est d’origine irlandaise et se nomme Joe (Joseph Enda Columbkille Rieran Kevin Brendan) O’Sullivan Beare, un des premiers combattant pour l’Irlande libre.
*Dans le sens de cette citation de Suzanne Curchod :
Les fous et les sots ne connaissent point de moyen terme entre les extrêmes.

Tous les trois vont à des époques différentes vivre, trafiquer et aimer dans le Moyen-Orient et surtout dans Jérusalem.

Ayant encore été accusé de spoilage dans mes dernières chroniques, je ne vous dirai rien des liens qui unissent Strongbow, Wallenstein, Joe, les écrits saints et la situation géopolitique du Moyen-Orient.

Que puis-je dire alors  sans faire des révélations qui me feraient passer sous les fourches   caudines des tontons-macoutes anti-spoil ?

Il y a un homme prénommé… Catherine, un mendiant, hadj Harun, qui raconte sa vie  depuis plus de trois mille ans, un juif arabe ou un arabe juif nommé Ya’qub, Maud une patineuse sur glace américaine et Stern, un militant sioniste

Et puis outre Jerusalem, il y a Smyrne et son massacre, qui me touche personnellement.

Je ne regrette pas d’être passé outre à mes réticences. J’ai aimé.

Je terminerai sur cette énoncé freudien  dont l’humanité  a  fait, depuis toujours, une réalité quotidienne :

«  »Toute expédition militaire n’est que la manifestation détournée d’une maladie sexuelle, l’impuissance. »

Le codex du Sinaï, Edward Whittemore, Robert Laffont, 2005, 312 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Ce roman est un patchwork dans lequel chaque morceau n’est pas forcément relié à son voisin mais à plusieurs autres morceaux plus ou moins éloignés, formant une œuvre complexe et difficile à appréhender. Subtil !

 

***  »La carrière du mal » de Robert Galbraith

Don’t turn your back, don’t show your profile
You’ll never know when it’s your turn to go.
                                                         Blue Öyster Cult

JLI16827059.1470996829.320x320Un tueur sadique rôde dans Londres, éventrant des jeunes femmes et prélevant des morceaux de leurs anatomies.
Pour se  venger de Cormoran Strike, il décide de s’attaquer à Robin sa secrétaire et lui poste  une jambe de sa dernière victime.
Un changement dans l’étiquetage  du colis révèle à Cormoran qu’il est en fait la cible du tueur et il recherche dans son passé quel sadique voudrait l’atteindre.

Outre Whitaker, son ex beau-père, qu’il a toujours accusé d’avoir tué sa mère, il repense à deux anciens soldats qu’il a fait arrêter, Laing pour avoir torturé son épouse, et Brockbank pour ses penchants pédophiles, lequel, en sus, serait  devenu mentalement instable après un  coup de poing de Cormoran.

À la suite du colis sanglant, tout part à vau-l’eau autour de notre détective ; son agence subit les conséquences de cette mauvaise publicité et perd ses clients, les fiançailles de sa secrétaire sont rompues et il envisage de quitter sa petite amie.

Retrouver la trace des suspects va s’avérer  une tâche difficile, surtout qu’il est devenu suspect quand    la police a eu connaissance  d’un échange de courrier entre  la victime et lui-même

Là, je dois vous parler d’une psychose que je ne connaissais pas : l’apotemnophilie*, classée par la psychiatrie comme un trouble identitaire relatif à l’intégrité corporelle (TIRIC).
*En complément :l’acrotomophilie en est une autre, je n’ose même pas vous dire ce que c’est.

En d’autres termes, les personnes atteintes de cette psychose désire être amputé d’un membre sain, ce qui ne doit pas être le cas de leur cerveau*.
*J’ai fait des recherches succinctes. Pour tout vous dire, je ne suis pas intéressé à me séparer d’aucune partie de mon corps.  

Passons !

Notre tueur continue ses meurtres tout en surveillant Robin sans pouvoir passer à l’acte car entre ses retours dans le Yorkshire pour préparer son mariage qui bat de l’aile, ses expéditions en province avec son patron pour retrouver les suspects et l’abandon de son domicile après sa rupture avec son fiancé, elle devient difficile à surveiller surtout que Cormoran lui a demandé de ne pas sortir la nuit tombée.

Robin, c’est Robin, une jeune femme courageuse, entreprenante, en général gaie voire insouciante et pourtant malgré son passé douloureux*, elle n’hésite pas à prendre des risques.
*Je ne dirai rien.

Elle continue une enquête parallèle sans en avertir son boss, est agressée par le tueur qu’elle réussit à faire fuir grâce à une arme anti-viol, et se retrouve à l’hôpital avec une profonde blessure au bras pour finalement se faire virer de l’agence par Cormoran.

La colère de ce dernier est avant tout due à la peur qu’il a ressenti pour Robin, d’autant qu’un détail trouvé sur une photo, lui a permis de connaitre enfin  le meurtrier et l’endroit où il se cache.

PS : Pour ceux qui les aiment, chaque chapitre est précédé en épigraphe d’extraits  des chansons du Blue Öyster Cult, un groupe complètement inconnu du signataire, mais ses connaissances musicales sont quasi inexistantes.

La carrière du mal, Robert Galbraith, Grasset, 2016, 608 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol spoil du Papou : Robin se marrie, un sourire aux lèvres,  devant son patron venu, piteux, à la cérémonie.

