**** « La fille automate » de Paolo Bacigalupi

Mais il n’y a plus d’oranges à présent, aucune de ces choses jaunes…les citrons. Aucune. Tant de choses ont simplement disparues.

Après un lent début pour  présenter les principaux personnages, l’intrigue de ce roman, classé post-apocalyptique, s’accélère et nous entraine essoufflé vers une fin surprenante.
Post-apocalyptique ? Que nenni ! Nous sommes plutôt en pleine apocalypse mondiale. Dans la bible, les dix plaies ne concernaient que l’Égypte. Dans ‘La fille automate »  notre planète entière agonise.

Mais, me direz-vous, ce roman est de la science-fiction !
En est-ce vraiment  ? Quels en sont les postulats  ?

*La disparition des combustibles fossiles entrainant celle de l’électricité.
*c’est pour bientôt.
L’engloutissement par les eaux océaniques de larges régions terrestres et de certaines métropoles comme New-York, Mumbaï, Rangoon ou La Nouvelle-Orléans.
*c’est pour demain.
*Des épidémies virales mortelles causées ou non par des manipulations génétiques.
*Cela existe déjà : Chikungunya, Zika, H1N1 etc…

*La prise de contrôle par d’énormes  trusts  de la production alimentaire en fournissant des semences stériles.
*Déjà en cours pour les semences.
Et pour finir la « naissance » des robots humanoïdes…annoncée par les actualités pour demain.

Ne parlons pas de science-fiction mais plutôt d’une réalité que l’imagination de l’auteur a poussé au paroxysme.

L’action se passe à Bangkok qui, protégée par des digues et  des pompes alimentées au charbon, n’a pas été submergée. La Thaïlande a résisté, grâce à sa banque de semence, à l’inféodation aux Consortiums Caloriques..

La réapparition sur les étals d’un fruit, disparu depuis longtemps,  provoque l’enquête d’Anderson Lake, une taupe des  sociétés américaines, dont les seuls soucis sont de protéger leur hégémonie et leurs intérêts.

La ville est contrôlée par deux ministères rivaux. L’Environnement qui pourchasse toutes les importations interdites et se heurte,  de ce fait,  régulièrement  aux agissements du ministère du Commerce. Cette enquête va entrainer certains personnages à agir suivant les forces ou les faiblesses qui sont, depuis toujours,  les moteurs de l’humanité; l’appât du gain, la soif de pouvoir, l’idéalisme, la peur, l’instinct de survie, la vengeance…

Je ne vous ai pas encore parlé d’Emiko, cette fille automate qui donne le titre au roman.  Abandonnée par son propriétaire nippon dans une cité où les robots humanoïdes  sont interdits, elle se prostitue pour survivre. Elle est, peut-être, la plus humaine par ses défectuosités, sa passivité et… ses rêves d’un monde meilleur et va devenir le déclencheur d’une révolution qui pourrait abandonner  la Thaïlande aux intérêts des trusts américains.

PS : Après cinq ou six moutures, je ne suis toujours pas satisfait de ma chronique sur ce  roman si dense, . J’abandonne !
Yue Yin en parle beaucoup  mieux dans son billet.

La fille automate, Paolo Bacigalupi, Au diable vauvert, 2012, 595 pages, S.F.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Gênant ce monde que nos enfants ou petits-enfants pourraient connaitre.

*** « Coup bas à Hyderabad » de Sarah Dars

De l’amour naissent les plus fortes haines.
                                                                                                                           Properce

Il n’y a pas de haine aussi terrible que celle dont l’origine est de l’amour gâté.
                                                                                                                  Alphonse Karr

J’ai rencontré Doc par accident.
À Madras, Doc est un médecin de caste brahmane qui utilise autant la médecine moderne que l’ayurveda *.  Adepte du kalarippayatt**, fervent de musique traditionnelle, citant régulièrement des sentences du Panchatantra***, il est aimable, généreux et intéressé par tout ce qui se passe autour de lui, ce qui l’amène à se mêler d’enquêtes, que la police n’arrive pas à résoudre pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
*Médecine traditionnelle de l’Inde
**Art martial de l’Inde
***Recueil de contes moralisateurs écrit au 3è siècle avant notre ère.

L’accident mentionné plus haut s’intitulait « Nuit blanche à Madras ».
Il avait été causé par mon désir de mieux connaitre son auteure, après la lecture de « Des myrtilles dans la yourte »*, une enquête en Mongolie qui n’a rien  à voir avec la série des Doc.

