*** « Un appartement à Paris » de Guillaume Musso

La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle ne disparaît pas avec le temps.
                                                                                                       Gainsbourg
La solitude a deux avantages : d’abord d’être avec soi-même, ensuite de n’être pas avec les autres. 

Schopenhauer

Je sens que je vais me faire éreinter par la multitude, de plus en plus moins nombreuse*, qui me lit car tout en  préparant quelques fleurs pour cet auteur, je lui ai aussi gardé un certain nombre de pots.
*Oui, je sais, c’est pas très bien écrit mais… j’aime.

L’histoire d’abord, Madeline Greene l’ex-policière anglaise, à peine sortie d’une tentative de suicide, déjà rencontrée dans  « L’appel de l’Ange », a loué un logement dans Paris pour se préparer en solitaire à un important changement dans sa vie.

L’alcoolique, misanthrope, pessimiste et coléreux Gaspard Coutances, auteur en vogue  de pièces de théâtre intellos et cyniques ne se met à l’écriture  que dans un isolement complet.

Une erreur informatique va obliger ces deux caractères forts et solitaires  à partager le même appartement, l’ancien atelier d’un peintre décédé quelques mois plus tôt d’une maladie cardiaque dont l’enlèvement et l’assassinat de son fils étaient en grande partie responsable.

Ils  vont entreprendre une enquête pour retrouver les derniers tableaux du peintre et pour comprendre ce qui est arrivé à l’enfant.

Les fleurs, il faut toujours commencer par les fleurs, cela atténue la violence des pots et des propos.

Guillaume Musso possède une jolie plume, beaucoup d’imagination, du style  et une écriture moderne, parfois un peu trop, ainsi, l’utilisation d’anglicismes sans raison, même si elle est une image du snobisme franchouillard qui  perdure dans l’hexagone depuis trop longtemps n’a pas raison d’être et a choqué, choque et choquera toujours les lecteurs lambda Québecois*.
*confirmation m’a été donnée lors d’un club de lecture.

Ceci dit, voyons maintenant les aléas qui m’ont tarabusté et parfois énervé. 

L’Idée de départ et la conclusion d’« Un appartement à Paris » sont identiques à celle de « L’appel de l’Ange » déjà mentionné plus haut. Deux vies qui se croisent accidentellement et sont obligés de coexister.

L’autre élément gênant fut le dénigrement minable et odieux sur Paris* où, écrit-il,  on constaterait que de nombreux touristes sont atteints de troubles psychiatriques causés par le décalage entre leur vision sublimée de la ville lumière et la « vilaine » réalité.
*Ma ville de naissance. Plus de 3 millions de visiteurs annuellement et… combien de malades

L’auteur s’est aussi payé la traite avec ses virulentes critiques, que je partage,  sur le fonctionnement des aéroports avec  leurs longs temps d’attente, leurs itinéraires interminables, leur manque de personnel et d’informations et sur  le monde des agents d’artistes, que je ne connais pas, dont le seul but serait d’augmenter leurs revenus au détriment de la qualité des œuvres. 

Ceci dit, les qualités des romans de l’auteur dépassent largement les contrariétés et quand vous en ouvrez un, vous êtes, en général, embarqué jusqu’à la dernière page.

Ce fut encore le cas cette fois-ci.

PS: À mon humble avis, Central Park reste le meilleur roman de l’auteur

Un appartement à Paris, Guillaume Musso, 2017, 459 pages, Roman policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Écrire facilement ne devrait pas se traduire par écrire dans la facilité.

 

 

 

 

 

** « Un fond de vérité » de Zygmunt Miloszewski

On ne sait sur soi-même que ce qu’on a affronté
                                                                                        Wislawa Szymborska *

*Poétesse polonaise disparue en 2012

Après s’être séparé  de sa femme, le célèbre procureur de Varsovie, Théodore Szacki, 40 ans,   a obtenu sa nomination à Sandomierz, petite ville du sud de la Pologne.

