*** « L’amie prodigieuse » Elena Ferrante

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre.
                                                                                                              Charles Aznavour

Voilà ! C’est fait !
J’ai lu la première  partie de cette série qui a enchanté la blogosphère. En général, je me méfie de ces engouements;  Peur d’être déçu certainement mais encore plus  peur de me sentir  exclu.

Mon  club l’avait choisi  comme lecture commune pour septembre et comme septembre s’annonce… je me suis donc lancer, un peu à reculons, je l’avoue.

Et…
Je ne suis pas déçu, mais je n’ai pas ressenti cet enthousiasme  dithyrambique qui m’avait  fait peur.

À  la fin des années cinquante, deux petites filles, vivant dans un quartier défavorisé de Naples, deviennent amies. Une cinquantaine d’années plus tard, Lenu, l’une d’entre elles, raconte leur histoire depuis leur rencontre, en première année d’école, jusqu’au moment où, à peine sorties de l’adolescence, leurs vies va complètement  changer.

Lila est la rebelle, vive, intelligente  et Lenu, l’imitatrice, le disciple, la bûcheuse appliquée. Leur institutrice   va être l’origine inconsciente  de leur transformation en obtenant difficilement l’accord des parents de Lenu pour qu’elle  poursuive ses études.

Leurs vies se déroulent  jusqu’à la fin de l’adolescence avec ces peurs, ces bêtises infantiles, ces petites aventures quotidiennes, ces relations parentales souvent difficiles, (nous sommes au milieu du XXe siècle), ces premiers émois sexuels et ces us et coutumes relationnels où celui qui possède quelques biens dominent les autres.

Sortir de la misère ne peut s’obtenir qu’en quittant son quartier, en abandonnant ses amours de jeunesse et ses amis. Mais, si vous pouvez oublier  le lieu de votre enfance, celui-ci ne vous oublie jamais.

J’ai bien aimé le contexte social  de ce Naples qui, loin des clichés  et des images touristiques nous offre la misère ordinaire de ses habitants sans instruction qui parlent leur dialecte et sont  imprégnés de ce sentiment inéluctable que, quoiqu’ils fassent, rien ne changera.

Avec les émotions de Lenu, j’ai retrouvé une grande partie de ma jeunesse (dans un milieu ouvrier pas aussi misérable) qui s’est déroulée durant la même période, avec ces doutes, ces hésitations, cette oscillation  permanente entre les études et les copains*, cette sensation d’être toujours différent sans le vouloir et ce désir inconscient de rester toujours le même.
*voir le bémol du Papou

Cet ouvrage, que je suppose  être en grande partie autobiographique,  pourrait être raconté par de nombreux enfants nés pendant ou à la fin de la guerre avec le décor comme seule différence. L’excellente écriture d’Elena Ferrante brosse un tableau très vivant de Naples et des napolitains, tableau qui m’a  captivé plus que l’histoire somme toute banale.

Pour les nombreux avis  cliquer sur le nom de leurs auteures : Violette,  Papillon, Clara,  Sylire, Noukette,  Lucine, Les 2 bouquineuses, Titine, Karine, etc…désolé pour celles que j’ai oubliées

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante, Gallimard, 2014,
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol (émotionnel) du Papou :  La prime enfance est ce qui nous marque le plus. Ils sont toujours  restés dans ma mémoire, Blanchebarbe, Nez-de-bœuf, Moustique, Cahier, Jean-Mi, Jimmy et les autres. Par contre, j’ai pratiquement oublié la plupart de ceux qui sont venus après.

 

 

 

Encornet en cocotte

Les encornets ne font pas partie des aliments  courants.
Seulement, de temps en temps, j’aime bien ça, qu’on les nomme Encornets, calamars, supions ou chipirons.

Ici on les trouve surtout dans les restaurants chinois en beignets ou, pour les tout petits, juste cuits à la vapeur.
Cette  recette facile permet d’apprécier ce céphalopode pas très beau qui ressemble à une seiche.