J’avais demandé au bonhomme rouge du Pôle Nord de me trouver un autre tome de cette série. Dans sa grande mansuétude, c’est un recueil de huit enquêtes qu’il m’a envoyé en utilisant comme commissionnaire mon Héritière préférée.

Dans son enfance, Doc venait passer des vacances à Hyderabad chez sa grand-mère. Il y retourne cette fois  pour régler un héritage, accompagné de  son ami Anjun qui doit assister à une conférence.

Il rend visite à quelques amis dont le riche financier Nassim Barani , chez qui, plusieurs  années auparavant, il a sauvé le fils, Karim.

Pendant ce séjour plusieurs meurtres surviennent dont un marchand, un prêtre et un cheik saoudien. Tous pourraient avoir été causés par la mafia, pourtant  si les deux premiers empestent les exactions de la bande de criminels qui rackettent  la ville avec  le consentement de politiciens et de policiers véreux, celui du cheik gène le doc.

Une demi-gourmette de Karim, joueur impénitent qui devait énormément d’argent au cheik, a été retrouvée près de la victime.  Barani demande au Doc d’enquêter pour innocenter son fils.

Si ce n’est un léger bémol que vous trouverez, comme d’habitude,  à la fin de ce texte j’ai beaucoup apprécié de replonger dans la vie et les coutumes indiennes, que je connais fort peu. La grande connaissance  qu’en a l’auteure alliée à son style simple  et coloré m’ont de nouveau enchanté et comme le recueil comporte six autres enquêtes, 2017 sera l’année de Doc.

Coup bas à Hyderabad, Les éditions phulippe Picquier, 2011, 118 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La prolifération de termes indiens ralentit ma lecture car, à chaque fois, je dois aller vérifier le lexique en fin d’ouvrage  pour savoir ce que c’est.
Énervant !

*** « La mort nomade » d’Ian Manook

Ruinez qui pourrait un jour vous ruiner
Voltaire
La nature nous a créés avec la faculté de tout désirer et l’impuissance de tout obtenir.
Machiavel

Yeruldelgger* n’est plus policier à Oulan-Bator**.
Il a démissionné pour faire une retraite spirituelle et solitaire dans le désert de Gobi, loin des turpitudes, des exactions et de la corruption  de la capitale mongole.
* « Yeruldelgger » « Les temps sauvages »
** Capitale de la Mongolie

Deux femmes et un gamin vont venir troubler sa solitude et lui demander d’enquêter, la première sur la disparition de sa fille, la deuxième sur le meurtre de son amant, un géologue français, et l’incendie de sa yourte et l’enfant sur un charnier qu’il a découvert.

Yeruldelgger n’a aucunement l’intention de se replonger dans une enquête,  encore moins dans trois. Il a peur.
Non pas peur des méchants mais de lui-même, de la colère qui  l’entrainait dans de sombres exactions pouvant aller jusqu’au meurtre. Cette colère devenue incontrôlable  était la raison de sa retraite spirituelle.

Bien malgré lui, il va se trouver mêler aux grands chambardements qui bouleversent la Mongolie. D’un côté les grandes multinationales minières dont le seul but est de s’approprier les ressources naturelles par tous les moyens incluant la corruption et l’esclavage, de l’autre une société secrète et violente qui veut préserver la nation mongole.

Ajoutez à cette guerre des sociétés autochtones sans scrupules qui servent d’intermédiaires auprès de tous en utilisant chantages et meurtres, et  des gouvernements, dont la France, qui, pour obtenir des avantages commerciaux, agissent secrètement avec les mêmes  sociétés mafieuses  et les mêmes élites vénales.

Ina Manook nous brosse un portrait sombrement  délirant de la Mongolie actuelle, coincée entre des coutumes nomades ancestrales rejetées par  les nouvelles générations, une mondialisation cynique  et sans scrupule des grandes multinationales et des  élites politiques prêtes à tout pour s’enrichir rapidement.

Est-ce la fin de cette série ? En tout cas ça ressemble à la fin d’un cycle.

Dérangeant !

La mort nomade, Ian Manook, Albin Michel, 2016, 429 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai pas compris la conclusion ou plutôt elle n’était pas assez claire pour moi.