Nous sommes en 2009. La découverte d’une femme égorgée va bouleverser la tranquillité de la petite ville.  l’arme du crime est un chalef, couteau juif destiné au sacrifice rituel des animaux, ce qui pourrait réveiller de vieilles rancunes antisémites.

Le pragmatique mais pas toujours sympathique   Théodore, aidé de la procureur  Barbara Sobieraj  et du vieux policier Leon Wilczur, refuse d’accepter toutes allégations  sectaires et envisage autant une vengeance causée par les exactions de la guerre qu’une provocation antisémite.

Le mari de la première victime, Greg Budnik, un conseiller municipal est retrouvé à son tour massacré et quasiment méconnaissable.

Dans l’église, cachée sous une tenture, notre procureur découvre un tableau* de Charles de Prévôt, représentant le vieux mythe antisémite de juifs enlevant et tuant les enfants pour confectionner leur pain azyme, sur lequel des lettres hébraïques ont été ajouté.
*Pour plus d’informations :  http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Monde/L-Eglise-polonaise-devoile-un-tableau-mettant-en-cause-des-juifs-avec-le-soutient-de-la-communaute-juive-2014-01-17-1091975

Un homme d’affaires du nom de Jurek Sziller, accessoirement  amant de la première victime et   suspect principal, disparaît à son tour. Son corps est retrouvé dans les souterrains de la ville dévoré par des molosses enragés.

La vengeance semble bien être la cause de ces meurtres. Les familles des trois victimes ont participé, soixante dix ans plus tôt à la dénonciation pour espionnage d’un médecin juif ou au refus d’aider l’accouchement de son épouse  entrainant  ainsi sa mort,  celle du bébé et le suicide du docteur.

Szacki demande à un recherchiste de retrouver les informations sur ce drame ainsi que le fils du médecin alors âgé d’une huitaine d’années.

Quelle n’est pas la surprise du procureur quand il apprend  que cette personne participe à l’enquête pourtant, c’est la disparition d’un vagabond qui va lui donner la surprenante solution de ces meurtres.

Zygmunt Miloszewski brocarde la société polonaise en général, la recherche du sensationnalisme à tout prix des journalistes  et l’hypocrisie des politiciens*.
*« Politicien de province mais politicien quad même ce qui faisait de lui un menteur professionnel et un baratineur. »

Soyons honnêtes,  la Pologne est loin d’être  une exception.

Les avis de Zazy,  de Claude Le Nocher,  et d’Alex,  

Polars du Monde

Un fond de vérité, Zygmunt Miloszewski, Mirobole, 2015, Roman policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Énervant le vocable argotique  binouze, utilisé à deux reprises par le traducteur à la place du mot bière. Je connaissais déjà bibine, mousse ou gueuse, il semble bien que mon vocabulaire a des lacunes.

**** « Les reflets d’argent » de Susan Fletcher

De la vie nous ne connaissons que l’écume.

Par contrainte géographique, les îliens  vivent repliés sur eux-mêmes, « C’est difficile de garder un secret, ici. Quand il se passe quelque chose, l’île le sent. Si un chat tue un oiseau dans la matinée, des plumes auront volé dans chaque maison à la nuit tombée ».  Leur vie est marquée par la constance invariable et monotone de leurs routines quotidiennes,  et par les légendes que l’on raconte le soir à la veillée*.
*les veillées disparues, les légendes disparaîtront à leur tour.

L’île de Parla n’échappe pas à cette conjoncture et de nombreux contes agrémentent la vie monotone  de ses habitants, pêcheurs ou éleveurs de moutons : ceux des géants qui créèrent  les  quatre aiguilles qui embellissent l’île, de la baleine qui répond à la corne de brune, du fanal solitaire qui danse à l’horizon le soir de Noël, des fous de Bassan qui distribuent leurs poissons aux honnêtes gens, sans oublier celui de l’homme poisson qui apporte sérénité et espoir lorsqu’il troque sa nageoire scintillante pour une paire de jambes, mais ce n’est plus tout à fait une légende car, dans sa jeunesse, Jim Coyle l’a aperçu nageant le long de la grève.

