**** « Aïvali » de Soloup

À mon papou
Σ ‘αγαπώ !

1786423-gfPlus de quarante années après ton départ, il ne se passe pas une semaine sans que je pense à toi. Ainsi, ai-je demandé à mes petits-enfants de m’appeler de ce nom qui a bercé mon enfance : papou !

Je te revois encore, droit et calme, un petit sourire caché derrière une épaisse et courte moustache grise. Un homme de peu de mots en français qui pouvait devenir presque volubile dans sa langue natale, un homme aux idées anciennes mais qui acceptait  la modernité comme un mal nécessaire.

Qu’aurais-tu pensé après avoir regardé ce livre illustré ?
Aurais-tu pardonné enfin à ceux qui avaient voulu t’assassiner ?

Je ne crois pas.
Je ne sais pas.

Il faut du temps pour pardonner et cinquante années n’étaient certainement pas suffisantes. Un siècle sera-t-il assez ?
Je crois  que le pardon ne peut venir que des générations suivantes à condition qu’elles ne soient pas élevées dans la haine. Ta fille, ma mère,  ne le pouvait pas. Ma génération est déjà plus ouverte mais  j’ai trop rencontré ta colère pour tourner la page. Ce sera donc la troisième génération, celle qui t’a peu connu qui pourra oublier et un jour pardonner le mal qu’ils t’ont fait.

En 1821, au cours de la guerre d’indépendance grecque, la ville Aïvali fut détruite et une partie de sa population fut évacuée mais elle resta  majoritairement grecque jusqu’en 1922. Reprise par l’armée grecque en 1919, elle fut  reconquise trois ans plus tard par les forces de kemal Atatürk.

La force de ce livre tient dans le contraste entre la beauté des dessins de Soloup et la laideur des  évènements qu’il décrit : déportations,  massacres, viols et épurations ethniques.

On peut tirer plusieurs réflexions de cet ouvrage, je n’en retiendrai qu’une : les peuples peuvent  vivre ensemble  en bonne intelligence et s’apprécier quelque soient leurs origines, leurs coutumes et leurs religions.

Ce sont les dirigeants, politiques ou religieux, qui sont les responsables des conflits pour des  questions d’hégémonie territoriale,  politique ou cléricale, attisant les haines et provoquant la souffrance et souvent la destruction des populations les plus fragiles.

Papou, je crois que tu aurais retrouvé dans ce bouquin sur Aïvali des images de ta vie à Aïdyn et tu aurais pleuré sur ces souvenirs.

Continue à veiller sur ta descendance qui n’a jamais oublié d’où elle vient.

Les avis des générations suivantes : Cryssilda d’Aîvali et Yue Yin d’Aîdyn.

PS : Dans le contexte géopolitique actuel, ce livre permet de mieux comprendre ce que vivent les migrants  et devrait être étudié dans les écoles.

Aïvali de Soloup, Steinkis, 2015, 390 pages, livre illustré et histoire
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : ce livre aurait pu être un coup de cœur. Il le deviendra pour les générations futures.

 

** « Monnaie de sang » de Patricia Cornwell

À cheval donné, on ne regarde pas les dents.

9782848932156FSVoilà ce que j’écrivais en 2015 sur un autre de ces romans :
« Cette première partie s’est déroulée, pour moi, dans une brume épaisse d’incompréhension et une drôle d’ambiance. Une ambiance morbide de suspicions tout azimut et d’espionnite aigüe avec des personnages qui s’aiment tout en se cachant beaucoup de choses. »

Après cette nouvelle lecture, je n’ai  rien à ajouter ni à modifier.

Dans ce vingt-deuxième tome des enquêtes de Kay Scarpetta, médecin légiste de son état, trois meurtres sont perpétrés par un sniper et sept pièces de monnaie en cuivre, datées de 1981,  sont retrouvées sur le muret de sa propriété.

Je n’ai pas compris les raisons qui ont fait paniquer notre héroïne, ni mis en alerte Benton son mari, enquêteur et profileur du FBI. Ils annulent leurs vacances en Floride et commencent une double enquête sur la dernière victime du sniper, un homme qui avait été mêlé à une affaire précédente. et sur le décès d’une jeune adolescente noyée dans la piscine appartenant à un membre du congrès.