 

 

**** « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » de Jon Kalman Stefansson

La vie nait par les mots et la mort habite le silence
                                                                         Jon Kalman Stefansson

Aurais-je choisi ce roman si notre club n’avait pas décidé une lecture commune, ? Je ne crois pas. Je n’aurai trouvé rien d’attirant dans le titre, un de ces trop nombreux titres absurdes ou saugrenus qui semble être seulement décidé pour  attirer l’œil du chaland, ni dans le nom complètement inconnu de l’auteur.

Finalement, ce n’était pas un roman pour éclairer les jours sombres et moroses de l’hiver, jours qui influent profondément sur mes choix et mes envies de lecture.
Mais quelle bouquin !

Pas facile d’entrer dans cette chronique familiale sur plusieurs générations  imbriquées les unes dans les autres dans les mêmes chapitres avec un narrateur qui raconte la vie islandaise misérable même quand il n’est  pas physiquement présent, un héros, Ari, qui lui ne narre rien mais est présent dans chaque  page, dans chaque idée, dans chaque évènement, une écriture poétique parfois, et surprenante souvent.
Il m’a fallu deux semaines pour passer au travers des 442 pages.

Le retour d’Ari en Islande, après deux années d’exil au Danemark, va provoquer une longue réflexion sur l’hérédité, sa famille, surtout ses grands-parents, mais aussi sur toutes les questions existentielles et tous  les sentiments qui troublent l’existence de l’humanité depuis qu’elle a appris, souvent inutilement, à se torturer les méninges.

La famille c’est la vie  rude d’Oddur et Margret et leurs cinq enfants sur une terre âpre, à peine habitable les mauvaises années,  mais qui  …par beau temps, ressemble  à une succession de merveilles naturelles, un air immobile, un ciel azuré, et quelques chevaux débonnaires.

L’auteur aborde tous  les sujets. La vie elle-même, la mort, l’amour, la cruauté, la trahison, l’insécurité de l’adolescence, le temps qui passe, la vieillesse et sa décrépitude, l’estime de soi tous ce qui nous à fait ou nous fait toujours réfléchir à notre existence mais, il aborde aussi la misère, les forces invisibles,  la religion, la politique et toutes les idées malsaines que l’on véhicule sans le savoir car peu importe le nombre de langues que nous apprenons, la discorde, les préjugés et les malentendus semblent ancrés au cœur du langage lui-même, tapis comme autant de mauvaises herbes au creux des mots.

En commençant cette chronique je voulais juste  mettre des citations qui m’ont marqué et qui ont fait qu’en cornant chaque page (j’ai honte) pour les retrouver, j’étais arrivé à presque doublé l’épaisseur du volume. Mais, lesquels choisir  ?

Nous ignorions pourquoi nous existions,  pourquoi nos cœurs battaient, à quoi la vie servait. Un jour, cette pensée ne manquera pas de nous envahir : dans quel but ai-je vécu ? Pourquoi suis-je ici ?

Les mains de la mort blanches comme un clair de lune.

Le temps n’a cure des rêves de l’être humain, il attaque tout et finit par changer toute vie en mort…. Il ignore égards et respects, il fait un pas et vous voilà vieux.

L’amour est une Voie Lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n’avoir pas assez aimé.

J’en rajouterai une dernière, devenue d’actualité, avec ce qui se passe au sud de notre frontière :
Pourquoi la majeure partie de l’humanité croit-elle en ces histoires que racontent les religions alors que ces dernières s’opposent aux règles élémentaires de la logique, aux preuves avancées par la science ? Si on se fonde sur la raison, il faut être un enfant ou un simple d’esprit pour croire en l’existence de Dieu, et pourtant, peut-on trouver meilleure consolation que celle procurée par la foi ?

J’espère ne pas avoir trahi l’auteur car :
Nous pouvons dire des choses avec une infinie sincérité et malgré tout trahir. L’être humain est faible et les assauts répétés du quotidien ne font que lui ôter encore un peu plus de sa force en le privant de sa dignité.

Un très long poème en prose, moi qui, dans la poésie aime surtout les haikus je suis passé, dans ce roman,  au travers de toutes les émotions possibles , l’ennui et l’enthousiasme, la mélancolie et le plaisir, le désintéressement et l’inclination, la déception  et la satisfaction.

À lire absolument mais à éviter en cas de dépression.