Si Jim Coyle l’a vu, Sam Lovegrove, lui,  l’a trouvé nu et  évanoui sur la plage, et cette homme-poisson va bouleverser la vie des habitants par sa ressemblance avec Tom Bundy qui s’est noyé quatre ans plus tôt en sauvant des adolescents.

Maggie, la veuve inconsolable de Tom, qui glane les débris déposés par les marées et  pêche le homard sur son bateau, nous  raconte les événements que cet homme amnésique va provoquer par sa simple présence et sa renommée légendaire.

Avec une écriture poétique et sensible qui nous parle de désespoir et d’espoir, d’affections et d’afflictions et surtout d’amours, voici un roman dont la construction complexe, parcellaire et répétitive nous ballotte au rythme régulier des marées et nous bousculent dans un inquiétant  vent du nord et, dont tous les morceaux se mettent finalement en place au grand plaisir du lecteur.

Après le coup de cœur d’ « un bûcher sous la neige » et les quatre * d’ « Avis de tempête » , je suis encore tombé sous le charme  de l’écriture de Susan Fletcher.

« Les noms ne comptent pas, comme presque toujours dans les légendes que je connais. Ce qui compte ce sont les gens ».

Les avis de Clara, Hélène,   Yue Yin,  Cathulu, et de  Papillon

Les reflets d’argent, J’ai lu, 2015, 508 pages, roman.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une fin bien trop prévisible pour un nouveau coup de cœur mais on n’en  était pas loin.

*** « Drame en trois actes » d’Agatha Christie

Au festin de la lecture, on ne mange pas tous les livres avec le même appétit, au même rythme : avec celui-ci on pignoche et celui-là on l’engloutit.
                                                                                                                Bernard Pïvot

Je l’ai déjà écrit. Quand l’envie de lire se fait moins pressante ou que je ne trouve rien d’intéressant parmi  les trois mille titres*  qui attendent patiemment d’être choisis, je me réfugie auprès de mes auteur(e)es préféré(e)s.
*minimum

Agatha Christie en fait partie et  demeure un(e) des seul(e)s auteur(e)s que je relis avec plaisir alors que j’ai une démone* horreur des relectures.
* L’expression sainte horreur est plus courante. Le diable  en rit, quelle diablerie !

Résumons  ce « Drame en trois actes », une enquête impliquant Hercule Poirot :

Il y a un premier décès, celui d’un pasteur sans histoires, qui passe pour accidentel, puis  celui d’un médecin  qui dirige une clinique, suivi  d’une de ses pensionnaires. Les deux derniers sont des assassinats qui amènent des enquêteurs amateurs à reconsidérer le premier et à se rendre compte que les trois victimes ont été empoisonnées avec de la nicotine.

Mais qui sont ces policiers amateurs ? Sir Charles Cartwright, un immense acteur  qui vient de prendre sa retraite théâtrale, son admiratrice et un tant soit peu amoureuse Miss Hermione Lytton Gore surnommée Egg*, et enfin M. Satterthwaite un gentleman, ami de l’acteur, intéressé surtout par l’étude de la nature humaine.
* Œuf  ?

« Et Poirot » ? me direz-vous, Point ne m’en dédis.
Notre détective que l’on ne peut, lui, qualifié d’amateur, après une courte présence lors  du premier trépas,  réapparaît dans les derniers chapitres pour éclaircir les ténébreuses et tortueuses motivations du meurtrier ou  de la meurtrière* et élucider ce triple meurtre.

*Spoilage évité…ouf !

Pourquoi, moi qui n’aime pas relire je me délecte avec Lady Agatha, tout en  connaissant, par avance,  le meurtrier et ses raisons ?

Tout simplement, parce que je n’ai plus à me poser de questions sur qui, comment  et pourquoi. Mon attention peut alors se fixer sur tous les indices qu’elle nous distille tout au long du roman.