Préparer les encornets est compliqué*, demander à votre poissonnier de les parer pour vous.
*Surtout les tentacules

Ingrédients pour 2 personnes:

500 gr de calamars pas trop gros*
1 oignon jaune
1 gousse d’ail
25 cl de vin blanc sec
4 tomates ou 1 boite de tomates concassées
5 cl d’alcool**
1 piment (facultatif)
Huile d’olive
Sel & Poivre

*Éviter ceux qui font 13 mètre de long, ils sont difficiles à cuisiner et j’ajouterai heureusement introuvables sur les étals de notre poissonnier.
** Choisir votre poison préféré, je trouve que le Calvados ou le Rhum ambré donne un parfum qui se marrie bien avec ce plat. L’Armagnac, le Cognac ou même le Whisky etc…devraient apporter leur saveur  particulière.

Préparation :

-Éplucher et hacher l’oignon et l’ail.
-Couper les calamars en fines rondelles .
-Mettre 2 ou 3 cuillerées  d’huile d’olive dans une cocotte et faire rissoler les calamars 2 minutes en remuant. Verser les dans une passoire et réserver.
-Dans la même cocotte, faire fondre les oignons, sans les faire roussir, puis ajouter l’ail vers la fin.
-Remettre les calamars, ajouter l’alcool  et flamber.
-Ajouter les tomates en dés ou la boite de tomates concassées et  le piment pour ceux qui aiment  bien épicé.
-Mouiller avec le vin blanc, saler et poivrer.
-Fermer la cocotte et faire cuire à feu doux  pendant 1 heure.

C’est tout.

Servir sur du riz blanc ou des pâtes style tagliatelle.
Bon appétit !

 

Haricots verts à la tomate

La section « à table » de ce blog, abandonnée depuis plusieurs années, va renaître provisoirement…on verra plus tard.

Je commence par un plat qui m’a fait manger des haricots verts dans mon enfance alors que ces légumes étaient… « beurk »,

Et puis, c’est un plat qui se décline en de nombreuses variantes.

Ingrédients pour 4 personnes :
750 gr à 1 kg de haricots verts.

500 gr à 750 gr de tomates.
1 (ou plus) oignon jaune.
1 (ou plus) gousse d’ail.
Huile d’olive.
Sel & poivre.

– Équeuter les haricots. La mode est de le faire d’un seul côté. Je renie cette pratique qui, à mon humble avis,  a plus à voir avec la paresse ou le manque de temps qu’à une amélioration gustative.
– Éplucher et hacher l’oignon et l’ail.
– Laver et couper les tomates en dés.
– Verser l’huile d’olive dans une marmite ou un faitout.  faire revenir l’oignon 2 minutes sans le caraméliser.
– Ajouter les tomates à feu vif pour 2 minutes.
– Ajouter les haricots verts et l’ail. Brasser.
– Saler & poivrer. Brasser de nouveau.
– Mettre à feu doux entre 15 et 20 minutes ou jusqu’à ce que les haricots soient tendres mais encore légèrement croquants

Servir chaud.

déclinaisons  possibles:
– Des épices :
1 c/soupe de coriandre et, ou
1 c/café de cumin en poudre et, ou
1 petit piment oiseau (fort) pour ceux qui aiment ça

– Des fines herbes :
De l’origan au goût et, ou
1 feuille de laurier et, ou
Du thym et, ou

Du persil haché

– Autres :
1 petite boite d’anchois ou,
70 gr de lard fumé ou ½ chorizo ou,
4 tranches de jambon de Bayonne ou équivalent.

N’oubliez pas que les quantités sont données à titre indicatif et  que vous pouvez,quantifier l’oignon et l’ail à votre goût. 

Bonne appétit !

 

*** « Shibumi » de Trevanian

Le sage atteint l’équilibre en réduisant ses besoins au niveau de ses possessions.

J’ai beaucoup aimé « Le flic de Montréal »  de Trevanian. En le  relisant cette année, j’ai eu envie  de me plonger dans  un  autre ouvrage de cet auteur. 

