** « Brouillard au Pont de Tolbiac » de Léo Malet

N’écoute aucun des prometteurs de paradis pour demain.
Ils mentent tous.

Ce roman fait partie des « nouveaux mystères de Paris»  dont chaque tome se passe dans un arrondissement différent de la capitale.

Une brusque envie de retrouver le Paris de la fin des années 50, celui de mon enfance et de mon adolescence, avec ses petits commerces, ses autobus à plateforme, ses odeurs, sa grisaille et ses bistroquets, qui servaient beaucoup plus de blanc et de rouge que de noir entre un flipper et un juke-box*.
*ou un baby-foot.

Le pont de Tolbiac, c’est le treizième, un des arrondissements que je connais le moins. Je suis plutôt ouest et nord, avec comme frontières, du  parc des Buttes-Chaumont jusqu’à la  rue du Faubourg Saint Martin au sud, et le  Boul Mich’* à l’est.
*Boulevard saint-Michel

Dans ce tome, Malet offre son passé anarchiste à son personnage, Nestor Burma. Adolescent provincial  qui, à 16 ans,  se souvient de son arrivée  à Paris, de ses fréquentations anarchistes et qui  profite de son roman pour une charge sans concession sur « Le Corbusier et ses épigones » qui ont modifié l’arrondissement de sa jeunesse en y faisant « proliférer ces cellules cancéreuses, pustules géantes de verre et de bétons. »

Belita, une jeune gitane bien roulée*, contacte Nestor et lui remet une lettre d’un blessé suriné** et hospitalisé du nom d’Albert Benoit. La victime mentionne  l’avoir connu dans sa jeunesse et souhaite le rencontrer, . Malheureusement elle décède avant son arrivée et c’est la flicaille qui l’attend.
*J’en avais envie. (elle sera peu comprise hors de l’Hexagone.)
**poignardé

Le nom d’Albert Benoit était inconnu de notre détective, toutefois il admet connaitre le mort, un ancien compagnon devenu chiftir*,  sous le nom d’Albert Lenantais. Ils fréquentaient ensemble le foyer végétalien haut lieu de l’anarchisme dans les années 20.
*Chiffonnier

Tombé en amour avec la jeune Belita, Nestor va tenter de trouver les responsables de la mort du chiffonnier et solutionner en même temps une vieille affaire relative à la disparition d’un convoyeur de fonds.

Salvador le Gitan et son  eustache* ne sont jamais bien  loin et Nestor va l’apprendre à ses dépends.
*couteau

Pour mes futures nostalgies, il me reste cinq Léo Malet à lire ou à relire.

Brouillard au p;ont de Tolbiac Léo Malet, 10-18, 1956,  179 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les « politiquement corrects » pourront  se plaindre du vocabulaire de Léo Malet. Mais, à cette époque, on appelait un chat, un chat (voire un matou ou un greffier) et pas « un animal de compagnie du genre félidé ». Certains vocables devenus irrévérencieux ou même condamnables de nos jours étaient utilisés couramment. Traiter Léo Malet de raciste serait faire injure  à son passé anarchiste.

*** « Il était une fois l’inspecteur Chen » de Qiu Xiaolong

Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines.
                                                                                                                 Proverbe chinois

L’intérêt de ce dixième roman policier de Qiu Xiaolong  tient plus son intérêt  du contexte social et Historique, avec un H majuscule, que de l’enquête elle-même.

Chen Cao est inspecteur principal dans la police de Shangaï. Durant les neuf premiers romans le mettant en vedette, nous l’avons suivi dans son ascension, louvoyant habilement entre les directives des cadres du Parti et sa détermination à résoudre les enquêtes qui lui était confiées.

Comment un poète diplômé  en littérature comparée  est-il entré dans la police à la fin de ses études ?
C’est ce que raconte ce dixième tome de ses enquêtes.

Après avoir obtenu son diplôme, Cao Chen a dû accepter un poste dans un commissariat où il était chargé de traduire un manuel américain de procédures policières.

Il s’ennuie et c’est par désœuvrement qu’il s’intéresse au meurtre de Fu, un vieil homme qui venait de s’offrir un repas de mets exotiques. il découvre, grâce à son ami Lu, avec qui, dans sa jeunesse, il fréquentait les restaurants gastronomiques, le restaurant où la victime  avait apprécié son dernier repas.