Kay Scarpetta  avance dans une purée de pois de sentiments contraires, de sensations terrifiantes auxquels s’ajoute  une ambiance morbide de suspicion tout azimut*. Malheureusement Patricia Cornwell n’est pas arrivé à  me les faire ressentir.
*Une redite mais, voulue.

On comprend assez vite que Lucy, sa nièce,  sorte de Lisbeth Salander* américaine, est très impliquée mais ce n’est qu’à la page 399 sur les 456 du livre que l’on apprendra qui et pourquoi.
*Héroïne de Millenium

Beaucoup de délayage pour en arriver à une scène finale qui ne l’est peut-être pas.

Mais, me direz-vous, pourquoi après ta dernière lecture peu convaincante, as-tu recommencé ?
Hormis le fait que j’ai beaucoup aimé les premières enquêtes et qu’il est toujours difficile de rejeter ses premiers amours, relisez le dicton, mis en épigraphe de ce billet, et vous comprendrez.

Monnaie de sang de Patricia Cornwell, Editions des deux-terres, 2015, 556 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Rien à ajouter.

** « L’odeur » de Radhika Jha

J’ai l’impression d’avoir tout perdu : une famille, un pays, un avenir magnifique.
                                                                                                                  Lîla

C_LOdeur_1306Après le décès de son père survenu pendant une émeute au Kenya, Lîla est envoyée à Paris chez un oncle et une tante, tandis que sa mère et ses deux petits frères fuient vers l’Angleterre,.

J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les relations familiales dans ce roman, jusqu’au moment où je me suis souvenu de certains évènements survenus en Inde ces dernières années .

Même si la famille vivait au Kenya, Lîla est d’origine indienne et subit ce mépris  particulier que  les filles peuvent avoir dans la société indienne.

Sa mère, dont le but inavoué est, après le malheur qui les a frappés, de sauver ses garçons, sacrifie sa fille qui se retrouve isolée auprès de parents qui vont l’utiliser comme domestique dans un pays dont elle ne parle  ni ne comprend la langue.

La rencontre avec Lotti, d’origine indienne elle aussi mais née en France, va être son premier pas vers une intégration qui va s’avérer longue et douloureuse. Son odorat très subtil qui lui permet de concocter des plats savoureux sera son sésame pour sortir de la misère sociale  après de nombreuses aventures, dont certaines sexuelles, qu’elle va subir avant de les utiliser.

Malheureusement les odeurs ne sont pas toutes parfumées, certaines apportent des effluves nauséabondes qui vous entrainent dans la morosité, la tristesse et parfois jusqu’à la dépression.

Je me suis un peu ennuyé dans ce long récit des malheurs de Sophie  Lîla. J’aurais souhaité qu’elle bouscule un peu ceux qui se servent d’elles.
J’oubliais ses origines et son éducation.

L’odeur de Radhika Jha, Picquier, 2002, 448 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Si Lîla a du talent pour flotter au gré des évènements Il lui faudrait un peu de courage pour contrer la fatalité.

 

*** « Les vieux fourneaux » T 2 : Bonny and Pierrot de Lupano et Cauuet

Ou, comment détruire la « baguette » et la vie paradisiaque d’une île du Pacifique.

les-vieux-fourneaux-tome-2-bonny-and-pierrotPas facile de parler d’un deuxième tome sans dévoiler les secrets du premier. De plus, je dois faire attention car je suis surveillé par la BASR*.
*Brigade des Anti-Spoils Réunis

Les « Vieux fourneaux » sont trois, comme les Rois Mages.  Il y a Pierrot l’anarchiste, Mimile l’aventurier  tatoué et Antoine le papi de Sophie, la quatrième héroïne de la bande qui depuis le premier tome  a donné naissance à une petite Juliette.