Un vrai plaisir !

Drame en trois actes, Agatha Christie, Le livre de Poche, 1935, 224 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : jamais de bémol pour Lady Agatha.

 

*** « Les sœurs Gwenan » Hervé Jaouen

Mieux vaut éviter les médecins car ils vous découvrent des maladies que vous n’aviez pas  avant qu’ils ne vous mettent le cœur et les poumons sur écoute.

J’aime les romans à intrigues et ceux qui m’emmènent dans des  lieux lointains et inconnus. Pour moi, combiner les deux serait proche du bonheur littéraire. Ce bonheur,  je l’ai trouvé, et pourtant, cette saga familiale bretonne ne réunit ni enquêtes, ni aventures exotiques.

Je dois admettre que ne connaissant ni la Bretagne, ni les métiers de la mer, je viens de rencontrer  des gens, des mœurs et des lieux inconnus ce qui est, convenons-en,  proche de la définition de l’exotisme.

Orphelin, Joseph Gwenan a été recueilli par Tad et Mamm Bonizec et élevé, lui l’enfant des terres, avec les contes et légendes des hommes de la mer.

Comme son père adoptif et comme beaucoup de bretons*, Jos s’engage dans la royale** et fait le tour du monde avant de revenir s’occuper de Guillemette et des quatre filles qu’elle lui a donné et qui resteront toujours fascinées par les exploits de leur père qui a combattu aux Dardanelles.
**marine nationale. 

*Yaouank c’hoazh me oa kuitaet va brogozh Breizh-Izel,
Evit mont da c’hounez ma boued ebarzh ar broioù pell.
Da Saigon en Indochin digentan e oan bet,
Goude oan deuet d’Afrik da vro an Arabe.
                                                       Chanson de Jos ar Saoz

Jeune encore, j’ai quitté mon vieux pays de Basse-Bretagne,
Pour gagner mon pain dans les lointaines contrées.
D’abord j’ai été à Saïgon, en Indochine,
Et ensuite je suis allé en Afrique, au pays des arabes.

Les filles Gwenan n’oublieront jamais leur origine maritime. Elles épouseront des marins et aduleront leur père, surtout Joséphine, l’aînée.

Si on exclut les guerres, ces péripéties obligatoires que l’on subit par obligations mais qui deviennent des souvenirs dont les survivants font   des récits légendaires, il ne se passe rien d’extraordinaires dans la vie des Gwenan.
*Seulement les survivants.

Roman social sur les habitants de la Bretagne entre 1890, année de naissance de Jos et les années 2000, qui aborde les sentiments,  la vie simple de la grande majorité des êtres humains, l’amour, le mariage, les naissances, le travail, la vieillesse et la mort.

Je ne connaissais pas l’auteur prolifique qu’est Hervé Jaouen. J’en lirai certainement d’autres.

Les sœurs Gwenan, Hervé Jaouen, Pocket, 2012, 416 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Un voyage en Bretagne à prévoir.

*** « Les rats de Montsouris » de Léo Malet

Série : « Les nouveaux mystères de Paris »  – Le XIVe arrondissement

Celui qui désire se venger ne fait qu’entretenir sa douleur par crainte qu’elle s’apaise.
Naoual Younsi

Lorsque Nestor Burma se rend au mystérieux rendez-vous  de Ferrand, un ancien compagnon de captivité et petit truand de surcroit, il ne sait pas qu’il va se retrouver mêler à une chasse au trésor constitué  de perles volées lors d’un braquage où deux gardiens avaient été tués par un gangster, Raoul Castelleno, condamné à la peine de mort pour ce crime.

Ferrand,  tout en jurant qu’il s’agit d’une affaire honnête, souhaite l’aide de Nestor sans rien lui révéler,  promettant de tout dévoiler lors d’un nouveau rendez-vous.

Malheureusement, rendu muet par un « sourire Kabyle* », il n’est plus en mesure   de tenir sa promesse.
*Égorgement au rasoir.