Les phases du jeu de Go servent de titre pour chaque partie du roman.

Fuseki : l’ouverture

Vers 1979, deux israélien sont tués dans un attentat à l’aéroport de Rome, leurs assaillants, deux asiatiques, sont immédiatement abattus, non sans quelques dommages collatéraux pour cinq passagers innocents.
À Washington, sont réunis les commanditaires de l’attentat. Diamond, un dirigeant  de la Mother Company, et des agents de la CIA et de l’OPEP.
La Mother Company, consortium des principales multinationales du pétrole, des communications et des transports, et Fat Boy son ordinateur, contrôlent secrètement les activités de la CIA au Moyen-Orient et toutes les opérations touchant les nations productrices de pétrole.

Shanghai, 1922 : En arrivant, Alexandra Ivanovna, une aristocrate russe et désargentée, devient une personne très fréquentée ou peu fréquentable et donne naissance à un fils qu’elle nomme Nicholaï Alexandrovich Hel puis  renvoie  le père à d’autres occupations.

En 1937, les japonais prennent le contrôle de Shanghai. Le Général Kishikawa Takashi devenu l’amant d’Alexandra Ivanovna, se prend d’affection pour le jeune Nicholaï et lui donne ses premières notions de Go.

1941 après l’attaque de Pearl Harbour, Nicholaï devenu un très bon joueur est envoyé par  Kishikawa au Japon auprès d’un grand maitre.

Sabaki : tentative d’éliminer une situation confuse par une manœuvre rapide

À la fin de la guerre, Nicholaï, devenu disciple du hoda koros,  l’art de donner des coups mortels avec de simples  objets, se retrouve seul, sans papier officiel et sans emploi. Emprisonné par l’occupant américain pour des raisons que je ne dévoilerai pas, puis torturé, il est  mis en isolement cellulaire pendant trois années, il ne retrouve sa liberté qu’en acceptant d’aller tuer un homme en Russie. Il devient ensuite le meilleur tueur contre-terroriste indépendant.

Seki : position neutre, une impasse

Au moment de l’attentat de Rome, Hannah Stern, un membre du commando israélien,  n’a pas été repérée par la CIA et s’est réfugié à Etchebar, au pays Basque, chez Nicholaï Hel.
Les  israéliens se rendaient à Londres pour éliminer des terroristes palestiniens.

Nicholaï, qui doit un service au père décédé d’Hannah, réussit à la convaincre d’abandonner son projet irréalisable par une seule personne non entrainée.
Une réunion entre Diamond et Nicholaï semble aboutir à une conciliation.

Uttegae : sacrifice, gambit

L’officier qui a fait torturer Nicholaï, 30 ans plus tôt,  était le frère du dirigeant de la M.C. Il est décédé de « mort naturelle » comme le soldat tortionnaire et le médecin qui administrait des drogues de vérité. L’accord entre les parties explose lorsque Hannah est abattue.

Shicho : attaque

Tsuru no sugomori : « les grues restent prisonnières de leur nid » les pierres ennemies sont capturées

Pour ces deux dernières phases, je ne vous donnerai aucune information, les titres étant suffisamment explicites.

Bien que parue en 1979, ce roman n’a pas vieilli, ni dans sa conception d’un monde ou des trusts supranationaux ralentissent certains progrès pour augmenter leurs profits au détriment des populations, ni dans son appréciation sur les diplomates : « Il faut acquérir une certaine déformation de  la conscience, une élasticité envers la vérité, pour être efficace en diplomatie. »

Glaçant !

Shibumi, Trevanian, Gallmeister, 1981, 480 pages, Thriller
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le jeu de Go, qui m’a intéressé dans un passé lointain, et la spéléologie, pour laquelle je n’ai aucune appétence, sont des activités importantes du livre. Les péripéties cavernicoles m’ont  lassé.

** « Les 7 anneaux de Rhéa » de Richard Bessière

Le souci de la cohérence est un vice mortel et ces êtes-là ne sont pas des mortels. Ils sont capables de changer la nature même de la réalité.