Pierrot, qui depuis sa plus tendre jeunesse participe à tous les combats pour la défense des opprimés et des déprimés vient, après avoir reçu un colis rempli de grosses liasses de petites coupures envoyé par une certaine Ann Bonny, de tomber dans la deuxième catégorie.  On le retrouve en haut d’un toit, décidé à faire le grand plongeon.

Ann Bonny pour le commun des historiens est une piratesse du XVIIIe siècle qui a navigué avec les célèbres Calicot Jack, Rakham le Rouge* et Mary Read.
*Bien connu des Tintinophiles.

Pourquoi Pierrot veut-il se suicider pour une boucanière décédée de sa belle mort en 1782 à plus de quatre-vingt ans* ?
*Environ

 C’est la trame de ces nouvelles aventures de nos héros qui font remonter les souvenirs de Pierrot au temps où, jeune homme amoureux,  il participait à des actions révolutionnaires avec une jolie jeune femme qui avait pris ce nom de guerre et avait disparu un jour et n’avait plus jamais donné de nouvelles.

Les vieux fourneaux » T 2 : Bonny and Pierrot,  Lupano et Cauuet,  Dargaud, 2014, 56 pages
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Sauf erreur le prénom d’Anne Bonny, bien que née en Irlande, ne s’écrivait pas Ann comme mentionné dans la BD.

 

**** « Les vieux fourneaux » 1: Ceux qui restent, de Lupano et Cauuet

Vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité !

les-vieux-fourneaux-tome-1-ceux-qui-restentJe ne lis plus de BD. Ce qui implicitement indique que j’en ai lu dans le temps longtemps. Bibi Fricotin, les Pieds Nickelés, Blek le Roc, Tif et Tondu… suivi d’une longue participation à Spirou, ont facilité mon apprentissage de la littérature sans images.

Alors, pourquoi n’en lis-je plus ?

La principale raison tient à la présence d’oursins dans mes fouilles ou autrement dit à la relation complexe qui existe entre le coût et le temps. Mon temps de lecture d’une BD ne dépasse jamais soixante petites broquilles*. Pour un prix avoisinant, je peux obtenir entre deux et huit jours de lecture avec un roman sans images, tout dépendant de sa complexité et de mes capacités neuronales.
*minutes

Ceci dit, je ne refuse jamais les cadeaux.*
*Oyez ! Oyez !

Les Vieux Fourneaux fut donc une gracieuseté de l’Héritière , ma douce fille unique et préférée.

Comme j’ai mentionné les Pieds Nickelés*, dont nul ne se souvient sinon les plus que cinquantenaire et encore, autant vous apprendre qu’ils étaient trois, comme les héros des Vieux Fourneaux, ces amis d’enfance qui se retrouvent à l’enterrement de Lucette. Antoine son époux et ancien syndicaliste pur et dur, Pierrot, un anarchiste dont la principale occupation pour sa retraite est de participer aux actions militantes d’un groupe de vieux anars non voyants qui s’intitule « ni yeux, ni maitres » et enfin Mimile, l’ ancien aventurier des mers du sud, tatoué comme un maori,qui écoule sa tranquillité dans une maison de retraite.
*Croquignol, Filochard et Ribouldingue

Comme les trois mousquetaires étaient quatre, les vieux fourneaux sont trois plus un, sauf que Sophie, la dernière est toute jeunette. C’est la petite-fille d’Antoine et Lucette qui vient de revenir, seule et enceinte, pour reprendre le théâtre de marionnettes de sa grand-mère.

Antoine a reçu une lettre post mortem* de sa Lucette, ce qui va entrainer nos héros dans de nombreuses aventures où le passé tient une grande place.
*Comme diraient les légistes des séries policières que je regarde régulièrement.

J’ai aimé cette BD pour ses planches joliment dessinées et son scénario clair où j’ai retrouvé  certains évènements et surtout le langage de ma jeunesse, ce qui prouve que l’auteur a du faire des recherches intensives sur cette époque.

Je vous laisse, le tome 2 m’attend.

Et voici l’avis de Lady Yue Yin.