Fu était devenu riche quand le nouveau régime de Deng Xiaoping l’eut indemnisé des spoliations du temps de Mao.
Un certain nombre de suspects rodaient autour de sa fortune dont ses enfants qui l’avaient abandonné pendant la Révolution Culturelle et qui continuent à faire  courir des rumeurs sur les relations de leur père avec  Meihua, son employée de maison. Le changement de régime a aussi provoqué  les rancœurs d’anciens Garde-Rouges qui voulaient obtenir des compensations pour certains de leurs actes qu’ils jugent avoir été profitables à leurs victimes.

À chaque avancée de son enquête, Chen en avise l’inspecteur Ding, lui laissant les honneurs lorsqu’il  parvient à dénouer cette première affaire.

Il parait évident que la vie étudiantes de Cao Chen est directement calquées sur celle de l’auteur. Leurs  familles ont été persécutées au moment de la Révolution Culturelle. Si Chen a été nommé dans la police, Qiu Xiaolong, lui,  a profité d’une bourse d’études aux États-Unis pour y rester.

J’ai éprouvé un drôle de sentiment en refermant ce livre. Bien que vivant aux États-Unis depuis presque trente ans, l’auteur semble  vraiment regretter certaines coutumes de la société et de la famille chinoise, ou, tout simplement, sa jeunesse.

Le proverbe chinois que j’ai mis en exergue peut expliquer ses regrets.

PS : L’Héritière, devenue Mère Noël, m’a offert ce bouquin dédicacé par l’auteur. Un cadeau qui m’a fait immensément plaisir.

Il était une fois l’inspecteur Chen, Qiu Xiaolong, Liana Levi, 2016, 236 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai pas eu envie de goûter à certains plats mentionnés dans ce livre et pourtant j’aime bien, en général, la cuisine chinoise.

 

 

 

* (*) « Les quatre » d’Agatha Christie

L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens.
                                                                                                                         Montesquieu

Quatre personnages veulent contrôler le monde, le numéro 1 est un chinois qui n’apparait jamais, le numéro 2, un richissime américain, le numéro 3, une savante française et enfin le numéro 4 est le « Destructeur », le maitre des basses-œuvres qui protège le cartel en éliminant tous ceux qui pourraient lui nuire.

C’est en s’attaquant aux crimes de ce « Destructeur » que Poirot va, au péril de sa vie, tenter de s’opposer aux desseins du quatuor.

On aurait pu titrer ce roman « d’un crime à l’autre jusqu’à la solution finale ». Poirot n’est pas encore le personnage qu’il deviendra ultérieurement, il court d’un crime à l’autre, demande à Hastings de se déguiser, il va même…mourir et, sacrilège, sacrifier sa célèbre moustache.

Roman d’espionnage, pas son meilleur, et loin des excellents « whoduntit » qui feront la célébrité de Dame Agatha. C’est l’occasion, pour moi, d’élaborer une de mes plus courtes chroniques.

Les quatre, Agatha Christie, Le Masque, 1927, 188 pages, Policier-espionnage
*ouais  *(*) Ouais bon ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Même pour ce roman plutôt quelconque, je n’en mettrai pas.

***** « Bondrée » d’Andrée A. Michaud

Comment la beauté peut-elle se défendre de cette rage,
Elle dont le pouvoir ne dépasse pas celui de la fleur.

« Boundery Pond* » se trouve au nord de l’État du Maine, près du Canada. C’est  un étang que Pierre Landry,un trappeur fuyant le service militaire, nommait, dans sa parlure canuck,  « Bondrée ». Le seul ami de cet homme des bois était Little Hawk, un jeune homme avec qui il partageait ses secrets de trappe.
*étang de la frontière

En dépit  des « Frappabords * », Bondrée est devenu un lieu de villégiature où se retrouvent des familles québécoises, comme celle d’Andrée Duchamp, une gamine d’une dizaine d’années, qui va devenir partiellement la narratrice, et américaines comme celles  de Zara Mulligan et  Sissy Morgan, deux adolescentes qui troublent la sérénité des lieux par leurs rires et leurs excentricités.
*Mouches qui piquent dès qu’elles se posent

Après une soirée trop arrosée, Zaza disparait et on retrouve son corps exsangue, la jambe broyée par un piège à ours.

L’inspecteur Stan Michaud, dont les origines québécoises se sont éloignées en même temps que la langue de ses ancêtres, et son adjoint,  Jim Cusack, sont appelés sur les lieux pour les premiers constats sur cet « accident » qui s’avèrera ne pas en être un quand on retrouve, plusieurs jours plus tard, Sissy broyée dans un autre piège et scalpée.