Aujourd’hui, je vais tenter de vous parler d’anti-cosmos intérieur   plus près du microcosme que du macrocosme*.
*selon mes études antédiluviennes, anti= contre, micro=petit et macro=grand. Ça ne m’a pas  aidé beaucoup.

Je demande à ceux qui l’ont lu et auraient  tout compris de bien vouloir excuser les erreurs que je ne vais pas manquer de commettre.

Il y a deux ou trois siècles*, après un cataclysme sismique provoquant l’éclatement de l’écorce  de la Terre, il y eu un exode massif de terriens survivants vers Venus où ils créèrent une nouvelle civilisation en partant de zéro.
*J’ai oublié de noter ce détaillounet.

Le professeur Kurt Warren, est un biochimiste responsable de la création de jeunes génies vénusiens, « n’ayant eu pour mère et pour père, qu’une éprouvette et un alambic », comme Jefferson ou Mary qui se sont rendus compte qu’ils possédaient certains pouvoirs additionnels.

Ainsi, Jefferson peut s’évader de son corps, se transférer dans un autre, et faire voyager sa pensée au-delà du temps et de l’espace. Mary Davis, est une géniale mathématicienne qui a le pouvoir de se téléportation.

Le retour à la terre-mère fait parti des grands désirs vénusiens. Le professeur a préparé une expédition regroupant outre lui-même et Marie, un pilote de fusée, un sismologue, un géophysicien, un radio-météorologiste, en faisant construire la première fusée spatiale pour la reconquête de Rhéa autrefois appelée la Terre.

Au cours du voyage, ils ont des problèmes avec une entité ectoplasmique qui veut contrôler la fusée en tuant le pilote, et en prenant possession de son corps. Jefferson, qui avec ses capacités, suivait le vol de ses amis, réussit à repousser la « chose » et  se transfert dans  le corps de Landry.

À partir de ce moment je vais résumer non les aventures mais la théorie à la base du roman.
La Terre serait composée de plusieurs couches imbriquées comme des matriochkas.

Après avoir traversé un amas de débris rocheux, formant un vaste anneau autour de Rhéa, qui serait les débris de l’écorce détruite, ils ont la surprise de trouver huit nouvelles masses continentales, cinq grands océans et plusieurs chaines montagneuses dont les vestiges dateraient de…plusieurs millénaires.

Après avoir pris contact avec les habitants de cet (ancien) nouveau monde, les survivants* vont donc entreprendre un voyage vers le centre de la planète, visiter des mondes complètement  différents, aider de Marka, aux yeux de couleurs inconnus brillants comme des gouttes de rosée, rencontrée lors de ce premier contact.
«j’appartiens à un autre monde, à un autre univers et qui règne sur le tien. Ce monde nous appartient. Nous en sommes les maîtres depuis l’origine des Temps, depuis que nous avons vaincu les puissances contraires. »
* deux membres de l’expédition  décèdent lors d’un atterrissage catastrophique,

Les puissances contraires, le bien et le mal donc, mais qui dirige la planète, des démons ou des dieux ?

Les sept anneaux de Rhéa, Richard Bessière, J’ai Lu, 2011, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Le Béotien aime bien certaines œuvres de S.F. mais, quand il se retrouve devant des théories destinées à des petits génies,  il en perd des gros bouts.

 

 

*** « Ceux qui osent » de Pierre Bordage, tome 3

Il est plus difficile à un riche d’entrer au paradis qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille.
                                                             Mathieu 19;24

Je vais certainement, en dépit de mon souhait de ne pas le faire, spoiler certains éléments des deux premiers tomes aussi, pour ceux qui ne les ont pas lu, soit ils évitent ce dernier billet avant de m’agonir soit ils le lisent en toute connaissance de la situation.
*Surtout Pour éviter des problèmes avec l’Héritière.

Attention spoilage, donc !