Les vieux fourneaux de Lupano et Cauuet, Dargaud, 2014, 56 pages,BD
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

**** « Soie » de AlessandroBarrico

« -Il n’y a pas le choix, lui dit un jour Babaldiou, si nous voulons survivre, il faut aller là-bas.
-Et il est où exactement, ce Japon?
-Jusqu’à la fin du monde. »

product_9782070419654_195x320On est en 1861.  Hervé Joncour achète et vend des vers à soie. Pour ce  commerce il se rend jusqu’en Syrie et en Égypte.

Malheureusement, une maladie des bombyx du murier s’étend un peu partout dans le monde.

Le Japon protège son industrie et toute transaction d’œufs de vers à soie avec des étrangers est passible de la peine de mort.

Un jour, pourtant, Hervé Joncourpartit. Il traversa le Wurtemberg, la Bavière et l’Autriche, prit le train jusqu’à Kiev via Budapest, parcourut à cheval 2000 kilomètres de steppes en traversant l’Oural et la Sibérie, voyagea quarante  jours jusqu’au lac Baïkal , descendit le fleuve Amour, en longeant la frontière chinoise, pour arriver à l’océan où il attendit onze jours dans le port de Sabirk que des contrebandiers hollandais le dépose sur la côte ouest du Japon. À  pied il traversa les provinces d’Ishikawa, de Toyama de Niigata pour entrer dans celle de Fukushima* et arriva près de la ville de Shirakawa où il attendit deux jours une personne qui lui banda les yeux et l’emmena auprès d’ un homme masqué avec qui il négocia l’achat des œufs.
*Bien connue pour ses tsunamis

Puis il fut reçu par Hara Kei, le seigneur de la région,  qui lui demanda de raconter son histoire.

Au pied du seigneur, Hervé remarqua une magnifique  jeune femme avec des yeux qui n’étaient pas de forme orientale. L’intensité et la fixité de son regard le troubla.

Hervé n’avait eu que des œufs de poissons, ce qu’il avait compris et payé avec de l’or faux. Hara Kei et Hervé Joncour se mirent d’accord pour un premier achat et le seigneur lui confirma  qu’il pouvait revenir pour de futurs négoces.

Hervé Joncour fit donc le voyage à plusieurs reprises.

Était-ce pour les  affaires ou par amour de la belle inconnue ?

Et puis la guerre civile au Japon et l’évolution de l’industrie de la soie interrompirent les voyages du commerçant.

Il continua sa vie avec le souvenir de la jeune asiatique, souvenir renforcé par une lettre d’amour et d’adieu écrite en japonais.

Il aimait sa femme et l’apaisement survint quand il  comprit, vers la fin de sa vie, qu’elle avait ressenti son trouble et l’avait quand même profondément aimé.

Vous vous ferez votre propre opinion en parcourant ce tout petit roman qui vous emmène, il y a à peine cent cinquante ans, dans  un voyage  long  et dangereux où l’incertitude chemine  avec le voyageur.

Voici les avis de Noukette,  d‘Argali, de Yue Yin, et de Bluegrey.

Soie d’Allessandro Barrico, Gallimard, 1997, 144 pages, Roman
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou :  J’avais apprécié, dès la première description, la longueur et l’incertitude du voyage. Ce n’était pas la peine de le répéter quatre fois avec exactement les mêmes mots , tant à l’aller qu’au retour.

 

** « Brunetti entre les lignes » de Donna Leon

Ne te fie pas, mon garçon, à ceux qui promettent de t’enrichir en un jour. En général, ce sont des fous ou des escrocs !

Carlo Collodi  (Les aventures de Pinnochio)

9782702157176-001-GUn court billet pour ce dernier tome  paru des vingt-trois enquêtes de mon commissaire vénitien préféré*.
*Je n’en connais pas d’autres

Plonger régulièrement dans cette série de Donna Leon, c’est rendre visite à  un vieil ami et apprécier le plaisir d’une absence totale d’imprévus dans les conversations comme  dans les souvenirs.

On peut parfois s’en lasser mais, on y revient toujours dans une quête de tranquillité et de sérénité qui suit les débordements impétueux de certaines lectures difficiles voire douloureuses.