La légende raconte que Pierre Landry avait été rejeté par Maggie Harrisson dont il était tombé amoureux et  qu’il surnommait Tangara. Tout  nous ramène à Little Hawk qui, revenu de la guerre, avait trouvé son ami Pierre Landry pendu puis avait disparu après avoir égorgé le chien de Tangara.
Mais, parmi tous les habitants de Bondrée, lequel est Little Hawk et pourquoi ces assassinats  des années plus tard ?

Ces meurtres vont profondément changer deux personnes, Andrée qui au fur et à mesure des évènements va quitter son âme d’enfant pour celle moins innocente de l’adolescence  et Stan Michaud qui commence à ne plus supporter ce qu’il appelle les affaires boomerang, celles qui vous reviennent régulièrement en pleine gueule, et qui songe à prendre sa retraite.

Choisi par erreur*, ce roman m’a complètement captivé. Andrée A. Michaud possède une excellente plume. Elle décrit avec beaucoup de sensibilité cette région et raconte avec trop de précisions les vacances d’une enfant pour qu’elles soient seulement imaginées. D’ailleurs le prénom de la narratrice et le nom de famille du policier n’ont certainement pas été choisi par manque d’inspiration.
*Je vous expliquerai, peut-être, un jour.

Les avis de Marie-Claude, sous sa couette, de Venise, dans son passe mot, de Claude, dans son action suspens, de Clara, de Claire Jeanne, nos deux bouquineuses.

Bddondrée, Andrée A. Michaud, Nomades, 2014, 364 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime ***** Coup de Cœur

Le bémol du Papou : Le franglais, ce mélange de termes de chacune des langues pour une seule phrase, y est permanent mais ce n’est pas un bémol, juste une constatation qui peut énerver mais s’explique très bien quand on connait le contexte historique des relations entre le Québec et le Maine.

*** « Le train bleu » d’Agatha Christie

Le train, l’automobile du pauvre. Ile ne lui manque que de pouvoir aller partout.
                                                                      Jules Renard

La démocratisation des voyages par avion a entrainé la disparition des trains de luxe comme le mythique Orient Express ou le Trans Europ Express.  À un degré moindre, Le Train Bleu* en faisait aussi partie et emmenait les riches anglo-saxons depuis Calais vers la Côte d’Azur.
*ou Calais-Méditerranée Express

Lady Kettering est retrouvée étranglée dans un des compartiments. Hercule Poirot, qui voyageait dans le même train, se trouve mêlé à cette affaire d’autant qu’il a connu , pour des enquêtes antérieures, l’inspecteur de police et le juge qui en sont chargés.

Fille d’un riche magnat américain, la victime  avait épousé  lord  Kettering pour son titre et lui s’intéressait surtout à sa fortune. Seulement le mariage était devenu catastrophique et beau-papa, sachant sa fille malheureuse, voulait qu’elle divorce.

Notre noble anglais aurait été ruiné et si on ajoute que la domestique l’a vu entrer dans le compartiment de sa femme et qu’un collier russe de grande valeur a disparu, la solution  semble évidente et le mari est rapidement arrêté.

Seulement les évidences  apparentes ne siéent pas à notre détective belge. Avant son mariage, la victime avait déjà été amoureuse d’un escroc, le comte de La Roche. Or cette relation existait toujours   et c’est auprès de lui qu’elle se rendait sur la Côte.

L’enquête démontre qu’un autre bandit plus violent, surnommé « le marquis »,  semblait aussi être intéressé par le collier et le « cœur de feu », son plus gros  rubis.

Comme d’habitude Lady Agatha nous entraine vers diverses possibilités, semant d’imperceptibles indices que seul Poirot réussit à rassembler pour confondre le meurtrier et les lecteurs*.
*Même moi, cette fois !

L’avis de Sharon.  

Le train bleu, Agatha Christie, Le Masque,1928, 220 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Comme d’habitude, aucun bémol pour Lady Agatha.

 

 

**** « Nous irons tous au paradis » de Fannie Flagg

La race humaine n’était qu’un accident, un évènement fortuit dans un cycle amorcé des millions d’années plus tôt. Nous ne sommes qu’une bande de têtards, à peine sortis de l’eau, qui apprenons à marcher.
Fannie Flagg

cvt_nous-irons-tous-au-paradis_2554Après le coup de cœur de  « Beignets de tomates vertes », l’enchantement de « La dernière réunion des filles de la station-service », et de  « Miss Alabama et ses petits secrets», j’ai  retrouvé avec plaisir cette conteuse de l’Amérique profonde.