Ouf !

 

***  »Du sang sur la Baltique » de Viveca Sten

Pauvre cœur, que d’illusions t’ont bercé, que d’espérances t’ont caressé, pour finir par la haine.
                                                                                                         Henri-Frédéric Amiel

9782253093022-TVous savez déjà  que dans mon billet de ‘’La reine de la Baltique’’, j’avais en fait commencé par celui que je chronique aujourd’hui avant que ma liseuse ne fasse disparaitre le roman  au firmament des incompréhensions électroniques.

Quelques temps plus tard, je le récupérais, grâce à l’Héritière, mais décidais de lui faire la tête*.
*Où va-t-on si les bouquins décident si on peut les lire ou non ?

L’île de Standhamn, près de Stockholm, est un des hauts lieux du nautisme de plaisance et voit chaque année de départ du tour de l’île Gotland organisé par le club nautique royal KSSS dont le vice-président se nomme Oskar Juliander.

À la minute même du coup de feu  du départ de la régate, il est abattu d’une balle en pleine tête à la barre de l’Emerald Gin,  son magnifique voilier Swann  tout neuf.

Nous retrouvons nos deux policiers, Thomas Andreasson et Margit Grankwist de l’unité de police de Nacka qui, au début de cette nouvelle enquête doivent trouver d’où le coup de feu fut tiré et les raisons de ce meurtre.

La personnalité de la victime, un illustre avocat profondément égoïste, spécialisé dans l’administration des faillites et qui trompe allègrement sa femme, multiplie les possibilités de motivations de l’assassin.

L’enquête s’épivarde donc dans diverses directions,  la jalousie d’une maitresse, celle d’un mari, la vengeance d’un client, les relations ambigües avec un groupe mafieux, une  affaire scabreuse de pot-de-vin, sans compter que la victime  était pressenti pour devenir le nouveau président du club nautique.

Alors ? Jalousie, vengeance ou ambition ?

J’avais écrit précédemment que Nora Linde, amie d’enfance de Thomas,  était  un autre personnage important de cette série. Cette fois-ci, elle va aider les policiers dans leurs recherches sur les finances occultes de la victime tout en essayant de vivre avec son enfoiré* de mari, plus intéressé par l’argent que par le bonheur de son épouse.
*Et…je pèse mes mots

Pendant ce temps, Martin Nylèn responsable de la commission financière du KSSS, qui  entretient une liaison cachée, est abattu à son tour avec la même arme.

Cette fois encore la conclusion donnée par Viveca Sten m’a surpris. Je n’étais pas loin du coupable mais pour de mauvaises raisons, un détaillounet nous étant  adroitement et malicieusement caché jusqu’à l’épilogue*.
*On pouvait le supposer mais on pouvait aussi ne pas y penser.

polarmonde
Suède

  »Du sang sur la Baltique’ de Viveca Sten, Le livre de poche, 2015, 432 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les problèmes amoureux de Thomas m’ennuient.

**  »Pietr le letton » de Georges Simenon

Je vis de mon désir de lire

9782253142942-TParmi les romanciers lus et relus dans ma jeunesse, Simenon fut un de mes préférés et responsables, avec Leo Malet, de mon addiction aux polars. Lady Agatha aussi, mais  les comportements anglo-saxons me dépaysait totalement alors qu’avec Simenon et Malet je me promenais dans des endroits familiers, mangeant des sandwichs jambon beurre que je faisais passer à coup de petits ballons de Sancerre.

J’ai compté, sur un site dédié à cet auteur, cent dix sept Maigret et celui dont je vais vous parler* n’y figure pas.
*Retrouvé dans un autre site.

Pietr le letton serait le premier* titre faisant apparaitre Maigret.
*Sous toutes réserves

Nous sommes dans les années 30*, notre commissaire est avisé par diverses polices européennes du voyage d’un escroc très connu. Ce qui prouve qu’à cette époque, les polices européennes travaillaient ensemble et ne perdaient pas, comme de nos jours, leurs suspects.
*Celui qui pense 1830 va au piquet

Le commissaire va surveiller l’arrivée de l’escroc en gare du nord et le trouve mort dans les toilettes d’un wagon.Pourtant il est convaincu d’avoir  vu sortir de la gare un homme correspondant au signalement, qu’il va retrouver plus tard à l’hôtel Majestic.

Si ce roman n’a pas encore la maitrise des œuvres futures de Simenon,  le personnage de Maigret est déjà complet, sa corpulence, sa démarche, ses silences et sa pipe. Seule différence importante, il porte le chapeau melon.
*Il le portera dans plusieurs autres romans de l’époque.

Quand à l’enquête, une histoire banale de jumeaux et d’une association de gangsters, elle m’a paru un peu tirée par les poils décollés de  la moustache de l’escroc.

Notons qu’en 1930, les malfaisants pouvaient voyager sans problème dans toute l’Europe ce que l’espace Shengen leur permet de nouveau.

Pietr le Letton de Georges Simenon, J’ai Lu, 2003, 190 pages, Roman policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Il me semble qu’on retrouve dans des romans ultérieurs le nom  de l’inspecteur assassiné dans celui-ci. Ce doit être son frère…ou son cousin…ou…un oubli.