Nos héros des deux premiers tomes sont enfin arrivés sur la terre promise de l’Arcanecout, cet Eldorado  des populations martyrisées par les autocraties européennes et américaines.

Mais cette démocratie est devenue un petit caillou dans les escarpins vernis des monarchies qui l’entourent et, aidées de leurs procréateurs européens,  elles se  sont coalisées pour lui déclarer la guerre.

Pendant que tous les hommes valides sont au front, sous les bombardements aériens ou maritimes, les femmes et les vieillards tentent de survivre sans aucun ravitaillement, tandis que des commandos, débarqués subrepticement,  sèment la panique en égorgeant des familles sans défense.

Pourtant tout n’est pas parfait dans ce pays sans aucune ambition territoriale.
L’incompétence, alliée à une situation  militaire  lamentable et insuffisante,  a engendré un  certain défaitisme et la trahison  d’ambitieux  qui ont commencé à négocier avec les ennemis.

Sur le front, l’hiver glacial n’empêche pas des actions ponctuelles pour obtenir des informations sur les positions ennemies. Le froid, la faim, la prison, la torture et les blessures sont les conséquences de la stupidité des hommes dans leur instinct primaire de se battre.

Des ours totémiques et un jeune garçon débile, à l’adresse phénoménale au tir, feront aussi partie des héros de ce troisième tome.

Le printemps est sur le point de remplacer l’hiver. Que se passera-t-il quand les coalisés vont attaquer ? Les troupes arconautiennes seront-elles submergées et détruites ? Cette quasi certitude détruit le moral des assiégés pourtant prêts à mourir pour « un pays où un homme et une femme peuvent s’aimer en toute liberté….est la plus belle des définitions d’un endroit où il fait bon vivre. »

à moins que…

Voilà un roman jeunesse qui pourrait déplaire aux lecteurs « sérieux » parce que c’est une uchronie ou pour ces extraordinaires aventures souvent engendrées par l’amour, ou par  la légèreté du caractères des personnages etc…
Ma jeunesse éternelle a bien aimé parce que c’est avant tout une roman sur l’espoir. L’espoir du bonheur, l’espoir d’une situation meilleur, l’espoir de la vie, l’espérance quoi !

 Ceux qui osent, Pierre Bordage, Flammarion, 2012, 340 pages, Uchronie-Jeunesse
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les couvertures ne sont pas très jolies.

*** « Ceux qui rêvent » de Pierre Bordage, tome 2

 C’est quand on n’a plus d’espoir qu’il ne faut désespérer de rien.
                                                                                                                              Sénèque

J’aimerais, tout d’abord, faire mon mea culpa*. Dans mon billet sur « Ceux qui sauront » je me suis fourvoyé et Clara n’a pas encore disparue au début de ce deuxième tome. Mais soyez sans crainte, ce n’est que partie remise.
*L’inconvénient de lire les trois tomes sans prendre de  notes

Après l’émeute de 2008, qui clôt le premier tome, et ses plusieurs centaines de milliers de morts, la  répression est impitoyable. Les arrestations se multiplient. Les autorités maintiennent la population parisienne dans une terreur permanente.
Clara et Jean ont commencé à donner des cours clandestins d’alphabétisation lorsque Clara disparaît*.
* Je vous l’avais écrit…trop tôt !

C’est Christa, la sœur de Clara, qui apprend à Jean qu’elle a été enlevée par sa famille pour être mariée à l’homme le plus riche de la Nouvelle-France.

Je dois vous parler des anciens États-Unis qui ont explosé.  Les monarchies européennes se sont partagées le territoire en  cinq royaumes dont les souverains leurs sont apparentés. La Nouvelle-Angleterre,  la Nouvelle France, la nouvelle-Saint-Petersbourg, le royaume du centre affilié à l’Espagne et  enfin l’Arcanecout, qui regroupe les anciens États  (Arizona, Californie, Nevada, Colorado et Utah) dont la reine, pourtant  parente du Kaiser allemand, a abdiqué pour faire place à une démocratie  populaire.