Quelle n’est pas la surprise de notre détective d’apprendre par l’ancien Juge Gaudebert qu’il était victime d’un chantage par l’égorgé.

Nestor continue à fouiner pour comprendre les raisons de l’assassinat de Ferrand. Il suspecte une jeune femme qui a fui, en petite tenue,  l’immeuble de la victime ainsi que les Rats de Montsouris, une bande de cambrioleurs qui aurait pu vouloir se débarrasser d’un de leur membre. L’enquête se complique avec l’assassinat de la fuyarde,  s’éclaircit ensuite  par la découverte que la femme du juge Gaudebert est la fille de Raoul Castellenot, pour se  compliquer de nouveau, en apprenant que le truand ne fut jamais guillotiné et survit dans un hôpital psychiatrique.

Nestor comprend que les perles volées et jamais retrouvées étaient le secret de Ferrand qui souhaitait toucher la prime de la compagnie d’Assurance pour leur découverte.

Une petite ballade dans le XIVe que je connais mieux que le XIIIe, (brouillard au pont de Tolbiac), l’Héritière pourrait vous le confirmer, autour de parc et du réservoir de Montsouris*, réservoir  qui fournit le cinquième de l’eau consommée par les parisiens avec ses 202 000 m3 de capacité.
*L’un des cinq réservoirs de Paris

Les rats de Montsouris, Léo Malet, 10-18,1955, 146 pages, Roman policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Pour le jeune lecteur, les enquêtes de Nestor Burma peuvent paraitre dépassées. Il faut les considérer comme des romans historiques et sociologiques d’une époque pas si lointaine. Soixante ans ce n’est rien dans la vie de l’humanité mais beaucoup dans celle d’une société en pleine évolution.

 

*** Le cas Malaussène, tome 1 : « Ils m’ont menti » de Daniel Pennac

Les générations sont à l’homme vieillissant ce que les vagues sont aux falaises : usantes.

Après  dix-huit (longues) années d’absence. la tribu Malaussène est de retour..
Les premiers tomes de cette série policière déjantée racontaient  l’histoire (entre une multitude d’autres) de Benjamin, l’ainé de cette tribu bordélique, et de ses six frères et sœurs, tous nés  de pères inconnus et différents, abandonnés par la Mère dès que l’indifférence remplace la passion.

Sont arrivés, dans l’ordre et provoquant un joyeux désordre, Louna, Thèrèse qui prédisait l’avenir, Clara, qui adore photographier l’horreur quotidienne, Jeremy, qui baptise tous les nouveau-nés, Le Petit* et enfin Verdun**, qui, comme son nom ne l’indique pas, était (et est toujours)  de sexe féminin.
* « Aux bonheurs des ogres »
** « La fée Carabine »
J’allais oublier Julius le chien épileptique et nauséabond

Benjamin, bouc émissaire professionnel, s’est occupé de toute cette marmaille pendant les escapades amoureuses et prolifiques de la Mère.

Puis est survenue la génération  suivante, Louna a donné naissance à des jumelles et s’est éloignée de la famille, Benjamin a eu un fils, Monsieur Malaussène, abrégé en Mosma, qui peut se vanter d’avoir deux mères*, puis est arrivée Maracuja, dit Mara, la fille de Thérèse** et de deux géniteurs et enfin C’Est-Un-Ange abrégé en  Sept le fils de Clara***.
*  « Monsieur Malausène »
**  « Aux fruits de la passion »
*** « La petite marchande de prose »

Presque vingt ans plus tard, Benjamin, toujours bouc émissaire est devenu aussi l’homme à tout faire pour la maison d’édition qui avait fait paraitre ses livres. La petite Verdun, restée petite,  est devenue le sévère juge Talvern, juge par amour de la justice et Talvern par amour pour Ludovic son géant boulanger et breton.

Quant à Julius, troisième du nom, il a été  choisi parmi les descendants du premier pour sa principale qualité qui est de ressembler à son ancêtre  dans sa placidité et ses odeurs.