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, Gallimard, 2015, 442 pages, chronique familiale.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : L’islandais est une langue avec des prénoms impossibles et des accents sur les voyelles à des endroits que mon clavier refuse définitivement d’apposer. Aussi, pour éviter toute ambiguïté future il faut mettre un accent aigu sur le o de Jon et un autres sur le a de Stefansson.

** « Brouillard au Pont de Tolbiac » de Léo Malet

N’écoute aucun des prometteurs de paradis pour demain.
Ils mentent tous.

Ce roman fait partie des « nouveaux mystères de Paris»  dont chaque tome se passe dans un arrondissement différent de la capitale.

Une brusque envie de retrouver le Paris de la fin des années 50, celui de mon enfance et de mon adolescence, avec ses petits commerces, ses autobus à plateforme, ses odeurs, sa grisaille et ses bistroquets, qui servaient beaucoup plus de blanc et de rouge que de noir entre un flipper et un juke-box*.
*ou un baby-foot.

Le pont de Tolbiac, c’est le treizième, un des arrondissements que je connais le moins. Je suis plutôt ouest et nord, avec comme frontières, du  parc des Buttes-Chaumont jusqu’à la  rue du Faubourg Saint Martin au sud, et le  Boul Mich’* à l’est.
*Boulevard saint-Michel

Dans ce tome, Malet offre son passé anarchiste à son personnage, Nestor Burma. Adolescent provincial  qui, à 16 ans,  se souvient de son arrivée  à Paris, de ses fréquentations anarchistes et qui  profite de son roman pour une charge sans concession sur « Le Corbusier et ses épigones » qui ont modifié l’arrondissement de sa jeunesse en y faisant « proliférer ces cellules cancéreuses, pustules géantes de verre et de bétons. »

Belita, une jeune gitane bien roulée*, contacte Nestor et lui remet une lettre d’un blessé suriné** et hospitalisé du nom d’Albert Benoit. La victime mentionne  l’avoir connu dans sa jeunesse et souhaite le rencontrer, . Malheureusement elle décède avant son arrivée et c’est la flicaille qui l’attend.
*J’en avais envie. (elle sera peu comprise hors de l’Hexagone.)
**poignardé

Le nom d’Albert Benoit était inconnu de notre détective, toutefois il admet connaitre le mort, un ancien compagnon devenu chiftir*,  sous le nom d’Albert Lenantais. Ils fréquentaient ensemble le foyer végétalien haut lieu de l’anarchisme dans les années 20.
*Chiffonnier

Tombé en amour avec la jeune Belita, Nestor va tenter de trouver les responsables de la mort du chiffonnier et solutionner en même temps une vieille affaire relative à la disparition d’un convoyeur de fonds.

Salvador le Gitan et son  eustache* ne sont jamais bien  loin et Nestor va l’apprendre à ses dépends.
*couteau

Pour mes futures nostalgies, il me reste cinq Léo Malet à lire ou à relire.

Brouillard au p;ont de Tolbiac Léo Malet, 10-18, 1956,  179 pages, Policier.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les « politiquement corrects » pourront  se plaindre du vocabulaire de Léo Malet. Mais, à cette époque, on appelait un chat, un chat (voire un matou ou un greffier) et pas « un animal de compagnie du genre félidé ». Certains vocables devenus irrévérencieux ou même condamnables de nos jours étaient utilisés couramment. Traiter Léo Malet de raciste serait faire injure  à son passé anarchiste.

*** « Il était une fois l’inspecteur Chen » de Qiu Xiaolong

Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines.
                                                                                                                 Proverbe chinois

L’intérêt de ce dixième roman policier de Qiu Xiaolong  tient plus son intérêt  du contexte social et Historique, avec un H majuscule, que de l’enquête elle-même.

Chen Cao est inspecteur principal dans la police de Shangaï. Durant les neuf premiers romans le mettant en vedette, nous l’avons suivi dans son ascension, louvoyant habilement entre les directives des cadres du Parti et sa détermination à résoudre les enquêtes qui lui était confiées.

Comment un poète diplômé  en littérature comparée  est-il entré dans la police à la fin de ses études ?
C’est ce que raconte ce dixième tome de ses enquêtes.

Après avoir obtenu son diplôme, Cao Chen a dû accepter un poste dans un commissariat où il était chargé de traduire un manuel américain de procédures policières.