Dans chacune de ses enquêtes, Guido Brunetti, se trouve confronter à un des problèmes illégaux qui rongent  l’Italie toute entière et dont Venise n’est pas exempte.

Cette fois-ci, il doitse rendre dans une bibliothèque privée, qui offre à ses adhérents de nombreux manuscrits et incunables de grande valeur par leur rareté, pour constater le vol ou le découpage de plusieurs ouvrages.

Des aigrefins poussés par des collectionneurs avides et amoraux n’hésitent pas à s’emparer de tous objets artistiques anciens, livres, objets liturgiques, statuettes ou tableaux religieux en profitant du manque de sécurité de certains lieux difficiles à protéger.

Même si la valeur du préjudice  est important, on se demande ce qu’un commissaire principal vient faire dans cette galère de petits vols et d’escroqueries. Heureusement, si je puis dire, l’un des malfaiteurs, un prêtre défroqué, est retrouvé assassiné., mais seulement vers la moitié du roman.

Mais qui donc était Tertullien ?

Après ce petit bavardage avec mon ami vénitien, en route pour le pays des cerisiers en fleurs et du bombyx du murier.

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Polars du monde : Italie, Venise

Les avis de Kathel, et  Sharon

 Brunetti entre les lignes de Donna Leon, Calmann-Lévy, 2016, 306 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Je cherche encore la signification du titre en  français !

**** « 7 années de bonheur » d’Etgar Keret

Parfois l’auteur inscrivait une dédicace…
Ce n’est pas parce qu’il en est l’auteur qu’un bonhomme doit s’arroger le droit de venir griffonner mon exemplaire. »

C_Sept-annees-de-bonheur_7251Je ne suis guère un amateur de nouvelles. J’ai besoin d’explications et de descriptions pour m’insérer au début d’ une histoire.
Beaucoup moins par la suite quand je veux accélérer pour connaitre  enfin le dénouement* et
que l’auteur(e) tergiverse en se prenant les pinceaux le stylo dans les fleurs du tapis littéraires.
*Il faut dire que je ne lis jamais le dernier chapitre avant d’avoir terminé l’avant dernier.

Donc…je n’aime pas les nouvelles. Et, j’ai adoré « 7 années de bonheur ».

Mais, est-ce vraiment un recueil de nouvelles ?

C’est plutôt le bilan de sept années de paternité qui ont provoqué des réflexions, ramené de souvenirs et généré des d’anecdotes.

Son   fils  est né le jour d’un attentat. La majorité du personnel hospitalier est allé soigner les blessés. Dans cette confusion  « même les contractions de ma femme ont ralenti, alors…ça ne m’étonnerait pas que l’enfant lui-même se dise que cette histoire de venue au monde et tout le tremblement n’est pas si pressante en définitive.« 

Que fera-t-il quand il sera adulte ?
Fera-t-il son service militaire ?

Ainsi dès les premières lignes le ton est donné : humour et autodérision.

Lles relations maritales, familiales, amicales et nationales, sont abordées sans concession par cet écrivain sympathique mais, disons-le, ni très amoureux, ni très nationalistes, ni très religieux. Un homme souvent  anxieux et  craintif  parfois  défaitiste ou même désespéré.

Tous les problèmes qui sont liés à sa timidité, à ses phobies et à ses difficultés à vivre en Israël, à  faire de nombreux voyages, à l’antisémitisme latent et aux relations avec sa sœur, tombée dans l’orthodoxie religieuse, et ses onze enfants.

Savez-vous pourquoi certains personnages connus se font prendre la main dans un sac d’argent qui n’est pas à eux ? C’est parce que ce sont des chats. Si vous ne comprenez pas, Etgar Keret nous l’explique, grâce à son fils, alors en maternelle, dans le chapitre intitulé « matous ».

Vous apprendrez aussi comment pratiquer le jeu appelé « sandwich pastrami ». Ce n’est pas compliqué. Il vous faut un enfant, une femme et des bombes. Dans certaines régions du globe, ces dernières sont les plus faciles à trouver.

Ironique et acidulé, un bonbon qui vous fera sourire ou grincer des dents !