Deux histoires parallèles s’entrelacent dans ce nouveau tome.

Pendant qu’Alceste, le nouvel écrivain en vogue, vitupère dans ses œuvres sur ses parents et sur leurs dix enfants, tous adoptés,  Georges Lapieta*, ancien ministre de la République est enlevé alors qu’il allait toucher un parachute doré de 22 807 204 euros pour avoir fait fermer des filiales du groupe Lava en mettant  8300 employés au chômage.
* C’est le genre de type à se rouler dans la confidence comme un chien de ferme dans la fosse à purin.

Le divisionnaire  Joseph Silvistri et le capitaine Adrien Titus sont chargés de l’enquête.

J’aime Daniel Pennac qui n’hésite pas à faire un constat vitriolé d’une société gangrenée par l’argent et  la politicaillerie en utilisant des termes comme latifundisme ce qui m’oblige  à ouvrir un dictionnaire*.
*C’est même pas  vrai… maintenant je cherche dans l’ordi

 « Connaissez-vous un seul adulte, surtout parmi nos politiques, capable de témoigner aujourd’hui d’un tel degré de conscience sociale. »
Affirme Benjamin quand il apprend que les ravisseurs de Lapieta veulent obtenir et redonner aux bonnes œuvres le montant du parachute doré de l’affairiste, au centime prêt.

Sans oublier cette phrase d’un ministre:
« Le thème de tous pourris faisant le jeu des extrêmes, nous ne pouvons risquer une démoralisation aussi massive de notre électorat.*
*J’ai cru entendre le journal télévisé sur les prochaines élections présidentielles… mais non… elle était éteinte.

La saga Malaussène, c’est touffu, exubérant, voire excessif et  ce nouvel opus ne la dénature en rien. Toutefois les deux ou trois qui ne la connaissent pas encore devraient commencer par le premier tome « Au bonheur des ogres ». Sinon, ils se perdront dans la jungle labyrinthique et imaginaire de l’auteur.

Croyez-moi, le voyage en vaut la peine.

Ils m’ont menti, Daniel Pennac, Gallimard, 2017, 284 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Terminé le roman sur un « à suivre » est ignoble et peut énervé le lecteur qui va vivre dans les transes en attendant la suite.

**** « La fille dans le brouillard » de Donato Carrisi

Maintenant, on sait en temps réel ce qui se passe à l’autre bout du monde mais on ne sait plus ce qui se passe en bas de chez nous.

« À Avechot, il y avait deux valeurs importantes : la foi et l’argent. » Dans ce village perdu des Alpes, la religion a pris une allure sectaire et  la découverte d’un filon de fluorite a soudainement enrichi  certains habitants.
Anna Lou  une jeune fille  très contrôlée par une mère ultra religieuse, disparait. Fugue ou enlèvement ?

La technique du vaniteux et égocentrique  commissaire Vogel  consiste à  trouver un suspect et à le faire craquer en utilisant  les médias. Ce qui lui a valu, dans le passé,  une glorieuse réputation jusqu’au  fiasco de sa dernière enquête.
« Se débarrasser du passé n’était qu’une façon de ne pas admettre ses propres échecs. Et le futur qu’ils accueillaient tous avec tant de joie ne serait, d’ici douze mois, qu’une année inutile à oublier. »

C’est le professeur Martini, nouvellement arrivé  avec sa femme et sa fille, qui se retrouve dans le collimateur de l’enquêteur, bien décidé à regagner sa célébrité perdue et retrouver sa binette en première page des grands quotidiens.
La voiture du professeur s’est retrouvée  à plusieurs reprises sur des photos de la disparue prises par un camarade amoureux.

Pourtant trente ans plus tôt, plusieurs jeunes filles rousses, comme Anna Lou, avaient disparues et n’avaient jamais été retrouvées. En dépit du fait que  l’âge du professeur ne peut le relier à celui que les journaux avaient surnommé « l’homme du brouillard », Vogel continue d’enquêter sur lui.