Il s’ennuie et c’est par désœuvrement qu’il s’intéresse au meurtre de Fu, un vieil homme qui venait de s’offrir un repas de mets exotiques. il découvre, grâce à son ami Lu, avec qui, dans sa jeunesse, il fréquentait les restaurants gastronomiques, le restaurant où la victime  avait apprécié son dernier repas.

Fu était devenu riche quand le nouveau régime de Deng Xiaoping l’eut indemnisé des spoliations du temps de Mao.
Un certain nombre de suspects rodaient autour de sa fortune dont ses enfants qui l’avaient abandonné pendant la Révolution Culturelle et qui continuent à faire  courir des rumeurs sur les relations de leur père avec  Meihua, son employée de maison. Le changement de régime a aussi provoqué  les rancœurs d’anciens Garde-Rouges qui voulaient obtenir des compensations pour certains de leurs actes qu’ils jugent avoir été profitables à leurs victimes.

À chaque avancée de son enquête, Chen en avise l’inspecteur Ding, lui laissant les honneurs lorsqu’il  parvient à dénouer cette première affaire.

Il parait évident que la vie étudiantes de Cao Chen est directement calquées sur celle de l’auteur. Leurs  familles ont été persécutées au moment de la Révolution Culturelle. Si Chen a été nommé dans la police, Qiu Xiaolong, lui,  a profité d’une bourse d’études aux États-Unis pour y rester.

J’ai éprouvé un drôle de sentiment en refermant ce livre. Bien que vivant aux États-Unis depuis presque trente ans, l’auteur semble  vraiment regretter certaines coutumes de la société et de la famille chinoise, ou, tout simplement, sa jeunesse.

Le proverbe chinois que j’ai mis en exergue peut expliquer ses regrets.

PS : L’Héritière, devenue Mère Noël, m’a offert ce bouquin dédicacé par l’auteur. Un cadeau qui m’a fait immensément plaisir.

Il était une fois l’inspecteur Chen, Qiu Xiaolong, Liana Levi, 2016, 236 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je n’ai pas eu envie de goûter à certains plats mentionnés dans ce livre et pourtant j’aime bien, en général, la cuisine chinoise.

 

 

 

* (*) « Les quatre » d’Agatha Christie

L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens.
                                                                                                                         Montesquieu

Quatre personnages veulent contrôler le monde, le numéro 1 est un chinois qui n’apparait jamais, le numéro 2, un richissime américain, le numéro 3, une savante française et enfin le numéro 4 est le « Destructeur », le maitre des basses-œuvres qui protège le cartel en éliminant tous ceux qui pourraient lui nuire.

C’est en s’attaquant aux crimes de ce « Destructeur » que Poirot va, au péril de sa vie, tenter de s’opposer aux desseins du quatuor.

On aurait pu titrer ce roman « d’un crime à l’autre jusqu’à la solution finale ». Poirot n’est pas encore le personnage qu’il deviendra ultérieurement, il court d’un crime à l’autre, demande à Hastings de se déguiser, il va même…mourir et, sacrilège, sacrifier sa célèbre moustache.

Roman d’espionnage, pas son meilleur, et loin des excellents « whoduntit » qui feront la célébrité de Dame Agatha. C’est l’occasion, pour moi, d’élaborer une de mes plus courtes chroniques.

Les quatre, Agatha Christie, Le Masque, 1927, 188 pages, Policier-espionnage
*ouais  *(*) Ouais bon ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Même pour ce roman plutôt quelconque, je n’en mettrai pas.

***** « Bondrée » d’Andrée A. Michaud

Comment la beauté peut-elle se défendre de cette rage,
Elle dont le pouvoir ne dépasse pas celui de la fleur.

« Boundery Pond* » se trouve au nord de l’État du Maine, près du Canada. C’est  un étang que Pierre Landry,un trappeur fuyant le service militaire, nommait, dans sa parlure canuck,  « Bondrée ». Le seul ami de cet homme des bois était Little Hawk, un jeune homme avec qui il partageait ses secrets de trappe.
*étang de la frontière

En dépit  des « Frappabords * », Bondrée est devenu un lieu de villégiature où se retrouvent des familles québécoises, comme celle d’Andrée Duchamp, une gamine d’une dizaine d’années, qui va devenir partiellement la narratrice, et américaines comme celles  de Zara Mulligan et  Sissy Morgan, deux adolescentes qui troublent la sérénité des lieux par leurs rires et leurs excentricités.
*Mouches qui piquent dès qu’elles se posent

Après une soirée trop arrosée, Zaza disparait et on retrouve son corps exsangue, la jambe broyée par un piège à ours.