Elner Shimfissle est octogénaire, voire beaucoup  plus. Elle ne sait plus exactement son âge, sa sœur Ida, pour ne pas dévoiler le sien, a caché la bible où les dates de naissance était inscrites. Elle est appréciée de tout son quartier d’Elmwood Springs, dans le sud du Missouri, pour   ses pensées positives et son aptitude à faire le bien autour d’elle.

Ancienne fermière devenue veuve, elle n’a jamais eu d’enfants. Sa nièce Norma, maniaque de propreté et de savoir vivre*, s’occupe d’elle et  s’angoisse en permanence à son sujet, mais bon, Norma s’angoisse et s’évanouit pour tout et pour rien.
*
« Macky, son époux,  a coutume de dire qu’il ne se lève pas, la nuit, pour aller aux toilettes, de crainte qu’à son retour, Norma ait déjà refait le lit. »

Elner, en voulant cueillir des figues, est attaquée par un essaim de guêpes. Elle  chute lourdement de l’escabeau et perd connaissance.
À l’hôpital de Kansas City, elle est déclarée décédée et la rumeur se repend rapidement dans Elkwood Springs.

Pendant que ses amis et voisins, depuis la coiffeuse râleuse jusqu’aux propriétaires cupides du salon mortuaire, demeurent stupéfiés par la nouvelle, Elner se retrouve au Paradis. Outre sa soeur Ida et Thomas Edison, Elle y  rencontre  la femme de Dieu, Dorothy, qui présentait, dans sa vie terrestre, une émission radiophonique suivie par tout Elkwood Springs et Dieu, lui-même,  « appelles-moi Raymond« , plein d’amour pour le genre humain et qui  reconnait  sa propension à faire des erreurs.
« -Tu sais Elner, à propos de couleurs, j’ai peut-être fait une erreur, moi aussi.

-Toi, une erreur ?
-Avec les gens, oui. J’aurais dû leur donner à tous la même couleur de peau. Jamais je n’aurai imaginé tous ces problèmes. »

Bon, je ne vous ferais pas languir plus longtemps.
Imaginez le séisme, que dis-je le tsunami quand Elner se réveille en pleine forme à l’hôpital.  

Entre médecins affolés, infirmières traumatisées, dirigeants apeurés, avocats retords, voisines déconcertées sans oublier une Norma, qui s’évanouit à tout bout de champs, et lui fera promettre de ne pas raconter sa visite dans l’au-delà,  Elner va reprendre sa petite vie tranquille et, semble-t-il, sans histoire.
Mais pourquoi cachait-elle  un revolver dans le fond de son panier à linge ?

Sans  acrimonie,  Fannie Flagg nous offre  une critique douce amère de la société américaine dans les petites villes de la « bible belt », où tout changement est synonyme d’inconvénients, voire de désastres futurs, n’épargnant ni la religion : Église new âge, œcuméniques, taille unique et en kit (à monter soi-même), qui s’était éloigné de la Bible au point de ne plus la citer, ni  leurs idées proches de nos « brèves de comptoir », : «  Pense aux tueurs kamikazes qui se font sauter avec une ceinture d’explosifs, convaincus que soixante-dix vierges les attendent au paradis. Ils en seront pour leurs frais quand ils constateront au réveil* qu’ils sont simplement morts et qu’ils se sont fait sauter pour rien. ».
*Là, je ne souriais plus, j’ai éclaté de rire.

La définition du bonheur pour un lecteur* ne serait-elle pas d’avoir un sourire permanent dans la tête ?
*ou une lectrice

Nous irons tous au Paradis, Fannie Flagg, Cherche-Midi, 2016, 394 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La deuxième partie m’a paru, a postériori,  un peu longue mais comme je souriais, je ne m’en suis presque pas aperçu.

*** « Jeu de miroirs » d’Andrea Camilleri

La vengeance est plus douce que le miel.
                                                                         Homère

Une enquête de Salvo Montalbano.

51h-hefb13l-_sx195_Quel but poursuit  Liliana, la jolie voisine de Salvo, en se montrant plus qu’amical en société,  l’aguichant  même, alors qu’elle a déjà, outre un mari souvent absent, un jeune amant avec qui elle vit une passion débridée?
Honnêtement Salvo ne se pose pas la question. Certes, il est bien plus vieux que la belle mais son cœur et le reste sont encore très jeunes.