Le commissaire pense que la procureure Rebecca Mayer, qui veut que l’enquête reste dans le cadre de la loi, est : « une petite pute pédante et idéaliste.  il faut  seulement flatter son ego, lui faire ressentir la chaleur des projecteurs. Personne ne pouvait y renoncer, même au risque de s’y brûler.

Martini est arrêté.

Avant d’être un roman policier de bonne facture, « la fille dans le brouillard » est surtout une violente critique  sur  les magouilles  entre policiers peu scrupuleux, journalistes fouille-merde*, avocats véreux avec une population prête à dire n’importe quoi pour apparaitre dans les actualités médiatiques.
*De nos jours, journaliste fouille-merde est devenu un pléonasme.

En 2011, Donato Carisi faisait une apparition fulgurante et élogieuse dans la blogosphère avec « Le chuchoteur » , son premier roman auquel je n’avais attribué que 2 *, comme au suivant intitulé « Le tribunal des âmes ».

Depuis, J’avais  mis de côté  cet auteur qui faisait pleuvoir des cadavres dans un orage d’hémoglobine.

Faisait à l’imparfait car, dans « la fille dans le brouillard » pas de sang, ni même de …cadavre mais, une ambiance délétère qui vous prend aux tripes avec une double envie contradictoire d’arrêter de lire et de connaitre la suite.

Un excellent thriller qui se termine, non pas sur un, mais sur trois coups de théâtre qui devraient surprendre et fasciner le lecteur.

La fille dans le brouillard, Donato Carrisi, Calmann-Lévy, 2016, 313 pages, Thriller.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :Quatre étoiles et pourtant les films et les livres dont des innocents sont les victimes me mettent mal-à-l’aise.

**** « La fille automate » de Paolo Bacigalupi

Mais il n’y a plus d’oranges à présent, aucune de ces choses jaunes…les citrons. Aucune. Tant de choses ont simplement disparues.

Après un lent début pour  présenter les principaux personnages, l’intrigue de ce roman, classé post-apocalyptique, s’accélère et nous entraine essoufflé vers une fin surprenante.
Post-apocalyptique ? Que nenni ! Nous sommes plutôt en pleine apocalypse mondiale. Dans la bible, les dix plaies ne concernaient que l’Égypte. Dans ‘La fille automate »  notre planète entière agonise.

Mais, me direz-vous, ce roman est de la science-fiction !
En est-ce vraiment  ? Quels en sont les postulats  ?

*La disparition des combustibles fossiles entrainant celle de l’électricité.
*c’est pour bientôt.
L’engloutissement par les eaux océaniques de larges régions terrestres et de certaines métropoles comme New-York, Mumbaï, Rangoon ou La Nouvelle-Orléans.
*c’est pour demain.
*Des épidémies virales mortelles causées ou non par des manipulations génétiques.
*Cela existe déjà : Chikungunya, Zika, H1N1 etc…

*La prise de contrôle par d’énormes  trusts  de la production alimentaire en fournissant des semences stériles.
*Déjà en cours pour les semences.
Et pour finir la « naissance » des robots humanoïdes…annoncée par les actualités pour demain.

Ne parlons pas de science-fiction mais plutôt d’une réalité que l’imagination de l’auteur a poussé au paroxysme.

L’action se passe à Bangkok qui, protégée par des digues et  des pompes alimentées au charbon, n’a pas été submergée. La Thaïlande a résisté, grâce à sa banque de semence, à l’inféodation aux Consortiums Caloriques..

La réapparition sur les étals d’un fruit, disparu depuis longtemps,  provoque l’enquête d’Anderson Lake, une taupe des  sociétés américaines, dont les seuls soucis sont de protéger leur hégémonie et leurs intérêts.