L’inspecteur Stan Michaud, dont les origines québécoises se sont éloignées en même temps que la langue de ses ancêtres, et son adjoint,  Jim Cusack, sont appelés sur les lieux pour les premiers constats sur cet « accident » qui s’avèrera ne pas en être un quand on retrouve, plusieurs jours plus tard, Sissy broyée dans un autre piège et scalpée.

La légende raconte que Pierre Landry avait été rejeté par Maggie Harrisson dont il était tombé amoureux et  qu’il surnommait Tangara. Tout  nous ramène à Little Hawk qui, revenu de la guerre, avait trouvé son ami Pierre Landry pendu puis avait disparu après avoir égorgé le chien de Tangara.
Mais, parmi tous les habitants de Bondrée, lequel est Little Hawk et pourquoi ces assassinats  des années plus tard ?

Ces meurtres vont profondément changer deux personnes, Andrée qui au fur et à mesure des évènements va quitter son âme d’enfant pour celle moins innocente de l’adolescence  et Stan Michaud qui commence à ne plus supporter ce qu’il appelle les affaires boomerang, celles qui vous reviennent régulièrement en pleine gueule, et qui songe à prendre sa retraite.

Choisi par erreur*, ce roman m’a complètement captivé. Andrée A. Michaud possède une excellente plume. Elle décrit avec beaucoup de sensibilité cette région et raconte avec trop de précisions les vacances d’une enfant pour qu’elles soient seulement imaginées. D’ailleurs le prénom de la narratrice et le nom de famille du policier n’ont certainement pas été choisi par manque d’inspiration.
*Je vous expliquerai, peut-être, un jour.

Les avis de Marie-Claude, sous sa couette, de Venise, dans son passe mot, de Claude, dans son action suspens, de Clara, de Claire Jeanne, nos deux bouquineuses.

Bddondrée, Andrée A. Michaud, Nomades, 2014, 364 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime ***** Coup de Cœur

Le bémol du Papou : Le franglais, ce mélange de termes de chacune des langues pour une seule phrase, y est permanent mais ce n’est pas un bémol, juste une constatation qui peut énerver mais s’explique très bien quand on connait le contexte historique des relations entre le Québec et le Maine.

*** « Le train bleu » d’Agatha Christie

Le train, l’automobile du pauvre. Ile ne lui manque que de pouvoir aller partout.
                                                                      Jules Renard

La démocratisation des voyages par avion a entrainé la disparition des trains de luxe comme le mythique Orient Express ou le Trans Europ Express.  À un degré moindre, Le Train Bleu* en faisait aussi partie et emmenait les riches anglo-saxons depuis Calais vers la Côte d’Azur.
*ou Calais-Méditerranée Express

Lady Kettering est retrouvée étranglée dans un des compartiments. Hercule Poirot, qui voyageait dans le même train, se trouve mêlé à cette affaire d’autant qu’il a connu , pour des enquêtes antérieures, l’inspecteur de police et le juge qui en sont chargés.

Fille d’un riche magnat américain, la victime  avait épousé  lord  Kettering pour son titre et lui s’intéressait surtout à sa fortune. Seulement le mariage était devenu catastrophique et beau-papa, sachant sa fille malheureuse, voulait qu’elle divorce.

Notre noble anglais aurait été ruiné et si on ajoute que la domestique l’a vu entrer dans le compartiment de sa femme et qu’un collier russe de grande valeur a disparu, la solution  semble évidente et le mari est rapidement arrêté.

Seulement les évidences  apparentes ne siéent pas à notre détective belge. Avant son mariage, la victime avait déjà été amoureuse d’un escroc, le comte de La Roche. Or cette relation existait toujours   et c’est auprès de lui qu’elle se rendait sur la Côte.

L’enquête démontre qu’un autre bandit plus violent, surnommé « le marquis »,  semblait aussi être intéressé par le collier et le « cœur de feu », son plus gros  rubis.

Comme d’habitude Lady Agatha nous entraine vers diverses possibilités, semant d’imperceptibles indices que seul Poirot réussit à rassembler pour confondre le meurtrier et les lecteurs*.
*Même moi, cette fois !

L’avis de Sharon.  

Le train bleu, Agatha Christie, Le Masque,1928, 220 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Comme d’habitude, aucun bémol pour Lady Agatha.