Pour connaitre leurs avis, cliquez sur leurs noms : VioletteKeishaAifelle.

7 années de bonheur d’Etgar Keret, Points, 2015, 185 pages, Nouvelles.
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : J’ai souri beaucoup plus que j’ai grincé des dents.


 

* « Chasses à l’homme » de Christophe Guillaumot

Accessoirement !

cvt_Chasses-a-lhomme_9766 Prix du quai des orfèvres 2009, prêté par l’Héritière (qui n’est pas très polar addict) et dédicacé par l’auteur, policier lui-même de son état quotidien…cela aurait pu être intéressant.

L’utilisation du conditionnel est significative, cela aurait pu mais…ça n’a pas été.

Avant de vous donner les raisons de ma déception voici un petit résumé de l’histoire.

L’IGS* débarque dans un commissariat pour arrêter un lieutenant accusé de viol, par une jeune femme qui accessoirement a disparu après le dépôt de la plainte. Durant la perquisition du domicile du policier, on découvre un cadavre défiguré dans  la cave. L’officier de police réussit à se sauver et téléphone pour demander de l’aide à son capitaine, Pierre Saint-Hillaire, en congrès en Italie.
*Inspection Générale des Services, la police des polices surnommée
les bœufs-carottes..

Le médecin-légiste, qui accessoirement est la fille de Saint-Hillaire et ne lui adresse plus la parole, se rend compte que le cadavre qu’elle autopsie n’est pas celui de l’accusatrice mais celui de sa mère disparue sans explications dix-sept mois plus tôt. Le couteau utilisé pour le meurtre est retrouvé attaché au volet du commissariat et remis à Saint-Hillaire à son retour.
Il part rechercher son lieutenant pour obtenir des explications, le retrouve poignardé et se rend compte alors qu’il est tombé dans un piège d’autant que l’IGS et son chef, qui accessoirement est l’amant de son médecin-légiste de fille, est sur ses traces. Il réussit, lui aussi, à s’échapper ce qui prouve que ces bœufs-carottes ne sont vraiment très forts et auraient besoin d’un peu d’épices pour poivrer leurs prisonniers.

Qui a voulu se venger de Saint Hilaire en tuant son épouse disparue ? Quel esprit machiavélique a réussit à le faire accuser du meurtre de son lieutenant ?

Donc, ça aurait pu mais ça n’as pas été.
D’abord, tout amateur de « whodunit » comprend depuis le début que le vilain est un autre policier. « M’enfin » comme dirait mon copain Gaston, qui d’autre pourrait accrocher un couteau ensanglanté au volet de l’étage supérieur d’un commissariat, un monte-en-l’air ? un alpiniste ? Superman en plein vol ? Et surtout…pourquoi ?

Ensuite, il y a trop « d’accessoirement » et trop d’invraisemblances pour se sentir à l’aise. Même les raisons données pour le départ de la femme de Saint-Hillaire ne tiennent pas vraiment la route, et les capacités intellectuelles  du tueur   ne semblent pas à la hauteur du  machiavélisme de ses actions.

Je terminerai avec les policiers de l’IGS, malaimés en général de leurs collègues, (personne n’aime vraiment les flics donc les flics ne peuvent pas aimer  les flics des flics) ils  sont , dans ce roman, ni intelligents, ni intuitifs,  ni consciencieux.

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Paris : Pigalle

 Chasses à l’homme de Christophe Guillaumot, Fayard, 2009, 439 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Premier livre de cet auteur qui mériterait un autre tour en évitant accessoirement les erreurs commises dans celui-là.

 

 

**** « La revanche du petit juge » de Mimmo Gangemi

Le premier degré de la folie est de se croire sage, et le second est de le proclamer.

9782021177626J’ai un petit penchant pour Andrea Camilleri et son inspecteur sicilien Salvo Montalbano dont les enquêtes concernent surtout la crapulerie moyenne, en frôlant parfois le monde interlope sicilien plus connu sous d’autres termes : Maffia, Cosa Nostra, la piovra (la pieuvre) ou  encore la Societa onoratà.