Pourtant il aurait dû.
Plusieurs bombes explosent devant des magasins de Vigata, ce qui arrive régulièrement lorsque le « pizzo *» n’est pas versé à la Mafia, nais ceux-là étaient vides et les propriétaires ne sont donc pas les cibles.
*Racket pour la protection

Le bâtiment voisin du premier attentat abrite le sotto-capo* d’une famille responsable du commerce de la drogue et le fils d’un de ses anciens « capodecinna** » actuellement sous les verrous.
*Sous-chef délégué
**Chef d’équipes

Trop d’informations et de désinformations embrouillent les enquêteurs comme un jeu de miroirs troublent le flâneur*.
*D’où le titre.

Salvo et ses adjoints  apprennent que le mari de Liliana ne fait plus partie de la société qu’il représentait  et que sont stock d’ordinateurs  demeure introuvable.

Et si la pluie ne tombe pas souvent en Sicvile on ne peut pas dire autant des cadavres.
Troublant !

Jeu de miroirs, Andrea Camilleri, Fleuve éditions, 2016, 240 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : On peut savourer le miel de la vengeance par personne interposée.

*** « La danse de la mouette » d’Andrea Camilleri

Les mouettes naissent des mouchoirs qu’on agite au départ du bateau.
                                                               Gregorias de Ramon  Gomez de la Serna

Une enquête de Salvo Montalbano.

51jnht5cepl-_sx195_Avez-vous  déjà vu un oiseau en plein vol, tomber comme une pierre parce qu’il vient de mourir ?  Salvo Montalbano lui, l’a vu cette mouette qui a dansé quelques secondes sur le sol avant d’expirer.
Il ne sait pas que cette image va ressurgir dans sa mémoire lorsqu’il retrouvera le  «catafero*» d’un ancien danseur, ami de son adjoint Fazio qui a disparu.
*cadavre

En Sicile, quand on enquête sur les trafics, la mafia n’est jamais très loin et en retrouvant Fazio blessé, Salvo sait que sa vie est toujours en danger.

Entre Livia, son amie de cœur, venue lui rendre visite, qu’il délaisse par obligation et Angela, la jolie infirmière peu farouche et trop serviable, Salvo semble complètement dépassé.

Mais, à 57 ans, il n’a  rien perdu de ses capacités d’analyses ou autres.

Contrebandes portuaires, exécutions, amours illicites, subordinations et chantages, un cocktail dangereux surtout si des politiciens y sont mêlés.
Excellent !

La danse de la mouette, Andrea Camilleri, Pocket, 2016, 173 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Salvo ! Un jour les femmes te perdront !

**** « Le neveu du Négus » d’Andrea Camilleri

Qui a confiance en l’homme est comme celui qui a empoigné le brouillard.
                                                                                                          Proverbe Éthiopien

Si Salvo Montalbano, commissaire de Vigata en Sicile, est le personnage principal récurrent des romans policiers d’Andrea Camilleri, il n’apparait pas dans cette affaire qui se passe en 1929*.
*Il se sent parfois bien vieux mais il ne faut pas exagérer.

cvt_le-neveu-du-negus_7593Ce n’est pas un roman à l’écriture habituelle, mais un genre épistolaire, avec un mélange de notes de service, de télégrammes et de conversations, entre des dirigeants fascistes, des responsables provinciaux, l’église catholique, et des sous-fifres terrifiés par les ordres ambigus qu’ils reçoivent et les actions embarrassantes qu’ils doivent entreprendre.

Tout ça pour un neveu du Négus d’Éthiopie qui doit poursuivre des études d’ingénieur des mines dans une école de Vigata et qui va profiter abondamment des largesses des « ragazzi*» italiennes  et de l’État fasciste, dont le but caché est d’obtenir un accord son oncle.
*jeunes filles

Une  caricaturale désopilante de l’Italie fasciste de Benito Mussolini, son régime basé sur la peur avec ses ordres sans concession, ses compromissions, ses injonctions illogiques, ses accusations mensongères et  leurs tentatives de défenses confuses pour éviter toutes condamnations ou répressions.

En partie basé sur une histoire réelle,
sous ses dehors rébarbatifs,
un petit roman jouissif. !

Le neveu du Négus, Andrea Camilleri,Fayard, 2013, 252 pages
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Andrea Camilleri aurait pu éviter le poncif sur une certaine qualité physique attribuée aux africains.