 

 

**** « Nous irons tous au paradis » de Fannie Flagg

La race humaine n’était qu’un accident, un évènement fortuit dans un cycle amorcé des millions d’années plus tôt. Nous ne sommes qu’une bande de têtards, à peine sortis de l’eau, qui apprenons à marcher.
Fannie Flagg

cvt_nous-irons-tous-au-paradis_2554Après le coup de cœur de  « Beignets de tomates vertes », l’enchantement de « La dernière réunion des filles de la station-service », et de  « Miss Alabama et ses petits secrets», j’ai  retrouvé avec plaisir cette conteuse de l’Amérique profonde.

Elner Shimfissle est octogénaire, voire beaucoup  plus. Elle ne sait plus exactement son âge, sa sœur Ida, pour ne pas dévoiler le sien, a caché la bible où les dates de naissance était inscrites. Elle est appréciée de tout son quartier d’Elmwood Springs, dans le sud du Missouri, pour   ses pensées positives et son aptitude à faire le bien autour d’elle.

Ancienne fermière devenue veuve, elle n’a jamais eu d’enfants. Sa nièce Norma, maniaque de propreté et de savoir vivre*, s’occupe d’elle et  s’angoisse en permanence à son sujet, mais bon, Norma s’angoisse et s’évanouit pour tout et pour rien.
*
« Macky, son époux,  a coutume de dire qu’il ne se lève pas, la nuit, pour aller aux toilettes, de crainte qu’à son retour, Norma ait déjà refait le lit. »

Elner, en voulant cueillir des figues, est attaquée par un essaim de guêpes. Elle  chute lourdement de l’escabeau et perd connaissance.
À l’hôpital de Kansas City, elle est déclarée décédée et la rumeur se repend rapidement dans Elkwood Springs.

Pendant que ses amis et voisins, depuis la coiffeuse râleuse jusqu’aux propriétaires cupides du salon mortuaire, demeurent stupéfiés par la nouvelle, Elner se retrouve au Paradis. Outre sa soeur Ida et Thomas Edison, Elle y  rencontre  la femme de Dieu, Dorothy, qui présentait, dans sa vie terrestre, une émission radiophonique suivie par tout Elkwood Springs et Dieu, lui-même,  « appelles-moi Raymond« , plein d’amour pour le genre humain et qui  reconnait  sa propension à faire des erreurs.
« -Tu sais Elner, à propos de couleurs, j’ai peut-être fait une erreur, moi aussi.

-Toi, une erreur ?
-Avec les gens, oui. J’aurais dû leur donner à tous la même couleur de peau. Jamais je n’aurai imaginé tous ces problèmes. »

Bon, je ne vous ferais pas languir plus longtemps.
Imaginez le séisme, que dis-je le tsunami quand Elner se réveille en pleine forme à l’hôpital.  

Entre médecins affolés, infirmières traumatisées, dirigeants apeurés, avocats retords, voisines déconcertées sans oublier une Norma, qui s’évanouit à tout bout de champs, et lui fera promettre de ne pas raconter sa visite dans l’au-delà,  Elner va reprendre sa petite vie tranquille et, semble-t-il, sans histoire.
Mais pourquoi cachait-elle  un revolver dans le fond de son panier à linge ?

Sans  acrimonie,  Fannie Flagg nous offre  une critique douce amère de la société américaine dans les petites villes de la « bible belt », où tout changement est synonyme d’inconvénients, voire de désastres futurs, n’épargnant ni la religion : Église new âge, œcuméniques, taille unique et en kit (à monter soi-même), qui s’était éloigné de la Bible au point de ne plus la citer, ni  leurs idées proches de nos « brèves de comptoir », : «  Pense aux tueurs kamikazes qui se font sauter avec une ceinture d’explosifs, convaincus que soixante-dix vierges les attendent au paradis. Ils en seront pour leurs frais quand ils constateront au réveil* qu’ils sont simplement morts et qu’ils se sont fait sauter pour rien. ».
*Là, je ne souriais plus, j’ai éclaté de rire.

La définition du bonheur pour un lecteur* ne serait-elle pas d’avoir un sourire permanent dans la tête ?
*ou une lectrice

Nous irons tous au Paradis, Fannie Flagg, Cherche-Midi, 2016, 394 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : La deuxième partie m’a paru, a postériori,  un peu longue mais comme je souriais, je ne m’en suis presque pas aperçu.