En Calabre le pendant de cette « Honorable Société » se nomme la ‘Ndrangheta et dirige, à travers diverses familles, toutes sortes de trafics illégaux.

Un avocat du Ministère Public, Giorgio Maremmi, a reçu des menaces de mort de  Ciccio Manto, un assassin  qu’il  vient de faire condamner. Notre avocat ne ressent aucune peur car Manto n’est pas un truand important et   l’assassinat d’un juge ou un avocat dérangerait les affaires des trafiquants.

Il se trompait. Quelques jours plus tard il est exécuté devant  son immeuble.

Son ami, le juge Alberto Lenzi n’est pas très bien considéré  dans le milieu judiciaire. Coureur de jupon invétéré, il préfère s’occuper  d’affaires sans conséquences qu’il fait trainer un maximum sur son bureau. L’exécution  de son ami, puis celles de Ciccio Manto dans la prison et de son frère Antonio, le présumé coupable, retrouvé  pulpeusement  »mouliné » dans le pressoir à huile de Don Peppino Salemi, lui font envisager que la ‘Ndrangetha, malgré  les éléments qui l’accusent, ne serait pas impliquée dans ces meurtres.
Cela  lui est confirmé, à mots plus que sibyllins, par Don Mico Rota, le chef emprisonné de la principale famille de la région.

Alberto Lenzi va faire partie du groupe d’enquêteurs tout en essayant de se rapprocher de son fils Enrico et de mettre dans son lit Marina, une jolie carabiniere  ou la belle assistante judiciaire Chiara.

Mais pourquoi Don Peppino Salemi a-t-il été menacé avec le cadavre d’Antonio Manto dans son pressoir à huile d’olives ?

C’est à partir de cette question que l’enquête va retrouver, dans les investigations secrètes de l’avocat Maremmi,  la cause de son assassinat et progresser dans une direction surprenante qui semble impliquer des fonctionnaires d’État et la dissimulation frauduleuse de déchets radioactifs.

Au fur et à mesure des progrès de l’enquête, le nettoyage des gens impliqués dans la fraude commence. La lupara* tonne dans le ciel calabrais où des ingénieurs essaient de voler pour s’écraser au sol et des menaces se dévoilent à l’encontre d’Alberto,  lui faisant envisager  la trahison d’un des enquêteurs qui pourrait être  un des tueurs.
*Fusil de chasse à canon scié utilisé pour les exécutions.

Une peinture qui parait très documenté sur la situation, les coutumes et les mœurs  en Calabre. Un roman dans les montagnes de l’Aspromonte rempli de l’odeur des olives, de la couleur du cerasuolo* et du goût de la ‘nduja piccante**.
*Vin des Abruzzes.
** Saucisson calabrais à tartiner à base de porc et de piment.

Pourquoi un roman policier devrait-il être une littérature de bas de gamme et manquer de poésie ?  
« Le sentier coupait à mi-coteau, zigzaguant comme un serpent. De loin, c’était un fil marron qui brisait le vert du talus, ce galimatias -d’herbes, arbustes, genêts, figuiers de Barbarie, agaves, arbres divers- qui remontait la crête jusqu’à un plateau tourné vers la mer, ou se dressaient des châtaigniers piquant le ciel de leurs innombrables bras nus, des pins déployant leur majestueux parasol, des chênes-lièges. Le mont grimpait raide de la mer jusqu’au sommet, mais on avait aménagé çà et là quelques pauses, des petites terrasses soutenues par des murs montés à sec selon un art ancien. »

Il est rare que je décerne quatre étoiles pour un roman policier. Pourtant, ils composent un fort pourcentage de mes lectures. À lire donc pour ceux qui aiment les dépaysements et la poésie rurale.

polarmonde-150x122Polars du Monde : Calabre, Italie

Pour l’avis de Claude Le Nocher cliquez ici,  pour celui de Sharon

La revanche du petit juge de Mimmo Gangemi,Seuil, 2015, 352 pages, Policier
*ouais ** bon *** très bon **** j’aime

Le bémol du Papou : Les bons sentiments des truands ne servent que leurs intérêts.