La ville est contrôlée par deux ministères rivaux. L’Environnement qui pourchasse toutes les importations interdites et se heurte,  de ce fait,  régulièrement  aux agissements du ministère du Commerce. Cette enquête va entrainer certains personnages à agir suivant les forces ou les faiblesses qui sont, depuis toujours,  les moteurs de l’humanité; l’appât du gain, la soif de pouvoir, l’idéalisme, la peur, l’instinct de survie, la vengeance…

Je ne vous ai pas encore parlé d’Emiko, cette fille automate qui donne le titre au roman.  Abandonnée par son propriétaire nippon dans une cité où les robots humanoïdes  sont interdits, elle se prostitue pour survivre. Elle est, peut-être, la plus humaine par ses défectuosités, sa passivité et… ses rêves d’un monde meilleur et va devenir le déclencheur d’une révolution qui pourrait abandonner  la Thaïlande aux intérêts des trusts américains.

PS : Après cinq ou six moutures, je ne suis toujours pas satisfait de ma chronique sur ce  roman si dense, . J’abandonne !
Yue Yin en parle beaucoup  mieux dans son billet.

La fille automate, Paolo Bacigalupi, Au diable vauvert, 2012, 595 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Gênant ce monde que nos enfants ou petits-enfants pourraient connaitre.

*** « Coup bas à Hyderabad » de Sarah Dars

De l’amour naissent les plus fortes haines.
                                                                                                                           Properce

Il n’y a pas de haine aussi terrible que celle dont l’origine est de l’amour gâté.
                                                                                                                  Alphonse Karr

J’ai rencontré Doc par accident.
À Madras, Doc est un médecin de caste brahmane qui utilise autant la médecine moderne que l’ayurveda *.  Adepte du kalarippayatt**, fervent de musique traditionnelle, citant régulièrement des sentences du Panchatantra***, il est aimable, généreux et intéressé par tout ce qui se passe autour de lui, ce qui l’amène à se mêler d’enquêtes, que la police n’arrive pas à résoudre pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
*Médecine traditionnelle de l’Inde
**Art martial de l’Inde
***Recueil de contes moralisateurs écrit au 3è siècle avant notre ère.

L’accident mentionné plus haut s’intitulait « Nuit blanche à Madras ».
Il avait été causé par mon désir de mieux connaitre son auteure, après la lecture de « Des myrtilles dans la yourte »*, une enquête en Mongolie qui n’a rien  à voir avec la série des Doc.

J’avais demandé au bonhomme rouge du Pôle Nord de me trouver un autre tome de cette série. Dans sa grande mansuétude, c’est un recueil de huit enquêtes qu’il m’a envoyé en utilisant comme commissionnaire mon Héritière préférée.

Dans son enfance, Doc venait passer des vacances à Hyderabad chez sa grand-mère. Il y retourne cette fois  pour régler un héritage, accompagné de  son ami Anjun qui doit assister à une conférence.

Il rend visite à quelques amis dont le riche financier Nassim Barani , chez qui, plusieurs  années auparavant, il a sauvé le fils, Karim.

Pendant ce séjour plusieurs meurtres surviennent dont un marchand, un prêtre et un cheik saoudien. Tous pourraient avoir été causés par la mafia, pourtant  si les deux premiers empestent les exactions de la bande de criminels qui rackettent  la ville avec  le consentement de politiciens et de policiers véreux, celui du cheik gène le doc.

Une demi-gourmette de Karim, joueur impénitent qui devait énormément d’argent au cheik, a été retrouvée près de la victime.  Barani demande au Doc d’enquêter pour innocenter son fils.

Si ce n’est un léger bémol que vous trouverez, comme d’habitude,  à la fin de ce texte j’ai beaucoup apprécié de replonger dans la vie et les coutumes indiennes, que je connais fort peu. La grande connaissance  qu’en a l’auteure alliée à son style simple  et coloré m’ont de nouveau enchanté et comme le recueil comporte six autres enquêtes, 2017 sera l’année de Doc.

Coup bas à Hyderabad, Les éditions phulippe Picquier, 2011, 118 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La prolifération de termes indiens ralentit ma lecture car, à chaque fois, je dois aller vérifier le lexique en fin d’ouvrage  pour savoir ce que c’est.
Énervant !