« Ceux qui rêvent » ne raconte pas uniquement les aventures  de Clara et de Jean.

Après son initiation, Elan Gris un jeune Sioux Lakota, décide de quitter la réserve misérable de son peuple, pour suivre sa vision vers la « cité radieuse au bord de l’étendue bleue ».
Affamé, il trouve refuge auprès d’une caravane de disciples de St Jean de Boise, qui fut pendu dans la Nouvelle-Saint-Petersbourg  pour son refus d’intégrer l’église orthodoxe. Victimes d’oppression, ils ont décidé de rejoindre  l’Arcanecout.

Parmi ces disciples, Elan Gris remarque Nadia, une jeune femme aux cheveux couleur de paille et aux yeux clairs.

Revenons à Jean qui a décidé de retrouver Clara. Sans argent et sans papiers officiels il réussit à se faire engager comme charbonnier sur un paquebot à destination de New-York. Ce métier est si dur que les compagnies ont du mal à en recruter et ne sont pas trop tatillonnes sur ceux qu’elles embauchent.

En Nouvelle-France, au domaine Maxendeau, Clara, en attendant son mariage, est maintenue sous l’influence de drogues.

Ce n’est pas facile de parler d’un roman en trois volumes sans rien dévoiler, aussi je vais simplement vous dire que « Ceux qui rêvent » est le récit d’une quête, celle d’Arcanecout, celle  de l’espoir, par nos quatre héros, accompagnés  d’Elmana, la femme de chambre personnelle de Clara qui l’a aidée lors de son évasion.

Bientôt mon billet sur « Ceux qui osent » dernier tome de la série.

Ceux qui rêvent, Pierre Bordage, Flammarion, 2010, 334 pages, Uchronie jeunesse.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Des invraisemblances…peut-être, mais pardonnables dans cette saga si intense.

 

 

*** « Ceux qui sauront » de Pierre Bordage, tome 1

« Est-ce un crime que de vouloir apprendre ? »
« Selon la loi royale, oui. L’instruction est réservée à ceux qui sauront l’utiliser…le savoir généralisé entraîne l’anarchie. »

Nous sommes en 2008, depuis la restauration de 1882, appuyée par l’armée Versaillaise et par les royaumes coalisés d’Europe, la France est devenue un royaume autocratique qui a aboli l’éducation du peuple  et écrase militairement toutes tentatives de rébellion. La population vit dans la misère, au rythme des  famines et les exactions policières.

Tous régimes absolutistes suscitent des mouvements de résistance et des actions terroristes qu’ils tentent de détruire par les délations et  les persécutions. Les résistants créent des écoles clandestines pour éduquer des volontaires en risquant leur vie, d’autres, devenus clandestins,  opèrent des actions terroristes.

Jean, surnommé P’tit Roi car il porte le même nom que le roi Jean IV,  fait partie des volontaires, arrêté, il est condamné à cinq années d’emprisonnement dans un camp de redressement. Lors de son transfert, il est libéré par une embuscade d’un mouvement terroriste.

Clara et ses sœurs, Christa, et Odeline sont les filles privilégiées du directeur de la Banque Royale. Elles habitent Versailles devenue la capitale du royaume depuis 1882.

Dans les régimes monarchiques*, la coutume veut que les filles soient utilisées, par un mariage forcé,  pour sceller des alliances. Lors de son voyage pour rencontrer son futur époux, Clara échappe à un grave accident de voiture. Le chauffeur est tué. Perdue dans la forêt et désemparée elle est enlevée par Barnabé, un  innocent muet qui, sans jamais la molester, la garde prisonnière   durant plusieurs mois.
* Et dans certains milieux d’affaires.

Lors d’une absence de son geôlier, elle réussit à s’évader et rencontre Jean, devenu un clandestin, qui l’aidera à rejoindre sa famille.

Cette aventure, la froideur de sa famille et l’amour qu’elle commence à ressentir pour Jean vont amener Clara à réfléchir sur sa condition de privilégiée, captive des décisions de sa famille, comparée à celle des « cous noirs* », surnom péjoratif donné à la population ouvrière. Elle  commence à entreprendre  des actions contraires aux intérêts de  son milieu familial.
*Qui a dit brèche-dent ?