**** « Le dompteur de lions » de Camilla Läckberg

Un psychopathe, (c’est) un homophobe, un paradoxe, un anachronisme, un mystère.
d’après R.J. Ellory

9782330066727À Fjällbacka, Victoria, une jeune fille disparue  depuis plusieurs semaines, est frappée mortellement par une voiture.
Les secours sont horrifiés, la jeune fille n’a plus d’yeux, ni de tympans ni de langue.

Patrick Hedström, qui s’occupait de la disparition, se retrouve maintenant devant un meurtre sanglant.

Pendant ce temps, Erica, son écrivaine d’épouse veut se documenter sur un assassinat survenu une trentaine d’années plus tôt. Elle  rencontre à plusieurs reprises dans sa prison celle qui avait poignardé son mari mais cette dernière refuse toute explication.

Avec son mari, le dompteur de lions du titre, et leur fils Peter, vivait aussi Louise, leur  fille, qui devenait de plus en plus dangereuse.

À ce moment-là, vous pensez, à tort ou à raison, avoir compris qui a tué réellement le mari, seulement vous ne comprendrez qu’à la fin pourquoi la prisonnière reste muette.

Cette petite fille, qu’ils enchainaient dans le sous-sol de leur maison, avait été mise en pension après le meurtre de son père et s’était noyée à l’adolescence (Bon ! ce n’est pas elle). Peter avait été confié à sa grand-mère puis avait disparu après l’assassinat de cette dernière (C’est lui ?).

Victoria fréquentait le centre équestre que dirigent Marta et Jonas son mari, le vétérinaire de la région. On découvre lors de l’autopsie la présence de Kératine, utilisée surtout par ceux qui soignent les animaux (c’est lui). Jonas avait d’ailleurs  signalé un cambriolage et la disparition de plusieurs produits (ben,non).

J’ai la mauvaise habitude, c’est la principale raison qui me fait lire ce genre de romans, d’essayer de trouver la solution et le meurtrier avant même que l’auteur ne l’ai envisagé* et là je me suis fait baladé par Camille Lackberg pendant presque tout le roman.
*Mettons, tout de suite après.

Douter n’est pas prouver, et des doutes j’en ai eu depuis le début, le problème étant qu’ils se sont portés  tantôt sur un personnage, tantôt sur un autre.

Sur la fille de la meurtrière bien sûr  car son corps n’avait jamais été retrouvé (alors c’est elle) mais qu’est-elle devenue maintenant, si on admet qu’elle ne s’est pas noyée. De tous les personnages qui gravitent autour de cette affaire Marta est la seule qui aurait son âge (Voilà).

Le cambriolage chez Jonas le disculpe mais on peut toujours faire une fausse déclaration (non c’est lui).

Il reste aussi Peter qui a été mêlé à deux assassinats et reste introuvable (tiens, tiens !). Mort ou coupable ?

Le travail des policiers  se complique lorsqu’ils apprennent que, depuis plusieurs années, des jeunes filles ont disparu dans plusieurs régions de Suède et n’ont jamais été retrouvées.

Les similitudes d’un autre assassinat, survenu vingt sept ans plus tôt, embrouillent encore plus la tâche des enquêteurs. La jeune femme assassinée, et dont le mari avait été condamné, avait subi exactement les mêmes tortures que Victoria.

J’ai donc pataugé. Mes suspects, beaucoup trop jeune à l’époque, ne pouvaient être responsables du premier meurtre.
Alors qui ?

Pourquoi la meurtrière refuse-t-elle de parler? Est-ce à cause des cartes postales sans texte qu’elle reçoit ?
Et si Marta était Louise, ou… pas ?
Et s’il y avait plusieurs tueurs en série ?

Camilla Läckberg nous donne régulièrement la clef mais si minuscule, si insignifiante, que j’avoue ne pas avoir compris, ni trouvé  la serrure qui m’aurait donné les coupables.

Ai-je été déçu ? Certainement pas. « Le dompteur de lion » m’a paru le roman de cette auteure le plus achevé, le plus complexe  dans sa simplicité, le plus équilibré entre le bonheur de certains et la souffrance des autres.

Le dompteur de lions, Camilla Läckberg, Actes-Sud, 2016, 388 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Pourquoi ce titre, sans rapport avec l’intrigue sinon que le dompteur est mort depuis trente années, et pourquoi cette couverture moche ?