À la suite de nombreuses péripéties que j’éviterai de spoiler, et à la fin de ce premier tome, Clara disparaît.

Cette nouvelle disparition de Clara nous amène au tome 2, « Ceux qui rêvent », dont je vous parlerai dans un prochain billet.

Vous avez compris que « Ceux qui sauront » est une uchronie*-jeunesse mais pas que… les méthodes utilisées pour contraindre  une population sont toujours d’actualité peut importe le gouvernement totalitaire au pouvoir.
*Uchronie : Époque fictive, évocation imaginaire dans le temps.

Quelques dates de l’histoire uchronienne de la France  :
1871: La grande terreur
1882: Le parti de l’Ordre renverse le gouvernement Gambetta et hisse le roi Philippe VI sur le trône.
1905, 1941:Émeutes
1955: La grande famine suivie d’une nouvelle émeute
1982: Nouvelle émeute
2008: Nouvelle émeute à laquelle Jean Participe

Les billets de YueYin et XL.

Ceux qui sauront, Pierre Bordage, Flammarion, 2008, 440 pages, S.F. Uchronie-jeunesse
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Une belle uchronie un peu trop « jeunesse » mais qui peut devenir un tourne-page pour les jeunes… de cœur.

*** « Une étude en rouge » d’Arthur Conan Doyle

Élémentaire, mon cher Watson.

J’avais envie de relire Sir Arthur Conan Doyle, surtout les enquêtes de Sherlock Holmes .
C’est fait !…
Et ce n’est un début !

C’est dans ce premier roman que  le Docteur Watson, rapatrié pour une grave blessure reçue lors du deuxième conflit Anglo-Afghan,  rencontre celui qui va devenir le plus célèbre détective. Ils s’installent au 221B Baker street, une adresse qui deviendra l’une des plus connues dans le monde. 

Le policier Tobias Gregson a trouvé dans une maison inhabitée le cadavre d’un américain Enoch J. Drebber.
Gregson et Lestrade, un autre policier de Scotland Yard, recherchent son secrétaire, Joseph Strangeson, américain lui aussi, qui a disparu.

Holmes est intrigué par une bague de fiançailles trouvée sous le cadavre. Il place une petite annonce  et reçoit la visite d’une vieille femme qui réussit à semer la filature.

Lorsque Scotland Yard retrouve le secrétaire égorgé dans une chambre d’hôtel, les policiers n’ont plus de suspects. Mais, à partir de la bague, Holmes va échafauder une hypothèse qui l’amènera à élucider le mystère de ce double meurtre.

En 1847*, dans un désert américain, John Ferrier essaie de maintenir en vie  le dernier membre de leur expédition, une petite fille prénommée Lucy. Ils sont sauvés  par une caravane de mormons à condition de se convertir à leur religion.
*soit 34 ans plus tôt.

Le mouvement religieux s’installe en Utah et Ferrier devient un homme d’affaires aisé et Lucy une belle jeune femme. Seul problème,  ils n’ont jamais vraiment adopté les croyances de leurs sauveurs qui, victimes de persécution dans l’ancien monde, sont devenus des persécuteurs plus virulents encore.

Apprenant que Lucy serait amoureuse d’un  « mécréant », les chefs imposent qu’elle épouse un des leurs, soit Enoch J. Drebber, soit Joseph Strangeson.

Lors d’une tentative de fuite de Ferrier, Lucy et de son amoureux, ce dernier, parti chasser, retrouve  Ferrier assassiné et Lucy enlevée. Elle se  retrouvera mariée de force et se laissera mourir de chagrin.

La rencontre entre Watson et Holmes, les difficultés du docteur pour comprendre son colocataire et les  premières explications données par Holmes sur ses méthodes de réflexion donnent à ce premier roman un intérêt particulier.

À suivre… 

PS : Le très connu « Élémentaire, mon cher Watson » est une citation apocryphe apparue pour la première fois dans un film de 1929, « le retour de Sherlock Holmes ». En fait, si Arthur Conan Doyle utilisait bien « élémentaire » et « docteur Watson », ils n’apparaissaient  jamais ensemble.

Une étude en rouge, Arthur Conan Doyle, Folio Junior, 2010*, 168 pages, Policier
*1 ère édition 1887
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Dès que les révélations sur la mort de Lucy nous sont connues, la raison et l’auteur de ces meurtres deviennent évidents.

 

 

*** « Le mambo des deux ours » de Joe R. Lansdale

Gamin, quand je lisais un roman, je devenais le héros de l’histoire.*
                                                                      Joe R. Lansdale  ‘Le mambo des deux ours »
* Moi aussi .
Hap Collins  et Leonard Pine, indéfectibles amis dans la misère comme dans la fortune, ne sont pas des enquêteurs officiels mais sont toujours prêts  à aider des amis surtout quand ils pressentent quelques bonnes castagnes à la clef.

Leonard a, de nouveau, mis le feu à la piquerie de ses voisins et ne peut refuser la demande du policier-enquêteur  Charlie, qui souhaite qu’ils retrouvent Florida, la copine métisse du lieutenant de police Hanson, et accessoirement  l’ex-compagne de Hap.

Elle devait se rendre à Grovetown pour investiguer le décès  suspect de Bobby Joe Smoothe, petit fils du grand guitariste de blues  L. C. Smoothe, trouvé pendu dans sa cellule après son arrestation pour avoir égorgé et volé un visiteur blanc.

Dans les années 1990, Grovetown fait partie de ces petites villes dirigées par le plus gros propriétaire de la région et par une faction du Ku Klux Klan.

Or si Hap est un blanc hétéro et écolo : « Le tronc d’un énorme chêne, sans doute centenaire, faisait penser à un crâne noueux et bosselé  comme une bestiole préhistorique frappée par la foudre. Une coupe à blanc, des bidons d’essence et des allumettes avaient eu raison des dinosaures. Poussés par la cupidité, les bûcherons avaient métamorphosé la beauté en merde et le bois en pâte à papier qui, à son tour, servait à fabriquer les billets de banque pour payer les ouvriers qui avaient fait périr ces dieux végétaux… »,
Leonard est un noir homosexuel qui s’assume  complètement tout en étant conscient de sa situation  « T’es black et gay sexuellement complexé, et donc tu te retrouves doublement oppressé par la société blanche et en même temps tu es émotionnellement mal armé pour t’adapter à la communauté black et  macho à laquelle tu appartiens par la naissance… »

L’arrivée dans cette ville raciste d’un noir et de son ami blanc qui se renseignent sur la disparition d’une métisse va leur valoir d’être piégés et copieusement rossés par un groupe d’habitants payés par le richard du coin puis d’échapper par deux fois à la mort, d’abord par le plomb des fusils d’un groupe du KKK puis par une inondation causée par l’effondrement d’un barrage miné par des pluies torrentielles.

Le shérif les oblige à quitter la ville mais ils reviendront, la vengeance au cœur et trouveront enfin ce qui est arrivée à Florida.

J’ai préféré  « l’arbre à bouteilles » dont l’intrigue était exceptionnelle. Dans ce nouveau roman,  Lansdale continue à s’attaquer à la violence engendrée par toutes les formes de racisme ou d’ostracisme aux États-Unis avec, heureusement,  un humour permanent, mais souvent vulgaire,  dans les conversations de nos deux héros, ce qui allège un peu les situations sordides causées par le fanatisme des uns et l’indifférence des autres.

PS: Mais pourquoi ce titre ? Il vous faudra trouver l’explication soit dans le livre soit dans un documentaire  de la société « National Géographic ».

Le mambo des deux ours, Joe R. Lansdale, Gallimard, 2009, 384 pages, Thriller
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La fin est bien trop prévisible.